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LA BIBLIOTHÈQUE DU VATICAN

marbre, Lime d’Aristide de Smyrne, sophiste grec, l’autre, de Saint Hippolyte , évêque de Porto au me siècle. Ce dernier morceau fut découvert dans les catacombes de San Lorenzo. De là proviennent aussi les reliques dont se compose le musée des Antiquités chrétiennes, c’est-à-dire les peintures, les habillements, les lampes, les ustensiles dont faisaient usage les premiers chrétiens lorsqu’ils vivaient dans Borne souterraine, et les divers instruments de torture qui servirent au supplice des martyrs.

SAINT IIIPPOLYTE

Vient ensuite la salle des Papyrus. C’est le chevalier Raphaël Mengs, le célèbre critique du siècle dernier, qui en a peint à fresque les murailles et les voûtes. Il y a représenté, sous les traits de sa femme, l’Histoire écrivant sur les épaules du Temps , et dans la figure d’un ange qui se tient auprès d’eux , le portrait de sa charmante fille. D’autres pièces contiennent les terres cuites, une série d’inscriptions donnée à la bibliothèque par monsignor Cajétan Marini, la collection de médailles antiques où se trouvent des coins uniques, en or, notamment celui d’Antinoüs du plus grand module connu, et le recueil d’estampes commencé par Pie VI et complété par son successeur.

ROME. VATICAN

Le grand corridor de droite est décoré de fresques retraçant les règnes agités de Pie VI et de Pie VII. C’est ici que sont conservés la plus grande partie des livres imprimés ou manuscrits. Au nombre de ces derniers, il faut noter une Bible grecque du xvie siècle, une Bible en hébreu ayant appartenu au duc d’Urbin, les Actes des apôtres en lettres d’or, un Missel du pape Gélase , le grand Bréviaire de Mathias Corvin, roi de Hongrie, rempli de miniatures; un Virgile du vc siècle, avec des figures, un manuscrit de Pline, un Térence de la fin du vin® siècle, l’autographe des Rime de Pétrarque, la Divine Comédie, copiée de la main de Boccace, dix-sept lettres d’Henri VIII à Anna Boleyn, et les trois premiers chants manuscrits de la Jérusalem, que le Tasse composa à dix-neuf ans.

Quand on sait de quels éléments s’est formée la bibliothèque du Vatican, on ne s’étonne point des trésors qu’elle renferme. Depuis la fin du xvi® siècle, les plus belles collections sont venues s’y fondre. D’abord les palimpsestes des bénédictins de Bobbio, puis la collection de l’électeur palatin, ensuite la bibliothèque d’Urbin, fondée par le duc Frédéric , dont la passion pour les livres était si forte , qu’à la prise de Volterre, en 1472, il ne voulut pour sa part dans le butin qu’une Bible en hébreu, enfin la bibliothèque Alexandrine, celle de Christine, reine de Suède, composée de plus de deux mille manuscrits grecs , et les magnifiques recueils de la famille Ottoboni et du marquis Capponi. On porte à cent mille le nombre des textes imprimés , et à trente mille celui des manuscrits que renferme la bibliothèque du Vatican. Une des circonstances les plus frappantes dans la plus grande

bibliothèque de l’Europe, ccst qu’on n’y voit pas un seul livre : les armoires à

portes pleines , dans lesquelles la collection est conservée , 11e donnent aucune indication de leur contenu ; si bien qu’en voyant tant de peintures et tant de richesses, tant d’or et tant d’outremer, on se croirait plutôt dans une salle de fête

qu’en un lieu destiné au recueillement et à l’étude.

Quand on monte au Capitole parle chemin que suivaient jadis les triomphateurs, et qu’on a l’esprit tout plein des classiques souvenirs de la fable et de l’histoire, on se figure un espace immense , couvert de monuments imposants , défendu par des forteresses , bordé de précipices; on est, pour ainsi dire, effrayé d’avance de ce que l’on verra, et cependant ce mont Capitolin si fameux, qui fut le centre de l’empire romain, ce mont qu’habita Saturne, le père des dieux, et sur lequel vint trôner ensuite, la foudre en main, Jupiter Optimus Maximus, dont le temple merveilleux, élevé de cent marches, était couvert de tuiles en bronze doré; cette montagne sainte qui promettait à Rome d’être la capitale de l’univers, parce qu’on y trouva, dit-on, sous Tarquin l’Ancien, la tête de Tolus, caput 7b//,... n’est qu’une petite colline, élevée seulement de quarante mètres environ au-dessus du niveau de la mer, et qu’on 11e soupçonnerait point d’avoir pu être la citadelle inaccessible des maîtres du monde.

ROME. CAPITOLE

Le Campidoglio (champ d’huile), car c’est ainsi que les Italiens appellent le Capitole, a deux sommets : l’un au levant, sur lequel est construite l’église d’Ara-Cœli, à la place même où s’élevait jadis le temple de Jupiter, l’autre vers le Tibre où était bâtie la citadelle, dont il reste encore quelques ruines vénérables en pierre

volcanique, sous le palais de Caffarelli. Autrefois le mont Capitolin était la fin et le rempart de la ville à l’occident et au nord, et l’on n’y arrivait que du coté de l’orient, c’est-à-dire du Forum, par trois montées, notamment par les cent degrés de la roche Tarpéienne. Aujourd’hui le Capitole est accessible par l’occident comme par l’orient, et Rome entière est à ses pieds.

