ACTE CINQUlfiJlE
inspirer l'amour, j'ai commis l'impardonnable faute d'unir votre vie à la mienne; moi, presque un vieillard, à vous qui courriez Atre ma fille... Mais je vous aimais éperdument et e n'ai pas compris que c'est avec ces amours-là que l'on se
Jait haïr à mon âge... (Mouvement de Pauline. —Il conlinue sans
l'écouter.) Je me disais : « Je serai si bon, si constamment affectueux, si tendre!... je me ferai si jeune pour lui plaire, qu'à défaut d'amour, elle aura du moins quelque reconnaissance... quelque affection... Et, l'honneur faisant le reste, nous serons sauvés tous deux!... moi, de l'abandon... elle, de l'ingratitude... » Je me suis trompé... Il ne fallait peut-être pas m'en punir si cruellement, mais je vous le pardonne : je n'ai contre vous ni colère, ni désir de vengeance Et la seule chose donfe je ne puisse me défendre... c'est, vous le voyez... c'est une immense douleur... que je devrais dompter... mais je ne puis pas... Un ridicule de plus!...
PAULINE
Ah! monsieur, je vous en supplie!... Je tombe à vos pieds! Pour vous, pour moi, pour notre bonheur commun, écoutezmoi! Et croyez-moi, je vous en conjure, croyez-moi!...
LE BARON, la relevant.
Je ne le puis pas.
PAULINE, désespérée.
Mais alors fuez-mo: donc!... On tue une femme quand on croit d"elle ce que vous croyez de moi... Tuez-moi, ce sera charité.
LE BARON
A mon âge, on ne tue que l'amant...
PAULINE
L'amant!... Ah! monsieur. Dieu vous pardonne!... Vous êtes sans pitié !...
LE BARON
Si vous le voulez bien, nous verrons plus fard ce que nous déciderons dans l'intérêt commun... mais, pour le moment, je
désire être seul, et, s'il vous plaît de rentrer chez vous..
(il ouvre la porte de la chambre.)
PAULINE
Oui... (Le baron ra ù son secrétaire qu'il ouvre, Il se retourne et vol Pauline à la même place.)
J'ai ouvert la porte, madame... Qu'atfendez-vous?
PAULINE, appuyée sur le dossier d'un fauteuil, et sans force.
J'attends que j'en aie la force.
LE BARON. U va pour lui donner le bras, puis s'arrête.
Votre femme de chambre est peut-être rentrée...
PAULINE
C'est inutile, monsieur, j'irai seule... (Le baron, qui la regarde de loin, va encore pour la soutenir, puis s'arrête. — Elle sort.)