FAC-SIMILE DE L’ÉCRITURE DE MICHEL-ANGE
vêtir. 11 dormait peu et se levait la nuit pour noter ses idées avec le ciseau ou le crayon. Ses repas se composaient alors de quelques morceaux de pain qu’il prenait dans ses poches le matin , et qu’il mangeait sur son échafaud tout en travaillant. Vieux et décrépit, un jour le cardinal Farnèse le rencontra à pied au milieu des neiges, près du Colisée; le cardinal fit arrêter son carrosse pour lui demander où il allait par ce temps et à son âge. — A l'école , répondit-il, pour tacher cl’ apprendre quelque chose.
ROME. VATICAN
Né le 6 mars 1474, dans les environs de Florence, Michel-Ange mourut à Rome le 17 février 1563, ayant vécu quatre-vingt-huit ans onze mois et quinze jours. Ce grand homme n’a pas seulement honoré tous les arts, la peinture, la statuaire , l’architecture , la poésie , en les marquant à l’empreinte du génie le plus étonnant des temps modernes ; il les a honorés par son caractère , qui , plutôt que de descendre à la flatterie envers les rois de la terre et les princes de l’Église , demeura lier avec eux jusqu’à la rudesse, caractère qui, dans tous les temps, devrait servir de modèle aux artistes, quelquefois trop enclins à l’ouhli de leur dignité. Il pensa comme un philosophe, il sentit comme un poète, et il vécut comme un sage. Sa dépouille mortelle, secrètement enlevée par les ordres de Corne de Médicis , fut transportée à Florence , où Cellini , Vasari , Bronzino et autres lui firent des obsèques dont la magnificence fut telle que, pour satisfaire la curiosité des étrangers accourus de toutes parts , on laissa l’église ornée de ses tentures pendant plusieurs semaines. Lors de la cérémonie, on trouva le corps de Michel-Ange changé en momie par la vieillesse sans le plus léger signe de décomposition. Cent cinquante ans après, le hasard ayant fait ouvrir son tombeau, on trouva encore une momie parfaitement conservée et complètement vêtue à la mode du temps. Un mausolée lui a été élevé dans l’église de Santa Croce , mais ce mausolée ne vaut certainement pas le groupe colossal d’une déposition de croix, qu’il avait modelé lui-même pour être placé sur son tombeau, avec la philosophique sérénité qui lui faisait dire : Si la vie nous plaît , la mort , (pii est du meme maître , devrait aussi nous plaire.
e triomphe de Nicolas Y sur les deux papes qui lui avaient disputé le saint-siège, fut un événement aussi heureux pour les arts que favorable au repos de l’Italie et à la pacification de l’Eglise. Ce pontife éclairé ne se borna pas à remettre en honneur les langues antiques, à faire rechercher les vieux manuscrits dans toutes les parties du monde, à jeter les fondements de Saint-Pierre, il fit construire dans le Vatican une chapelle privée, et la fit orner de fresques par un religieux de l’ordre de Saint-Dominique, Fra Angelico da Fiesole , le plus habile peintre de Florence, depuis la mort du Masaccio.
La chapelle qui porte le nom de Nicolas Y est voisine de la salle de Constantin, dont elle n’est séparée que par l’antichambre des Stanze. Les étrangers la visitent rarement, parce qu’elle est le plus souvent fermée. On peut toutefois s’en
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procurer l’entrée moyennant une légère rétribution au custode. Ce qui donne vraiment du prix et un vif intérêt à cette chapelle, ce sont les peintures du Fiesole. Elles ont trait à l’histoire de saint Étienne et de saint Laurent. Celles qui sont consacrées à saint Étienne, le représentent successivement, recevant l’ordination, distribuant des aumônes, comparaissant devant le concile de Jérusalem, prêchant la foule, puis chassé, et enfin lapidé. Ces divers épisodes de la vie du saint sont retracés dans les compartiments d’une décoration divisée par des colonnettes gothiques, connue serait une croisée. Des figures d’évêques ou de moines occupent des espèces de niches que le peintre a ménagées dans les montants , et les ornements les plus délicats, les plus mystiques, achèvent d’encadrer les pieuses compositions de Fra Giovanni.
La seconde série de ces peintures se rapporte à la vie de saint Laurent, depuis son ordination jusqu’à son martyre. Ici, on le voit qui reçoit du pape les trésors de l’Église pour les distribuer aux pauvres; là, il est présenté à l’empereur. Des figures d’évangélistes et de Pères de l’Eglise décorent la voûte de la chapelle , également divisée par des encadrements symétriques.
Pour peu que l’on se rappelle quels furent les sentiments et les pensées du Fiesole, son détachement des choses du monde, sa vie austère et la simplicité de son cœur, on devine comment il dut concevoir et exécuter ses religieuses peintures. Précieuse, naïve et pâle, sa fresque a l’aspect limpide d’une aquarelle. Habitué à orner les livres d’église de ces vignettes fleuries que multipliaient alors la dévotion et l’art, il donnait à ses fresques la même apparence qu’à ses miniatures, et les finissait avec le même soin, ou, pour mieux dire, avec la même dévotion. Ses figures d’une expression séraphique sont touchées avec tant de délicatesse qu’il semble que le pinceau les ait seulement effleurées, et que le peintre , à travers la mince enveloppe du corps, n’ait voulu peindre que Pâme. La sienne transparaît tout entière dans cette discrétion de la couleur, dans cette manière pudique et virginale. Pénétré de l’esprit de Dieu, frère Angelico pratiquait la peinture comme un moyen de s’entretenir dans de saintes pensées. L’exercice de son art était pour lui une des formes de la prière et, dans la représentation de la nature, il croyait uniquement rendre hommage au Créateur. Parmi les religieux de son ordre, aucun n’était plus fidèle à la règle, plus fervent, plus candide; aucun ne possédait à un plus haut degré les vertus chrétiennes. Son humilité était si sincère, que le pape l’ayant voulu nommer archevêque de Florence, il se récusa, ne pensant pas avoir les qualités nécessaires à un pasteur, et il supplia le saint-père de conférer ces hautes fonctions au frère Antonin, autre religieux dominicain, qui fut en effet institué archevêque de Florence et plus tard canonisé. Le Fiesole était profondément soumis à ses devoirs monastiques, à ce point que, si on lui demandait une de ses peintures, il