CHAPITRE VU
Lk compresseur et l4 pERFOiiATRiGE. -^ La poRipe élémentairo de compression des cabinets de physique. — Le compresseur à choc. Son fonctionnement. — Soupapes d'alimentation et de déchargement de Peau, d'aspiration et de refoulement de Tair. Installation des compresseurs à choc à Bardonnèche et à Fourneaux. — Le eompi^sstttr hydropneumatique à piston. Son fonctionnement. — Rendement des compresseurs. — Les réservoirs d'air comprimé et sa canalisation jusqu'au fond du tunnel. — La perforatrice Sommeiller. Mouvements de rotation et de percussion de la barre à mine. Le piston percusseur et le rocliet de rotation. — L'affût porteur des perforatrices. — Résumé.
Produire cette force, l*air comprimé, dont nous venons de reconnaître les propriétés précieuses, l'emmagasiner, la transporter à plusieurs kilomètres de distance sans qu'elle abandonne sa force élastique, installer au fond du souterrain un moteur capable, par le jeu de ses divers organes, de la transformer utilement, telle est, dans son ensemble, rinstallation nécessaire à la perforation mécanique d'une galerie souterraine, comme celle du col de Fréjus.
Il faut donc deux machines très-distinctes, l'une destinée à comprimer l'air, l'autre à forer les trous dp mine : le comitresseur et la perforatrice.
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Les simples pompes utilisées dans les cabinets de
Fig. 4!l. — Pompe de compieHiMi.
physique pour la compression des gaz, donnent une idée première des procédés employés pour recueillir
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l'air comprimé. Supposans qu'on veuille con^rime^ dans un réservoir une certaine quantité d'air puisé^ dans l'atmosphère, la description succincte qui va suivra donnera une idée exacte de l'appareil (fig, 44).
Un piston peut se mouvoir dans un corps de pompe sur le fond duquel sont adaptées deux soupapes, la première S faisant communiquer le corps de pompe aveo un réservoir, la seconde S' avec l'air extérieur. La soupape S s'ouvre de haut en bas, la soupape S' de bas en haut. Ces deux soupapes intérieures S et S' ne sont point vues sur notre gravure, mais leur fonctionnement est facilement intelligible.
Si, par exemple, le piston est au bas de sa course, et si nous le soulevons, le vide se formera au-dessous de lui, la soupape S restera fermée, l'air extérieur ouvrira, par sa pression la soupape S', et remplira le corps de^ pompe. Abaissons le piston, il comprimera l'air contenu, dans le corps de pompe, la soupape S' restant fermée, et la soupape S s'ouvrant pour chasser dans le réservoir l'air comprimé. — Si nous remontons le piston i la même succession de phénomènes se reproduira : la soupape S restera fermée, S' s'ouvrira, Tair extérieur envahira le corps de pompe, et par le jeu descendant du piston, il sera de nouveau comprimé et chassé dans le réservoir. — Au bout d'un certain nombre de coups de piston, le réservoir contiendra de Vair comprimé à une certaine tension. La capacité de ce réservoir restant constante, la force élastique de l'air augmentera avec le nom* bre des coups de piston, et la compression de l'air sera limitée par la seule résistance des parois du réservoir.
Les deux systèmes employés pour la compression de l'air sur les chantiers d'attaque du col de FréjuSj le compresseur à ckoc et le compresseur à piston, que nous décrirons l'un, après l'autre, reposent sur le itiôme
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Jj^riiîcipe que la pompe élémentaire de compression. Dans ces énormes appareils, nous allons retrouver, fonctionnant alternativement, les deux soupapes d'ad* mission et de refoulement de l'air.
' ■ Le compresseur à choc, primitivement essayé à la Coscia, installé ensuite à Bardonnëche, tête sud du tunnel, se compose essentiellement d'un gigantesque éiphon renversé, dont les deux branches communiquent, d'un côté avec une prise d'eau, de l'autre avec an réservoir d'air (fig. 45). L'eau qui descend dans la première branche du siphon, en s'ouvrant passage à fi^vers une soupape d'alimentation, remonte dans la petite branche en comprimant l'air qui s'y trouve. Arrivé à un degré suffisant de force élastique, cet air compHmé soulève une soupape par laquelle il est introduit d^ns le réservoir principal.
