‹ Les ganaches, comédie en quatre actesChapitre 107 sur 116 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Eh! mon Dieu, nous avons fait...

VAUCLIN.

Nous avons fait sottise sur sottise! (Avec intention.) Et si un malheur arrivait...

LE MARQUIS, effrayé.

Un malheur!... Il y a donc danger? Et lu désespères... toi! Mais il faut voir d'autres médecins!... Il faut consulter!...

VAUCLIN,

Et qui?... Des praticiens de campagne comme moi... que tout cela déroule! Ah! si j'avais là, du moins (montrant la lettre-^, celui qui l'a déjà sauvée une fois... et qui m'écrit : « Si le péril augmente... appelez-moi!... »

LE MARQUIS

Eh bien, qu'on l'appelle... et qu'il vienne!

VAUCLIN.

De Paris?...

LE MARQUIS, courant à son secrétaire.

Pourquoi pas?... J'écris!

VAUCLIN.

Eh! ta lettre arrivera dans deux jours! (Avec intention.) Seulement par le télégraphe électrique il serait prévenu avant midi; ... mais pour venir?

LE MARQUIS, écrivant.

Eh bien ! il a le chemin de fer!

Jusqu'à Rennes, oui !... en quelques heures; mais de Rennes à Quimperlé par la voiture, un jour entier...

LE MARQUIS

Un jour; mais avec des chevaux à moi!... Trois, quatre chcvauxl...

VAUCLIN.

Trop tard!

LE MARQUIS

Mais ce n'est pas possible !... il y a d'autres voies ! un chemin de fer quelque part !.. Nantes !

VAUCLIN.

Eh! quarante lieues de voilure^ un jour encore!...

LE MARQUIS

Mais ailleurs?

VAUCLIN.

Rien!

LE MARQUIS

Rienî... Rien!. ..Mais nous sommes donc dans un désert!... Mais partout, il y a des chemins qui dévorent la distance, le temps, et ici... (Avec désespoir.) Eh ! nou, il n'y en a pas , puisqu'ils voulaient le faire î et j'ai maudit leur projet, et je triomphais hier encore de le voir ajourné. Triomphe donc maintenant d'être au bout du monde!... On ne peut pas voler à ton aide!... Triomphe, imbécile !... d'avoir sauvé ta maison; tu ne peux pas sauver ton enfant !...

(Il tombe accablé sur le canapé.) VAUCLIN.

Ne t'accuse pas!... ce ne serait encore qu'un projet!

LE MARQUIS, désespéré.

Ah! ma maison, la ville, tout en poussière, Vauclin! Tout au vent! pourvu que je la sauve!... et je fais serment déporter le premier coup à ces murs sacrés, et de lui faire large place à ce progrès qui peutavoir tous les vices, mais qui fait tout pardonner, quand il vole plus vite que nous au secours de ceux qui souffrent !

VAUCLIN, à part, triomphant.

Eh ! allons donc ! (Haut.) Tu le comprends enfin, que l'œuvre de ce jeune homme n'est pas erreur ni folie !... et qu'elle a sa grandeur et sa noblesse !...

LE MARQUIS

Eh ! qu'importe que je le comprenne !

VAUCLIN.

Oh ! beaucoup... il importe beaucoup, je te le jure... car enfin, là où la science nous fait défaut, on peut trouver encore un auxiUaire aussi puissant, plus puissant peut-être... (Mouvement du marquis.) Oui!... uuc réactiou violente!... une secousse!... une grande joie, par exemple...

LE MARQUIS, vivement, d-.bout.

Ah ! dis... parle !... Que faire?

VAUCLIN,

Es tu capable?...

LE MARQUIS

Oh ! de tout, pour la sauver !

VAUCLIN, vivement.

Et tu foulerais aux pieds tes préjugés?...

LE MARQUIS

Eh ! qu'est-ce que tout cela ! 11 n'y a plus qu'ElIe, Vauclin, il n'y a plus qu'Elle»

VAUCLIN, avec élan.

Eh bien, sauvons-la donc, celte enfant, et pour cela, achève

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