VIEILLE BACCHANTE
Nous finirons cette revue des antiques du Capitole par la statue si vivement modelée et si expressive de la vieille Bacchante , qui , avant d’entrer dans ce musée, avait appartenu au cardinal Ottoboni et à la famille Verospi. Il n’est personne qui ne reconnaisse sur-le-champ , dans ce morceau remarquable, la figure d’une Bacchante enivrée, qui tient follement embrassé un vase de vin. Cependant le savant Maffia, qui fit dessiner cette figure dans son Recueil de statues antiques, s’est efforcé de prouver que le vase qu’elle tient était une lampe, una lucerna , mais son erreur nous paraît si évidente qu’elle mérite à peine une réfutation. Le lierre dont ce vase est orné ne laisse aucun doute sur sa destination. Les Grecs, aussi bien que
ROME. CAPITOLE
les Romains, couronnaient leurs coupes. Virgile, en maint endroit, fait allusion à cet usage :
Crateras læti statuunt et vina coronant.
Il est donc certain que l’artiste a voulu sculpter une Bacchante , et une Bacchante vieille , afin de se donner un motif de sculpture où il pût accuser tous les méplats d’une carnation amollie par les habitudes de licence qu’entraîne le culte de Bacclms.
Tels sont les morceaux de la galerie du Capitole qui ont été de tout temps l’objet de l’admiration universelle et la matière des plus savantes controverses : nous avons la conscience de n’en avoir oublié aucun.
Nos lecteurs, en sortant du Capitole, pourront ainsi emporter une grande et juste idée de la manière dont les anciens variaient le sentiment et l’exécution de leur statuaire. Ils sauront comment l’art antique a traité tous les genres de figures, les dieux et les héros, les hommes et les femmes, la vieillesse et l’enfance, la volupté et la pudeur; comment il a nuancé le langage du ciseau et l’interprétation des formes en conservant une sérénité idéale aux images de la divinité, et en exprimant les battements de la vie dans les régions inférieures de la nature. Art sublime qui a su également s’élever sans peine à la conception des dieux, et descendre, sans abaissement, à l’imitation palpitante des animaux.
la vue
Il en
ans entrer dans les musées, dans les palais ou dans les églises, sans avoir à frapper à aucune porte , et rien qu’en se promenant dans les rues de Rome, le voyageur peut jouir du plus ('“tonnant de tous les spectacles. A chaque pas il rencontre d’augustes souvenirs, à chaque pas il voit des pages d’histoire écrites en caractères de marbre. Colonnes, portiques, amphithéâtres, temples, arcs de triomphe, lui composent un musée unique au monde et qui n’a de toiture que la voûte des deux. Ne fût-ce que par l’infinie variété de ses marbres et de leurs riches couleurs, Rome aurait de quoi enchanter . En aucun lieu il n’en existe une pareille profusion, ni de plus merveilleux, est de transparents et couleur d’orange, comme le plie agite , il en est de
ROME
panachés à queue de paon comme certain pentélique. Les albâtres ondes et lieu ris , le rouge de Numidie, le vert d’Égypte, le basalte noir d’Éthiopie, le porphyre rouge, vert et noir, le grand et le petit antique noir et blanc, l’un à brèche, l’autre fouetté, les jaspes de Sicile, le riche africain rouge, noir et jaune, le blanc de Paros qui a l’éclat du sucre : tels sont les marbres que l’on appelle antiques, parce que les carrières en sont perdues ou maintenant inexploitées. A tous ces marbres viennent s’ajouter ceux que le pays produit encore : le jaune de Sienne, l'albâtre, la brèche d’Italie, la lumachelle, le turquin, la griotte qui est tachetée d’un rouge cerise, et le carrare qui a la blancheur du lait. Par cette simple énumération des matériaux que les Romains employèrent, on peut juger de la grandeur naturelle du génie de cette nation et de l’effet que Rome doit produire sur l’imagination de l’étranger.
En désignant à l’attention du lecteur tous les monuments remarquables de Rome, nous insisterons particulièrement sur ceux dont la célébrité est universelle, et qui sont :
Le Forum,
LES COLONNES DU TEMPLE DE JUPITER STATOR, l’arc DE SePTIME SÉVÈRE, l’aRC DE TlTUS, l’aRC DE CONSTANTIN, le Colisée, le temple de Vesta,
LA COLONNE TrA.IANE, LES CHEVAUX DE MONTE CaYALLO,
LE MAUSOLEE d’ÂDRIEN.
LES MONUMENTS ANTIOUES.
oui m. U est au Forum d’abord que le voyageur porte naturellement ses pas. Le Forum a été de tout temps l’endroit le plus célèbre de Rome, non-seulement par la beauté des édifices qui l’entouraient, mais parce qu’il (‘tait le théâtre des plus grands événements de la vie des Romains et de leur histoire. Là se tenaient les assemblées du sénat et du peuple romain, les élections, les
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