" La colonne d'eau qui, par son poids, sert à comprimer Tair, a 26 mètres de hauteur, ce qui correspond à une pression d'environ 2,5 atmosphères.
' Le tube siphon a 0^,02 de diamètre, il communique, i\i côté de la grande branche, avec un réservoir, dit ré* ^ervoir de compression, placé à 26 mètres de hauteur audessus de la branche horizontale, et, du côté de la petite branche, avec un réservoir d'air affectant la forme d'un cylindre en fer terminé par deux fonds hémisphériques*
En A se trouve une soupape, dite soupape d'alimen-' tatioUy destinée à ouvrir ou fermer la grande branche, suivant qu'on veut établir ou interrompre la communication de la colonne d'eau avec la petite branche du siphon.
En B, une seconde soupape, dite soupape de déchar* gement ou d'écoulement, ménage la communication de
i~,6 LES CALEHIES SOUTERRAINES.
1 eau avec 1 air libre et permet de vider la petite branche lorsque le travail de la compression est terminé
En C s ouvre une soupape dite de refaukment, àesUiiee a etabhi ou intercepler lu «.ommunication de la petite branche aieclair comprime lenfeimé dans le nsenoir
Enfin, en U, une quatrième soupape dite d'aspiraUon, permet à l'air atmosphérique de pénétrer dana la petils branche lorsqu'elle se vide.
L'air du réservoir est toujours maintenu à une pression de 5 atmosphères cfTectives. Pour cela, à aa partie inrérieure, débouche un tube manométrique commun!-
Î.Ë TUNNEL m: MONT CENIS. !77
quant anrecun yésef voir d'eau situé à bO mètres de hauteur, correspondant alors à une pression égale à 5 fois celle d'une colonne d'èau de 10 mètres de hauteur, c^est-à-dire à 5 atmosphères. Au commencement de ropérartion, lorsqu'on mal l'appareil en marche, et que le réservoir est vide d'air comprimé, on ouvre le robinet qui met ce réservoir en communication avec le lube manométrique ; l'eau se précipite dans le réservoir jusqu'à ce que l'air, réduit au sixième de son volume^ fasse équilibre à la pression due à la hauteur de chute de 50 mètres de l'eau contenue dans le tid)e manométrique.
Nous pouvons, avec ces données, nous rendre facilemeint compte du jeu de ^appareil.
Supposons que la sèupape A d'alimentation soit fermée, et qu'on ouvre la soupape B de déchargement. La pression de 5 atmosphères du réservoir maintiendra fermée la soupape C de refoulement* La soupape D d'aspiration va s'ouvrir, pour donner passage ^ l'air atmosphérique, qui remplira la petite branche du si- ^!ion, pendant que l'éau accumulée pour la précédente Opération s'écoulera par la soupape B. Il restera dans k partie inférieure un matelas d'eau dont nous reconnaîtrons tout à l'heure l'utilité. Cette première phase du jeu complet de rappareil est la phase d'aspiration, pendant laquelle l'air servant à la compression est accumulé dans la petite branche du siphon, en vue de l'opération définitive.
Si maintenant, on ferme la soupape B de déchargement, et qu'en même temps la soupape A d'alimentation soit ouverte brusquement, la colonne d'eau descendant du réservoir supérienr se mettra en mouvement, refoulera te matelas d'eau restée dans la branche hori-
zontale après la première opération, comprimera l'aii* contenu dans la partie supérieure de la petite branche du siphon, et fermera par cela môme la soupape D d'aspiration. L'air comprimé, agissant par sa force élastique nouvellement acquise, ouvrira la soupape C da refoulement, et pénétrera dans le réservoir, dès qu'il aura dépassé la pression de 5 atmosphères de l'air contenu dans ce réservoir.