Entre les deux sommets, se trouvait l’espace appelé Inter montium. , où le nourrisson de la louve offrit un asile à ces fiers brigands qui formèrent le premier noyau de la population romaine. C’est là que Michel-Ange, sous le pontificat d’un Farnèse, Paul III, dessina une petite place carrée, à laquelle on monte par un large escalier à rampe, noblement décoré, en bas, de deux lions de basalte, en fiant, des statues colossales de Castor et de Pollux, tenant des chevaux. Au centre de la place fut apportée la statue équestre de Marc Aurèle, bronze admirable de simplicité et de grandeur, figure naturellement majestueuse, à laquelle Michel- Ange adressa, dit-on, ces paroles : Souviens-toi (jue tu es en vie, et marche ! Trois cotés seulement de la place du Capitole sont bornés par des édifices peu dignes du grand architecte qui les dessina. En face est le palais du Sénateur, dont Michel- Ange reconstruisit la façade en y appliquant de grands pilastres corinthiens, pour la mettre d’accord avec les deux monuments latéraux , qui sont : à gauche , le musée du Capitole; à droite, le palais des Conservateurs, auquel est attenante la galerie des Tableaux où nous allons entrer.

et marcher sans guide à la découverte de

n nouveau désappointement attend ici le visiteur, à l’entrée même du musée. Et d’abord avant d’y arriver, il lui a fallu traverser des cours et des corridors délabrés, monter et descendre des escaliers sales,

la porte qui doit le conduire à la galerie. A cette porte bâtarde et toujours fermée pend une ficelle qui sort par un trou et correspond à la cloche qui avertit le custode. Deux ou trois étages d’escaliers étroits, mal badigeonnés et mal tenus, mènent à deux grandes

pièces toutes peintes en ocre : c’est la galerie des Tableaux.

Elle fut fondée par Benoît XIV, au commencement du dernier siècle, et c’est à Pie Vil qu’elle doit son agrandissement. Plus nombreuse que celle du Vatican, car elle renferme deux cent vingt-neuf tableaux, la collection des peintures du Capitole est infiniment moins précieuse. On y compte un grand nombre

ROME. CAPITOLE

de copies et beaucoup de tableaux du second et même du troisième ordre. Toutefois il en est aussi de fort remarquables et qui méritent de captiver l’attention. L’école de Bologne y triomphe dans les ouvrages de Francia, du Guerchin , du Dominiquin, des Carrache et du Guide; l’école française y est représentée par Nicolas Poussin, Claude Lorrain, le Bourguignon, Nicolas Mignard; l’école flamande, par Rubens et Van Dyck; l’école vénitienne, par Titien et Véronèse; l’école romaine, par Pérugin, Garofalo, le Pinturicchio , le Caravage et Pietre de Cortone; l’école florentine, par Sandro Boticello. Mais procédons par ordre :

remière salle. C’est celle dont l’entrée fait face à l’escalier. Quatre-vingtonze tableaux, si nous avons bien compté, y sont exposés. Celui qui a d’abord attiré plus particulièrement nos regards, c’est une Vierge entre saint Martin et saint Nicolas , par Sandro Boticello. Au premier aspect, on croirait voir un Pérugin : le style en est austère, le contour sec, le faire précieux et un peu mesquin, et les draperies conservent encore un dernier vestige de la roideur gothique. La Vierge, assise sous un riche baldaquin, dans une chaise délicatement ornée, tient sur ses genoux l’enfant Jésus auquel l’un des évêques présente des oranges posées sur un livre à fermoir. L’enfant les prend de la main en souriant; mais la Vierge a comme un voile de tristesse sur le visage. Les deux saints évêques portent chacun la mitre, la crosse, le manteau pluvial et un livre d’église. La composition est ainsi arrangée avec la timide symétrie que l’on observait alors dans tous les tableaux de dévotion; les têtes y sont des portraits, et l’ouvrage entier, par le soin donné à l’exécution de tous les détails, trahit l’habitude de voir et de peindre en petit. Mais le sentiment religieux qui est empreint dans cette peinture est bien d’accord avec ce que Vasari nous apprend de Boticello, artiste impressionnable et prompt à l’exaltation, au point qu’ayant embrassé le parti du moine Savonarole, et subi son influence, il abandonna la peinture comme un art entaché de paganisme et préféra les horreurs de la misère à l’improbation du terrible prédicateur.

Alessandro, appelé Sandro suivant le diminutif florentin, et surnommé Boticello, nom d’un orfèvre distingué chez lequel il fut placé par son père , est le plus ancien des peintres graveurs de l’ Italie, et à ce titre il est digne de nous arrêter quelques instants de plus. Ge fut lui, qui, après la découverte de Finiguerra, exécuta les premières planches au burin; et non-seulement il fit graver ses dessins par Baccio Baldini , mais il grava lui-même le Triomphe de Paul Émile , les sept Planètes, et d’autres estampes dont la plus belle est justement en l’honneur de Savonarole. On lui doit aussi les vignettes d’une précieuse édition du Dante, celle qui fut imprimée à Florence en 1191 par Lorenzo délia Magna. Dissipé et

GALERIE DES TABLEAUX

imprévoyant à l’excès, Sandro , que le vieux Laurent de Médicis ne cessa de protéger, acquit une grande fortune qu’il gaspilla de la manière la plus déplorable. Dans sa vieillesse, raconte son biographe, il ne pouvait plus marcher qu’à l’aide de béquilles. Il mourut infirme et décrépit à l’âge de soixante-dix-huit ans et fut enseveli à Florence l’an 1515, dans l’église d’Ognisanti. Du reste ce Florentin, et en général les maîtres du xve siècle, sont d’autant plus remarqués dans la galerie des

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