L’ E G LISE SA I N T-P I E R R E
dominent la plupart des chapelles, sont revêtues de mosaïques d’une beauté rare. 11 est des autels d’une opulence asiatique où scintillent l’améthyste, l’émeraude et le sapli ii*, où abondent le porphyre et le jaspe, l’albâtre et le granit. Dans la chapelle
du Saint-Sacrement s’élève un tabernacle de forme ronde soutenu par douze colonnes en lapis-lazuli , de six mètres de hauteur. Enlm, cent cinquante statues de marbre ou de bronze, dix-neuf mausolées décorent cette basilique sans pareille, et loin d’en embarrasser les nefs et d’en rapetisser l’espace, ils se perdent, au contraire, dans
ROME
son immensité. Mais ce n’est pas tout : ü nous reste encore à visiter, ne fùt-ce qu’en passant, la vaste sacristie de Saint-Pierre, construite par le pape Pie VI. Là se déploient de vastes colonnades en marbres gris et vert africain. Là se conservent, dans des coffres ou des armoires en bois des Indes, tous les trésors de l’église, les ornements sacrés, les énormes chandeliers de vermeil, chefs-d’œuvre d’orfèvrerie de Benvenuto et d’Antoine Gentili , les candélabres célèbres de Pollajuolo , la dalmatique de Léon III, qui servait au couronnement des empereurs germaniques et qui est vieille de onze cents ans. On montre encore, dans la sacristie, plusieurs tableaux de prix, tels qu’une Descente de Croix, peinte par Laurent Sabbatini sur les dessins de Michel-Ange ; une Sainte Famille de François Penni , l’élève et l’un des héritiers de Raphaël ; et une peinture d’Ugo da Carpi , exécutée sans pinceau , senzct pcnnello , ainsi qu’il est écrit sur le tableau lui-même : cette peinture singulière représente sainte Véronique tenant le saint suaire. Mais les plus curieux objets d’art de la sacristie sont les six tableaux de Giotto, le grand peintre du xme siècle. Nous avons reproduit celui qui nous a paru être le plus beau : le Christ adoré par les a urscs.
Maintenant, si l’on veut avoir une juste idée de Saint-Pierre et en calculer l’étendue, il faut entreprendre un voyage, monter sur la coupole. Au sommet, on trouve une lanterne qui, d’en bas, parait toute petite, et qui mesure seize mètres de haut!... Cette lanterne porte elle -même une boule de bronze qui, vue de la place, ne parait pas avoir plus de volume que celles dont on décore nos rampes d’escalier, et qui, chose à peine croyable, peut contenir jusqu’à seize personnes assises. Que si l’on rentre dans l’intérieur du dème et que de la galerie qui sépare les deux coupoles, on ait le courage de plonger un regard dans l’église, on n’y aperçoit presque plus ni les mausolées, ni les autels, ni les statues colossales, et c’est alors qu’on peut juger de l’immensité de Saint-Pierre, de la puissance des papes, du génie de Bramante et de Michel -Ange.
Saint-Pierre , le pape est le chef de l’Église universelle ; à Saint-Jean de Latran , il est évêque de Penne, primat d’Italie et patriarche d’Occident. C’est là que le souverain pontife, aussitôt après son élection, vient prendre possession de son siège. Vénérable d’ailleurs par son antiquité, puisque son fondateur fut Constantin, la cathédrale du pape est regardée connue la première église du V-p monde, omnium urbis et orbis ecelesicirum mater et cap ut : c’est ce que porte
ir
fi
l’inscription qu’on lit deux fois sur sa double façade.
A l’époque où Avignon était la résidence des papes, le palais de Latran, donné par Constantin à saint Silvestre , était le lieu qu’habitaient les souverains pontifes quand ils venaient à Home. La basilique ayant été brûlée en 1308 , Clément V envoya d’Avignon des sommes considérables pour la reconstruire avec
ROME
magnificence. Grégoire XI, qui transféra le saint-siège à Rome en 1377, ouvrit la porte du nord ; Pie IV lit élever une des façades et décora la voûte de sculptures dorées. Enfin, depuis Clément Y, il n’est pas un pape qui n’ait travaillé à embellir, à enrichir Saint-Jean de Latran. Aussi l’appelle-t-on quelquefois, par allusion aux immenses trésors qu’elle renferme, la Basilique d’or, Basilica a/trca.
Construite sous Clément XII par Alexandre Galilei , la façade principale, du côté de l’orient, se compose de six énormes pilastres mesurant toute la hauteur de deux portiques superposés. On entre dans l’église par cinq portes correspondant à autant de nefs. Trente-six colonnes soutenaient autrefois la grande nef; mais le Borromini, les jugeant d’une solidité insuffisante, les enveloppa deux à deux dans des piliers énormes , supprimant ainsi une colonne sur trois. Puis entre les deux pilastres qui ornent chacun des pieds-droits et qui s’élèvent depuis le pavé jusqu’à la voûte, il creusa douze niches ornées de vingt- quatre colonnes en vert antique dans lesquelles furent placées les statues colossales des douze apôtres. O11 s’accorde à regarder comme les plus remarquables , celles de saint Thomas et de saint Rarthélemy, qui sont l’une et l’autre du sculpteur français Le Gros. Les douze niches sont surmontées de bas-reliefs en stuc, exécutés sur les modèles de l’Algarde, et représentant divers épisodes de l’Ancien Testament. Plus haut , sont les figures de douze prophètes, peintes par André Procaccini, Renefial et Conca. Enfin, au-dessus, resplendit un magnifique plafond doré dont les moulures furent, dit-on, dessinées par Michel- Ange.
Deux colonnes de granit rouge, de douze mètres de haut, soutiennent le grand arc qui sépare la nef des croisillons et du chœur. Au point d’intersection s’élève un tabernacle gothique , sculpté à jour et s’appuyant sur quatre colonnes de porphyre. Ce tabernacle, qui sert de baldaquin à l’autel du pape, renferme les reliques les plus vénérables, la tunique de pourpre teinte encore du sang de Jésus-Christ, le linge dont il essuya les pieds des apôtres, et les tètes de saint Pierre et de saint Paul, renfermées dans des boîtes d’argent enrichies de diamants, données à l’église par Charles V, roi de France, et qui portent sur un des côtés une fleur de lis d’or. Au fond de la croisée, à gauche, les regards éblouis se portent sur l’autel du Saint-Sacrement, orné d’un tabernacle en pierres précieuses. L’entablement et le fronton de l’autel sont soutenus par quatre colonnes cannelées de bronze antique ; au-dessus du tympan se voit une Ascension peinte à fresque par le Josépin ; cet artiste , qui fit ou dirigea toutes les peintures de Saint-Jean de Latran, est inhumé dans l’église, derrière la tribune, à côté du tombeau d’un autre artiste éminent, André Saccbi. Les quatre docteurs de l’Église, peints à fresque dans la chapelle du Saint-Sacrement , sont de César Nebbia. \ l’autre extrémité de la nef transversale, sont les meilleures orgues de Rome,