Lorsque cette seconde période de compression sera achevée, par le jeu des mécanismes accessoires, la soupape A d'alimentation se fermera, et celle B de déchargement s'ouvrira pour donner passage à l'eau qui doit être expulsée. En même temps, la soupape G de refoulement se maintiendra fermée par la pression du réservoir, et l'air extérieur, aspiré par la sou-, pape D d'aspiration, remplira de nouveau la partie supérieure de la petitq^ branche du siphon. Les deux périodes d'aspiration et de refoulement de l'air dans le réservoir se succéderont ainsi sans autre interruption, que le temps nécessaire au renouvellement du jeu des organes de la' machine.
Il est à remarquer, dans le fonctionnement du cumpresseur à choc, que la force nécessaire à l'eau pour comprimer l'air contenu dans la petite branche du. siphon, ou chambre à air, consiste dans la vitesse qu'elle prend dans le tube de descente, en vertu de la hauteur du réservoir d'alimentation au-dessus du plan, même du compresseur. La hauteur de la colonne d'eau, . qui est de 26 mètres, correspond seulement, k la vérité, à une pression statique de 2,5 atmosphères; et, pour^ vaincre la résistance de la soupape C de refoulement, il, est nécessaire que le fluide, contenu dans la chambre à air, possède une force élastique supérieure à celle du, réservoir, dont elle est séparée par la soupape C. La vi-.
LE TUNNEL DU MONT CENIS. h»
tesse qu'acquiert la colonne d'eau par rouverture brusque de la soupape A d'alimentation, lui permet seule de donner le coup de bélier au moyen duquel la force élastique de l'air de la petite branche est portée à 5 atmosphères, au lieu des 2, 5- atmosphères qu'elle atteindrait seulement, si la colonne d'eau n'agissait que par sou poids.
Dans la description que nous venons de donner du compresseur à choc, nous avons vu que lorsque l'air comprimé a été refoulé, il restait toujours à la partie inférieure de l'appareil, après l'ouverture de la soupape de déchargement, un matelas liquide refoulé ensuite, après l'ouverture de la soupape d'alimentation, par l'eau qui fait irruption dans la petite branche. Cette disposition est absolument nécessuire, car si l'appareil était complètement vidé, l'eau se précipiterait tumultueusement, et l'ascension dans la chambre h air ne se ferait pas avec la régularité voulue. Cette provision d'eau restante amortit le choc brusque de la colonne d'eau : elle fait matelas. On évite ainsi en môme temps l'introduction d'une certaine quantité d'eau dans le réservoir d'air par la soupape C de refoulement, ce qui ne manquerait pas d'arriver si le coussin d eau n'existait pas.
Lé tube du compresseur ayant 0"»,62 de diamètre, et la chambre d'air 4"*,0o de hauteur, l'air comprimé pendant chaque période de refoulement mesure en volume 1 mètre cube 223. Les compresseurs à choc donnant 3 coups de bélier par minute, compriment par jour 5,283 mètres cubes d'air, sous un volume de 880 mètres cubes 500. A l'origine des installations mécaniques du col deFréjus, aux deux chantiers de Bardonnèche et de Modane, lorsque - les compresseurs à pompe ou à piston
n'étaient point encore installés, dix compresséttw tl ' choc fonctionnaient ensemble, donnant un total de . 52 830 mètres cubes d'air comprimé sous un volume de'8,805 mètres cubes, à 5 atmosphères de pression.
L'examen attentif des deux périodes principales d'asniration et de compression de l'air, nous montre que ces deux périodes sont commandées chacune par le jeu alternatif des soupapes A et B d'alimentation et de déchargement ou vidange. Lorsque l'une s'ouvre, 1 autre se ferme et réciproquement. La soupape A est ouverte, Best fermée; si au contraire A se ferme, B s'ouvre pour donner passage et déverser à l'extérieur 1 eau qm a servi au travail de la compression. Pour régler ce jeu alternatif des soupapes d'alimentation et de vidange, une petite machine aéromobile N met en jeu un arbre sur lequel sont montées des cames qui. à 1 avde de leviers, mènent les tiges de ces soupapes.
