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désigné pour être envoyé au Louvre ; il est de la seconde et de la plus belle manière du maître, de celle qu’il prit alors qu’ après avoir quitté le style violent du Caravage , il se rapprocha du style clair et délicat du Guide. La Madeleine, pâle et méditant sur la passion de son divin Maître, contemple les instruments de sa mort qu’un ange place sous ses yeux. Le sentiment de piété que l’on remarque sur le visage de la sainte, l’élégance et la noblesse du dessin, la beauté des formes, la fraîcheur du coloris, qualités que le peintre ne réunissait pas toujours au même degré dans ses tableaux, font de celui-ci une œuvre des plus charmantes. Ce tableau avait été peint pour l’église des Converties ; à la suppression de cette église , il passa au Quirinal et de là au Vatican. Le Saint Jean est un petit
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morceau admirablement peint, qui des chambres Capitolines fut apporté au Vatican par les ordres de Grégoire XVI. Le précurseur, en demi-figure, est dans une attitude qui exprime vivement cette grande charité qu’il exerça avec tant d’âme.
La Vierge sur le tronc avec les quatre saints protecteurs de la ville de Pérouse, tableau peint sur bois par Pierre Pérugin , gravé par Graffonara dans la Galerie Borgia. Il appartenait à la chapelle du palais municipal de Pérouse; la conquête nous le donna à la fin du siècle dernier, et les experts du Louvre l’estimèrent soixante mille francs.
Rien de plus pieusement naïf et de plus adorable que cette Madone ; en la voyant, on ne peut avoir d’autre pensée que celle de lui dire une prière. Les saints vous y invitent par leur exemple. Quant à l’exécution , elle est en harmonie avec la simplicité du sujet; c’est la même candeur et la même grâce. Le coloris cependant a peut-être ici [dus de force que dans les autres ouvrages du maître, et l’on croit y remarquer une touche plus grande, plus résolue. On avait présumé, dans ces derniers temps, que cette Vierge pourrait bien être de la jeunesse de Raphaël. Mais tous les biographes qui se sont clairement expliqués là-dessus, entre autres l’Orsini, vantent beaucoup ce morceau comme étant une œuvre capitale du Pérugin. Le Hoc Petiius de Ghastro plebis pinxit, signature habituelle de ce maître, qui se trouve sur le tableau, est d’ailleurs un témoignage concluant. Le Vatican possède deux autres compositions de Pierre Pérugin :
Les Trois saints et une Résurrection. Dans la première, qui ornait la sacristie de Saint-Pierre des Moines noirs de Pérouse, le peintre a représenté saint Renoît abbé, saint Placide et sainte Flavie sa sœur. La finesse du faire y est égale à la vérité de l’expression. La Résurrection, non moins remarquable par la grâce des figures, le naturel des mouvements et la fraîcheur du coloris, emprunte un intérêt tout particulier de cette circonstance que Raphaël y a peint son maître sous la figure d’un soldat effrayé, et que le Pérugin y a peint son élève sous les traits d’un soldat endormi.
Une Sainte Famille. Sainte Catherine présente une palme à l’enfant porté dans les bras de la Vierge assistée de saint Joseph. Cette précieuse petite peinture, qui vient du Capitole, est attribuée à Benvenuto Tisi , surnommé le Garofalo, un des maîtres les [dus féconds et les plus fins de l’école de Sanzio. Plusieurs érudits pensent cependant qu’elle est de Gio Battista Benvenuto, dit l’Ortolano, qui fut aussi un imitateur de Raphaël. Ce qui le leur fait supposer, c’est l’oiseau placé dans cette Sainte Famille à coté de la tête de saint Joseph. O11 a présumé que V oiseau était le monogramme d’ Ortolan o , comme V œillet était la signature du Garofalo, en italien garofano signifiant œillet. Du reste, Lanzi affirme qu’un grand nombre de tableaux d’ Ortolan o avaient passé à Rome pour être de Garofalo.
