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L A DÉPOSITION DU CHRIST AU T O M B E A V

tard, le modelé des ligures nous offre ici une précision qui est plus près de la nature que du style, c’est-à-dire qui se rapproche des époques de pure imitation; mais les formes sont nobles; la manière de peindre parait agrandie, si on la compare aux premiers ouvrages du maître; les expressions sont fortes et touchantes; celle de la douleur est graduée avec beaucoup d’art, et l’on en peut distinguer les diverses nuances. Le désespoir de la Vierge évanouie, la désolation des saintes

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femmes, les sanglots de Marie-Madeleine, l'affliction grave et contenue de Joseph d’Arimathie, la tendresse émue de saint Jean, tout est observé avec beaucoup de finesse cl énergiquement rendu. C’est dans ce morceau précieux que Raphaël ;i inauguré ce que l’on appelle son second style. Si l’on y regarde bien, en effet, on y découvre ce caractère mixte que présentent toujours les œuvres de transition : je veux dire qu’un reste de la manière étroite du Pérugin, bien évidente dans le groupe du premier plan, celui du Christ et dos deux disciples qui le portent, s’y trouve mêlé avec des formes plus pleines et plus rondes, et avec des draperies plus amples, que l’on peut remarquer dans le groupe des saintes femmes et dans la mâle figure de Joseph d’Arimathie. Raphaël prélude à la plus belle évolution <[ue doit accomplir son génie, car nous sommes au moment où sa jeunesse va finir, ot où commence déjà sa virilité.

Le tableau de la Déposition de croix , commandé par Atalante Baglione, fut peint sur panneau à San Bernardino de Pérouse. Ce panneau se divisait en trois compartiments. La partie supérieure, qui était cintrée, représentait le Père éternel: celle du milieu, la plus importante, était la Déposition de croix; et la partie inférieure, exécutée en grisaille, avait la forme d’une frise. Raphaël y avait peint trois petites figures symbolisant la Foi, l’Espérance el la Charité, qui sont peut-être ce qu’il a fait de plus admirable. Chacune de ces figures était accompagnée de deux petits anges portant les divers attributs des trois vertus chrétiennes par excellence. Nous avons déjà vu au musée du Vatican cette belle grisaille, qui fut détachée du panneau par les frères conventuels de Pérouse, lesquels firent scier également la partie cintrée du tableau. La Déposition de croix , réduite maintenant à la seule composition du milieu, n’en est pas moins une œuvre complète, une œuvre sans prix, qui suffirait à mettre la galerie Borghèse au premier rang des galeries de Rome.

Revenons à Francia dont nous n’avons cité que le nom. La galerie Borghèse possède, de ce peintre illustre, des tableaux d’une beauté rare, un entre autres qui n’a pu s’effacer de notre souvenir, la Figure de saint Étienne en prière, opéra insigne , dit avec raison le custode. Mouvement, expression, suavité de pinceau, pureté de dessin, vigueur dans le coloris, rien n’y manque. Au bas du tableau, et sur un papier de forme oblongue, on lit : Yincentii Desiderii votvm Francie

KXPRESSVM M AN V .

Cependant, parmi les cinq cent cinquante-cinq peintures que renferme la galerie Borghèse, il en est d’autres encore qui peuvent être regardées comme étant de premier ordre. De ce nombre est le portrait de César Borgia , par Raphaël. Elégant, lier et beau, cet illustre scélérat a eu le singulier bonheur d’avoir Raphaël pour peintre et pour biographe Machiavel. On sait qu’il était le digne fils du pape Alexandre VI et de la belle Vanozzia. L’inceste, le meurtre, l’empoisonnement,

GALERIE BÜRGHÈSE.

toutes les perfidies, tous les crimes lui étaient familiers. Du reste, il était brave, hardi, pénétrant, et avait de la grandeur jusque dans ses vices. Raphaël a peint sur

la physionomie de César Borgia ce mélange de circonspection et d’audace, de fierté et, de finesse, qui en firent l’homme le plus brillant et le plus dangereux de son siècle. Cardinal et guerrier, prince et bandit, il ne mit jamais la soutane, et ne

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se servit contre ses ennemis que du poison ou de l’acier. Aussi est-il représenté ici vêtu en gentilhomme, et portant sa main délicate sur la garde de son épée. Il n’y a décidément que les grands peintres qui sachent faire un portrait, surtout un portrait historique.

