‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 72 sur 167 · LE TRIOMPHE DES NÉRÉIDES · texte numérisé non relu

LE TRIOMPHE DES NÉRÉIDES

en retirant une épine de son pied. Quand la nature se charge d’être gracieuse, le sculpteur peut la laisser parler dans toute la naïveté de son langage.

Avant de quitter le salon du Faune, il nous reste à voir quelques bas-reliefs, celui du Combat des Amazones contre Thésée, qui orne un sarcophage antique, celui qui retrace la fable de Diane et Endymion, enfin la jolie frise du Triomphe des Néréides. Mais peut-être se demandera-! -on pourquoi les divinités de la mer étaient si souvent sculptées sur les sarcophages? Cela tient aux croyances des anciens touchant la mer et ses abîmes. Pour eux, l’Océan peuplé de déités chimériques, agité par de fantastiques amours, était l’asile réservé aux âmes des justes. Dans les profondeurs mystérieuses de cette grande mer inconnue, ils imaginaient des séjours de délices; ils y plaçaient volontiers l’Elysée des héros et des sages. Voilà l’explication de ces bas-reliefs que l’on est surpris de voir sur des tombeaux antiques. On voulait

G A I , E I ; 1 E I) E S STAT Lî E S .

faire entendre que l’âme des trépassés jouissait des bonheurs de la vie future, et c’est ainsi que, par un contraste imprévu, on représentait, sur le marbre des tombes, la joie des Néréides abandonnant aux brises de la mer leurs nudités lascives ou leurs draperies entr’ ouvertes, et l’allégresse des Tritons qui battent follement les vagues de leurs nageoires dentelées, semblables aux fabuleux sourcils de Glaucus.

§alle du Gaulois blessé. D’autres appellent ce soldat mourant un gladiateur , mais si l’on considère que cette statue est l’ouvrage d’un des grands artistes de la Grèce, on comprendra qu’elle ne saurait être l’image d’un gladiateur, car, dans les beaux siècles de la sculpture, les Grecs ne connaissaient point ces jeux barbares.

LE GALLOIS liLESSÉ

D’ailleurs la trompe que l’on voit brisée aux pieds de la statue, la corde que le soldat porte au cou, et le bouclier ovale sur lequel il est couché, ne sont pas les attributs d’un gladiateur. Tout annonce que c’est là un guerrier romain ou gaulois : le rude caractère du visage, les moustaches, les cheveux courts, drus, hérissés. C’est aussi l’opinion de Visconti; mais Winckelmann, s’appuyant sur une inscription grecque placée au-dessous de la statue d’un vainqueur à Olympie, conjecture que la figure du Capitole pourrait bien être celle d’un héraut blessé, peut-être de Polyphonte, héraut de Laïus, roi de Thèbes, qui fut tué par Œdipe avec son maître. Les hérauts en effet se servaient du cor dans les jeux publics et portaient une bride autour du cou , sans doute pour ne pas se rompre une veine en sonnant du cor. Quoi qu’il en soit, le soldat mourant est un des beaux marbres du Capitole. Aussi fut-il envoyé au Louvre, à la suite de nos victoires en Italie, et Ton peut se

ROME. CAPITOLE

rappeler en l’admirant, ce que disait l’antiquité d’une pareille statue modelée par Ctésilaüs, rival de Phidias : qu’on voyait dans le héros expirant ce qui lui restait encore d’âme , in quo possit intelligi quantum restet animæ.

Tout autour de la chambre , plusieurs morceaux de prix accompagnent le chef-d’œuvre dont nous venons de parler. C’est, d’ahord une des Heures, celle communément appelée Flora. Elle fut trouvée dans la villa d’Adrien, ainsi que deux figures d’Antinoüs, dont le travail est parfait. Dans une de ces deux statues, le

Page 1