ENNEMIS DU PHYLLOXERA VASTATRLX
Comme tous les insectes, à quelque ordre qu'ils appartiennent, le phylloxéra a ses ennemis naturels qui le menacent plus ou moins dans son existence.
Dans une note présentée à TAcadémie des sciences en 1880, M. Coste a signalé plusieurs ennemis du phylloxéra gallicole, les uns bénins, les autres assez sérieux.
Dans la catégorie des ennemis bénins, doit être rangée une larve d'un acarien, celle du Trombidhnn fuliginosum. Elle a été trouvée dans les galles de trois cépages américains, le Clinton, le Vialla et TOposta, suçant la mère pondeuse. « En raison de son peu d'agilité, cette larve n'est pas capable de nuire considérablement au phylloxéra. Elle ne peut s'attaquer qu'aux pondeuses immobiles, jamais aux jeunes, qui sont très agiles. » L'adulte du Trombidium fuliginosum est, au contraire, doué d'une grande agilité. Il fait la chasse au phylloxéra sur les feuilles et dans les grosses galles. M. Coste dit parfois l'avoir trouvé entouré de cadavres de jeunes. Toutefois, on ne doit pas trop compter sur lui pour diminuer sensiblement la population phylloxérieune, en raison même des moyens de multipHcation qui, comme ceux de tous les Acariens, sont trop limités quand on les compare avec les nombreuses générations qu'accorde la parthénogenèse à la propagation du terrible ennemi de* la vigne.
Un arachnide, le Gamasus viridis^ a été trouvé dans les galles phylloxériques. Mais il n'a pas été possible de le surprendre, dévorant d'une façon bien certaine, le phylloxéra.
M. Coste (1) signale deux Thripsiens, dont l'espèce ne»paraît pas déterminée d'une façon certaine, qu'il considère comme carnassiers, s'attaquant au phylloxéra gallicole, bien qu'il ait
(1) Coste : Comptes rendus de l'Académie des sciences, 188(^, t. 91.
été admis jusqu'ici que les Thrips sont tous exclusivement phytophages.
D'après le même auteur, Tennemi le plus sérieux est représenté par une larve du genre Scymniis. On s'est assuré par une observation rigoureuse et directe, qu'elle était très vorace des pondeuses, des jeunes et des œufs du phylloxéra. « C'est par succion qu'opère la larve, dit M. Coste, non pas seulement du liquide, mais bien de toute la matière contenue dans le corps du phylloxéra. Lorsque celui-ci est presque vide, et pour mieux le nettoyer, la larve y injecte et aspire alternativetnerit un liquide de couleur jaune sale, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que la peau. En quelques instants, qu'il s'agisse d'un phylloxéra ou d'un œuf, l'opération est terminée. »
Divers entomologistes ou savants ont fait connaître à des époques différentes, beaucoup d'autres insectes dont le parasitisme exerce une influence plus ou moins nuisible sur le destructeur des vignobles
Le premier qui fut signalé en Europe comme phylloxérophage, est VAnihocoris nemoralis. MM. Planchon et Lichtenstein, en 1868, examinante Sorgues la première galle signalée, découvrirent cet hémiptère en train de manger des phylloxéras aériens. Cette année là encore, MM. Planchon et Lichtenstein, virent dans des galles phylloxériques une petite coccinelle 7ioh'e qui dévorait le contenu de neuf galles sur dix. En 1877, M. Lichtenstein, sur des feuilles à galles de Clinton, remarqua comme étant gourmandes de la chair du phylloxéra, en outre du Tromhklium sericeum^ les larves d'un coléoptère, \ïi coccinelle à douzo points blancs. Enfin en 1881 (1) M. Planchon a signalé un cas très curieux de parasitisme. C'est la présence dans les serres chaudes du jardin des plantes de Montpellier d'un cryptogame insecticide (un Botrytis., même genre
(1) J.-E. Planchon. Note sur un cryptogame insecticide, Comp. rend. Ac. se. p. 1193-1881.
que celui des vers à soie) qui sur une cinéraire a tué tous les pucerons de la plante.
Ces pucerons forment une espèce du genre Siphonophora non décrite. L'action du botrytis est foudroyante en serre chaude.
Elle parait diminuer et s'arrêter même à la température de l'air ambiant.
Il y a donc, dit M. Lichtenstein, une espèce de muscardine qui, dans des circonstances données, peut, tout d'un coup, tuer tous les pucerons sur une plante.
On a essayé d'inoculer ce cryptogame parasite à d'autres pucerons [Chaitophorus Aceris) et au phylloxéra.
A cette liste du phylloxéra vastatrix, on pourrait en ajouter bien d'autres (1). Malheureusement de tous ceux qui sont connus, aucun n'est un adversaire assez puissant pour lutter contre lui et empêcher sa rapide multiplication.
B. — APHIDIENS
GALLES DU TÉRÉBINTHE (PISTACIA TEREBINTHUS. LIN.)
Les galles que Ton observe sur le Térébinthe [Pistacia terebinthiis. Lin.) sont intéressantes non seulement au point de vue de la tératologie végétale mais aussi au point de vue des Insectes qui les habitent. Elles n'ont pas été l'objet de nombreuses éludes et cependant elles sont bien connues, surtout depuis les recherches entreprises par M. Courchet^i consignées dans ses excellentes thèses (2).
M. Lichtenstein j par ses remarquables études sur les Puce-
(1) Voir Martin. Congfrés international phylloxérique de Bordeaux.
