A CHAIRE D L SAINT-PIERRE
viennent pieusement s’agenouiller tous les dévots de Rome , tous les étrangers, tous les paysans de la Sabine, tous les pèlerins du monde catholique, heureux de baiser le pied de l’apôtre, aujourd’hui usé par le frottement continuel de tant de lèvres.
ROME
Les restes de saint Pierre reposent ici tout près, sous la coupole, à l’endroit appelé ht Confession parce que l’apôtre y reçut la mort en confessant la religion du Christ. Là s’ouvre une crypte, c’est-à-dire une chambre souterraine revêtue de marbres précieux et de bronzes dorés : elle est éclairée par cent douze lampes qui brûlent nuit et jour, et entourée d’une magnifique balustrade.
La crypte est presque entièrement découverte , excepté à la place où gisent les cendres du martyr, et où s’élevait jadis un oratoire qui est maintenant recouvert d’une voûte. Sur cette voûte est construit le maître autel de la basilique, consacré au pape qui, scnl , y peut dire la messe, et qui la célèbre en regardant le peuple, selon l’usage de la primitive Église. L’autel est couronné par un immense baldaquin en bronze doré que le Bernin érigea sous le pontificat d’Urbain VIII . Croirait-on que ce baldaquin, proportionné cependant à l’édifice , est beaucoup plus haut ({ne le fronton de la colonnade du Louvre? Près de deux mille quintaux de bronze arrachés au portique du Panthéon de Lomé, furent employés à cet ouvrage vraiment prodigieux. Le dais est soutenu par quatre colonnes torses de l’ordre composite, cannelées jusqu’au tiers, ornées de pampres et d’enfants, et surmontées de quatre anges «pii accompagnent un admirable couronnement en forme de mitre. Le baldaquin de Saint-Pierre est un des titres de gloire du cavalier Bernin; mais son génie a laissé une empreinte moins heureuse dans le chœur de l’église, ou, pour mieux dire, dans le chevet, que les Italiens appellent la tribune. On y aperçoit de loin quatre docteurs de l’Église , gigantesques figures de bronze qui soutiennent de leurs mains la chaire de Saint-Pierre, et dont le geste gracieux touche en vérité au ridicule. Le siège de bois, incrusté d’ivoire, sur lequel s’est assis le premier pontife du christianisme, est renfermé dans un trône de bronze qui en est, pour ainsi dire, le reliquaire. Aux deux côtés de ce trône sont deux anges, et plus haut, deux enfants portant la tiare et les clefs pontificales. Annibal Carrache avait dit souvent que le fond d’une église comme Saint-Pierre demandait quelque chose de surprenant, quelque invention merveilleuse. Le Bernin imagina de faire briller, au-dessus de la chaire, une gloire, c’est-à-dire une multitude d’anges en adoration, au sein d’une lumière éclatante et rayonnante. Une fenêtre se trouvant à cette hauteur, l’artiste en profita pour ménager, derrière la Gloire, une masse de clarté qui, traversant des cristaux jaunes , produit une coloration lumineuse d’un effet théâtral et fantastique , mais grandiose et imposant.
En parcourant Saint-Pierre, on croit sentir qu’on est plutôt dans le temple d’un souverain que dans l’église du prince des prêtres. Partout on y voit resplendir l’argent et l’or, les pierres précieuses et les diamants ; partout la perfection «lu travail le dispute à la richesse de la matière. Les stucs dorés brillent dans les lambris en rosaces et en caissons magnifiquement ouvrés ; les coupoles qui