‹ Les ganaches, comédie en quatre actesChapitre 106 sur 116 · ACTE QUATRIÈME. 127 LE MABQUIS, tressaillanto · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME. 127 LE MABQUIS, tressaillanto

Ce jeune homme?

VAUCLIN, tranquillement.

Oui... Marcel, qui est chez moi.

Tu as donné asile à ce... ?

VAUCLIN, de même.

Pourquoi pas? L'homme qui a sauvé ta nièce avait bien le droit de veiller sous le même toit qu'elle !

LE MARQUIS

Eh ! quelle reconnaissance lui dois-je, à cet homme? il Ta arrachée de cette fenêtre, c'est vrail Mais n'est-ce pas son fatal amour qui l'y avait poussée I

VAUCLIN,

Es-tu bien sûr que ce soit son amour pour elle, et que ce ne soit pas notre haine pour lui?

LE MARQUIS

Notre haine?

VAUCLIN, le regardant fixement.

Ou ton égoïsme, si tu l'aimes mieux î

LE MARQUIS

Moi?

V AU CLIN

A moins que tu ne l'appelles dévouement^, ce premier mouvement de ton orgueil qui écarte le sauveur, au risque de tuer la malade, et qui l'abandonne aux soins d'une Rosalie^ tout au plus capable de la pousser au désespoir I

LE MARQUIS

Vauclin!...

VAUCLIN.

Mais ce manant ose aimer ta nièce 1 Cela crie vengeance, n'est-ce pas? Périsse la pauvre enfant! et sauvons l'honneur du Marquisat !... Ou plutôt, car voici la vérité, jouons le salut de ta nièce sur un coup de dé; pourvu qu'il disparaisse à jamais cet être importun, cet ennemi... (a voix basse, mais avec mteniien.) Ce rival!...

LE MARQUIS

Ce rival...?

VAUCLIN.

J'ai dit rwal et je le répète! Et si ton cœur, honteux de ce qu'il éprouve, n'a pas encore osé te l'avouer, eh bien, c'rst moi qui te l'apprends! Oui ton rival!.., car ce n'est plus îe

iolurier, ce n'est plus l'homme hostile à tes convictions que lu veux éconduire, c'est l'amoureux préféré... qui ruine à jamais ce réve que tu caressais à ton retour, d'une maison rajeunie, d'une famille nouvelle, d'une femme belle... charmante!...

LE MARQUIS

Vauclin l

VAUCLIN; lui saisissant la maia.

Tu cries ! — J'ai touché la plaie !...

LE MARQUIS, avec force,

Ahl tu mens!... et jamais...

VAUCLIN.

Jamais ?. . jure-le donc!

LE MARQUIS, avec doulear.

Ah! Vauclin, que tu me fais de mal!...

VAUCLIN, avec cœur. .

Jamais trop, si je te guéris!

LE MARQUIS, se redressant.

Ah ! c'est fait, et tu ne me verras pas rougir deux fois de ma folie!...

VAUCLIN.

Folie, tu as bien raison!... La nature a fait une affeclion pour tous les âges, et à qui n'a plus droit aux passions de l'amant, il reste l'amour du père.

LE MARQUIS

Hélas! je n'ai pas de famille,Vauclin'....Et jen'ai pas d'enfants.

VAUCLIN.

Tu as une fille! Aime-la et tu ne seras pas ridicule, car cet amour-là sera toujours de saison!...

LE MARQUIS, avec amertume.

Ah! sans doute, oui; aimons-la comme un père peut aimer safille, et entourons-la de soins et de tendresse, pour qu'un autre plus jeune vienne un jour ou l'autre l'arracher à nos bras!...

VAUCLIN.

Mais l'horrible serait qu'elle y restât, dans nos bras!... et je m'accuse de l'avoir espéré un instant... Quoi ! tu ne comprends pas encore que nous sommes deux enfants, deux fous, deux maniaques... que depuis huit jours nous cherchons, par de petits moyens puérils et ridicules, à arrêter ce qui ne s'arrête pas! la jeunesse! Et nous croyons lui opposer une barrière de nos ruines!... et quand elle nous bouleverse nous et nos plâtras et fait tout voler en poussière... cela nous étonne... Vieilles Lêtesl

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