M. AGRIPPA. L. F. COS. TERTIUM. FECIT
Marcus Agrippa, né d’une famille obscure, était parvenu, par son mérite, aux plus hautes dignités de l’empire. Auguste lui donna en mariage sa tille Julie, et lit de lui son principal ministre. Par reconnaissance, Agrippa voulut dédier un temple à son beau-père ; mais Auguste ayant décliné cet honneur, Agrippa
ROME
dédia son temple à Jupiter Vengeur, en souvenir de la victoire d’Actium ; toutefois l’édifice reçut le nom de Panthéon , soit parce qu’on y voyait les statues de Mars et de Vénus, avec les attributs de plusieurs divinités, soit, comme le dit l’historien Dion Cassius, parce que la voûte du monument était semblable à la voûte du ciel.
Quelques antiquaires ont pensé que le corps de l’édifice , autrement dit la rotonde, avait été construit du temps de la république, et que Marcus Agrippa y avait seulement ajouté le portique. On remarque en effet un désaccord entre l’édifice et le porche , dont l’entablement ne correspond point à celui du temple. Mais la rotonde se trouvant liée aux thermes d’Agrippa, il est probable que le premier de ces bâtiments fut édifié en même temps que l’autre , et qu’ ainsi le Panthéon tout entier fut l’ouvrage d’un seul et même architecte. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas dans Rome, si l’on excepte le Colisée, de monument plus magnifique, plus imposant, plus auguste. Le portique est le plus beau qui existe en Italie. Composé de seize colonnes monolithes en granit oriental blanc et noir, d’ordre corinthien, il présente une élévation de treize mètres. Le fronton est porté sur huit colonnes; les huit autres , placées quatre à quatre sur deux rangs , ont entre elles des espacements doubles et triples , et ne correspondent qu’aux première , troisième , sixième et huitième colonnes de la façade. Le portique , ainsi dégagé , parait plus vaste , l’entrée du temple plus libre , et le spectateur aperçoit de loin , sans obstacle , les deux grandes niches qui sont des deux côtés de l’entrée et dans lesquelles étaient placées jadis les statues d’Auguste et d’Agrippa , selon le témoignage de Dion. Une de ces niches a contenu plus tard l’urne de porphyre que nous avons vue à Saint-Jean de Latran dans la chapelle Corsini , et dont le pape Clément XII fit son tombeau. Les colonnes de ce superbe vestibule ont un mètre quarante centimètres de diamètre , et leur entre-colonnement est de deux diamètres de colonnes , ce qui donne une proportion admirable ; le travail des bases et des chapiteaux est d’une perfection exquise. On peut , du reste , observer les plus fines nuances de construction dans cette massive architecture. Ainsi l’ entre-colonnement du milieu est un peu plus large que les autres , pour laisser mieux voir la porte , et les entre-colonnements qui suivent diminuent à mesure qu’ils s’éloignent du centre. Une dégradation en sens inverse se fait remarquer dans la grosseur des colonnes dont le diamètre augmente à partir du
milieu , de sorte que les colonnes des extrémités sont plus fortes que les
intermédiaires. C’est peut-être à ces calculs délicats de l’architecte, à ces nuances dans les proportions , qu’il faut attribuer l’impression mystérieuse que produit cl’ahord le portique du Panthéon, et l’étonnement religieux dont on est saisi avant même de pénétrer dans le temple. Encore doit-on ajouter à cet effet celui que
devait produire le monument lorsqu’on y montait par un escalier de marbre ,