‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 95 sur 167 · ROM K · texte numérisé non relu

ROM K

C’est dans la quatrième chambre que se trouve un des chefs-d’œuvre du Dominiquin, la Sibylle de C urnes , morceau célèbre qu’on appelle ainsi, nous 11e savons pourquoi, car il serait plus naturel d’y voir une Sainte Cécile. Quelle belle tète , et comme elle est inspirée ! Sacrée ou profane , sibylle ou sainte en extase , cette femme est admirable par l’expression. Les yeux levés au ciel, elle semble écoutei* la voix du Dieu qui l’anime et les concerts des séraphins. Sans doute, le luxe de son ajustement et sa coiffure orientale 11e sont pas du goût le plus châtié ni le pins pur; mais du moins, dans ses traits émus, l’âme est visible, et l’on peut ici vérifier ce que dit Bellori du Dominiquin : qu’il avait l’art de colorer la vie et de peindre l’âme, di linear gli aniini , e di colorir la vita.

Mais d’autres qualités brillent encore dans le peintre bolonais, même lorsque l’expression n’est pas son premier but. C’est ainsi qu’il se montre grand paysagiste, et doué du sentiment de la grâce, quand il représente la (laisse de Diane. Ce tableau plein de charme est placé dans la cinquième chambre de la galerie; il fut peint pour le cardinal Borghèse, en même temps que la Sibylle de C unies. La déesse de la nuit est venue se divertir avec ses nymphes dans les campagnes d’Érymantbe , heureuse région de l’Arcadie, (pie le peintre a caractérisée par un paysage boisé, agreste, accidenté de collines, coupé de ruisseaux, tel qu’on peut s’imaginer la primitive demeure des pasteurs et des demi-dieux. Gracieuses sans b1 savoir, innocemment lascives, les nymphes de la suite de Diane se livrent à leurs chastes ébats. Les unes s’exercent à la course, les autres à la lutte; il en est qui se baignent dans l’onde claire, ou s’amusent à nager, le corps renversé sur la surface de l’eau , comme sur une couche liquide. Mais la plupart sont occupées à tirer de l’arc, sous les yeux de la déesse, qui semble inviter ses nymphes à lui disputer le prix. Le groupe charmant qu’elle forme avec les compagnes qui l’entourent s’enlève sur le ton vigoureux d’un petit bois qui sert de fond, et suivant la jolie expression de Bellori, vous pouvez, grâce à la peinture, les contempler à l’aise avec autant de plaisir qu’en eut le malheureux Actéon, mais sans craindre sa destinée. Il est vivant et parlant, ce groupe des nymphes chasseresses. L’une d’elles, visant un oiseau attaché à un mât, a coupé d’un coup de flèche le lacet, qui retenait l’oiseau; l’autre, au moment où il tombe, lui traverse la tête; une: troisième lui décoche un trait, pendant qu’il est encore en l’air; et à leur attitude, à leurs mouvements qui commencent ou qui finissent, aux nuances finement observées de leurs physionomies, 011 reconnaît sur-le-champ quelle est c-elle qui a frappé l’oiseau et qui va remporter le prix. On voit l’inquiétude de celle-ci, la jalousie de celle-là; on sent battre tous ces jeunes cœurs. Un arc. un carquois reluisant d’or et revêtu d’un drap pourpre , sont le prix du triomphe. Diane les tient dans ses mains, el les élevant au-dessus de sa tête, elle proclame la

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