‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 91 sur 167 · FONDS DE COUPES · texte numérisé non relu

FONDS DE COUPES

renferment encore un autre élément de curiosité, ce sont les inscriptions; mais nous laissons à d’autres le soin d’exploiter ces mines fécondes. Toutefois, parmi tant d’inscriptions, il en est que nous n’avons pu lire sans émotion, celle, par exemple, qu’une mère en larmes a fait graver sur la tombe de son enfant, et qui exprime le nombre de jours, le nombre d’heures qu’il a \Técu. Il y a dans ce calcul des heures une naïveté de tendresse, une profondeur de sentiment, une mélancolie, qui appartiennent au génie chrétien, et que l’antiquité païenne n’a point connues.

Du reste, pour quiconque a visité comme nous les catacombes, il est une impression qu’aucun souvenir ne peut effacer, qu’aucune expression ne peut rendre, celle que produisent sur le voyageur les ténèbres et le silence de ces solitudes peuplées de fantômes. L’attendrissement, la vénération, et une sorte de vague toiTeur le saisissent invinciblement. Il y est, du reste, amené dès l’entrée par les préparatifs du départ. A la porte des catacombes un sacristain allume silencieusement la lanterne qui doit éclairer le convoi, ou plutôt lui ménager une lumière qui ne

LES CATACOMBES

se puisse éteindre, car chacun des voyageurs est muni d’une longue torche en résine dont la fumée va dessiner continuellement sur la voûte des demi-cercles funèbres. Après avoir descendu trente ou quarante marches, on s’engage dans une

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INSCRIPTIONS TüMULAIRES

obscurité sans issue, dans une caverne froide, où l’on n’entend que le bruit de ses pas et la voix monotone du guide expliquant les sépulcres remarquables et répétant d’éternels commentaires sur la poussière des morts. Mais, si nous voulions

ROME

rendre les impressions que l’on éprouve dans les catacombes, et que nous y avons nous-mêmes éprouvées, nous ne saurions mieux faire que d’emprunter le langage dont se servait saint Jérôme , il y a quinze siècles , pour exprimer ses propres émotions :

« Quand j’étais à Rome, encore enfant et occupé de mes études littéraires, j’avais contracté avec d’autres jeunes gens de mon âge, livrés aux mêmes travaux ([lie moi, l’habitude de visiter tous les dimanches les tombeaux des apôtres et des martyrs, et de parcourir assidûment les cryptes creusées dans le sein de la terre, qui offrent de chaque côté des innombrables sentiers qui se croisent en tous sens, des milliers de corps ensevelis à toutes les hauteurs, et où il règne partout une obscurité si profonde qu’on serait tenté d’y trouver l’ accomplissement de cette parole du prophète : Vivants , ils sont descendus dans l’enfer. Ce n’est que bien rarement qu’un peu de jour, pénétrant par les ouvertures laissées à la surface du sol, adoucit l’horreur de ces ténèbres sacrées; à mesure qu’on s’y enfonce en marchant pas à pas et en rampant sur la terre, on se rappelle involontairement ces expressions de Virgile : « Partout l’obscurité profonde et le silence même épouvantent les âmes : »

« Horror ubique animos, simul ipsa silentia terrent. »

Cependant, ce n’est pas tant la crainte d’un danger connu et appréciable qui émeut le visiteur des catacombes , c’est une frayeur vague , inexplicable , enfantée par l’imagination, entretenue par la nuit que l’on traverse et par les échos intermittents de ces voûtes, tantôt sourdes, tantôt sonores. Il n’y a qu’un être glacé, un homme sans nerfs et sans cœur, qui puisse marcher en paix dans les détours des catacombes de Rome, Érèbe chrétien, cité immense qui a été le cercueil de millions de morts, et dont les rues innombrables, si elles étaient à la suite l’une de l’autre, formeraient une galerie de trois cents lieues, c’est-à-dire plus longue que l’Italie tout entière.

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