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ANCIENS

Les travaux souterrains chez les Égyptiens : Les nécropoles. Les Spéos d'Ebsamboul. — V antiquité hindoue: Les temples de Salcette, d'Ellora, d'Eléphanta. — Les Assyriens et les Mèdes : Le tunnel sous-fluvial de l'Euphrate. — Las Carthaginois : L'aqueduc de Carthage. Les mines d'argent d'Espagne. — Les Grecs : Les travaux de dégorgement du lac Copaïs. — Rome et VÉtrurie : Les nécropoles étrusques. Rome souterraine. Le service des eaux et celui des égouts. La Cloaca maxima. — L*ère chrétienne : Les catacombes. Les cryptes. — La guerre souterraine. — Conclusion.

Les travaux souterrains, qu'ils aient un but d'utilité ou d'agrément, remontent à la plus haute antiquité. Les besoins de l'industrie et du commerce des peuples, les nécessités de la guerre, les caprices et l'orgueil des conquérants, les mystérieuses solennités de certains cultes,

ont contribué de tout temps au développement de ces ouvrages difficiles dont l'exécution nous remplit encore aujourd'hui d'étonnement. On se demande, à ne voir que les débris monstrueux de cette ténébreuse architecture, quel pouvait bien être l'état de la mécanique chez ces Anciens dont les travaux tiendraient souvent en échec la science de nos plus habiles ingénieurs. Les efforts réalisés par nos ancêtres sont vraiment prodigieux, et par les ruines qui racontent, à travers les âges, l'histoire de leur civilisation évanouie, on peut juger de ce dont ils étaient capables.

La nation qui, à ces époques reculées de l'histoire des peuples, s'est avancée le plus loin dans cette branche de l'art, est certainement la nation égyptienne. La multiplicité de ses œuvres grandioses frappe l'observateur d'admiration ; et on comprend que seuls, un despotisme sans limite et un fanatisme religieux sans exemple ont pu obtenir de l'homme une suite d'efTorts aussi extraordinaires. Ajoutez à cela que l'habitude de réduire en esclavage les peuples vaincus, et de transformer les survivants des guerres antiques en ouvriers destinés aux travaux publics, permettait de réaliser économiquement des entreprises qu'il eût été impossible de tenter dans d'autres conditions.

Plus encore que l'esclavage, la religion aida, chez les Égyptiens, à l'exécution des grands travaux souterrains. Le dogme de la résurrection des corps avait surtout action sur les âmes. Dès que l'on croyait qu'un jour les hommes renaîtraient avec leurs formes matérielles et leur enveloppe charnelle, il était évident que la grande préoccupation des Égyptiens devait être de cacher avec le plus de>soin possible, pour les garantir de toute profanation, le corps de ceux qu'ils avaient aimés. Aussi, cherchaient-ils pour eux les retraites les

plus secrètes et les plus profondes, afin qu'aucun dommage ne pût arriver à ces dépouilles sacrées destinées* à reprendre un jour une existence nouvelle. Les nécropoles des villes égyptiennes, celle de Memphis, par exemple, où Ton a découvert des tombeaux situés à plus de 25 mètres de profondeur ; les grottes de Samoûn ou des Crocodiles, situées dans la Haute-Egypte, non loin de Monfalout ; les souterrains de la Thébaïde, — véritables villes des morts, — creusés de distance en distance sur une étendue de quinze à vingt lieues, dans une montagne qui borde le Nil, et d'où, avant qu'elles ne servissent de demeure funéraire, on avait extrait les matériaux nécessaires à la construction des villes voisines ; les catacombes d'Alexandrie enfin, témoignent du respect des Égyptiens pour leurs morts.

Si la dépouille des hommes était ainsi protégée, quel ne devait pas être le culte dont on entourait celle des dieux, les restes mortels d'Apis, d'Osiris, principes du Bien, s'incarnant par l'opération de Phtah dans la forme du taureau ! C'est pour soustraire à toute violation la dépouille des bœufs sacrés, que fut creusée dans le grand désert, près de Memphis, la nécropole qu'on appela Serapeum, retrouvée, en 1851, par un savant français, M. Mariette.

Le Serapeum est composé d'une galerie souterraine de cent mètres de longueur, et de chambres également creusées dans le roc, ayant accès sur cette galerie principale. Dans chacune de ces chambres funéraires^ on trouva un sarcophage monolithe, du poids de soixante à soixante-dix mille kilogrammes, muni de son couvercle. Au pied du sarcophage, gisaient les statuettes des personnages puissants qui jouissaient de la haute faveur de déposer leurs propres images près des dépouilles divines. Les cérémonies funèbres terminées, la tombe du dieu était murée pour l'éternité. Quand M. Mariette en-

tra dans le Serapeum^ plusieurs de ces tombes étaient .encore vierges de toute profanation. Depuis que les prêtres d'Apis avaient présidé aux derniers préparatifs de Tensevelissement, aucun être humain n'était venu troubler le sommeil de la divinité !