11 nous reste à décrire encore brièvement les sounanes elles-mêmes. La soupape A d'admission est placée dans le renflement du tube d'arrivée de l'eau. Le coup franpé par elle sur le siège qui la supporte est tresviolent, parce qu'eUe doit s'ouvrir très->àte, afin que la colonne d'eau qui la surmonte puisse prendre toute sa vitesse. La soupape B de vidange est construite d après les mômes principes que la soupape d'admission. La sounape C de refoulement de l'air est un disque plem en cuivre, reposant sur une gorge parfaitement alésée; ce disque est susceptible d'être soulevé de bas en haut. Ta soupape D d'admission de l'air atmosphérique est un simple clapet s'ouvrant de l'extérieur à l'intérieur.
Les compresseurs à choc exigent une hauteur de chute assez considérable, un très-fort battant, comme
on dit, pour fonctionner régulièrement. Du côté de Bardonnèche, embouchure sud du souterrain, le torrent du Mélézet offrait des circonstances favorables à rétablissement du réservoir de compression. L*eau nécessaire fut dérivée, près de la bourgade des Arnauds, par un canal en maçonnerie, d'une largeur moyennne de i"^,20, et d'une longeur de plus de trois kilomètres, recouvert sur tout son parcours. Avant d'arriver au réservoir de compression d'où elle retombait directement dans les compresseurs, cette dérivation traversait plusieurs bassins d'épuration, et finalement s'engageait dans d'énormes conduites en fer qui la conduisaient à sa destination définitive.
Dix compresseurs à choc, divisés en deux groupes, pouvant fonctionner alternativement ou ensemble, furent installés à Bsœdonnèche. Leur agencement sur le chantier même peut être suivi sur la figure ci- contre. Du réservoir d'eau de compression, situé à la partie supérieure, sortent les dix énormes conduites en fonte de 0™,62 de diamètre,^ qui reçoivent l'eau nécessaire au fonctionnement des dix compresseurs à choc, placés dans le grand bâtiment inférieur.
L'installation mécanique que nous venons de passer en revue — - dérivation du torrent du Mélézet, réservoir de compression, compresseur — était complétée par la grande conduite d'air qui, se détachant du récipient tiémisphérique , et suivant toutes les inflexions des chemins de service des chantiers, s'en allait porter la force précieuse aux machines travaillant au fond du souterrain.
Si l'installation des compresseurs à choc avait été re* laiivement facile à Bardonnèche, il n'en était pas de même à Modane, ou plutôt à Fourneaux, où se trouvaient les chantiers de l'embouchure nord du tunnel. Le tor-
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rent de TArc, qui coule au pied de la colline dans laquelle s'ouvrait le souterrain, ne fournissait pas la : hauteur de chute indispensable au fonctionnement des) puissants appareils. On avait dû, pour acquérir la hau- ' teur de 26 mètres, si facilement obtenue à Bardonnèchei-' élever Feau au moyen de pompes jusqu'à un réservoir ; suspendu, d'où elle s'engouffrait dans les colonnes servant à Falimentation des compi^esseurs.
Cette élévation artificielle de l'eau ne manquait pas d'occasionner une grande déperdition de force, puisqu'elle devait être tout d'abord élevée mécaniquement pour retomber ensuite, et remonter de nouveau pour accomplir, dans la chambre à air du compresseur, le tra- ' A ail de la compression. Aussi, à peine les appareils à choc étaient-ils installés à Modane, que l'esprit inventif et fécond de Sommeiller avait décidé la construction des nouveaux compresseurs à piston, dont le jeu, plus simple dans sa conception, n'exigeait plus ni l'immense réservoir de compression, ni le réseau des gigantesques conduites d'alimentation des compresseurs primitifs.
