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LES MISÈRES UE LA GUEIUIE

retenu devant ces amusantes compositions , pleines de verve , d’animation et d’intérêt. Ici , c’est un combat de cavalerie où l’on échange de toutes parts coups d’épée et coups de feu, et qui ferait plaisir au Bourguignon lui-même; là, c’est un incendie où l’on voit périr au milieu des flammes vainqueurs et vaincus, hommes et chevaux, tandis qu’un cavalier chasse devant lui les troupeaux effrayés de la ferme en flammes, chèvres, cochons, vaches, moutons et chevaux. Que de calamités, que d’horreurs n’engendre pas la guerre! A l’abondance, à la variété des inventions de Callot, ou plutôt des scènes qu’il a représentées, comment ne pas être convaincu qu’il a vu de ses yeux de pareilles scènes, qu’il a été témoin des malheurs que la guerre entraîne après elle , et qu’il a eu la douleur d’habiter un pays en proie aux dévastations, aux incendies, au pillage de soldats indisciplinés et barbares,

ROME

lorsque la Lorraine fut envahie par l’armée de Louis XIII? Oui, Callot n’a été que le fidèle narrateur des misères de son temps, mais c’est une grande gloire pour lui de les avoir stigmatisées d’un burin si incisif, si juste et si ferme. Tout ce qu’on pourra dire sur les malheurs de la guerre ne vaudra point cette série de tableaux, transformés plus tard en une série d’estampes. Callot nous fait passer par toutes les péripéties de ce drame, toujours hideux, et quelquefois grotesque dans sa hideur.

Voici une maison au pillage : les reîtres se sont partagé la besogne : les uns, à coups de crosse d’arquebuse, à coups de dague, assomment, tuent les maîtres et maîtresses du logis; les autres brûlent par les pieds un malheureux qui n’a pas encore voulu livrer les clefs de son trésor, et pendant ce temps deux maraudeurs se bissent sur des échelles pour décrocher des jambons. Voici maintenant l’incendie d’une église et le sac d’un monastère. Nos arquebusiers ne se contentent pas ici d’emporter les vases sacrés, de charger sur une charrette volée les meubles du couvent; ils s’amusent à rouer de coups les pauvres moines; quelques-uns, passant des habits ecclésiastiques par-dessus leur casaque militaire, parodient les cérémonies de la messe; d’autres, saisissant des nonnes tremblantes, se disposent à leur faire violer leur vœu de chasteté — Mais une ombre de moralité se glisse dans ces peintures de la barbarie soldatesque. Cà et là on voit apparaître l’image un peu l'assurante de la justice humaine, et l’image épouvantable de la justice militaire. Ici, ou fusille des soldats attachés à un poteau, et ce sont deux de leurs camarades qui les visent au bout d’une arquebuse à croc, appuyée sur une fourchette; là, c’est une grande exécution, une immense boucherie, quelque chose d’effroyable pour la pensée, d’horrible pour les yeux. A toutes les branches d’un gros arbre, sont accrochés des pendus ; ce sont des vagabonds en guenilles , dont quelques-uns estropiés, boiteux, ayant encore à leur genou la béquille qu’ils avaient emboîtée dans la cour des Miracles, et qui leur servait à mendier la charité publique. Au sommet de l’échelle, le bourreau passe la corde au cou d’un patient, auquel un moine présente la dernière consolation des suppliciés, l’image du crucifix. Au pied de l’arbre, un condamné à genoux reçoit les exhortations d’un prêtre, tandis qu’un autre condamné, qu’attend aussi le garrot, emploie ses dernières minutes à jouer aux dés, sur un tambour, sa défroque, sa succession, que sais-je? Autour de l’arbre se tiennent fièrement d’élégants militaires, couverts de larges feutres à plumes, la lance plantée en terre ou la hallebarde au poing, tandis qu’à droite, sur le premier plan, s’avance encore un malheureux destiné à la potence, robuste gaillard bien découplé, qui eût fait sans doute un meilleur soldat que ceux qui le mènent tranquillement à la mort. Encore une fois, si tes onze tableaux de la galerie Corsini ne sont pas <!<• Callot lui-même, nous pouvons affirmer du moins que leur authenticité, si elle était prouvée clairement, ne ferait aucun tort à sa mémoire, car on y retrouve sa

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