En dehors ànSerapeumde Memphis, dont la destination spéciale était de servir de caveau funéraire aux restes mortels des Apis, on rencontre encore, sur le territoire de l'ancienne Egypte, d'autres temples souterrains, ou speos, qui étaient destinés aux rites du culte. Les plus renommés, situés sur les bords du Nil, dans là Nubie Inférieure, sont creusés dans les collines d'Ebsamboul, à soixante lieues de la première cataracte. Le portail de ces speos est orné de statues colossales, sculptées en ronde bosse dans le rocher, et mesurant plus de vingt mètres de hauteur. Ces statues, dont la plupart représentent Ramsès-le-Grand (Sésostris), tantôt debout, tantôt assis sur un fauteuil de pierre, dans l'attitude majestueuse qui sied à un Pharaon, forment, avec les rubans constellés d'hiéroglyphes qui les entourent, un cadre étrangement grandiose, au milieu duquel s'ouvre, béante et noire, la porte du speos.

Trois vastes salles, taillées de main d'homme dans le rocher, se partagent l'intérieur du temple d'Ebsamboul. C'est d'abord le pronaos j de seize mètres de profondeur, soutenu par huit piliers isolés, contre lesquels s'appuient huit statues de dix mètres environ de hauteur, monolithes, évidées dans le rocher comme les piliers eux-mêmes. Après vient le naos^ supporté par quatre piliers ; puis enfin le sehos ou sanctuaire, où trône la trinité égyptienne, Ammon, le dieu suprême, Phra, le soleil divinisé, et Phtah. Au milieu d'eux, leur élu, Ramsès.

Parmi ces temples souterrains, nous pouvons citer encore le s/>dûs de Phra, construit par Ramsès ; celui d'Hathor, dédié àla Vénus égyptienne par la reine Nofré-Afri, épouse

du Pharaon ; le temple de Derr ou Derri, construit également par Ramsès en Thonneur du dieu Ammon ; les quatre speos dlbrim, dont le plus ancien remonte jusqu'au règne de Touthmosis I«', c'est-à-dire au XV« siècle avant J.-C, et un nombre relativement considérable d'autres ouvrages qui, pour être moins remarquables que leurs célèbres contemporains, témoignent encore, par leurs vestiges imposants, de la grandeur d'un passé" désormais perdu.

Moins loin dans la nuit des temps, cinq ou six siècles avant notre ère, — car les monuments souterrains de l'Egypte remontent pour la plupart au quatorzième ou quinzième siècle, — les monarchies indiennes, aujourd'hui oubliées, construisaient, en l'honneur de la Trinité hindoue, ces prodigieux temples souterrains dont notre époque a retrouvé les vestiges.

Plus encore peut-être que devant les spéos égyptiens, la pensée s'arrête comme frappée de stupeur à la vue de ce travail colossal, dont l'exécution resterait pour nous complètement incompréhensible, si nous ne nous rappelions que dans l'Inde, comme sur la terre des Pharaons, la religion commandait et dirigeait en maîtresse absolue la vie des peuples. Combien de bras usés, broyés pour exécuter ces conceptions orgueilleuses, combien de souffles éteints dans ces voies ténébreuses, d'existences étoufTées sous les draperies de pierre des monstres sacrés qui peuplent les temples souterrains de Salcette et d'Eléphanta ! S'il était possible de remonter les vingt-cinq siècles qui nous ont précédés, d'embrasser d'un regard ces vastes chantiers, où des milliers et des milliers de fanatiques et d'esclaves, enivrés d'amour pour leur idole, courbés sous le fouet du brahmane, creusaient le roc avec leurs instruments primitifs, quel spectacle présenterait à nos yeux cette fourmi-

lière d'êtres humains, pressés les uns contre les autres, la sueur au front, découpant fiévreusement la montagne, et roulant enfin, épuisés, sans vie, aux pieds de leur dieu à peine ébauché que d'autres achèveront de tailler et de polir I

Le temple souterrain d'Eléphanta, situé dans File du même nom du golfe de Bombay, le plus ancien des speos de Tlnde, a été creusé au sommet d'une montagne à double cime, qu'on gravit par un escalier à pic de trois à quatre cents marches. La salle principale mesure quarante mètres de longueur sur trente-huit de large; le plafond est soutenu par seize colonnes cannelées de cinq mètres environ de hauteur. Ses parois sont décorées de sculptures racontant la vie du dieu Siva auquel ce temple est consacré. Au fond, siège la trinité hindoue : Brahma, Siva et Yishnou. De nombreuses excavations souterraines communiquent avec cette salle principale. A l'entrée de l'une d'elles, on a placé les deux lions accroupis, aux monstrueux profils, qui gardaient primitivement le groupe de Brahma.

