VUE DU FORUM
tribunaux ; là s’agitaient les grandes délibérations qui décidaient du sort de tant d’empires. Sous ces portiques retentissait l’éloquence de Cicéron; là s’élevait la tribune d’où les Gracques faisaient entendre leurs mâles harangues. Aujourd’hui, le Forum est un espace à peu près désert; l’herbe y croît, et quelques arbres rabougris y végètent; on l’appelle vulgairement campa Jaccino , parce qu’il sert 'le marché aux bœufs. A le voir maintenant dans sa désolation majestueuse .
ROME
on peut à peine suffire à toutes les idées , à toutes les images qui se pressent en foule dans l’esprit. Situé au pied des monts Capitolin et Palatin, le Forum est limité par une ceinture de monuments antiques qui trois fois ont subi P invasion de ces Gaulois, nos pères, que les Romains appelaient si justement des barbares. Au xie siècle, lorsque les Gaulois vinrent à Rome, sous la conduite «le Robert Guiscard, recommencer les violences de Rrennus, le Forum fut saccagé, et tous ses monuments magnifiques, désignés par leur magnificence même au pillage des envahisseurs , furent dépouillés de leurs ornements , de leurs statues , de leurs bronzes dorés. Au xvie siècle , l’armée du connétable de Bourbon renouvela ces tristes scènes, augmenta le nombre des ruines et dégrada les édifices antiques aussi bien que les fresques du Vatican. C’est donc aux Français qu’il appartient surtout de gémir sur la dévastation de Rome, et si quelque chose peut les consoler de ce spectacle, c’est qu’il a peut-être autant de grandeur et de poésie qu’en aurait la vue du Forum, si tout y était conservé aujourd’hui comme au temps de César.
Quel que soit le point d’où l’on contemple cette scène muette, rien n’est plus imposant qu’un tel aspect ni d’une mélancolie plus sublime. Si l’on se place au pied du Capitole, auprès de l’arc de Septime Sévère, en laissant derrière soi le temple de Jupiter Tonnant, on voit s’élever à sa droite les huit colonnes en granit oriental du temple de la Concorde; plus loin, devant soi, une colonne isolée, celle de Pliocas; puis les restes admirables du temple de Jupiter Stator, nouvellement appelé par les savants le Græcostasis ; puis l’arc de Titus, et celui de Constantin.
A gauche, on a la basilique de Paul Emile, devenue l’église de Saint- Adrien , le
temple d’Antonin et de Faustine, et la basilique de Constantin; en face on aperçoit les ruines du temple de Vénus et de Rome, et plus loin le Colisée, qui fait en
quelque sorte partie du Forum, car il en termine la vue merveilleusement pour le
plaisir de l’âme et celui des yeux. Si au contraire on entre dans le Forum en venant du Colisée, le spectacle inverse est également beau, et c’est le Capitole, s’élevant au-dessus de l’arc de Septime Sévère et du temple de Jupiter Tonnant, qui couronne le point de vue. Aussi n’est-on jamais fatigué d’en repaître ses regards, soit que l’on considère le Forum dans l’état de misère grandiose où il est à cette heure, soit qu’on se reporte par la pensée à ces temps où l’auteur des Martyrs nous le représente sous de si vives couleurs ; « Je ne pouvais me Tasser de voir le mouvement d’un peuple composé de tous les peuples de la terre, et la marche de ces troupes romaines, gauloises, germaniques, grecques, africaines, chacune différemment armée et vêtue. Un vieux Sabin passait, avec ses sandales d’écorce de bouleau , auprès d’un sénateur couvert de pourpre; la litière d’un consulaire était arrêtée par le char d’une courtisane; les grands bœufs du Clitumne traînaient au Forum l’antique chariot du Volsque; l’équipage de chasse d’un chevalier romain
LES MONUMENTS ANTIQUES
embarrassait la voie Sacrée ; des prêtres couraient encenser leurs dieux , et des rhéteurs ouvrir leurs écoles. »
Il faut le dire, les monuments de Rome sont innombrables, à ce point que la vie d’un homme 11e suffirait pas à les connaître. Pour en étudier l’histoire,
ARC DE SEPT ! M E SÉVÈRE — COLONNES DE JUPITER TONNANT — DE PllOCAS — DE JUPITER STATOR - DE LA CONCORDE