ACTE TROISIÈME
MARGUERITE
Sans doute, puisqu'il nous permettait..;
MARCEL
Quoi donc, chère enfant?
MARGUERITE
Mais vous le savez bien! Pourquoi me le faire dire?...
MARCEL
Parce que vous le direz mieux que moi !... Il nous permettait donc de...
MARGUERITE, arec embarras.
Mais de nous... (effleurant le mot ) aimer î... (Vivement.) La! ôtesvous bien content de me l'avoir fait dire avant vous?...
MARCEL, saisi, à lui-même, à part.
Elle m'aime 1...
MARGUERITE
Il me semble qu'un mari peut bien venir voir sa femme!
Un mari !.., Ils vous ont dit...
MARGUERITE, gaiement.
Mais tout, monsieur I tout. ..Vous voyez bien que je sais tout maintenant!... Ah! faites encore du mystère, parce qu'on devait me le cacher...
MARCEL, voulant protester.
Mais non!... mais...
MARGUERITE
Si !... parce que je suis malade, et en me voyant souffrante, on avait peur que l'émotion ne me fit mal...
MARCEL, à part.
Ah! c'est vrai!... Ah! je comprends!...
MARGUERITE
Mais au contraire, mon ami, c'est depuis ce moment-là seulement que je renais! Et tenez, regardez-moi; n'est-ce pas que je n'ai plus le môme visage et que tout en moi respire le bonheur et la vie?... Ma vie, à laquelle je ne tenais guère, et que je ne veux plus perdre aujourd'hui, parce que je sens qu'elle n'est pas à moi toute seule, mais à nous deux, et à vous, mon ami, encore plus qu'à moi!...
MARCEL
Marguerite! mon enfant!...
MARGUERITE
Oh ! ne prenez pas garde!... Je m'attendais si peu, je croyais tout perdu ! et se voir tout à tont à coup si heureuse !... Ah î je suis si heureuse!...
MARCEL, à lai-même, tout ému»
Pauvre enfant! Ils ont ét(5 forcés de la tromper!... mais je ne dois pasl':.i laisser croire!... Marguerite, écoutez-moi...
MARGUERITE
Ahl laissez-moi pleurer! ce sont de bonnes larmes, celleslà! pas comme celles que je versais hier.
MARCEL
Vous pleuriez hier?
MARGUERITE
Vous le demandez? Ah! c'est que vous ne pleurez pas, vous!... Les hommes sont forts! mais moi, je ne suis pas forte I
MARCEL
Hélas! oui... pauvre enfant! (a lui-même.) Je ne sais comment m'y prendre... (Haut.) Et pourtant, Marguerite, tout cela pouvait tourner autrement,., car enfin si je ne vous avais pas aimée?...
MARGUERITE, avec assurance.
Vous!... Oh ! c'était impossible.
MARCEL
C'est vrai! Mais enfin, toute charmante que vous êtes, je pouvais avoir pour vous l'affeclion d'un excellent ami...
MARGUERITE
OuL..
MARCEL
Et d'un frère !
Ouil
MARCEL
Et rien de plus!
MARGUERITE
Oh! que non! ce n'était pas assez !
MARCEL
C'est vrai! Mais si... Je suppose, n'est-ce pas ?... si j'avais aimé une autre femme?
MARGUERITE, avec confiance.
Non! non! non! vous deviez m'aimer, je devais vous aimer, et rien ne pouvait l'empôcher : c'est écrit dans le ciel ces choscs-Ià.
MARCEL
Dans le ciell