‹ Les ganaches, comédie en quatre actesChapitre 97 sur 116 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

MARGUERITE, tristement.

Mais!... ce qui pouvait arriver, c'est qu'on nous défendît cet amour, et que l'on refusât de nous marier ensemble...

MARCEL

Précisément!... Eh bien?

MARGUERITE

Eh bien! j*ai à peine la force de supporter mon bonheur, mon ami, je vous laisse à penser si j'aurais eu celle de supporter mon chagrin.

MARCEL, ému, lui serrant la main.

Eh bien, oui! c'est vrai ! vous avez raison... oui... tout va bien! Et vous êtes heureuse?

MARGUERITE

Et vous ?...

MARCEL

Et moi aussi, très-heureux!...

MARGUERITE, lui faisant place sur le canapé.

Venez ici ! — là, tout près... et dites-moi une chose...

MARCEL, s'asseyant sur le canapé.

Laquelle ?

MARGUERITE

Dites-moi franchement... mais bien franchement!...

MARCEL

Oui!

MARGUERITE

Depuis quand vous m'aimez?

MARCEL

Depuis quand?

MARGUERITE

Oui! regardez-moi bien en face pour me répondre...

MARCEL, à lui même, après l'avoir regardé®.

Depuis quand ?

Oh! vous êtes obligé de chercher cela!... Moi, je vous dirai tout de suite le jour où j'ai senti pour la première fois...

MARCEL, vivement.

Vraiment? et c'est?...

MARGUERITE

C'est le jour de l'automne dernier où vous êtes venu nous voir à midi !

MARCEL

Un dimanche!

MARGUERITE

Vous rappelez-vous ce beau soleil? C'était ma première sortie et j'étais encore en deuil... nous sommes allés nous promener, et vous me donniez le bras, et comme j'étais triste, vous me disiez de bonnes... bonnes paroles... Ah ! qui m'allaient droit au cœur, et que j'entends encore... Vous rappelezvous ce que vous me disiez?

MARCEL

Ah! je crois bien! Oui^ chère Marguerite, oui! je vous disais!...

MARGUERITE

Quoi ?

MARCEL, avec une conviction qui va croissante.

Que je ne savais rien de bon et de charmant comme vous!

Et puis?

MARCEL, de même.

Et que vous êtes belle et adorable I

MARGUERITE

Ah ! non ! — Adorable! — Vous ne m'avez jamais dit cela!

MARCEL, étonné.

Vraiment! je n'ai jamais dit...

MARGUERITE

Mais vous le pensiez peut-être.

MARCEL, avec chaleur.

Certes !

MARGUERITE

Je vous laisse dire ; car, enfin, c'est la première fois que je vous entends parler ainsi!

MARCEL

La première fois?

MARGUERITE

Oui, car j'ai été obligée de deviner que vous m'aimiez.

MARCEL, vivement.

Mais vous l'avez deviné.

MARGUERITE

Oh ! je le savais avant vous! Ce soin de venir tous les jours, à l'heure où j'étais visible...

Oui!

MARGUERITE

Cette attention à m'apporter tout ce qui pouvait me char» mer... un livre, une fleur !

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