L’ANNONCIATION
sentent le mannequin. De plus mâles contours, des draperies plus amples et mieux jetées se distinguent dans les fresques de la chapelle, particulièrement dans les quatre Prophètes des pendentifs; et les diverses compositions relatives à I histoire de la Vierge, sans atteindre au beau, touchent au gracieux et au joli.
ROME
Le palais Pontifical renfermait autrefois des tableaux fameux, par exemple la Sainte Pétronille du Guerchin; aujourd’hui la plupart ont été transportés au musée du Capitole, et il ne reste plus que quelques ouvrages de second ordre qui ne méritent pas l’honneur de la description. Il faut en excepter cependant les longues et belles frises du Triomphe de Trajan et du Triomphe d’Alexandre, sculptées dans les lambris de l’une des salles du palais par les statuaires Finelli et Thorwaldsen. Ce dernier excellait dans l’art du bas-relief; classique pur et calme, il subordonnait le geste à l’harmonie des lignes et se préoccupait de l’agencement des figures plus encore que de leur expression. Tout le monde connaît ses allégories du Jour et de la Nuit, si souvent gravées, si souvent reproduites par les mouleurs, et copiées dans toutes les dimensions. En les regardant, nous nous sommes rappelé ce qu’en avait dit notre grand sculpteur David d’Angers, dans une lettre adressée à un de nos amis : « La figure du Jour me semble un peu triviale; mais j’aime et j’admire beaucoup celle de la Nuit portant des enfants endormis dans ses bras, et le front ceint des pavots symboliques dont se compose sa triste couronne. C’est un heureux mélange de puissance et de grâce. La plénitude des formes n’empêche pas qu’elles n’aient de l’élégance et une sorte de légèreté majestueuse. Les draperies abondantes sont soulevées et comme soutenues par le vent ; les lignes sont heureusement balancées , et le grand vide qui se trouvait entre les ailes et les pieds de la déesse , est parfaitement rempli par la figure mélancolique du hibou , aux ailes étendues. «
Le palais Pontifical, on le voit, mérite d’attirer l’attention des voyageurs, mais il faut le visiter surtout à l’époque où le souverain pontife en fait sa résidence, et où il s’y trouve entouré du sacré collège , de ses hallebardiers au costume si pittoresque, de sa garde noble, et de toute sa brillante cour.
Joutes
ce qui
u r le monte Pincio, dans une des plus belles situations de Rome, s’élève une villa qui fut construite au xvie siècle, par P architecte Annibal Lippi , pour le cardinal Ricci de Monte Pulciano. Devenue la propriété des grands-ducs de Toscane, elle prit le nom de villa Médicis. C’est là qu’est installée aujourd’hui l’Académie de France, auparavant logée dans le palais Mancini que Louis XV avait acheté au duc de Nevers. Bien que renfermée dans l’intérieur des murs de Rome, la villa Médicis a deux kilomètres de tour. Du haut de ses jardins, divisés régulièrement par des palissades de lauriers à hauteur d’appui , on jouit de parts d’une vue pittoresque, magnifique. Les arbres y sont tenus très-bas, donne beaucoup d’air aux promeneurs et fait paraître plus grandes les statues
ROME
qui décorent les allées. Quant à l’architecture du palais Médicis, elle est d’une sévère élégance et dessinée dans le style florentin. Sa façade intérieure , du côté des jardins, présente, dans l’ouverture, un portique à grande arcade, exhaussé sur un perron à double rampe, et qui est, dit-on, l’ouvrage de Michel- Ange. Autrefois le palais et le jardin contenaient de très-fameuses statues antiques , qui furent transportées à Florence dans la galerie des Offices. Mais des moulages les ont remplacées, et il reste encore, de l’ancienne collection, quelques bas-reliefs antiques incrustés dans le mur extérieur au-dessus du portique. A ces moulages ont été ajoutés Successivement des plâtres de toutes les statues célèbres qui sont en Europe, de sorte que la villa Médicis rappelle encore les plus brillantes époques de l’art, et qu’on se croirait transporté, en la visitant, aux beaux jours de la Renaissance.
Il n’était pas possible de mieux approprier un palais à sa destination. Au milieu des chefs-d’œuvre dont l’image est sans cesse devant leurs yeux, les élèves de l’Académie de France peuvent nourrir leur esprit des plus hautes pensées, échauffer leur imagination, vivre dans les régions de l’idéal. Peinture, statuaire, architecture, tous les arts du dessin leur sont enseignés, non plus par des professeurs, mais par l’exemple des grands maîtres du passé, par la présence des ouvrages sublimes de l’art grec, par les augustes souvenirs qui s’y rattachent, et pour ainsi parler, par l’air même qu’ils respirent. Leurs études, cependant, ne se font pas au hasard et sans surveillance; ils reçoivent les conseils d’un directeur qui est toujours pris parmi les membres de la section des beaux-arts de l’Institut , et désigné par l’élection de ses collègues. Les pensionnaires de l’Académie sont au nombre de vingt-quatre; pour être envoyés à Rome, ils ont du remporter à Paris les grands prix de peinture, de sculpture, d’architecture, de gravure ou de composition musicale. Pendant cinq ans, ils sont logés et nourris aux frais de l’État, et reçoivent un traitement annuel de trois mille francs pour subvenir aux dépenses de leur entretien et an salaire des modèles dont ils ont besoin pour leurs travaux particuliers. Du reste, ils ont chaque fois un modèle vivant d’après lequel ils dessinent tous ensemble. Leur principale obligation consiste à faire chaque année un ouvrage qui est envoyé à l’Institut pour donner la mesure de leur application et de leurs progrès. Statues en marbre ou en plâtre, bas-reliefs, tableaux d’histoire ou paysages, copies des plus belles fresques, dessins d’architecture, restitutions d’anciens monuments, projets d’édifices publics, planches gravées, ces divers morceaux sont exposés à Paris, à l’École des beaux-arts, et forment ce qu’on appelle les Envois de Home.
Tels sont les droits et les devoirs des pensionnaires de l’Académie de France. Fondé sous le règne de Louis XIV, par Colbert, en 1665, ce noble établissement est aujourd’hui ce qu’il était à son origine, sauf les améliorations que le temps et l’expérience y ont naturellement apportées. L’honneur de cette fondation revient