LES SERINS
Les Serins, leurs fils et leurs filles Sont des oiseaux apprivoisés Vivant, à l’ombre de leurs grilles, En gens posés, civilisés ; —
Dans leur maison d’un seul étage, Ils se disputent,... comme nous, Les faibles criant davantage Et les plus forts donnant les coups.
Lorsqu’à sa mangeoire il s’attable Le Serin pense à lui, d’abord;
Si son frère approche, — irritable, De son bec il frappe et le mord ; — Chez nous, au banquet de la Vie, Farouches sont les appétits Et les puissants, gonflés d’envie, Écartent, — du poing ! — les petits.
Les mâles ont un habit jaune,
Poudré d’or, tel Phœbus aux cieux ; —
— Chez nous, de même on badigeonne En jaune aussi, vos fronts, Messieurs! — Le serin, sous son or, rutile ;
Tandis quevous, d’en être ornés,
Vous frémissez !... Rage inutile :
En êtes-vous pas moins bernés ?
Cependant, Serins, mes chers frères, Combien vous valez mieux que nous, Vous, dont les deux ailes légères Cachent des cœurs simples et doux:
Sans souci du Temple ou du Code,
— Sans dot ! — sans calcul outrageant, Vous vous aimez... sans peur !... ni fraude ! Et vous épousez sans argent !