La fresque qui décore cette salle est de Domenico Corvi : elle représente le Sacrifice d’Iphigénie; les camaïeux sont d’Erminigildo Gostantini.

La fameuse Danaé du Corrége est placée dans la troisième chambre. Le fondu des couleurs, la pastosité exquise, l’éclat de ce morceau, sont tellement merveilleux qu’il éclipse tout. 11 n’est pas d’amateur qui ne connaisse la Danaé du Corrége, par les estampes qui en ont été gravées; mais aucun burin 11e peut rendre le charme indéfinissable de cette peinture, l’intraduisible mystère de ses empâtements, et la décente volupté que respire tout le tableau. On trouverait peut-être dans Giorgion une manière de peindre aussi savoureuse, et dans Titien un aussi puissant coloris; mais nulle part on ne verrait ni autant de grâce, ni des carnations aussi fraîches, aussi tendres, ni ce clair-obscur où se mêlent si bien le naturel et l’idéal, et dont les insensibles dégradations donnent aux couleurs tant de suavité, aux formes tant de moelleux, tant de rondeur. Il est impossible d’imaginer une

composition plus poétique. La fille du roi d’Argos est assise avec abandon sur

un lit, recevant la pluie d’or dans une draperie qui cache en partie sa voluptueuse nudité. Une figure ailée, qui semble être un Hymen, soutient cette draperie, et regarde avec passion le nuage qui verse la pluie d’amour, tandis que la jeune fille, délicieusement émue, la voit tomber sur elle avec un sourire ineffable de bonheur. Auprès du lit sont deux Amours, qui, en jouant, essayent sur une pierre de touche, le premier une des gouttes d’or, l’autre la pointe d’une flèche. Le clair-obscur de ce tableau est surprenant, et aucun dessin, aucune estampe n’en peuvent donner une idée, même éloignée. Rien que le corps de l’Hymen ne soit éclairé qu’en partie, les reflets qui égayent et rehaussent les ombres sont si bien entendus que le corps entier paraît lumineux; et cependant les ombres sont assez vigoureuses pour prêter

un relief extraordinaire à la jambe gauche, qui 11e tient pas à la toile. La tête

de la Danaé est imitée de celle de la Vénus de Médicis, et l’on y reconnaît jusqu’au même genre de coiffure; mais le Corrége lui a donné un caractère plus jeune, et y a mis une expression de plaisir ingénu, de ravissement intérieur qui ne sont imités d’aucun maître, et qu’aucun maître ne peut imiter.

En l’absence de ce chef-d’œuvre, et s’il 11’avait absorbé notre admiration, nous eussions remarqué une Madeleine et trois charmantes Madones d’André del Sarte; un beau portrait de Corne de Médicis, par Rronzino; deux têtes d’apôtres de Michel-Ange Ruonarroti, qui sont, il est vrai, des toutes premières années de ce grand homme; et une Sainte Famille de Perino del Vaga, qui, plus expressive,

GALERIE B 0RGI1È SE

serait presque digne de Raphaël; la Visitation de sainte Élisabeth et la Flagellation de Sébastien del Piombo ; enfin une Vierge du Parmesan, une suave Sainte Famille de Balthazar Péri r/zi et une vigoureuse Bataille du Bourguignon.

Une table de jaspe, portée par quatre figures ailées en bois doré, et deux autres tables en mosaïque d’un travail précieux, ornent la troisième chambre, dont la voûte,

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peinte à fresque par Gaetano Lopis, retrace la Naissance de Vénus. La quatrième, moins belle que les précédentes, contient aussi des peintures moins remarquables. L’école bolonaise y domine, représentée par les trois Garracbe, Élisabeth Sirani , le Guide et son élève Guido Cagnacci, dont la Sibylle le dispute pour la grâce aux douces Vierges du Romain Sasso Ferrato et du Florentin Carlo Dolci, qui décorent cette même salle.

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