VUE U U PALAIS MÉDICIS (CÔTÉ DES JARDINS
appelait les douze Anciens , Charles Erard , fut le premier directeur de l’école de Rome. Il partit au mois de mars 1606 avec douze pensionnaires, et s’établit dans le palais Gapranica , sur l’emplacement duquel s’élève aujourd’hui le théâtre de ce nom. Plein de zèle pour son art et pour l’institution nouvelle, Erard commença le moulage des figures antiques et fit prendre les empreintes de la colonne Trajane, dont il envoya les creux à Paris. Dans l’origine, les prix académiques s’appliquaient seulement à la peinture et à la sculpture. Toutefois des architectes étaient envoyés en Italie pour y étudier leur art. C’est ainsi que Desgodets reçut de Colbert, en 1671 ,
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la mission d’aller mesurer les plus beaux édifices de Rome, mission qui nous a vain un beau livre.
En 1702, lors de la suppression de l’Académie de peinture, la place de directeur à l’école de Rome fut supprimée, au moment où Suvée allait partir pour en prendre possession. L’Académie fut placée sous la surveillance du ministre de France auprès du saint-siège. En 1793, la Convention vota une pension de deux mille quatre cents francs aux élèves qui auraient remporté les grands prix, et deux ans après, l'école fut réorganisée. Mais ce n’est qu’en 1801 que l’ ancienne direction fut rétablie et que Suvée entra en fonction. Depuis un demi-siècle, l’Académie de France a vu constamment augmenter ses ressources, et la sollicitude du gouvernement ne lui a point fait défaut, bien que l’institution fut très-vivement attaquée par les hommes «pii présidaient au mouvement révolutionnaire qu’on a appelé romantisme. Quoi qu’on puisse dire de ce bel établissement , il est impossible d’en nier la grandeur, futilité, la noble influence. Il n’est pas indifférent pour l’art qu’un certain nombre d’artistes aillent puiser les sublimes enseignements de la tradition dans une ville où sont rassemblées toutes les créations du génie antique, et s’il est vrai que le respect absolu des œuvres du passé a quelquefois effacé ou absorbé des natures douées de qualités originales, particulièrement dans le domaine de la peinture, il faut reconnaître aussi que, depuis deux siècles, l’Académie de France a vu sortir de son sein les talents les plus divers, les peintres, les musiciens, les architectes les plus français par b* caractère et par l’esprit de leurs œuvres. 11 n’est donc pas juste de reprocher à l’école de Rome l’étouffement des personnalités sous le niveau d’un enseignement uniforme. Les lois du beau ont un côté invariable, et ceux-là mêmes doivent s’y soumettre, qui espèrent s’ouvrir des routes nouvelles dans les régions de la liberté.
n ne s’attendrait guère à voir une Académie romaine , surtout l’Académie des beaux-arts , se loger dans une maison aussi misérable que celle qu’elle occupe, alors que la ville de Rome renferme tant de palais vides, tant de bâtiments magnifiques et inoccupés. Deux ou trois étages d’escaliers étroits, difficiles et mal éclairés nous ont conduit , à notre grande surprise , dans res qui contiennent la charmante collection de l’Académie de
Saint-Luc.
Le peintre Mutien fut le fondateur de cette Académie , sous le pontificat de (irégoire XIII, qui signa le bref de fondation; mais ce fut seulement en 1688, au temps de Sixte Y, que l’institution commença d’être en vigueur. Frédéric Zuccaro en fut déclaré le chef d’une voix unanime, et le jour même on le ramena chez lui
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en triomphe, accompagné de tous les artistes, de tous les poètes et littérateurs de Rome. Écrivain lui-même , Zuccaro célébra en prose et en vers T Académie de Saint-Luc, et Y affectionna si vivement, qu’à l’exemple de Mutien , il l’institua son héritière, pour le cas où il viendrait à mourir sans postérité. L’esprit de confraternité qui a toujours uni les artistes romains a fait prospérer l’Académie, et beaucoup d’artistes, imitant Zuccaro, l’ont enrichie de leurs libéralités. Son importance, du l'este , ne se borne pas à être une école ; elle joint aux privilèges de l’enseignement la surveillance et la conservation des monuments antiques de Rome.
Encore une fois, ce n’est pas sans étonnement que nous avons trouvé d’aussi précieux tableaux dans un aussi pauvre logis, et ces tableaux ont été réunis sans aucun esprit de système. L’école flamande est honorée ici presque autant que l’école romaine, et c’est un admirable petit paysage de Rergbem, qui a tout d’abord appelé nos regards. Trois vaches, un pâtre, une bergère, une chèvre dans l’eau, un chien qui boit, un âne debout, ce sont là des objets qui paraissent singulièrement naïfs dans une ville telle que Rome, où le paysage n’est toléré qu’à l’état historique. Néanmoins les académiciens font cas de ce Rergbem ainsi que d’une transparente esquisse de Rubens, les Trois Grâces, et d’une Vierge de Van Dyck, représentée entre deux anges, dont l’un joue de la mandoline, l’autre du violon. Original ou répétition, ce tableau est connu de tous les amateurs par les estampes diverses qu’en ont faites les graveurs des Pays-Bas. Les Romains, du reste, se connaissent assez peu en maîtres flamands ou hollandais, et il n’est pas rare de leur voir commettre, en fait d’attributions, d’assez fortes erreurs. L’Académie donne, par exemple, le nom de Palamède à un tableau délicieux qu’on nomme la Chasse de famille, et qui est beaucoup trop fin pour n’être pas de Jean Leduc. Composée à la Wouwermans, cette Chasse, puisqu’on l’appelle ainsi, présente treize figures en différents groupes : ici une jeune et jolie femme donnant le sein à son enfant, en présence de son mari qui la contemple et d’un rustre qui la regarde; là un gentilhomme richement costumé, qui sonne de la trompe, tandis qu’un antre met sa botte, et qu’un troisième se dispose à seller un cheval tenu par un palefrenier. Joli tableau, vraiment, peint avec l’esprit et la finesse d’un Teniers, avec le charme et la chaleur d’un Pierre de Hooghe! A la liste <les ouvrages des peintres étrangers il faut ajouter deux Marines de Manglard que l’on attribue à Joseph Verne! et qui en sont dignes, et un Rivage de Claude Lorrain, superbe morceau, lumineux comme le soleil, profond comme l’atmosphère, immense comme l’Océan.
Les peintres italiens dominent pourtant à la galerie de Saint-Luc, qui a eu la bonne fortune d’hériter de cinq ou six tableaux que la pudeur a fait expulser du Vatican. Moyennant un rideau de soie verte, adapté à un châssis cadenassé au cadre, l’Académie a eu la permission de posséder les Trois Grâces de Palme le àieux,