‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 99 sur 167 · I. A VIERGE A LA Cl'l II LAMIE · texte numérisé non relu

I. A VIERGE A LA Cl'l II LAMIE

détails qui 11 est dans tout

est particulière à fai un artiste dont nous l’éclat de son talent :

1 gothique, avons déjà c’est Mario

dont l’Italie subissait encore l’influence, parlé , et qui reparaît au palais Cliigi Nuzzi, peintre de fleurs. Ailleurs qu’à

ROME

Rome, Mario di Fiori, ainsi qu’on l’appelait, ne serait pas dignement apprécié. Ses fleurs, en effet, ont une vivacité, et même une crudité de couleurs qui offense nos yeux habitués aux tons plus harmonieux et plus doux des climats tempérés. Ordinairement ses bouquets se détachent sur un ciel d’un bleu profond , qui nous semble violent, mais qui paraît naturel aux habitants de Rome. Quant à la touche de l’artiste romain, ou plutôt de l’artiste napolitain naturalisé Romain, elle est solide , empâtée , et manque de cette légèreté que nous admirons dans les Rachel Ruiscli et les Van Huysum. On peut du reste s’en faire une idée en voyant les vases de fleurs de notre Baptiste et de son élève Blain de Fontenay. Il n’y a que les Hollandais ou les Allemands qui aient peint les fleurs avec ces soins délicats, cet amour intime qu’inspirent aux hommes du Nord leur vie casanière, la concentration de leurs goûts tranquilles et leurs habitudes contemplatives; les Italiens n’ont représenté les fleurs que comme un motif de décoration.

Au second étage du palais Cliigi, dans les appartements habités par le prince et sa famille, on pourrait voir quelques beaux dessins de Jules Romain, du Bernin, d’André Sacclii; mais il est assez difficile aux étrangers de pousser aussi loin une curiosité qui peut devenir indiscrète. L’amour des lettres et des arts est du reste une vertu héréditaire chez les Cliigi, et leur bibliothèque est plus précieuse encore que leur galerie. Le fameux antiquaire Fea, qui en fut le conservateur, y puisa son immense érudition. Parmi les trésors manuscrits qu’elle renferme, on cite un Denys d’Halh menasse du ixe siècle ; un volume de musique française et de musique flamande , contenant des motets et des messes du xve siècle; des sonnets du Tasse, et une lettre d’Henri Vil au comte palatin, recommandant de ne pas faire grâce à Luther.

Le palais Sciarra esl situé dans la nia du Corso, sur une place à laquelle il donne son nom. 11 fut bâti au commencement du xvue siècle, par blamiuio Ponzio; mais la grande porte, construite en travertin, passe pour être du dessin de Vignole. Du reste, l’ architecture de ce monument n’est pas dépourvue d’une certaine élégance. La collection de tableaux que l'enferme le palais Sciarra , ({unique peu considérable, est une de celles <|iii méritent le mieux le nom de galerie, parce qu’il s’y trouve peu de morceaux d’un ordre inférieur; aussi est-elle classée parmi les plus précieuses de Rome. La galerie Sciarra ne contient guère que cent vingt tableaux. Ils sont répartis dans quatre pièces situées au midi et parfaitement éclairées. Fidèles au plan que nous nous sommes tracé , nous indiquerons ici les ouvrages les plus remarquables, non pas seulement

ROME

d’après notre sentiment propre, que nous ne voulons pas imposer, mais d’après l’opinion générale des hommes éclairés et compétents.

En entrant dans la première chambre, on est d’abord attiré par une grande copie de la Transfiguration de Raphaël, attribuée à notre artiste français Valentin. Peintre des réalités les plus grossières, mais doué d’une rare habileté d’exécution, et maître d’un pinceau fort et fier, Valentin n’était pas homme à

comprendre le génie de Raphaël, ni à copier sa manière grande, simple et

discrète. Aussi la Transfiguration, interprétée par lui, rappelle-t-elle plutôt l’école de Naples que celle de Rome ; et c’est pour cela que plusieurs l’attribuent à

Charles Napolitain. Quoi qu’il en soit, la noblesse du Sanzio est traduite ici en vigueur, sa délicatesse devient de l’énergie, son idéal s’affaiblit et disparaît presque sous les rudes empâtements de ce faire brutal, mais puissant, qui caractérise

le Valentin. On peut dire enfin que cette copie curieuse est un travestissement du chef-d’œuvre de Raphaël.

Mais quelque vigoureuse que soit la manière du Valentin, et l’on en peut juger encore, dans cette galerie même, en regardant ses deux tableaux : la Mort de saint Jean - Baptiste et Rome triomphante, il est une autre peinture plus vigoureuse, plus vaillante, plus hère : c’est celle de Michel-Ange de Caravage, qui fut le maître du Valentin et de tous les peintres de la maniera forte , tels que Ribera, Manfredi , le (iuerchin, Saracino de Venise. Déjà nous avons vu au musée du Vatican < l’étonnants morceaux du Caravage. La galerie Sciarra possède une des œuvres les plus célèbres de cet incomparable praticien, les Joueurs. D’assez belles gravures et d’innombrables copies ont fait connaître partout ce tableau, qui n'est vraiment admirable que dans l’original, le génie du Caravage étant tout entier dans l’exécution. Rien de plus vulgaire que l’action qu'il représente : ce sont deux chevaliers d’industrie qui s’entendent pour voler au jeu un jeune fils de famille. Vues à mi-corps seulement, ces trois figures sont vivantes, parlantes, et comme l’expression à reproduire était des plus communes, Caravage l’a saisie et rendue avec beaucoup de force. A la douceur relative de ses traits, à l’élégance de son costume, on reconnaît sur-le-champ le jeune gentilhomme qui va jouer le rôle de dupe, tandis que la mine ignoble et fausse, le regard équivoque des deux autres joueurs et leur contenance trahissent tout de suite en eux deux coquins de bas étage. Le contraste est accusé ici avec une singulière énergie. Le peintre a donné aux doux fripons des habits grossiers, un teint olivâtre et un caractère de bestialité qui n’ont, pu être, pris que sur nature, dans les plus obscures tavernes de Rome ou de Naples. Au contraire, il a peint le fils de famille avec une certaine grâce dans l’ajustement, une noblesse naturelle dans l’attitude et les manières, et a fait ressortir sa distinction par la trivialité même de ses compagnons de jeu. Quant à la touche

GALERIE SCI AURA.

de ce tableau, elle est vraiment surprenante, et il faut désespérer de voir jamais rien de plus mâle, de plus robuste et de plus vrai. Les carnations aussi bien que les costumes, les gants déchirés d’un des rustres aussi bien que la fine plume du gentilhomme, le velours, le satin rayé, le linge,' la pierre du mur, le bois de la table à jouer, sont rendus avec une énergie et un relief sans exemple. La vie palpite dans ce tableau, et l’illusion y est poussée si loin, que l’on se croirait eu présence de la réalité. Toutefois, la réalité même ue produirait certainement pas

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