Le compresseur hydropneumatique à pompe se compose essentiellement d'un corps de pompe horizontal, dans lequel se meut un piston, actionné lui-même par une bielle qui reçoit son mouvement d'une roue hydraulique. Aux deux extrémités du corps de pompe, s'élèvent deux cylindres verticaux remplis d'eau seulement en partie, et dans lesquels les deux colonnes liquides sont divisées par le piston interposé. Ce piston, doué d'un mouvement rectiligne alterné, élève et abaisse tour à tour les deux colonnes dans leurs cylindres respectifs, effectuant ainsi l'aspiration et la* compression de l'air.
Suivons le jeu de l'appareil sur la figure ci-jointe (lig. 48), qui représente une coupe d'un compresseur à piston faite par 1 axe des deux cylindres.
Le tube recourbé à deux branches égales est muni, à la partie supérieure des branches verticales, des soupapes AA', BB', les premières s'ouvrant de l'air esté< rieur dans le tube, les secondes du tube dans le réservoir d'air comprimé, absolument comme dans ie compresseur à choc. Le jeu de ces soupapes d'aspiration et de refoulement de l'air est, du reste, le même que celui des soupapes de la petite branche du compresseur précédemment décrit. Dans la branche horizontale du tube se meut le piston, qui oscille entre les point» extrêmes D e( D'. Des deux câtés, ce piston est baigné par une colonne d'eau qui remplit à moitié les tubes verticaux, lorsqu'il occupe sa position médiane.
Supposons que, par le mouvement de la bielle action-
née par la roue hydraulique, le piston se dirige vers le point D. Le niveau de l'eau dans la colonne de droite va descendre Jusqu'en D'; la soupape A' s'ouvrira et la colonne correspondante s'emplira d'air atmosphérique,
pendant que la soupape de refoulement B' restera fermée sous la pression de Tair comprimé contenu déjà dans le réservoir.
Si le piston revient vers le point D', la soupape A s'ouvrira, la soupape B de refoulement restant fermée. L'eau exhaussée dans la colonne de droite comprimera Fair qtà y est contenu, et qui pressera sur la soupape B' de refoulement de façon à donner passage à Tair comprimé, qui se rendra dans le réservoir.
En un mot, dans son mouvement de haut en bas, la colonne d'eau appelle alternativement l'air atmosphérique par les soupapes A et A', et dans son mouvement de bas en haut, elle comprime l'air et le refoule dans, le réservoir, aussitôt que les soupapes B et B'de refoulement peuvent être soulevées.
Le piston faisant 8 oscillations complètes par minute, sa course étant de 1»,20, et le diamètre du corps de pompe de 0",57, le volume d'air comprimé par chaque oscillation est de 0"«,61, soit par minute 4"'«,88, et par vingt-quatre heures 7,027 mètres cubes, c'est-à-dire à peu près autant que les compresseurs à choc qui marchent à quatre coups par minute.
Les difficultés rencontrées à Fourneaux pour l'établissement des installations hydrauliques devant alimenter les compresseurs à choc, déjà installés à Bardonnèche, firent activer la construction et la pose des compresseurs définitifs. Les deux svstèmes fonctionnèrent bientôt côte à côte, et on reconnut vite la supériorité du second sur le premier, de la machine simple et élégante, mue par une roue hydraulique, à l'énorme appareil exigeant un réservoir de compression, des organes gigantesques^ sans que le rendement fut pour cela supérieur.
Tels sont, dans leurs organes principaux, les appa-
iE TUNNEL DU MONT CENIS. iB7
-l^&Us ^-^ compressées à choc ou à pompe — serrant à H fabrication, sur les chantiers extérieurs au souterrain, de la force motrice qui va servir à son percement. •Pour compléter l'installation mécanique de l'outillage du tuùnel, il nous reste encore à conduire cette force .jusqu'au front d'attaque de la petite galerie de direction, où eUe sera utilisée pour la perforation des tours de raine; Delà deux organes nouveaux, compléments indispensables des appareils de compression : la conduite d'air et la perforaitrice.
Au sortir des compresseurs, l'air comprimé est emmagasiné dans dix réservoirs en fer de 17 mètres cubes de capacité, ce qui donne une réserve de 170 mètres cubes d'air comprimé à 6 atmosphères, ou 1,020 mètres cubes à la pression atmosphérique.