LA GALERIE DES TABLEAUX
Le Martyre de saint Érasme, de Nicolas Poussin', et le Martyre des saints Processe et Martinien, du Valentin, représentent dignement au Vatican l’école française. L’un et l’autre sont traduits en mosaïque à Saint-Pierre, et l’un et l’autre furent compris dans le traité de Tolentino; ils firent le voyage de Paris, où les experts du Louvre assignèrent à chacun une valeur de soixante-quinze mille francs. Saint
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Érasme est étendu sur un chevalet, les liras liés; un bourreau lui arrache les boyaux qu’un second enroule autour d’une pièce de bois. Un de ces bourreaux montre au saint la statue de la Force personnifiée par Hercule. Get ouvrage, d’une touche mâle et d’une expression puissante, passe avec raison pour un des chefs-d’œuvre du Poussin. Le Saint Erasme fut peint à Rome. C’est là que Nicolas Poussin, le Guaspre, son beau-frère, Claude Lorrain, Joseph Vernet, ont exécuté
1. L’auteur de ce livre possède la répétition du Martyre de saint Érasme, sur une toile d'un mètre de hauteur et de soixante-seize centimètres de large. Les figures, dans le tableau du Vatican, sont de grandeur naturelle.
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leurs meilleurs tableaux. Nicolas Poussin sentait si bien l’influence de ce beau ciel, qu’il retournait en Italie, disait-il, pour regagner en talent ce qu’il avait perdu pendant son séjour en France, et dans son enthousiasme il allait, à son arrivée à Rome, embrasser avec transport les colonnes de la Rotonde.
Saint Processe et saint Martinien sont aussi enchaînés à un chevalet ; un premier exécuteur les frappe à coups de massue: un second tourne la roue qui brise leurs os; un troisième attise les charbons ardents où rougit le fer; sur l’ordre du juge, un soldat repousse une femme pieuse qui venait apporter aux martyrs le tribut de sa foi. C’est l’œuvre la plus vigoureuse d’un peintre qu’on peut appeler le Caravage français, et qui malheureusement mourut à trente ans.
Cette fin prématurée rappelle celle de Paul Potter, mort avant vingt-huit ans, à Amsterdam, et dont le nom se présente ici naturellement, car il s’est glissé, de ce peintre charmant, parmi les productions sérieuses dont nous venons de parler, un paysage au ciel gris où se voient une paysanne et quatre vaches. On ne peut s’imaginer l’étrange figure que font ces quatre vaches égarées dans le Vatican, au milieu de tant de colossales merveilles et sous ce dévorant soleil de l Italie !
L’Assomption de la Vierge , désignée aussi sous le titre de Saint Sébastien , est l’ouvrage du Titien. L’illustre chef de l’école vénitienne le peignit sur bois pour l’église des Frari de Venise; il fut acheté par Clément XIV d’après les conseils du graveur Volpato et d’Hamilton ; placé d’abord au Ouirinal, il en fut retiré sous le pontificat de Pie VII. Ce tableau est un des prodiges de l’art vénitien. Quel relief dans les figures! quelle splendeur dans le ciel! (Test là que se trouve ce fameux torse de saint Sébastien percé <!c flèches, qu’Anmbai Carrache appelait un /jczzo cli carne, et qui est, pour les Italiens qui n’admirent rien tant que le rendu de la chair, le dernier mot de la peinture.
Ne pouvant rien reprendre sous le rapport du coloris, Vasari et Michel-Ange reprochaient à toute l’école vénitienne la faiblesse de son dessin. Mais il nous semble qu’on ne peut être plus grand dessinateur que le Titien, sans être aussitôt moins coloriste. Heureusement pour ce fier maître, que tout le monde, en fait de lignes et de contours, n’a pas les yeux de Michel -Ange.
Portrait d’un doge. C’est encore un excellent morceau du Titien, que possède le Vatican. On présume «pie te personnage représenté est André Gritti, qui fut un des amis du célèbre peintre. Nous n’avons pu voir ce magnifique portrait sans nous rappeler ce que dit, de tous les portraits du Titien, un écrivain qui fait autorité, M. Charles Blanc : «Ce qui les distingue, ce n’est pas la vie dans ces phénomènes grossiers qui peuvent tromper l’œil des serviteurs de la maison ou arracher un cri aux enfants; c’est la vie intérieure, latente, la présence voilée de l’âme, l’éloquence de la pensée, le caractère. Avant de se heurter à leur corps, on est