‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 92 sur 167 · j |7! ;T‘‘ :IS4l fl m F · texte numérisé non relu

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'illustration et la grandeur de presque toutes les familles princières des Etats romains datent de l’élévation au pontificat d’un ou de plusieurs membres de ces familles. D’où vient la fortune de telle ou telle maison? demande-t-on à Home. — De saint Pierre.

C’est pour les papes eu effet qu’a été créé le mot népotisme ; i les papes italiens font exercé autrefois sans mesure, et l’ont poussé souvent jusqu’au scandale. Bénéfices, privilèges, emplois, terres, palais,

richesses ? ils ont tout donné à. leurs parents. Et il n’est pas un souverain

pontife, même de la plus obscure origine, qui n’ait voulu fonder une maison illustre et puissante. Dépendant , comme les considérations générales ne pouvaient échapper à des esprits aussi éclairés, les papes ont voulu, pour ainsi dire, mitiger leur népotisme par des institutions utiles à l’ensemble de l’État. Le besoin de favoriser leurs parents ne leur a pas fait oublier les intérêts de la ville de

Home et de l’empire ecclésiastique; aussi ont-ils établi le régime des substitutions

pour tous les biens qui composaient un fonds de richesse au peuple romain , tels que les galeries de tableaux et de statues, les bibliothèques, les objets d’art. Les neveux des papes n’ont été et ne sont encore que les dépositaires de ces biens, et la jouissance même ne leur en a été donnée qu’à la charge de les conserver

intacts au public, qui en est le véritable propriétaire. C’est ainsi que les galeries

ROME

princières de Rome sont immobilisées entre les mains des aînés de chaque famille, auxquels on a constitué des majorais importants pour parer aux frais d’entretien , de garde et de réparation des objets d’art qu’elles renferment. Ouvertes presque tous les jours au public , ces galeries dépendent si peu des princes qui en sont les possesseurs nominaux, que non-seulement ils ne peuvent les aliéner, mais qu’ils n’ont pas même le droit d’y apporter le moindre changement sans l’aven du saint-père, et en dehors de la surveillance de ses inspecteurs.

En affectant de considérer les choses d’art comme la fortune même du pays, les souverains pontifes ont constitué à la ville de Rome un revenu assuré; ils ont fait de la capitale du christianisme le centre immuable des merveilles qui peuvent sans cesse y attirer l’or des étrangers, et en cela ils ont servi les intérêts de tous les citoyens du monde non moins que l’intérêt particulier des citoyens romains, car ils ont rendu à jamais impossible la dispersion des chefs-d’œuvre qui constituent le glorieux patrimoine des arts.

Nous allons faire parcourir au lecteur toutes les galeries célèbres de Rome, et décrire ce qu’on y remarque de plus beau, en faisant connaître aussi les objets d’art les moins connus qui s’v trouvent. Ee sont les galeries :

Rokghèse, Chigi, Scia rr a, Eolonna, Dori a, Farnése, la Farnesine, Spada, Eürsini,

Rarberini, Rospigliosi, le Palais pontifical, l’Académie de France, l’Academie de Saint-Luc, la Eollection du baron Eamuccini,

la Eollection Mangin.

La famille Borghèse est d’origine siennoise. Camille Borghèse, fils d’un patricien de Sienne, et cardinal de Saint -Chrysogone, fut élu pape le 16 mai 1605, sous le nom de Paul V. Après de grands démêlés avec la république de Venise, au sujet de la juridiction séculière et de la juridiction ecclésiastique, démêlés qui durèrent deux ans et furent terminés par la médiation d’Henri [V, Paul V consacra quatorze années de pontificat à l’embellissement de Borne, et à faire fleurir les beaux-arts. C’est à lui que l’on doit la belle fontaine du pont Sixte, la façade de Saint-Pierre, et l’achèvement du magnifique palais de Monte-Cavallo.

Le palais Borghèse a été commencé à la fin du xvie siècle , par le cardinal Uezza , sur les dessins de Martin Lunghi ; il fut terminé par Paul V, ou plutôt

ROME

par le cardinal Scipion son neveu. La forme de ce palais rappelle celle d’un clavecin, aussi l’ appelle-t-on souvent le Clavecin de Borghèse. Toutefois la grande cour intérieure est parfaitement carrée. Deux étages de portiques ouverts et un attique corinthien lui donnent un aspect de magnificence : on y compte quatre-vingt-seize colonnes mi granit oriental, soutenant deux étages de portiques, et quatre statues colossales «ai marbre, représentant Jupiter, Julie, Sabine, Apollon. Sous le premier portique, à gauche, on trouve l’entrée de la galerie des tableaux : divisée en douze chambres, cette galerie occupe clans le palais l’ appartement du rez-de-chaussée.

Los tableaux de la galerie Borghèse sont rangés à peu près suivant l’ordre chronologique, de telle sorte cjue le visiteur, en allant de la première à la douzième chambre, voit se développer sous ses yeux toute l’histoire de la peinture moderne, depuis les premiers Florentins jusqu’aux derniers Flamands. La première salle, pavée de mosaïques modernes, est ornée d’une magnifique table de marbre rouge ('I blanc, soutenue par six cariatides de bronze doré. Les bordures dans lesquelles sont encadrés les tableaux tiennent à des charnières qui permettent de voir la peinture dans son jour, en ramenant à tel ou tel degré de lumière. Il en est de même dans les autres chambres. Des soixante-onze morceaux que renferme la première salle, nous avons surtout admiré : une Madone avec un chœur d’anges du Florentin Sandro Botticelli ; l’expression en est vive et grande, et le dessin naïf; une Vierge du Pérugin et une Vierge de Francia, cjui sont belles l’une et l’autre de la même beauté, c’est-à-dire par la profondeur du sentiment religieux; un intéressant portrait de Savonarole, peint par Filippino Lippi, avec ce naturalisme, cette vérité étroite mais sévère, qui suffisent pour donner du caractère aune pareille tète; une Sainte Famille de Lorenzo di Crecli , condisciple de Léonard; deux tableaux de piété de Mazzolino de Ferrare; et un curieux petit portrait de Raphaël, peint par lui-même dans son extrême jeunesse. A la voûte de la première salle, est représentée la Dispute d’Apollon et d’Hercule, par Domenico de Angelis; les camaïeux sont de Carlo Vallani.

Au milieu de la seconde salle, richement meublée, on remarque tout d’abord deux précieuses coupes en jaune antique, soutenues par quatre têtes de lion : de ces coupes s’échappent deux jets d’eau vive, auprès desquels un verre de cristal invite le visiteur à se désaltérer. Ici, l’admiration se partagerait entre Francia, Fra Rartolomeo , Garofalo et le Sodoma, si dès l’entrée on n’était invinciblement attiré et retenu par la sublime Déposition de croix de Raphaël.

Bien qu’appartenant à la jeunesse de ce grand homme, ou peut-être à cause de c('la même, la Déposition de croix est un de ses plus intéressants ouvrages, et, nous pouvons ajouter, un de ses plus beaux. Raphaël la peignit à l’âge de vingt-quatre ans, à Pérouse, pour la chapelle des Raglione , et il y mit lui-même en lettres

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