‹ Les ganaches, comédie en quatre actesChapitre 78 sur 116 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

FROMENTEL, allumant du feu.

Ça ne m'(5tonne pas !

URBAIN

On causait littérature. J'ai discuté sur les Mémoires de quatorze gènératiom de bourreaux,

FROMENTEL

C'est toi, le bourreau ! Va-t'en, va, je te donne ma malédiction ! Passe-moi une bûche... Tu n'es pas le fils de ton père I

URBAIN, lui donnant nne bûche.

Voilà de ces choses désagréables que je ne te dirais jamais, uioi.

FROMENTEL, soufflant son feu avec un soufflet qui ne va pas.

Situ n'étais pas né dans un temps où les mœurs étaient autrement respectées qu'aujourd'hui !... je dirais qu'il y a là-dessous quelque mystère d'infamie !

URBAIN, s'as^eyant sur le bord du guéridon.

Voyons!... veux-tu être un peu sérieux ? nous causerons affaires.

FROMENTEL, soufflant toujours le feu qui ne prend pas.

Quelle figure ! ce n'est plus vert-de-gris maintenant !... c'est olive.

URBAIN

Aussi je veux me marier.

FROMENTEL

Avec ta cafetière, chenapan ?

URB4IN, passant à droite pour aller s'asseoir sur le divan.

Ah! oui — jolie — ma cafetière! Elle m'écrit une lettre ce matin où elle m'appelle Anténor, en me demandant de l'argent. Urbain, Anténor et de l'argent, comme tout ça sonne bien ensemble ! Elle se sera trompée d'adresse en mettant l'enveloppe, et c'est un Anténor qui a reçu ma lettre, (assïs.) Ce nom... Anténor!.,. Qui est-ce qui peut encore s'appeler Anténor au dix-neuvième siècle?

FROMENTEL

Valcreuse !...

URBAIN

Ohl Anténor Valcreuse!... c'est le vieux !... Ah! bien, s'il a reçu ma lettre, il doit être content !

FROMENTEL

Qu'est-ce que c'est, polisson?... (a part, avec satisfaction.) Un Lovelace, tenez!... tout son père en 1825 .. C'est un Fromentel !... (Haut avec sévérité.) Vous tIcz, garnement !... Dcs rivalités avec M. de Valcreuse !...

n LES GANACHES.

UI^BATN.

Mais non!... mais non, puisque je renonce à la cafetière: c'est ma cousine que je veux épouser.

FROMENTEL, adouci, se retournant.

Marguerite ! Tu veux épouser Marguerite, cher enfant ?

URBAIN, étendu sur le canapé.

Vois-tu, papa, je suis dégoûté de la vie!... La vie n'a plus d'illusions pour moi !... J'ai vidé la coupe jusqu'à la lie.

FROMENTEL, amicalement.

La coupe!... c'est la bourse de papa, garnement!

(Il s'assied près de lui sur le canapé.) URBAIN, étendu sur le divan,

Nousvivons si vite aujourd'hui! çavousmûrit !— je suismûr... je trouverai l'oubli et le calme dans la régularité de la vie domestique... Ça ne sera pas tous les jours drôle, mais je m'y ferai... et puis elle aura une jolie dot, la petite !... c'est solide, ça. Suis-je assez sérieux, hein ?

FROMENTEL, avec çomplaisance.

Il a pourtant du bon, ce garnement-là, quand il veut bien!

URBAIN

Une fois marié, je m'en irai à Paris.

FROMENTEL

Et puis?

URBAIN

Et avec de l'argent, je me ferai des amis! Je donnerai à dîner, je monterai une réclame et je me ferai mousser en môme temps que mon Champagne!... C'est joli ça, hein? comme style.

FROMENTEL, ravi.

Voilà des idées au moins : à la bonne heure ! — Si tu appliquais ça, cher enfant!

URBIN

J'appliquerai aussi.

FROMENTEL

Avec tes qualités, mon bon petit Urbain... si tu voulais fonder une entreprise comme la mienne...

URBAIN

Un journal?

FROMENTEL

Un journal !

URBAIN

Je fonderai un journal de critique littéraire.

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