SCÈNE III JURGLERITE, LE MAUQl'IS
LE MARQUIS, ïonant sur la puinle du pied la surprendre par derrière.
A quoi pciiscz-vous là, pelile sournoise?
MARGUERITE, cacI.a.U la carie.
Ah! mon oncle! vous m'avez fait peurl
LE MARQUIS
Je ne crois pas celi, par exemple : je ne suis pas encore à faire peur, (a Marg..eriie, <iui lerabrasse.) Vous vovcz bien que je ne vous fais pas peur!
MARGUERITE
Vous avez bien dormi ?
LE MARQUIS
Penh!... le sommeil s'en va! Mais vous-même, cîière enfant, déjà levée, à huit heures, en plein hiver? — Dieu! la mine florissante! Mais vous n'êtes plus la même aujourd'hui!... l'œil brillant, le teint animé!... Qu'y a-t-il donc?
MARGUERITE, embarraîsée.
Mais rien!... rien!... Seulement, je me suis un peu occupée ce matin...
LE MARQUIS*
A quoi?
MARGUERITE, TiTemenl, pour cacher son Irouljle, et allant déposer la carte sur le secrétaire.
Mais à mille choses!... J'ai faiti-an^^er \olre cabinet, qui était dans un aiïeux désordre ;j'ai fait épousseter tous vos livres, qui étaient blancs de poussière...
LE MAKQUIS.
Tu as fait cela?
MARGUERITE
Avec Bourgogne, oui !
LE MARQUIS
Tu as décidé Bourgogne à ranger mon cabinet?
• Marguerite, le Marquis,
MARGUERITE
Mais oui !
LE MARQUIS
Voilcàiin jour à marquer d'une croix blanche ! — Car il est un peu maniaque, Bourgogne, je ne sais pas si tu l'as remarqué ?... il est même insupportaijje, iJourgogne!
MARGUERITE
Mais il vous aime tant !
LE MARQUIS
Eh! c'est bien ce qui me gêne! Le moyen de renvover un homme qui est né dans cette maison, et qui nous sert depuis l'âge de qualcjize'ans, sans gages!. . Ce qui me coûte beaucoup
plus cher!... (a lUarguerile, qui legarJe du tolé de la f>:iiclre.) A qUOi pCUSeS-
tu donc?...
MARGUERITE
Mais à ce que vous me dites! J'ai ma petite tête aussi, moi, et nous changerons tout cela.
Vous avez déjà commencé, chère enfant!... La maison n'est plus la même! Elle étr.it triste, humide, et voici qu'elle a pris, je ne sais comment, un air de fête!...
MARGUERITE
C'est bien facile! — Lin peu plus de lumière dans la chambre et trois fleurs dans un vase...
LE MARQUIS
Non, ma belle, non ! — Ce pâle soleil n'y est pour rien ! ni ces fleurs pâles comme loi ! — C'est votre jeunesse qui se joue sur tout cela comme un rayon d'avril et qui fait tout resplendir autour d'elle! Vous êtes venue par un soir d'hiver cliez de vieux garçons tristement accroupis autour de leur feu!... Vos yeux étaient pleins d'éclairs, vosmainséiaicnt pleines de loses, si bien que le peu de joie qui nous restait encore au fond, tout au fond du cœur, s'est mis à battre de l'aile pour vous suivre et nous voilà tous fringants et tous fiers d'un éclat nouveau qu nous enchante et qui n'est que le reflet de vos regards et de vos sourires.
MARGUERITE
Et comme il n"y aurait plus pour moi de sourires sans votre douce et tendre affection, vous voyez bien que c'est encore à vous qu'il faut en rapporter tout 1 honneur.