/ La transmission du fluide comprimé, depuis ces réservoirs jusqu'au fond du tunnel, se fait au moyen d'une conduite formée de tubes en fonte de 0»,20 de
•diamètre, assemblés bout à bout.
. L*air est ainsi amené jusqu'à peu de distance du front d'attaque. A ce point, la conduite en fonte se termine et vient se loger dans une niche pratiquée sur le côté. On j adapte alors les tubes mobiles, en caoutchouc recou-
. vert d'une forte chemise de toile, qui doivent distribuer l'air aux machines perforatrices en activité. Dès que, par suite de l'avancement journalier, ces tubes deviennen assez longs pour gôner le travail, on prolonge la conduite en fonte, et on reporte les conduites mobiles à l'extrémité nouvelle.
L'outil récepteur de la force, employé à la perforation des trous de mine — la 'perfwairicê — reposait en soiiime sur les mêm«s principes que les outils élémentaires proposés jadis par MM. Mauss et Bartlett. La machine Mauss, il est vrai, découpait le roc qu'on attaqua
ensuite à la pince ; mais» la machine Bartlett, comme nous Tavons yu, perforait les trous de mine qu'on fair -. sait ensuite sauter à la poudre. Ce fut sur ce dernier système que Sommeiller, concentra ses études. En même temps qu'il présidait, avec ses deux collègues, à l'installation des compresseurs, il construisait dans son espritla merveilleuse machine que nous allons voir fonctionner au fond du tunnel, œuvre définitive, que des perfectionnements ingénieux ont pu, de nos joursi rendre plus apte à la perforation, mais qui compose encore, dans son ensemble, les organes principaux des machines nouvelles.
Faire donner à une barre à mine, ou burin, des corps rapides et très-violents sur la roche, — communiquer automatiquement à. ce burin le mouvement de rotation sur lui-même qui lui est indispensable pour qu'il ne s'engage pas dans le trou qu'il a creusé, — faire avancer ce burin au fur et mesure que le trou de mine s'approfondit : — tels étaient les trois mouvements principaux auxquels deyait^i>éir le mécanisme complet de la.perforatrice.
Extérieurement, une perforatrice mesure environ 2"», 10 de longueur, sur 0",20 de largeur et 0»",40 de hauteur. Le mécanisme qui commande la percussion est placé au centre de la machine, celui qui commande la rotation est situé à la partie antérieure, la manivelle qui détermine l'avancement est placée à l'arrière. Tous trois reposent sur un bâti qui peut s'accrocher à de solides barres de fer reliées entre elles, et composant ce qu'on appelle Vaffùt porteur.
Le mécanisme de perctission est d'une simplicité remarquable. La barre à mine est manœuvrée par le prolongement de la tige d'un piston à laquelle elle est solidem^it fixée. Le mouvement d'avant et d'arrière de ce
LE TUNNëL du mont CENIS. 18»
piston dans son corps de pompe est déterminé par un organe complètement identique dans sa construction à
celui des machines à vapeur. Deux lumières, communiquant avec les deux faces antérieure et postérieure
du piston, sont alternativement ouvertes et fermées pa^ un tiroir^ donnant passage à l'air comprimé ou mé-* nageant son expulsion *.
Le coup contre la roche devant être frappé avec force',' à la façon d'un ressort qui se détend brusquement, ôîia dû, pour arriver à ce résultat, construire la face pbs-* térieure du piston plus grande que la face antérieure ; de cette façon, la pression de l'air étant en raison directe du carré de la surface sur laquelle il pèse, le mouve-' ment en avant de la barre à mine est plus puissant que le mouvement de retour.
Afin de prévenir encore les ébranlements considé-' râbles auxquels donnerait lieu le choc du piston contre les deux fonds du cylindre qui le renferment, on a plact* les lumières de telle façon qull soit loisible au piston,avant d'atteindre le fond du cylindre, de comprimer un certain volume d'air s'opposant à un choc brusque contre' les parois métalliques : c'est ce qu'on appelle un matehhd'aiVy analogue, dans son fonctionnement, au coussin' d'eau ménagé dans les compresseurs à choc. En outre, les deux fonds du cylindre sont garnis d'un tampon en caoutchouc aidant encore à amortir le choc.
