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L’ACADEMIE DE SAINT-LUC

robustes et sensuelles nudités; une Betlisabée de Palme le Jeune, aussi provoquante pour le spectateur qu’elle le fut pour le roi David, et la Fortune , fameux tableau du Guide, qui vraiment est mieux placé, comme les deux autres, dans une école de peinture que dans la demeure du prince des prêtres. Presque entièrement nue,

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ies cheveux épars , la draperie flottante , la Fortune parcourt le globe terrestre , élevant d’une main une bourse de laquelle s’échappent des pièces d’or, et tenant de l’autre sa magique baguette et scs palmes. Un Amour vole après elle et cherche à la retenir en la saisissant par ses cheveux. Mais il n’est pas donné, même au plus puissant des dieux, de fixer cette femme inconstante qu’un irrésistible élan entraîne dans sa course autour du monde et à qui, sans doute, aucun amant ne paraît digue

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ROME

de la continuité de ses faveurs. La Fortune du Guide est de sa seconde manière, de celle qu’Annibal Carrache lui fit adopter lorsqu’il le pressa de n’étudier les tableaux du Caravage, ses partis pris violents, ses effets outrés, qu’afin de suivre une marche absolument contraire, c’est-à-dire de ne plus circonscrire les ombres, de les adoucir, de les refléter, et de répandre ainsi partout une agréable lumière.

C’est encore du Vatican que provient la Lucrèce de Guido Cagnacci , placée tout auprès de la Fortune du Guide, et recouverte également d’un rideau de soie. Le peintre n’a pas choisi le moment où Lucrèce, ne pouvant survivre à l’outrage qu’elle a subi, se donne héroïquement la mort; il l’a peinte dans sa lutte contre Sextus, c’est-à-dire nue, mais défendant sa pudeur, et aussi belle de sa colère que de sa nudité. Les chairs sont traitées de main de maître, avec cette pastosité qu’enseignèrent les Vénitiens et le Corrége. Quant à la figure de Sextus, elle serait intéressante par la vivacité de sa pantomime et par l’expression , si elle n’était d’un ridicule ineffable par l’étrangeté du costume. Imaginez un Tarquin , vêtu à la polonaise, avec une pelisse bleue à brandebourgs, faisant violence à une Lucrèce

des environs de Cracovie Non, il n’est pas possible de retenir un éclat de rire,

à la vue de ce rival de Collatin, déguisé en hussard! Et pourquoi faut-il qu’une fantaisie aussi absurde soit venue déparer un tableau d’une exécution admirable et tout à fait surprenant de couleur?

La pudeur des académiciens de Saint-Luc a soumis à la formalité du rideau un autre morceau du plus grand prix, Diane et Calisto du Titien. Nulle part on 11e trouverait de plus belles femmes, et n’est-ce pas le dire, au surplus, que de nommer un tel maître? Le groupe de cinq figures qui occupe le milieu de la composition nous montre, sons divers points de vue, des formes pleines et puissantes, des carnations voluptueuses, des figures animées d’une curiosité féminine : les Nymphes de Diane veulent absolument constater la grossesse de Calisto; l’une lui relève ses vêtements, l’autre la soulève pour la montrer à ses compagnes; il en est une qui, accroupie, dévore des yeux la coupable avec une cruauté qui n’est pas celle de la vertu. Le principal groupe est adossé à un piédestal surmonté d’un Amour qui tient une urne d’où s’échappe de l’eau. U11 magnifique paysage encadre et termine le tableau : ce fut le peintre Pellegrini , académicien, qui le donna à l’Académie de Saint-Luc.

Mais un cadeau non moins précieux fut offert à la compagnie dès son origine, par Frédéric Zuccaro : c’est le Saint Luc peignant la Vierge , de Raphaël. L’évangéliste est à son chevalet, occupé à tracer l’image de la Vierge et de l’enfant qui lui apparaissent dans une vision, et qui, en effet, posent devant lui. Le saint, le visage illuminé de bonheur, paraît tout entier à l’émotion de son rêve. Derrière lui, un jeune homme contemple la scène. Ce jeune homme est Raphaël lui-même.

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