DES TABLEAUX
frappé de la distinction de leur esprit. Ils vous appellent du plus loin qu’on les aperçoit, et cependant ils vous tiennent encore à distance : leur beauté vous attire en même temps que leur dignité vous impose »
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Élève de Jean Bellin , émule de Giorgion , et maître du Tintoret qui eut, dit-on, la gloire d’exciter sa jalousie, le Titien fournit la plus longue et la plus brillante carrière. Il mourut de la peste en 1376, à T âge de quatre-vingt-dix-neuf ans; et le sénat de Venise, par une dérogation glorieuse à la loi qui interdisait d’enterrer publiquement les pestiférés, ordonna qu’il serait fait au Titien de pompeuses funérailles.
La Vierge avec saint, Thomas et saint Jérome et le Crucifiement de saint Pierre
sont deux beaux tableaux de Guido Reni , de l’école de Bologne. Le Crucifiement-, que nos experts estimèrent quarante mille francs, est peint dans la manière Itère du Caravage; la Vierge, traitée par le Guide dans son propre sentiment, ornait la cathédrale de Pesaro avant de figurer au Louvre. La sacristie de Saint-Pierre possède une copie en mosaïque de cet ouvrage, qui avait été fait [tour Scipion Borglièse , neveu de Paul V, à la recommandation du chevalier d’Arpino , connu sous le nom de Josépin. Irréconciliable ennemi du Caravage . le Josépin lit en sorte qu’on préférât le Guide à son rival ; mais il donna officieusement au peintre bolonais le conseil de suivre la manière caravagesque , alors en vogue. Le Guide écouta ce conseil et s’en trouva bien, car il dut au succès du Crucifiement l’honneur d’être choisi pour peindre la célèbre fresque de L Aurore , que nous retrouverons au palais Rospigliosi.
Tels sont les trente-sept tableaux dont se compose le musée du Vatican. Nous n’avons pas cru devoir en omettre un seul dans ces courtes pages, et si nous avons préféré l’exactitude du renseignement à la pompe des descriptions, c’est qu’il eût été fatigant de parler jusqu’au bout de tant de merveilles avec l’admiration que nous avons ressentie en les voyant.
1 est à la magnificence <le Léon X que les arts sont redevables de cette suite de tapisseries. Raphaël en composa les cartons , au nombre de vingt-cinq, et deux de ses élèves, Bernard Van Orley et Michel Coxie, en surveillèrent l'exécution, qui fut confiée à une manufacture d’Arras : de là le nom d ' Arrazzi donné par les Italiens à ces tapisseries , dont la fabrication ne conta pas moins de soixante-dix mille écus romains. Enlevés en 1527, lors du sac de Rouie par le connétable de Bourbon, rendus au Vatican par le connétable de Montmorency, soustraits de nouveau à la fin du siècle dernier, ces précieux objets d’art furent vendus à des juifs, qui en brûlèrent trois pour en retirer l’or qui était mêlé au tissu, et qui les auraient brûlés tous, si le cardinal Braschi , averti à temps, n’eût
ROME. VATICAN
empêché l’entière consommation de cet acte de vandalisme, en achetant les vingt-deux autres. Les tapisseries du Vatican portent elles-mêmes leurs bordures, selon T usage. Raphaël a figuré dans ces encadrements, sous forme de frises en bas-reliefs, l’histoire de Léon X et divers sujets tirés de l’Écriture.
La Péclie miraculeuse est le premier de ces beaux ouvrages qui s’offre aux regards, et personne en le voyant ne songe aux critiques misérables dont il fut l’objet. Les barques sont trop petites, sans doute, et hors de proportion avec les figures qu’elles portent et avec les oiseaux, un peu fantastiques, du premier plan. Mais qu’importe l’exacte imitation de la nature dans une scène aussi merveilleuse, où le détail est dominé par la grandeur du symbole? Tout le monde comprend qu’il ne s’agit pas ici d’une pêche ordinaire ; que les disciples de Jésus-Christ sont des pécheurs d'hommes, et que c’est l’humanité même qu’ils retirent, à force de bras, du fond de la mer.
O11 connaît le fameux Massacre des innocents, gravé par Marc -Antoine d’après Raphaël. Le grand peintre a su traiter de nouveau et jusqu’à trois fois ce pathétique sujet, sans tomber dans les redites. L’étroitesse de la tapisserie l’obligeant d’élever son point de vue et de superposer les acteurs et les épisodes de son drame , il a su tirer de cette difficulté même d’autres manières d’être sublime. C’est là qu’on voit une mère qui contemple son enfant mort avec une douleur calme, concentrée et muette, dont l’expression laisse dans l’âme un ineffaçable souvenir.
La Guérison du boiteux est une composition qui saisit par l’imprévu de T arrangement aussi bien que par l’énergie des contrastes que présentent les nobles figures des apôtres guérisseurs, avec l’horrible laideur des estropiés à guérir. Elle se trouve divisée en compartiments égaux par des colonnes torses cannelées et à rinceaux dorés, imitées de celles qui sont aux Reliques de Saint-Pierre, et qui passent pour venir du temple même de Jérusalem. Il semble que Raphaël ait voulu cette fois céder quelque chose à l’art du tisseur, qui triomphe surtout dans la richesse des ornements et dans leur éclat.
La sixième tapisserie représente saint Paul et Silas délivrés de prison par un géant qui personnifie le Tremblement de terre, et qui a donné son nom au sujet.
La septième a été brûlée dans le bas : c’est Élymas rendu aveugle. On a vanté beaucoup, et on 11e saurait trop vanter la solennelle symétrie de ce tableau, le geste fier de saint Paul, l’expressive pantomime de l’aveugle qui marche à tâtons, et l’ étonnement des spectateurs et du proconsul Sergius, qui sont frappés de lumière au moment même où l’enchanteur est frappé d’aveuglement.
Un volume entier suffirait à peine à la description de ces grands morceaux, dont quelques-uns, du reste, 11c furent peut-être pas composés par Raphaël. La Conversion de saint Paul sur la route de Damas, la Descente du Saint-Esprit, une