ACTE PREMIER
ami ne m'a pas laissé le temps àe te rappeler que je suis un enfant de Quimperli:, moi!
BARILLON
Ek ! c'est ma foi vrai ; et un compatriote qui nous fait honneur! — Yertudieu I mon gaillard, comme nous marchons! Ingénieur en chef de l'une de nos grandes compagnies de chemin de fer, décoré, et déjà célèbre à l'âge où l'on est à peine connu !...
MARCEL, l'interrompant.
Eh hien, pour laisser là ma célébrité, mon grand-père était intendant des la Rochepéans, avant la révolution... la grande!...
BARILLON
Ah! bah!
MARCEL
Mon père, lui, suivit une tout autre voie, tu le sais. On s'est perdu de vue naturellement, sans grande sympathie réciproque, et je ne tiens pas à rappeler ces souvenirs au Marquis pour la petite affaire qui m'amène...
BARILLON
Si mes services peuvent...?
MARCEL
Merci, ce n'est pas de ton ressort. Je te conterai cela tout à l'heure, à table; car j'espère bien que nous dînons ensemble. Je ne pars pour Brest qu'à dix heures, et...
BOURGOGNE, rentrant.
M. le Marquis prie ces messieurs de l'attendre; il achève de souper avec M. le Duc.
BARILLON
C'est hien, nous attendrons!...
(Il ôte son paletot et le remet à Bourgogne, qui sort.) MARCEL, étonné.
Le Duc! — le Duc de la Rochepéans? le père du Marquis?
BARILLON, assis dans le fauteuil devant le feu.
Oui!
MARCEL, allant à lui.
Il existe encore?
BARILLON
Mais oui : un peu fossile par exemple, un peu radoteur; et revenant de temps en temps, comme le père d'Hamlet, peur raconter une petite histoire qui n'est pas toujours de saison.,. Mais enfin, vieux bonhomme vit encore.
MARCEL
Il a au moins quatre-vingt-quinze ans! *
BABILLON,
A jxa près! — La province conserve!
MARCEL, s'asseyant à droite, dan« !e fauteuil qui est au coin de la cheminée.
C'est vrai.— II y a bien cinq ou six ans que je n'étais venu à Quimperlé voir mon brave père, et j'ai tout retrouvé dans le même état, hommes et choses! — Ici le métier d'un tisserand dont je reconnaissais le bruit... là, une vieille figure à lunettes, assise dans le même fauteuil, derrière la même vitre; plus loin, une enseigne bien connue... et le vieux puits où j'ai jeté si souvent des pierres! — Tandis que je cherchais à me reconnaître dans ce dédale de rues tortueuses, étroites, mal pavées, mes instincts d'ingénieur se révoltaient contre la routine provinciale: j'aurais tout bouleversé!... Et pourtant, dans un petit coin de mon cœur, je ne sais quelle émotion plaidait pour ces bonnes vieilles connaissances qui semblaient m'attendre au passage et me dire : « Eh ! Marcel ! sois le bienvenu chez toi, mon garçon! Te voilà donc de retour? Rien n'est changé, tu vois, et nous t'aimons toujours. »
Ah bien, la maison du Marquis doit faire ton bonheur!
MARCEL
Eh oui! j'ai reconnu avec plaisir le marteau de la porte, le heurtoir, comme nous disions, nous autres gamins, en le cognant à tout rompre pour faire enrager Bourgogne. Et la mousse !... et l'herbe de la cour !
BARILLON
En cherchant bien, on en trouverait dans le salon. Quels bons meubles, hein ! Et la pendule!... Depuis qu'elle est arrêtée, il y pousse des champignons!... Mais le mobilier n'est rien, ce sont les habitants que je te recommande.
MARCEL
Les habitants?... Combien donc en comptes-tu?
BARILLON
Mais d'abord ici et au-dessus, le Marquis et son père, qui ne se sont réservé que ce rez-de-chaussée et le premier élag(3 avec le jardin de l'iiôtcl. Au second, le sieur Fronientol, veuf et rentier, et son fils Urbain. Au troisième, le docteur Vauclin, et sur le même palier, madenioi elle Rosalie de Forbac, une cousine éloignée des la Ro,chepéans, recueillie par charité. Tu connais le Marquis?