L'île de Salcette, proche de l'île de Bombay, à laquelle elle est reliée par une chaussée, renferme également un grand nombre de temples souterrains. Les plus remarquables, ceux de Kennery, creusés dans une roche de porphyre, mesurent parfois vingt-huit mètres sur douze de large. Deux rangées de colonnes qui partagent le temple en trois nefs^ dont la plus importante, située au milieu, se termine en hémicycle, donnent au souterrain l'aspect d'une véritable basilique. Les parois sont couvertes d'inscriptions, dont l'âge varie depuis le deuxième siècle avant J.-C. jusqu'au quinzième siècle de notre ère.

L'Inde possède ainsi, depuis les rives de l'Indus jusqu'à la partie la plus méridionale de son territoire, un grand nombre de temples souterrains, parmi lesquels les grottes de Carli, dont l'ouverture est située à 240

mètres au-dessus de la plaine, les temples d'Ajayanti et de Pandou-Lena dans le Dekan, de Mahr dans la province d'Aurungabad, de Panch-Pandou, de Dounmar dans la province de Malva, et les grottes de Bamiyan, dans rindou-Khou, qui datent du sixième siècle avant J.-G. L'une des douze mille grottes du Bamiyan passe pour avoir abrité Yyasa pendant qu'il écrivait ses Yédas. Mais de tous les temples souterrains dont l'origine remonte^ aux premiers âges de la monarchie indienne, les plus remarquables, à coup sûr, sont les temples d'EUora, près de Daouletabad, dans l'Inde centrale. Les galeries souterraines qui les composent comptent près de deux lieues d'étendue. On y remarque surtout le fameux temple monolithe de Kaïlasa, avec ses lourds pilastres disposés sur quatre rangs, supportés eux-mêmes par d'énormes éléphants de pierre découpés dans le rocher, c'est là peut-être l'ensemble architectural le plus étrangement grandiose qui soit au monde. De nombreuses galeries servent d'enceinte au temple de Kaïlasa ; nous citerons, entre autres, le temple de Visvacarna dédié à Brahma, et celui de Para-Lanka, auquel donne accès un escalier de vingt-sept marches, et dont le plafond est encore orné de très-curieuses peintures représentant les épisodes principaux de la mythologie indienne.

Le fanatisme religieux des Assyriens et des Mèdes ne peut être comparé ni à celui des Égyptiens, ni à celui des Hindous. Inspirés par des dogmes moins sombres, ils consacrèrent leur énergie à des travaux plus utiles que les colossales chambres souterraines destinées aux cérémonies religieuses des Brahmanes, ou à la sépulture des bœufs sacrés.

L'historien Diodore parle des travaux que Sémiramis fit entreprendre pour perforer les montagnes escarpées de Baghistan et de Zaracœus. Ce sont sans doute les ves-

iO LES GALERIES SOUTERRAINES.

tiges de ces œuvres hardies que quelques voyageurs ont cru retrouver sur la route de Bagdad à Hamadan.

Nous devons citer encore le passage sous-fluvial construit sous TEuphrate, véritable tunnel qui faisait communiquer ensemble les deux' palais construits à chaque extrémité du magnifique pont qui s'élevait audessus du fleuve, et qui, avec les jardins suspendus, constituait une des nombreuses merveilles de la capitale de l'Assyrie.

Si nous interrogeons l'Occident, les Romains, ou plus exactement les Ëtrusques, sont à peu près les seuls dont on puisse voir encore de grands travaux souterrains méritant d'être signalés.

La rareté des documents qui nous restent sur les Carthaginois ne nous permet guère d'apprécier les efforts qu'ils ont pu tenter dans ce genre d'architecture. Rome a réalisé si complètement le souhait de Caton, qu'il ne subsiste pour ainsi dire rien de son ancienne rivale.

Garthage, cependant, possédait un aqueduc et des conduites souterraines desservant la ville, u Cet aqueduc traversait obliquement l'isthme entier. Cinq rangs d'arcs superposés^ d'une architecture trapue, avec des contreforts à la base et des têtes de lions au sommet, aboutissaient à la partie occidentale de l'Acropole, où ils s'enfonçaient sous la ville pour déverser toute une rivière dans les citernes de Mégara*. »

Il n'est pas douteux que l'activité des Carthaginois s'est donné aussi carrière dans l'exploitation des riches mines d'argent qu'ils possédaient aux environs de Carthagène, et dans toute l'Espagne. Les fouilles exigeaient une main-d'œuvre considérable ; les irruptions d'eau qui se présentaient subitement opposaient de sérieux obstacles au travail. Ce fut seulement plus

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