LA PÉC1IE MIRACULEUSE
Les soldats épouvantés s’enfuient ou se renversent les uns sur les autres. Dans l’éloignement, cheminent les trois Marie, qui, ne sachant encore rien du mystère, se sont mises en route à la première aurore pour \renir prier sur le tombeau.
Devant la treizième tapisserie, il y a toujours une foule de curieux attirés par la variété des ornements, le brillant des étoffes et l’étalage du luxe asiatique. On est ébloui de cette pompe des trois mages, qui traînent après eux une longue suite de serviteurs, de chevaux, de chameaux et d’éléphants. A droite, sur le col de l’habit d’un personnage, se lisent ces mots ainsi écrits : Pensse a la fin.
Nous ne voulons passer sous silence ni l’Ascension de Jésus-Christ , ni
ROME. VATICAN
l’Adoration des bergers, où le tisseur n’a pas rendu la lumière surnaturelle émanée de l’enfant, ni le Noli me tangere, ni les compositions où Raphaël a peint Jésns présenté au temple, le repas d’Emmaiis et le Pasce oves meas. Toutes sont belles; mais le plus parfait de tous ces chefs-d’œuvre est peut-être le Saint Paul dans l’Aréopage, (pie Marc- Antoine a gravé d’après un dessin du maître, fait à la plume. Des cyniques, des stoïciens, des sophistes, tontes les sectes de la philosophie antique se trouvent en présence de l’éloquent apôtre, (dette scène majestueuse se termine par la vue d’un temple rond, le même que le Rramante éleva sur le Janicule. Ainsi Athènes est sur le devant, et Rome dans le lointain.
Le mâle burin de Gérard Audran nous dispense de décrire le Saint Paul et saint Rarnabé dans la ville de Lystres, où le génie de Raphaël s’est montré si clair et si souple. Mais il faut dire un mot de la Mort d’Ananie, dont le carton est tout entier de la main du grand peintre. Les apôtres y apparaissent comme des hommes grossiers, revêtus cependant d’une autorité divine; leur tribunal est pauvre et simple comme eux. Ananie est frappé de mort par un arrêt du ciel (pie saint Pierre a prononcé avec la puissance et le calme du souverain juge qu’il représente. Le spectateur est fortement saisi lui-même de l’effroi qu’inspire ce châtiment aux personnes qui entourent l’infidèle ainsi foudroyé.
A ces vingt-deux morceaux, Grégoire XVI en joignit trois autres : le Calvaire et le Repos en Égypte, d’après Van Eyck, et le Spasimo di Sicilia, d’après Raphaël, le même que Toschi a si bien gravé.
Si admirables que soient les tapisseries, il faut bien avouer qu’elles doivent en partie leur célébrité aux cartons de Raphaël , dont les sept plus beaux ont été sauvés par un miracle du hasard, et sont aujourd’hui en Angleterre, au palais de Hampton-Court. Toutefois leur ancienneté même est à nos yeux un intérêt de plus, (‘I , en dépit des progrès de l’art , on peut douter si des tapisseries modernes rendraient mieux le puissant caractère de ces compositions de Raphaël , leur style grandiose, leur rude élégance.
aphael Stekni fut l'architecte du Nouveau Bras; mais il mourut avant d’avoir terminé ce monument, qui fut inauguré en 182:2. C’est une salle de soixante-dix mètres sur huit, où le jour arrive par douze ouvertures pratiquées à la voûte. Sur la porte d’entrée, qui est de fer, se voient les armoiries de Pie VU en bronze doré, et une inscription en son honneur. A droite et à gauche , les bustes de Trajan et d’Auguste, en basalte noir, semblent être les gardiens de cette antiquité qui les rangeait eux-mêmes parmi les dieux.
Douze colonnes, d’ordre corinthien, supportent la voûte : deux, en jaune antique, marbre de Numidie , furent trouvées près du tombeau de Cæcilia Metella; deux autres, en granit noir égyptien, décoraient Sainte-Sabine; les huit autres, formées de quatre fragments de colonnes antiques découvertes sur l’Esquilin,
près de Sainte-Mari e-
iViaieure.
sont en marbre cipolin.
ROME. VATICAN
Sur les murs, des bas-reliefs eu stuc, imités des colonnes Trajane et Automne, sont l’ouvrage de Maximilien Laboureur : ils représentent des triomphes, des sacrifices, des bacchanales. An milieu de la salle s’ouvre une abside de la profondeur de six mètres. Un escalier sur la droite, en face de l’abside, conduit à l’Attique et au jardin de la Ligna. Ici du moins l’étonnante magnificence <le la décoration intérieure est tout à fait digne des merveilles renfermées dans cette partie du Vatican. On y compte cent trente-six marbres, dont quatre groupes et quarante-neuf statues, presque tous plus ou moins restaurés; les bustes, qui autrefois appartenaient, pour la plupart, à la galerie Ruspoli , sont rangés, les plus petits sur des consoles, les plus grands sur des tronçons de colonnes en granit gris ou en granit rouge oriental, et ils alternent avec les statues dont voici les principales :
Les jardins de Salluste, qui s’étendaient du Pincio au Ouirinal , ont fourni, au xvie siècle, le groupe de Silène portant Bacchus , qu’on appelle le Faune a l’enfant. On n’est pas surpris de trouver de pareils dieux chez ce préteur, sybarite austère, qui tira de sa province les moyens d’écrire les sévérités de l’histoire au sein des délices de l’opulence. L’enfant élève une main pour caresser Silène appuyé contre un ormeau que recouvre sa nébride ; ils sont tous les deux couronnés de lierre et de corymbes. Admirable statue ! et ce n’est pourtant qu’une répétition antique du fameux groupe que nous possédons au Louvre, et qui faisait partie de la collection Borghèse, achetée par Napoléon au prix de quatorze millions.
Au masque tragique qu’il tient de la main gauche et au caractère de sa physionomie , vous reconnaissez le tendre Euripide , et plus loin vous croyez entendre Démosthène qui parle au peuple avec cet accent d’autorité et ce geste simple et fier qui conviennent au grand orateur. Cette dernière statue était la propriété du baron Camuccini , qui la céda au pape ainsi que la Julie, fille de Titus , figure restaurée dans les bras, les mains et la draperie, par le chevalier Antoine d’Este , élève et ami de Canova.
Suivant la fable, Hercule, condamné par son frère à lui livrer la biche de Cérynée au bois d’or et aux pieds d’airain, était sur le point de l’atteindre, lorsque Diane le menaça de scs traits. C’est probablement la scène qui est ici représentée : la biche s’est réfugiée vers la déesse, qui tourne la tête d’un air courroucé. La Diane chasseresse est en marbre de Parus. Le Louvre en possède une répétition qui peut-être même est le véritable original.
Plusieurs marbres de cette galerie ont été rapportés d’Ostie à Rome, et ce ne sont pas les moins intéressants. De là sont venues la statue d’ Antinous, favori d’Adrien, sous les traits de Vertumne, et celle de Ganvmède, favori de Jupiter. Sur le tronc où s’appuie l’échanson du maître de l’Olympe, est gravé le nom du