‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 96 sur 167 · L A S Y B 1 L L E DE CIMES · texte numérisé non relu

L A S Y B 1 L L E DE CIMES

appelé le bœuf de la peinture; il est vrai que, de son temps même, on reconnu! que ce bœuf avait bien creusé son sillon. La Chasse de Diane est un morceau d’autant plus curieux à étudier, que le peintre y mit de la noblesse et du style,

ROME

tout en se tenant fort près <le la nature. Ce mélange des deux éléments dont se compose particulièrement la manière bolonaise est frappant surtout dans la figure d’une jeune nymphe qui retient par sa laisse un chien lévrier s’élançant vers l’oiseau qu’on vient d’abattre. Enfin nous ne quitterons pas ce tableau célèbre sans y remarquer les deux figures de pasteurs qui , à travers le feuillage , dévorent furtivement des yeux et en silence le spectacle de tant de nudités en mouvement.

A l’exception d’un Saint Stanislas exécuté dans la manière corrégesque , mais sévèrement dessiné; d’une belle Madone de Sasso Ferrato, qui a les mains jointes, comme toujours; d’une expressive Madeleine du Guerchin , et d’un portrait vivant d’Horace Giustiniani , conservateur de la bibliothèque du Vatican, par André Sacchi , la sixième chambre ne contient rien qui puisse nous arrêter. La septième présente une singularité : ce sont des peintures exécutées sur huit [grandes glaces de Venise, par Mario di Fiori , peintre habile qui peignait les fleurs comme Daniel Seghers. Les enfants qui se jouent dans ces guirlandes de fleurs sont de Ciro Ferri : on les croirait du Poussin. Mario di Fiori, dont les ouvrages sont pour ainsi dire inconnus en France, a laissé partout à Rome des preuves de son facile et gracieux talent. Ses compositions, souvent d’une très-grande dimension, décorent habituellement les antichambres des grands seigneurs romains. Sa réputation fut si populaire que, de son temps même, l’édilité romaine donna le nom de Mario di Fiori à une rue de Rome qui se trouve dans le voisinage de la place d’Espagne.

La huitième chambre renferme peu de tableaux dignes de se graver dans la mémoire du visiteur, si ce n’est pourtant deux chaudes Rencontres du Bourguignon, un fier paysage de Salvator, une toile de Paul Potier, où sont trois vaches debout et deux couchées, toile abîmée de craquelures, et un portrait en mosaïque de Paul V Borghèse.

Sur les murs de la neuvième chambre on montre trois dessins sous verre, peints par Raphaël : les Noces d’Alexandre , en deux morceaux , et une allégorie sur le tir à la flèche. Ceux qui voudraient se faire une idée de ces compositions d’une beauté héroïque, peuvent les voir (au moins les deux premières) dans les estampes de Marc-Antoine ou d’Augustin de Venise. Au fond de la neuvième chambre, la dernière «fi* celles qui prennent jour sur la rue et qui sont eu enfilade, on découvre dans la maison voisine la source de la pièce d’eau qui, dès l’entrée dans la galerie, produit, par la bizarrerie de ses jets, un effet vraiment féerique.

La dixième chambre est consacrée à l’école vénitienne. C’est là qu’on admire •lean Bellin, Paul Véronèse, le robuste Bassan, l’habile Pordenone; le David tenant la tête <l<‘ Goliath , magnifique peinture de Giorgion ; les Trois Grâces du Titien , une des principales richesses de cette chambre ; et surtout l’Amour sacré et l’Amour profane du même maître, un des chefs-d’œuvre de l’art vénitien. Les

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