MUSÉE CHIARAMONTI
l’honneur de sa douce amie Macaria. Il est charmant de voir ces poétiques amours traverser ainsi les âges, et venir se montrer à nous, chastes et voilés, sous les plis harmonieux du marbre. Ces timides fortunes du cœur 11e seraient-elles pas plus aimables que la gloire des héros?
Voici Cupidon tendant son arc , que Lucius Aponius Tespius a consacré à son amante Aponia Synerusa. La belle Aponia, car une fille aimée doit avoir été belle,
V É N l S DU V A T I C A N
I, ’ A M O U a TENDANT S O N AUC
voulut donc avoir aussi une copie de ce divin Cupidon de Praxitèle que le grand statuaire estimait à l’égal de son Satyre, et qu’il avait sculpté pour les heureux habitants de Parium. Quelle grâce! Est-il un cœur invulnérable aux traits que va lancer un tel dieu? et faut-il s’étonner si la création primitive de Praxitèle, selon le témoignage de Pline, fit naître une passion non moins folle que celle qu’avait inspirée la Vénus de Guide, du même sculpteur : Ejusclcm et altcr nudus in Pario, par Veneri Gnidiæ nobilitate et injuria.... Mais combien de statues ne devons-nous pas à l’amour! c’est lui qui sculpta le nom de l’affranchie Valeria Tetide sur le ci ppc qui porte une petite Diane chasseresse, morceau de choix et d’un goût parfait, cédé au pape par le sculpteur Albazini. C’est, encore P amour qui
ROME. VATICAN
a élevé cette statue à la Volupté , femme demi-nue qui relève ses vêtements de la main gauche, et tient de la droite le vase des parfums enivrants.
Appuyé sur un tronc d’arbre, et les jambes croisées, un petit Faune joue de la flûte. Veut-il charmer une Nymphe distraite, ou appeler à lui la tendre bergère qui écoute au loin ses chansons? Cette figure est gracieuse; mais le Faune dansant attire encore plus vivement les regards. Son corps prêt à s’élancer est un modèle
FAUSE DANSANT
de l’art si délicat que possédèrent les anciens, de choisir l’instant où la ligure commence et promet le mouvement au lieu de l’accomplir. Moins svelte que les autres, le Faune dansant , dont l’expression est si naïve et la pantomime si rustique, se rapproche beaucoup, par ses proportions et son caractère, du type court et pesant que certains auteurs prêtent aux Faunes, contrairement à T opinion de Winckelmann.
Homère a dit que l’usage immodéré du vin causa la perte des Centaures. C'est sons doute cette version du prince des poètes, qui a suggéré au statuaire I idée de représenter un l 'entame lutine par le Génie de Bacchus. A cheval sur le dos du monstre, ce petit Cénie , hardi et pétulant comme il sied au dieu du
MUSÉE uni ARA MONTE 57
vin, tient d’une main le Centaure par les cheveux, et de l’autre le menace. Il n’est peut-être pas de sujet plus sculptural, ou du moins de plus agréable au sculpteur, qu’une figure de Centaure. Le statuaire y trouve à développer toutes les ressources de son art dans la seule nécessité de faire contraster les deux natures du cheval et de l’homme, et de nuancer le modelé de cette double carnation, tout en y mettant de l’harmonie, car il en faut même dans l’imitation d’un être imaginaire.
L E C E N I A l II E
Un précieux fragment de bas-relief, représentant les Fêtes des Panathénées, fut détaché en 1681 d’une frise du Parthénon, œuvre de Phidias et de ses élèves; Pie Vil en fit l’acquisition d’après les conseils du baron Camuccini. Tout le monde sait que la presque totalité de cette frise à jamais célèbre se trouve maintenant dans les galeries du Bristish -Muséum de Londres, où les apporta lord Elgin, le trop heureux spoliateur du Parthénon. Mais, il faut le dire, la frise de Phidias et ses métopes sublimes font quelque peine à voir sous le climat brumeux de la positive Angleterre. Que ne les a-t-on laissés sous ce beau ciel de la Grèce, dont le soleil les avait dorés pendant deux mille ans de sa chaude lumière!
