ACTE DEUXIÈME
LE MARQUIS
Ta, ta, tat... Quelle est donc la Ijoiine fée qui préside à toute chose dansmavicille maison?— D'oùvicnt que tout se fait à propos, sans bruit, et avec mille douccuis inconnues? lit si vous avez eu le courage, clière enfant, d'apprendre à jouer le whist, n'est-ce pas pour ce vieil égoïste de Fromentel, voire oncle? Car il faijt bien l'avouer, ce conservateur de légumes est aussi votre oncle... Il n'y a pasjusqu'à mon brave anthropophage de Docteur, à qui vous jouez du piano pendant des heures K.. Et pourtant il n'est que votre parrain, celui-là; vous ne lui devez rien! — 11 n'a pris que l'engagement devant Dieu, auquel il ne croit pa>, de vous défendre contre le diable, auquel il n'a jamais cru ; et il finiia, le corsaire! par vous faire chanter la Muiseillaise un jour que je ne serai pas là!.,. Et vous croyez que tout cela se fait sans bénédiction de notre part? bon petit ange que vous êtes!...
(11 lui prend la tête et l'embrasse.) MARGUERITE.
Je ne fais que mon devoir,
LE MARQUIS, la regardant dans les jeui.
Oh! certainement il y a du nouveau dans ces yeux-là!
MARGUERITE, troublée.
Mais non!...
(Elle remonte vers la table et arrange les fleurs pour se donner une contenance.) LE MARQUIS, i part *,
Si! si!— Je m'y connais! Je n'ai pas toujours été un vieux loup!... (La regardant.) Ah! c'est curioux! une aniinalion ! un éclat! (ii pn-ni un siéje à gnucbe pour s'asseoir.) J'aiiue micux ccla, du rCitc ; car à vous dire la vérité, chère enfant, je vous regardais hier, au moment où vous pensiez élre seule, et je m'inquiétais de vous voir toute mélancolique!
MARGUERITE, descendinl à lui.
On ne peut pas demander beaucoup de gaieté à une pauvre convalescente, et surtout...
LE MARQUIS, assis et la faisant asseoir près de lui.
N'achevez pa?, chère enfant, je vous comprends! C'est vrai!
vous avez tant souffert !... (Après un silence et 3-eftorçant un peu.) El VOtrC
pauvre mère aussi, n'est-ce pas ?
• Le Marquis, Marguerite.
MARGUERITE
Nous étions si tristes et si pauvres I
LE MARQUIS
Véritablement pauvres, c'est vrai. Et... (sinierroinp.ni.) Nous en parlerons une fois, mon enfant... et puis, nous n'en parlerons plus jamais!... Que faisiez-vous pour vivre?
MARGUERITE
Oh! nous avions du travail pour les magasins!
LE MARQUIS
Unela Rochepéans... travailler pour ces croquants!... lissuyer les rebuffades d'un commis !
MARGUERITE
Oh! Jamais cela! On savait bien qui nous étions, et on nous respectait.
LE MARQUIS, radieux.
Ah! on vous respectait, n'est-ce pas?
MARGUERITE
Ah! toujours et partout!
LE MARQUIS, trioniphant.
C'est clair!... le prestige du nom!
MARGUERITE
Oui, le nom de mon péie était si honoré! Ma mère n'avait qu'à dire : « Je suis la veuve de M. Deivin!... »
LE MARQUIS, un peu l'éconcerlé.
Dervin!... sans doute... oui! Ce n'est pas ce nom-là que je voulais dire... mais aussi... le sang, la race qui revivait en elle tout entière !... Nous n'avons pas t;)esoin de signer, nous autres ! Les la Rochepéans ont dans le port de tête je ne sais quoi qui s gnilie : « Voici ton maître! » Et je pense que le langage de votre mère, ses manières...
MARGUERITE
Oh! certainement, elle parlait si doucement l
LE MARQUIS, dt-concerlé.
Comment, si doucement?
MARGUERITE
Je veu.\ dire : avec tant de charmes, qu'il n'y avait pas moyen, disait une morcliande, do résister à ses prières!
LU MARQUIS
Ses prières?... A une boutiquière?...