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LA CIIASSE DE DIANE

de la pureté, et un cavalier sur un cheval lancé au galop, symbole des passions fougueuses.

Nous n’avons que peu de tableaux à mentionner parmi les ouvrages exposés dans la onzième et la douzième chambre; mais nous devons citer la Femme adultère de Bonifazio , Vénitien peu connu et si digne pourtant de la célébrité ; trois sujets

de Paul Véronèse, dont un Saint Antoine; la Famille de Pordenone, peinte par

lui-même; puis un joli Jean Leduc; une belle Marine de Backhuysen ; une Déposition

de croix de Van Dyck, (pii tient son rang au milieu de tant d’œuvres illustres;

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et la répétition d’un des volets de la Descente de croix de Rubens, celui qui représente la Vierge visitant sainte Anne.

Tels sont les plus beaux morceaux de la galerie Borghèse. Beaucoup de souverains voudraient en avoir une semblable. En l’évaluant à six millions de francs, nous croyons en faire une estimation modérée. Mais ce n’est là qu’une petite partie de la fortune des Borghèse. Leur villa, située hors des murs de Rome à deux pas de la place del Popolo, n’est pas moins célèbre que leur palais, par ses délicieuses promenades , ses allées incommensurables , scs arbres séculaires. Tout ce que peut produire de plus merveilleux le mariage de l’art avec la nature est réuni dans cette immense villa, qui n’a guère moins de quatre milles de tour. Des bosquets, des parterres, des lacs, des fontaines, des volières, un hippodrome, des statues, des vases, des obélisques, des arcs de triomphe, des portiques et de riches casini en font le séjour le plus agréable de Rome, et un séjour qui ne le cède en rien aux jardins fameux de Salluste et de Lucullus. Pour que rien n’v manque, au surplus, on y trouve çà et là des endroits sauvages, des vallées profondes, de grands massifs d’arbres qui semblent ménagés à la mélancolie du poète. Enfin , au milieu d’un espace inculte , on montre une petite maison de campagne désolée, qui fut, dit-on, habitée par Raphaël.

An commencement de ce siècle, sous le pontificat de Pie VII, Napoléon acheta au prince Rorghèse , son beau-frère , pour la somme de quatorze millions , toute sa galerie de statues qui contenait en grande partie ce que l’on voit de plus beau dans notre musée des Antiques, au Louvre. Depuis, les Borghèse se sont recomposé dans la villa une nouvelle galerie de sculptures, au moyen de fouilles pratiquées dans le sol inépuisable de la campagne romaine.

Comme la famille Borghèse, la famille Cliigi est originaire de Sienne. Le premier qui l’illustra est ce fameux banquier Agostino Cliigi, qui fut l’habile créancier de Jules II, le rival des Médicis, l’ami de Raphaël. Le palais qui porte le nom de cette famille fut commencé par les héritiers immédiats d’ Agostino, sur les dessins de Jacques de La Porte, architecte milanais, et fut terminé par Charles Maderne. Les neveux de Fabio Cliigi, qui fut pape sous le nom d’Alexandre VH, logèrent dans ce palais au xvne siècle, et lui donnèrent du lustre. Tout y est monumental : le vestibule en est majestueux et, la cour spacieuse; mais il est aujourd’hui dans un état de délabrement qui fait peine à voir. L’entrée en est comme gardée par un admirable chien antique, de marbre, semblable à celui du Vatican, mais peut-être d’une exécution supérieure.

Dans la première salle, qui est mal tenue, pavée en briques rouges et tristement

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dégradée, s’élève le baldaquin obligé des maisons princières, c’est-à-dire un dais au bas duquel se trouve un fauteuil renversé contre la muraille. La chambre qui suit est remarquable , d’abord par un vieux mobilier dont les sièges paraissent faits pour le repos d’une famille de géants, mais surtout par deux sculptures singulières du Bernin. Ici, sur un coussin en pierre de touche, repose un enfant qui s’éveille en poussant des cris : c’est l’image douloureuse de la vie; là, sur un coussin pareil, est posé un crâne humain : c’est l’image lugubre de la mort. La troisième chambre contient trois statues antiques en marbre de Paros : une copie de la Vénus de Troas, trouvée dans un jardin du mont Cœlius, un Apollon qui paraît avoir été sculpté du temps d’Adrien, et un Mercure dont la tète est moderne, et dont le corps finit en cippe carré.

Nous ne savons s’il faut donner le nom de galerie aux deux cent cinquante-deux tableaux du palais Chigi, qui, du reste, ne sont presque jamais montrés au public. Le qui est certain, c’est qu’en faisant une sévère épuration de ces tableaux, on n’en trouverait guère plus d’une quinzaine qui soient dignes de figurer dans un musée. Il faudrait citer d’abord un grand et beau morceau de Garofalo . représentant saint Pascal, saint Antoine et sainte Cécile, ouvrage d’un style élevé et d’une couleur qui place Garofalo bien près de Raphaël; ensuite un Saint François du Guerchin, de sa plus hère exécution; un Saint Jean à la fontaine, par le Caravagc, peinture mâle qu’on prendrait de loin pour un Ribcra, et dont le faire énergique relève la vulgarité de l’action du saint, qui est représenté buvant à la fontaine; un Saint Bruno de François Mola , vigoureux comme un Bassan, sinon comme un Titien; et une magnifique Bataille de Salvator, qui est peut-être la toile la pl us étonnante de toute la collection. Les combattants sont des Grecs et des Troyen.s. Moins terminée encore que la grande Bataille du Louvre, celle-ci est peinte largement, et plutôt comme une esquisse fougueuse; le mouvement des groupes, le ton et le tapage de la couleur en sont merveilleusement appropriés au sujet et de tout point admirables.

On remarque, dans la troisième chambre, le Bienheureux Tolomée d’André Sacclii; dans la quatrième, la Piété d’Elisabeth Sirani, assez belle pour être attribuée au Guide; dans la galerie, qui est une pièce de cent pieds de long, deux portraits qui sont assez beaux pour qu’on puisse les donner au Titien, et dont l’un passe pour être celui du poète l’Arétin, son intime ami, on son compère, suo compare , comme on disait alors.

Les anciens maîtres, ceux du xve siècle, sont aussi représentés au palais Ghigi par quelques bons ouvrages : André Mantegna, par son portrait qu’il a peint lui-même:, et qui est ainsi doublement précieux; le moine Filippo Lippi, dont la vie bd si aventureuse et si dramatique, par une excellente fresque de l’enfant Jésus;

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