LE HA P. ON
Continuez...
PAULINE
Une fluite nouvelle... je le sais trop maintenant... mais j'étais folle de terreur !.. Il est venu ! et tout ce que l'on peut ■faire pour réparer sa faute... je l'ai fait !... J'ai prié, supplié, pleuré!.. Je lui disais : « Oui, j'ai été légère, coquette, imprudente, mais je ne vous aimais pas, mais je ne vous ai jamais aimé!... Allez-vous-en ! laissez-moi !... )> Et, comme il refusait d'obéir et de me rendre mes lettres... au moment où il s'est enfui à la vue de quelqu'un, je n'en étais plus à lui dire : « Je ne vous aime pas. .» mais: «Je vous hais!... jevous déteste! » et je disais vrai... Je vous jure, sur le salut de mon âme, que je disais vrai... (Eiie lo regarde.) Vous ne me croyez pas encore?...
LE BARON
Non, tant que vous ne m'aurez pas expliqué comment, chassé par vous avant-hier, il est revenu cette nuit même.
PAULINE , avec chaleur.
Mais à mon insu!... sans moi, malgré moi !...
Et comment a-t-il pénétré dans le parc , par celte même petite porte de la veille... s'il n'a reçu de vous une clef, pour faciliter ce second rendez-vous ?
PAULINE
De moi!... une clef... un rendez-vous... pour cette nuit... un rendez-vous de moi?...
LE BARON
Apparemment, puisque cette porte, on l'a vu l'ouvrir.
Mais j'atteste Dieu que je n'y suis pour rien!... mais ce
n'est pas moi!... Voilà tout ce que je peux dire... ce n'est pas moi... Mais rappelez -vous... Comment l'aurais-je attendu?... J'étais là avec vous... là... quand on est venu nous crier : « Il y a un homme dans le parc ! »
LE BARON
Oui... et même vous avez changé de visage.
PAULINE
Ah ! Dieu oui... car je me suis dit : c C'est lui ! »
LE BARON, vivement.
Ah!... vous l'attendiez donc?...
PAULINE , bris6e.
Ah!... ah! tenez, tout ce que je pourrais dire, voilà comme vous l'entendrez!... Accusez-moi , monsieur... je ne réponds plus rien... je suis perdue!
Je ne vous accuse pas... Si je vous accusai?, ce serait pour vous condamner; et, condamnée, vous seriez déjà...
PAULINE", vivement.
Eh bien , tuez-moi! Oui, tenez, tuez-moi!... J'aime mieux cela que toutes les tortures que je prévois...
LE BARON
Il n'y aura pour vous ni mort ni torture... La mort sera pour un autre, et la torture sera pour moi... Vous avez tort de vous défendre, il y a quelqu'un ici qui plaide votre cause mieux que vous... Et c'est moi! — Deux fois, en vous ramenant tout à l'heure à cette chambre, une sueur de sang a trouble ma vue... et de cette main qui soutenait vos pas... Mais j'ai su dompter cette violence d'une seconde... et m,a raison m'a dit tout bas : « Ilélas! s'il y a crime... le premier coupable, ce n'est pas elle.., c'est toi... »
PAULINE
Vous!
LE BARON
Bien coupable, ep jffct... puisqu'à l'âge oij Tonne peut guère