(2) Courchet. Etudes sur les galles produites par les AphidienSy Montpellier,
rons, a contribué pour une grande part à étendre nos connaissances sur ce sujet et nous aurons dans la suite de ce chapitre à lui faire beaucoup d'emprunts. Dès ce moment même nous prendrons un tableau synoptique donné par ce savant pour la Feuille des jeunes Naturalistes, dans lequel il établit de la façon la plus nette pour Tesprit la classification des galles qui nous occupent et le nom de leurs habitants :
Galles formées aux dépens de la nervure médiane
Galles formées aux dépens du limbe de la feuille
Galle en forme de grosse silique renflée ou de corne allongée ....
Galle en forme de petite pomme d'api et en ayant la couleur . . .
Galle formée par un repli plat, appliqué sur la feuille
Galle formée par un repli vériculeux, boursouflé
Boursouflure rouge, régulière, arrondie en boudin droit sur le bord de la feuille
Boursouflure blanche, crispée, dressée en demi-lune sur le bord de
la feuille
I Feuille repliée sur la face supérieure du limbe
Feuille repliée sur la face inférieure du limbe.
Pemphigus cornicularius Pass.
P, utricularius Pass.
P. folliculariusFsiSs.
P, semilunarius Pass.
P. pallidus Derbès.
P, rétro flexus Courchet.
Nous ne nous occuperons d'abord que de ces diverses galles, nous réservant de faire une étude générale des Pucerons lorsque nous aurons décrit toutes les galles produites par cet intéressant groupe d'Hémiptères homoptères.
1"* La galle en corne ou P. cornicularius, quand elle est entièrenient développée, offre l'aspect d'une énorme gousse pouvant dépasser 0°15 de longueur, à surface glabre, mais
parcourue par un grand nombre de légères cannelures longitudinales. Si une cause mécanique quelconque s'oppose à sa croissance, elle est courte, ramassée sur elle-même; dans tous les autres cas, elle est allongée, mais diversement contournée et généralement elle décrit un arc à concavité supérieure. La partie moyenne est renflée, la partie basilaire diminue en diamètre et son extrémité libre est terminée en une pointe aiguë. Sa couleur est verte au printemps et en été, rouge plus tard et enfin elle passe au brun quand elle se dessèche. On la trouve presque toujours au sommet épaissi et recourbé en crosse d'un rameau de Tannée.
Son développement a été suivi par M, Courchel; mais nous ne pouvons que renvoyer le lecteur aux intéressantes observations faites par ce naturaliste.
2° La galle utriculaire^ c'est-à-dire déterminée par le P, utrkularius est « toujours située à la base et sur le côté de la nervure médiane d'une foliole ; elle forme à la face inférieure du limbe une sorte de vessie dont le volume varie de la grosseur d'une cerise à celle d'une pomme. Elle est lisse et luisante, arrondie ou plus ou moins lobée, quelquefois multiple en apparence et réunie à la foliole par ua pédicule ordinairement court (1). »
La couleur est verte ou vert jaunâtre d'abord ; plus tard elle est comme lavée de rouge ou même entièrement d'un beau rouge; à ce moment elle ressemble à un vrai fruit; après le départ de ses habituants elle brunit en se desséchant.
Ces deux galles renferment une oléo-résine en grande abondance ; si on les pique en un point quelconque, cette oléorésine sort en écumant, puis se concrète en un petit globule transparent et visqueux au-dessus de la blessure.
Le développement de la galle utriculaire a aussi pu être saisi par M. Courchet.
3° Les galles produites par les P. palliduSj retroflexus^ folli-
(1) Courchet. Qp. cit.
cularius^ semiiunarius sont toutes formées par un repli des bords du limbe sur la face supérieure.
La galle du P, pallidus a la forme d'une bourse allongée et aplatie; elle occupe environ le quart du limbe en largeur; elle est le plus généralement placée parallèlement à Taxe de la foliole et ne s'étend jamais du sommet à la base du limbe. Elle demeure toujours dans le plan du limbe qui s'accroît exactement en largeur d'une quantité égale à celle de la portion repliée, en sorte que son contour en est à peine altéré; comme, en outre, la couleur de cette galle est d'un vert peu différent de celui de la feuille, cette formation échappe aisément aux yeux d'un observateur inattentif.
Certains pieds de térébinthe en portent un grand nombre ; souvent une même feuille en porte deux symétriquement placées sur sa face supérieure et sa face inférieure.
De même que pour toutes les galles de cette plante, la coloration de la galle du P. pallidus change avec l'âge : dans Tarrière-saison elle est jaune, puis rouge. Cependant, quelquefois après le départ des insectes, elle reste verte et continue à végéter comme le reste de la foliole.
La galle du P, retroflexus est très analogue à la précédente, mais elle est plus petite, plus rare aussi et elle occupe la face inférieure du limbe; la galle du P. palhdus occupe, au contraire, la face supérieure des feuilles.
Le P. folliciilarius produit sur une même foliole cinq à six galles qui forment une sorte de bordure sur le limbe ; la forme de ces galles est celle d'une bourse petite et rouge, renflée et plus ou moins allongée. Quelquefois, la foliole tout entière, mal développée, s'enroule pour former une galle unique.
Ce puceron a donné lieu à une observation intéressante de M. Courchet. Dès les premiers jours de mai, M. Courchet remarquait au sommet des folioles et sur la nervure médiane de petites poches rougeâtres formées par un enfon-