ACTE PREMIER. n
URBAIN
J'ai dîné en ville, papa.
FROMENTEL
OÙ ça, en ville?
URBAIN
Chez une dame qui me veut du bien.
FROMENTEL, grommelant et remettant une bûche au fea.
Une dame... Ta blanchisseuse?
URBAIN
Ce n'est pas une blanchisseuse; c'est la cafetière da café du Commerce, (a Bariiion.) Une femme... Je vous ferai voir ça... Elle s'appelle Clolilde!...
(Il remonte et va s'adosser à la cheminée.)
FROMENTEL, après avoir cherché du côté de Bariiion, à qui il s'adresse d'abord, retrouvant Urbain à la cheminée.
Je t'en donnerai, moi, des cafetières... Regardez-moi ça *... Quelle mine!... C'est échiné !... c'est courbé!... c'est veit degris!... et ça n'a pas vingt ans!... Où as-tu passé la nuit dernière, grand vaurien ?
URBAIN
Oh! je suis rentré hier au soir à dix heures, papa.
FROMENTEL
Ce n'est pas vrai, garnement ! A dix heures et demie, j'ai regardé ton trou à la serrure, et la cheville n'était pas dans le trou !
URBAIN
Oh! par exemple!
FROMENTEL
Elle n'était pas dans le trou !...
URBAIN
Eh bien, je l'ai oubliée, quoi! (Quittant la cheminée pour aller à Baril- Ion.) C'est trop bête aussi! Est-ce qu'ils n'ont pas imaginé de percer dix trous à la porte, en dedans, autant que d'habitants dans la maison: à chacun son trou, avec un petit morceau de bois pendu à côté, pour boucher son trou en rentrant; et quand toutes les chevilles sont dans tous les trous, c'est que tout le monde est rentré et qu'on peut tirer les verrous... Est-ce assez ridicule, une invention pareille, au dix-neuvième siècle!
* Baiillon, Fromentcl, Urbain.
iô LES GANACHES.
FROMENTEL *
De mon temps, monsieur, on ne découchait janiaîsi
URBAIN, remonlanl.
Oui! je t'en moque!
(Il va à la table de whist et fait un lansquenet pendant ce qui suit.) FROMENTEL, descendant, à Bjrillon **.
Mais voilà la jeunesse d'aujourd'hui, monsieur! Et on favorise ces choses-là. Ça entre dans leurs idées! Us sont contents!... Us se frollent les mains!... Us se disent : «Le fils Frouientel ne rentre pas !... Bon! encore un garnement dont nous ferons ce que nous voudrons... »
BARILLON
Vous croyez qu'ils en feront quelque chose?
FROMENTEL
Oh! je n'en sais rien; moi, je n'ai jamais pu rien en faire!
BARILLON
Bah !... U a du pain sur la planche, et avec vos rentes!...
FROMENTEL. v
Oui, parlons-en, de mes rentes Vous n'avez pas de rentes, \ous!... Vous êtes bien heureux!... Vous n'êtes pas obligé de jouir de la vie... Moi, je jouis de la vie... (n tousse.) C'est amusant!
BARILLON
Occupez-vous,... Le jardinage, la culture...
FROMENTEL, grommelant.
Eh bien! oui, je cultive des ananas dans la serre!...
BARILLON
Eh bien?
FROMENTEL
Eh bien , il vient quelque chose qui ressemble à des carottes!... U n'y a plus de culture, monsieur!... La terre est épuisée!...
BARILLON
Pourtant, la campagne!
FROMENTEL
Mais il n'y a plus de campngne, monsieur! — Où voyez-vous la campagne?... U n'y a plus que des villes!...
* Barillon, Urbain, Fromentel.
Urbain, Barillon, FromenleU