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LA CHAPELLE DE NICOLAS V

ne consentait à la donner qu’avec la permission de son supérieur. Il était d’une simplicité de mœurs et d’une naïveté extraordinaires. Un jour le pape l’ayant retenu à dîner, il s’excusa de ne pas manger de la viande, sur ce que sa règle

SAINT LAURENT RECEVANT DU PAPE LES TRÉSORS DE I.’ÉCLISE ET LES DISTRIBUANT AUX PAUVRES

le lui interdisait, ne jugeant point que le saint-père lui-même pût le dispenser de la permission du chef de son ordre. Sa piété était si profonde que ses biographes assurent qu’il n’aurait pas touché à ses pinceaux avant d’avoir fait sa prière. Pendant qu’il travaillait dans le Vatican à la décoration de la chapelle del Sagramento qui, plus tard, fut détruite par Paul III, l’empereur Frédéric étant

ROME. VATICAN

venu à Rome avec sa fiancée, Eléonore de Portugal, pour recevoir la bénédiction du souverain pontife , le Fiesole en prit occasion de faire le portrait de l’empereur et celui du pape Nicolas V et de plusieurs hauts personnages, portraits qu’il introduisit, suivant la coutume du temps, dans quelques-unes de ses dévotes peintures.

Les fresques de la chapelle de Nicolas V sont d’autant plus précieuses, que nulle part on ne retrouverait un mysticisme plus gracieux, une austérité plus tendre. C’est là que la pensée chrétienne se traduit en figures empreintes du spiritualisme le plus pur et quelquefois rayonnantes d’extase ou de béatitude. D’autres feront encore refleurir ce sentiment de la religion évangélique, mais personne n’aura fait exprimer si doucement à la peinture les émotions d’une Aine ravie dans les régions célestes. Le Fiesole mourut à Rome, en l’année 1455, à l’âge de soixante-huit ans, en odeur de sainteté, et il reçut le nom de bienheureux qui venait s’ajouter si bien à celui d’Angélique. On l’appela donc désormais Fra Beato Angelico da Fiesole. Il fut enseveli dans l’église de la Minerve, auprès de la sacristie, par les frères de son ordre qui lui élevèrent un tombeau en marbre, orné «le son portrait, et sur lequel on lit cette épitaphe :

Non mihi sit laudi, quid eram velut aller Apelles,

Sed quod lucra tuis omnia, Christe, dabam :

Altéra nam terris opéra exstant, altéra cœlo.

Urbis me Joannem flos tulit Etruriæ.

Du temps de Vasari, la mémoire du Fiesole était tellement en honneur qu’on montrait à Florence, les jours de grande fête, dans l’église de Santa Maria del Flore , deux livres ornés de miniatures exécutées par ce grand artiste , et qu’on dirait peintes de la main d’un ange.

eus le milieu du xve siècle , ù l’époque même où l’on inventait l’imprimerie, Nicolas Y fonda la bibliothèque du Vatican. Les manuscrits grecs, latins et orientaux que le saint pontife Ililaire avait rassemblés mille ans auparavant, furent le premier noyau de cette collection , aujourd’hui la plus précieuse du monde ; mais dès la fin du siècle suivant, le nombre des livres imprimés était déjà si considérable, que le pape Sixte-Quint lit construire par Dominique Fontana l’édifice qui les contient aujourd’hui , et qui coupe la grande cour du Bramante. Cette partie du Vatican est elle-même un palais magnifique, dont la principale galerie, divisée en deux nefs par des piliers, couverte d’or, décorée de peintures, meublée de tables en granit, ornée de marbres, de vases, de sarcophages

ROME. VATICAN

et autres fragments antiques, mériterait à elle seule une description attentive, quand elle ne renfermerait aucun autre objet de curiosité. Les murs sont peints par Antoine Viviani, Paul Baglione, Ventura Salimbeni, Paris Nogari et autres, lesquels y ont représenté les inventeurs des divers alphabets, les fondateurs de bibliothèques, les anciens conciles, et les traits principaux de la vie de Sixte-Quint. Cette salle immense, car elle a soixante-douze mètres de long, est remplie d’objets curieux,

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