Les galeries publiques de l'Europe
ous les peuples de l'Europe ont eu leur pari de l’héritage légué par le génie des arts à la civilisation, et il n’est pas de souverain qui n’ait formé dans sa capitale une collection précieuse. Mais si les trésors de l'art sont réunis dans les musées, les musées sont épars, et combien
peu d’amateurs ont eu à la fois le loisir et la fortune nécessaires pour
visiter ces paieries dont la célébrité les tourmente !
Il y a loin du Vatican et de son peuple de statues au Britisb- Muséum où se retrouvent les augustes fragments des métopes et de la frise du Parthénon ; de la galerie de Dresde où s’illumine la Nuit du Corrége, à la sacristie des Chartreux de Naples où l’un voit expirer le Christ de Ribera; il y a loin de Madrid à Saint-Pétersbourg, et de
l’Ennitage à ce monument unique, à ce quart de lieue de chefs-d’œuvre qu’on nomme le
Louvre. Beaucoup sont allés à Florence et ne connaissent pas Anvers; ceux-ci ont promené leurs pas dans Venise où triomphe le Titien, et n’ont pas vu cette Venise du Nord où éclate la Bonde de nuit de Rembrandt; peut-être même est- il bien restreint le nombre des
personnes qui, à défaut de tant de voyages, ont pu seulement réunir tous les catalogues des musées de l’Europe et se procurer ainsi la simple nomenclature des richesses qu’ils renferment.
Ce serait donc former un recueil déjà plein de valeur et d’intérêt, que de présenter en un même ouvrage et de publier dans la langue française, de toutes les langues la plus répandue, le majestueux inventaire des merveilles de l’art chez tous les peuples et dans tous les siècles.
Réduit cependant à ces limites, un semblable travail serait peut-être insuffisant pour captiver l’esprit du lecteur. Mais si à ce document précieux on ajoutait l’indication des influences exercées sur les artistes par leur climat natal, par les mœurs et les hommes de leur temps; si l’on faisait précéder l’énumération de leurs ouvrages d’un aperçu historique sur l’origine des diverses écoles de la peinture, sans s’engager dans tous les détails que comporte une biographie; si l’on signalait au lecteur les causes qui ont favorisé l’ascension des grands maîtres ou entraîné leurs disciples vers la décadence; si l’on demandait à une investigation nouvelle des renseignements utiles, inédits ou peu connus, sur les morceaux les plus considérables; si l’on rappelait les jugements dont ils furent l’objet, les vicissitudes qu’ils eurent à subir; si l’on mettait enfin en lumière tous les éléments de curiosité qui se rattachent à un pareil sujet, on serait parvenu, ce nous semble, à éclairer l’itinéraire du voyageur studieux et à consoler l’amateur fervent d’un déplacement impossible, en mettant sous ses yeux la reproduction des œuvres de la peinture et de la statuaire qui furent jugées dignes d’appartenir à la tradition du génie humain.
Tel est le programme des travaux que nous avons eu le courage d’entreprendre. Il ne nous appartient pas de décider si nous avons su le remplir.
ne vaste plaine désolée par le souffle de la mal’ aria , qui chaque jour y décime les rares habitants respectés par la misère, ;i remplacé le beau Latium de Virgile. Les buffles broutent les buissons dans cette solitude morne, paysage autrefois embelli par les villas épicuriennes où Lucullus, Horace, Pollion, venaient rêver de plaisir et de poésie à l’ombre des bosquets odorants et ardins arrosés par les cascat elles. Le voyageur classique ne reconnaît is par le souvenir la Rome de la république et des empereurs. Le la guerre ont encombré de ruines les vallées de la ville aux sept Temples, palais, colonnes, arcs de triomphe, gisants çà et là sur confondent leurs débris. A travers les enceintes et les tombeaux a passé la charrue , dispersant les ossements de tant de grands hommes dont l’histoire exaltait notre enthousiaste jeunesse.
