L E F A Y NE A L A VEND \ N G E
variés pour correspondre aux divers sentiments de l’àme, comme aux divers aspects du beau. Plus ils descendaient l’échelle des êtres, plus ils tendaient à se rapprocher de la nature, sans abandonner l’idéal. Les divinités champêtres qui tenaient 1<‘ milieu entre les dieux et les hommes étaient pour le statuaire antique des motifs charmants, parce qu’il lui était permis d’y mettre plus de liberté dans le mouvement, plus d’agrément dans les accessoires, plus de chaleur dans l’accentuation de la vie. La grâce comique, le sourire d’une ivresse voluptueuse, ne pouvaient être décemment exprimés que dans la ligure d’un dieu rustique. Le Faune à la vendange est.
GALERIE DES STATUES
(lisons-nous, en rouge antique, et 11e faut-il pas admirer ici le sculpteur jusque dans l’emploi de la matière? Ce marbre rouge n’est-il pas singulièrement approprié à la représentation d’un enfant de Bacclius? On dirait que Sylva in s et Bacchantes ont pris plaisir à le barbouiller de lie, ou à le plonger, aviné, dans le pressoir. Mais quelle justesse de caractère, et quel heureux choix de formes! Une certaine mollesse de fibres se mêle cette fois aux accents d’une nature sauvage. La sensualité et l’ivresse ont affaibli ce corps robuste, au point qu’il semble près de fléchir.
l’enfant a l’oie
LE TIRE l R D’ÉPINE
Une table de bronze, encastrée dans le mur et sur laquelle est gravé le décret du sénat qui conférait à Vespasien l’autorité impériale , attirera un instant notre attention , mais elle sera bientôt ramenée vers les deux statues d’enfants les plus belles qui soient à Rome, au jugement de Winckelmann. L’une est Hercule enfant, jouant avec le masque de Silène; l’autre, V Enfant à Voie , si connu par les copies ou les moulages qu’on en trouve dans tous les musées de sculpture. «Quand bien même, dit Winckelmann , le style sublime ne serait jamais descendu jusqu’à imiter les formes imparfaites des enfants et l’abondance superflue de leurs
ROME. CAPITOLE
carnations , il n’en est pas moins vrai que les maîtres du beau style , en cherchant le délicat et le gracieux, ont souvent représenté la nature telle qu’on la voit dans l’enfance.» La nature, la simple nature, elle a aussi merveilleusement inspiré le génie des artistes grecs, même lorsqu’ils l’ont ingénument imitée sans aucune intention d’idéaliser le modèle. Le Tireur d’épine en est un exemple. Le modèle reproduit était évidemment d’une beauté médiocre , et le sculpteur ne s’est pas proposé autre chose que d’en faire une imitation fidèle ; mais cette imitation est si vraie , elle entre si avant dans l’expression de la vie , qu’on ne se lasse point de la regarder. On croit éprouver soi-même la douleur que doit ressentir cet enfant,