Peut-être devons-nous mentionner, avant de quitter le musée Chiaramonti , d’abord le plus beau des divers bas-reliefs qui représentent un Sacrifice à Mithras :
ROME. VATICAN
Mithras est une divinité persane dont le culte s’introduisit à Rome à la suite des pirates vaincus par Pompée, et qui n’est autre que le Génie du soleil; on le voit ici dans l’action de sacrifier un taureau, emblème «le la lune, et tout le morceau est une allégorie cosmologique, où le chien et le scorpion sont introduits comme les images de la canicule et de l’automne; ensuite le grand cippe donné par Canova, où sont figurés des sujets relatifs à l’origine de Rome , tels que les nourrissons de la louve; et le cippe funéraire de Lucia Telesina, supporté aux quatre angles par des Sphinx auxquels se marient des tètes de béliers : Telesina tient dans ses bras deux enfants; à côté d’elle sont deux amies qui la pleurent; sur les faces latérales, des Génies, montés sur des dauphins, caractérisent l’amour conjugal dont les dauphins sont un modèle : ver a agunt connubia , dit Pline; une couvée d’oiseaux est l’image de l’amour lilial, et un papillon becqueté par deux oiseaux symbolise l’immortalité de l’âme. Enfin notre dernier regard s’arrêtera sur une urne colossale qui a pour anses des têtes de lion, et pour ornement un tigre qui mange du raisin, gracieuse allusion à la douce puissance d’une liqueur dans laquelle se noie la férocité. Bacchus et Ariane assis se disposent â boire avec cette corne, qui fut le premier vase; à leurs côtés sont les figures couchées d’un homme et d’une femme qui ont usé la vie au milieu des guirlandes de fleurs et des enivrements de l’amour.
Doté de tant de richesses, le musée Ghiaramonti ferait à lui seul la réputation d’une autre ville que Rome. Mais, le croirait-on ? ce n’est encore ici que le prélude des merveilles qui nous attendent dans le musée Pie-Clémentin , où vont nous apparaître les plus fameux ouvrages de l’antiquité.
ans la seconde moitié du xvme siècle , le souverain pontife Clément XIII avait fait réunir les monuments de sculpture antique retrouvés depuis la Renaissance. Clément XIV, son successeur, y mit encore plus de zèle, secondé par son trésorier général, le cardinal Brasclii. La mort vint arrêter ses nobles entreprises, et, après un règne de six ans, il dut léguer sa pensée, en même temps que l’héritage de saint Pierre, à ce même cardinal son ministre, parvenu à la tiare sous le nom de Pie VI. Pendant ce long pontificat de vingt-cinq ans, au milieu des plus grands événements qui aient agité le monde, et alors même que l’Italie était occupée par les soldats de l’étranger, Pie VI ne se contenta pas d’acquérir les précieux monuments du passé, il jeta les fondements de
ROME. VATICAN
l’édifice qui devait un jour les rassembler tous, et faire ainsi l’admiration du monde par le nombre de ses chefs-d’œuvre , la richesse de ses ornements et la régulière majesté de ses proportions.
Le musée Pie-Glémentin conserve donc le souvenir des trois papes qui furent ses fondateurs, en perpétuant leurs noms devenus les siens. Nous le diviserons en huit parties principales :
Cour du Belvédère.
Salle des Animaux.
Galerie des Statues.
Salle des Bustes.
Chambre des Muses.
La Rotonde.
Salle de la Bige.
Galerie des Candélabres
our du Belvédère. La cour du Belvédère est une grande cour octogone et à ciel ouvert, qu’entoure un portique élégant d’ordre ionique élevé pour mettre à l’abri des injures du temps les monuments les plus vénérables de l’art grec. Ce portique est soutenu par seize colonnes antiques dont quelques-unes sont de granit rouge oriental, et par des pilastres de brèche eoralline. Les huit frontons sont ornés de grands masques antiques provenant du Panthéon, et les entre-colonnements sont garnis de bas-reliefs, précieux. Pie VI fit fermer les angles de cette cour au moyen de quatre grands sarcophages et de seize statues posées sur des cippes, et au milieu de l’octogone , ainsi arrondi, il fit construire une gracieuse fontaine d’eau jaillissante. De cette manière, les chefs-d’œuvre de cette partie du Vatican , renfermés chacun dans une salle voûtée , reçoivent la lumière de la cour , lumière abondante, égale, tranquille, et qui n’est contrariée par aucun autre jour.
Mais avant de pénétrer dans la cour , où se trouvent avec trois statues de Canova, l 'Antinoils , le Laocoon et VA poil or dit du Belvédère , on passe par deux chambres qui renferment, la première le Torse , le mausolée de Scipion et un autre sarcophage; la seconde, le Méléagre, qui a donné son nom à la chambre. Ces deux pièces sont séparées par un vestibule rond orné d’une tasse antique , sculptée à feuillages et soutenue par trois hippocampes.
Il n’est pas dans l’art de fragment plus admirable que le Torse du Belvédère. Les plus savants antiquaires, aussi bien que les plus grands artistes, n’ont jamais pu contempler sans émotion ce morceau sublime. Michel-Ange se disait élève du Torse, Raphaël s’efforça d’imiter ce marbre dans son tableau de la Vision d’Ézéchiel, et le docte Winckelmann n’en parlait qu’avec des transports d’enthousiasme. Mais il n’est pas besoin d’avoir l’érudition de Winckelmann ni le génie de Raphaël ou de