En dehors du mouvement rectiligne du va et vient,'' le piston, et par suite la barre à mine, par un agence- ' ment ingénieux du mécanisme, tourne sur lui-môme, afin, comme nous l'avons dit, d'éviter l'engagement du fleuret dans le trou qu'il a creusé. L'empreinte laissée sur le roc par la barre à mine, à chaque coup du piston, pourrait être représentée par les différentes positions successives du diamètre d'un cercle marquant la place du trou, en supposant que ce diamètre tourne, â chaque coup, d'un angle très-pelit.
La course du piston ayant une longueur déterminée,
1. Nos lecteurs pourront consulter à ce sujet l'ouvragé de ■ M. A. GuiUemin. La vapeur. Bibliothèque des merveilles.
il arrivera certainement un moment où le ti*ou creusé sera assez profond pour que le fleuret n'atteigne plus la roche. La machine battra alors à vide, et, en dehors du travail négatif de la perforatrice, les pièces se détérioreraient vite par ce mode de fonctionnement insolite, si' on n'y remédiait en rapprochant le piston porte-outil du front d'attaque.
Dans la machine Sommeiller employée au Mont- Cenis, le jeu des organes mêmes de la machine produisait automatiquement ce mouvement, à mesure que le besoin s'en faisait sentir. Dans certaines machines nou* velles, le rapprochement de la machine du front d'attaque se fait simplement à la main. Une longue vis, que manœuvre une manivelle placée à l'arrière de la perforatrice, court tout le long delà machine dont le corps fait écrou. L'ouvrier doit savoir reconnaître le moment où la machine a besoin d'être avancée. Ainsi se manœuvrent les perforateurs Dubois-François, que nous verrons appliqués au Saint-Gothard.
Reconstituons notre perforatrice entière, et regardonsla toute prête à fontionner, immobile, suspendue devant le roc, n'attendant pour battre ses coups furieux, que l'ouverture du robinet à air qui va lui donner la vie. Au fond de la galerie d'avancement, les machines sont accrochées, au nombre de 6 à 9, à un énorme châssis en fer, roulant sur une ligne de rails ordinaires qui permettent de remiser l'appareil pendant l'explosion de la nûne. Des barres de fer horizontales, faisant écrou, se déplacent à volonté sur des vis verticales qui supportent les perforatrices, auxquelles on est libre de donner ainsi l'inclinaison exigée parla direction du trou à forer. Le mécanisme porteur s'appelle l'a/fù^. De solides crampons le fixent sur la voie.
L'affût est accompagné de son tendes* contenant de
Teau comprimée à 5 atmosphères. Ce tender sert à alimenter les tubes d'injection des trous de mines. Le jet d'eau comprimée, dirigé à intervsdles réglés dans le trou j)endant le forage, chasse à mesure les détritus qui se forment, et empoche réchauffement du fleuret.
Nous venons d'étudier les deux organes essentiels nécessaires à. l'achèvement d'une galerie souterraine perforée par le travail mécanique, le compresseur et la perforatrice, le premier alimentant le second, lui fournissant la force nécessaire à son fonctionnement. Le compresseur est installé à l'extérieur du tunnel, sur les. chantiers, — la perforatrice, à l'intérieur, au fond de la petite galerie. C'est elle qui trace le sillon que compléteront plus tard les travaux d'élargissement.
Compresseurs et perforatrices sont reliés par la conduite d'air partant des réservoirs, longeant les parois du souterrain jusqu'à l'affût porteur du mécanisme de perforation.
Compresseurs fabriquant l'air comprimé, conduite en fer le transmettant sans déperdition sensible de force, perforatrice utilisant sa force élastique pour le forage des fourneaux de mine, notre matériel est complet. Il nous reste à suivre pas à pas les phases diverses du travail souterrain.