‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 120 sur 167 · GALERIE CORSINI · texte numérisé non relu

GALERIE CORSINI

est-il de lui-même? nous en doutions beaucoup, lorsqu’à l’aide de la loupe nous y avons découvert, sur la gauche, les initiales P. E.

Des tentures de soie rouge , un pavé en mosaïque , deux colonnes surmontées des statues de l’Amour chasseur et de l’Amour pêcheur, décorent la quatrième chambre du palais. Cette pièce renferme entre autres peintures une Hérodiade du

ROME

Guide qui est remplie, non pas d’horreur, mais de charme. Dans cet affreux sujet le peintre a su ne mettre que de la grâce. Qu’elle est belle et jolie tout ensemble, cette Hérodiade, avec sa coiffure orientale, son cou délicat, ses mains fines et blanches! Pour avoir exécuté une danse gracieuse devant son beau-père, Hérode Antipas, Salomé obtint la tète de saint Jean-Baptiste. Aucune émotion, aucun sentiment de pitié ou de repentir ne se trahissent dans cette figure, qui semble au contraire respirer la douceur. Raphaël n’aurait pas désavoué un aussi beau visage de femme; il ne l’aurait pas mieux coiffée, mieux drapée; il n’aurait pas fait d’une donnée aussi horrible un plus ravissant tableau. On peut vérifier ici ce que dit le poète, qu’il n’est pas de monstre odieux

Qui, par l’art imité, ne puisse plaire aux yeux.

Mais les objets les plus curieux de cette chambre sont les onze cuivres peints par un maître illustre dans l’art de graver, par Jacques Callot. Tout le monde connaît les Misères de la guerre; tout le monde a vu ces jolies estampes, pleines de mouvement, d’esprit et de saveur. Eli bien, Callot en a peint les sujets pour la famille Corsini; c’est du moins ce qu’on affirme. Nous savons bien que l’authenticité de ces peintures a été fortement contestée. On a prétendu que la réputation immense de Callot avait encouragé quelques peintres à fixer sur la toile ses compositions gravées; qu’ ainsi, les rôles étant pour la première fois intervertis, on avait exécuté des tableaux d’après des gravures, au lieu de faire des gravures d’après des tableaux. «Il y a quelque chose, a-t-on dit1, de plus fort et de plus convaincant que les raisonnements, les appréciations, les attributions intéressées faites par les possesseurs ou par les gardiens, c’est le silence des auteurs contemporains et de ceux qui ont écrit sur la peinture. Baldinucci, qui a connu les nombreux amis que Callot avait laissés à Florence, a décrit, avec un soin minutieux, une grande partie de son œuvre gravé; mais il ne dit pas un seul mot de ses tableaux. C’est au xixe siècle qu’on a imaginé de compter Callot parmi les peintres. Il est certain que telle n’était point l’opinion de Félibien , qui a connu de Ruet, Henriet et peut-être notre artiste lui-même, duquel il dit formellement qu’il n’a. pas rang parmi, les peintres . »

Maintenant les onze tableaux de la galerie Corsini ont-ils été exécutés par Callot? Ce n’est pas à nous qu’il appartient de le décider. Mais ce que nous pouvons dire, c’est que le contour en est précis comme sa pointe, le faire en est sec comme son burin , le mouvement des figures si preste et si vrai , leur démarche si sûre , leur action si vive , qu’on a beaucoup de peine à s’en détacher. La plupart sont restés dans notre mémoire et s’y sont gravés si bien, que nous pourrions les décrire

1. Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot, par M. Heaume ; Nancy, 1853.

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