La colonne rostrale de Duilius, vainqueur de Carthage, la colonne au sommet de laquelle la statue de Trajan a été remplacée par le bronze de saint Pierre, les arcs de Titus et de Sévère, le temple de la Paix, le Colisée, le Panthéon enfin, ont bravé les injures du temps, les ravages de1 l’invasion. Dédié par un empereur à tous les dieux, et par un pape à tous les saints, «le Panthéon qui concentrait toutes les
dans les j
meme pli
£4 U temps et
qP r ir
collines, le sol. v
forces de R idolâtrie , dit M. de Maistre, devait réunir toutes les lumières de la foi. Le Christ y est entré suivi de ses évangélistes, de ses apôtres, de ses martyrs, de ses confesseurs, comme un roi triomphant entre, suivi des grands de son empire, dans la capitale de son ennemi vaincu et détruit. »
En effet, le christianisme allait asseoir, au milieu de Rome déchue de sa grandeur, le principe d’une domination nouvelle dont n’avait jamais approché la puissance de Rome républicaine ou impériale. L’idée prêchée par un pauvre pêcheur, que Néron fit traîner au supplice, laissa dans la capitale du monde un gouvernement impérissable : celui de la foi
Les arts devaient surtout subir les influences du christianisme, s’inspirer des pompes de son culte, de la poésie de ses mystères. C’est sa magnificence qui féconda tant de beaux génies et lit de Léon X le Périclès de son siècle. Aussi la puissance exercée par la métropole chrétienne est encore plus durable que ses monuments de marbre et de bronze. Rome est un des plus grands centres de l’intelligence humaine. «Il y a ici, écrivait l’ambassadeur de France à M. de Talleyrand , un écho qui répète les secrets du monde entier. »
reconnaît les premières traces de l’art moderne dans les
uÆ. catacombes de Rome. Sur les murs des chapelles et sons les voûtes des
mm . ,
cryptes de ces immenses nécropoles souterraines où le christianisme
nr/s~
a^r^a les premiers jours de son existence si tourmentée, les artistes chrétiens commencèrent à tracer leurs premières figures. Imitées des peintures murales de l’antiquité, les compositions
) ) p j que l’on remarque dans les catacombes de Rome, empreintes de la pensée
naïve du christianisme, ont conservé néanmoins des formes païennes : les monogrammes du Christ, les croix, les branches de palmier, le navire voguant en pleine mer, l’ancre, l’agneau, la colombe et autres symboles de la croyance nouvelle, sont enclavés dans la distribution de la fresque et mêlés aux rinceaux, aux enroulements, aux festons, aux entrelacs et à tous les motifs si connus de l’ornementation des anciens. L’allégorie même, cette création de la Grèce, règne
ORIGINE ET CARACTÈRE
presque sans partage dans les catacombes. Le Christ, sons la figure d’Orphée jouant de la lyre pour adoucir et attirer les animaux féroces, y est conçu de diverses façons; la symbolique parabole du bon pasteur ramenant sur ses épaules sa brebis égarée y fait l’objet de représentations variées : tantôt c’est celui que la statuaire nous fait connaître dans toute sa pureté; tantôt c’est seulement le simple berger avec la flûte du dieu Pan; mais sur le front du bon pasteur, dans ses yeux, dans sa pose, il y a je ne sais quelle douceur que l’art chrétien pouvait seul imaginer. La plupart de ces peintures appartiennent à l’époque la plus ancienne, c’est-à-dire au nf ou meme au uc siècle.
Quand le christianisme, triomphant sous Constantin, fut libre enfin de1 vivre au grand jour, l’art conserva son style sans perfectionnement notai de jusqu'à la fin du ive siècle. Mais la destruction de l’empire (l’Occident , l’invasion des Goths, rétablissement des Lombards en Italie, jetèrent ce malheureux pays, durant les vp, vie, vnc et vme siècles, dans une longue anarchie, dans une extrême pauvreté, qui durent restreindre la pratique de l’art et en altérer le caractère.
A la fin du viuc siècle, Charlemagne, Adrien 1er, Léon III, s’entourèrent d’hommes éminents qui ne devaient pas avoir de successeurs : les incursions fréquentes des Sarrasins en Italie, à partir du ix® siècle , les désordres et l’inertie du pontificat au xe, furent des causes de nature à paralyser le génie des maîtres et à éteindre le flambeau civilisateur que Charlemagne avait allumé.
Si, à la fin du xue siècle, l’art était tombé en Italie au dernier degré d’ignorance et de grossièreté , dans l’empire d’Orient , surtout à Byzance , où Constantin , en