ACTE DEUXIEME
LE MARQUIS
Vous écriviez?
MARCEL
Pardon!... je dessinai.?! (prenant i-aibum.) Des croquis, des plans, une vue à vol d'oiseau de votre parc, de votre maison même... et voilà tout mon crime!
(Les trois hommes se regardent stupéfaits.)
Mais tout cela, monsieur, dans quel but enfin, pourquoi?
MARCEL
Mais pour compléter l'élude que je fais depui^ un mois, monsieur le iMarquis, par ordre de la Compagnie dont je suis ingénieur.
LE MARQUIS
Une étude!... de route?...
MARCEL
Non, monsieur le Marquis, mais un embranchement du chemin de fer de Nantes, que nous poussons à Quimper, par Vannes et par Quimperlé.
LE MARQUIS, FROMEXTEL, VAUCLIX.
Par Quimperlé?
MARCEL, ouvrant l'album sur la table.
Et voici le tracé que j'achevais et qui coupe en deux votre maison 1
LE MARQUIS, tombant assis et saisissant l'album.
Ma maison ! ma maii:on !
VAUCLIN, courant à U table.
Un chemin de fer, ici?
FROMENTEL
Chez nous?
MARCEL *
C'est la voie directe!
LE MARQUIS, regardant le tracé.
Oui, oui! regardez! c'est bien cela! la ligne noire va, vient, monte et descend! Elle serpente... elle abat... elle brise tout! Mon jardin... coupé! Mon parc, mes vieux arbres, mes beaux arbres... coupés!.. !\Ia maison, cette clière maison que trois générations se sont plu à agrandir, à embellir... coupée, ruinée,
en poussière !{=e levant et avecune colère sourde.) RicU, ils UC nOUS laisSC-
rontrien!Je fuis leurville... — je viensm'enfouir dans un désert, loin de leur monde nouveau quej'exècre...et là du moins je me crois à l'abri de leur infernal génie!... Mais non!... nous laisser
* Marcel, Fromentel, Vauclin, le Marquis.
le droit de vivre, d'aimer, de priera notre guise... allons donc! 11 faut bien que leur Progrés étende ses bras jusqu'ici, et qu'il nous torture dans ses roues d'acier, et qu'il passe!... Dût-il nous broyer le cœur.
VAUCLIN, cherchant â le calmer.
Voyons! voyons!
LE MARQUIS
Ah ! ce n'est pas encore fait ! et j'en jure Dieu, je le défendrai pied à pied, mon dernier asile; ol plutôt que de jeter au vent la cendre du foyer, vous écraserez celle du maître.
(Il Ya tomber assis à droite.) VAUCLIN.
Voyons! sapristi ! sois un homme! Du cœur!
FROMENTEL, assis de f.ce et regardant le tracé.
Tout n'est pas perdu, que diable! 11 est si facile de modifier le tracé... ce bon jeune homme ne demande pas mieux... la ligne un peu plus à droite ou à gauche : qu'est-ce que ça lui fait? Par exemple, sur les terrains de monsieur le maire! par ici... là! le petit ruisseau bordé de betteraves! Ça n'a rien de sérieux ça, un petit ruisseau et des betteraves.
MARCEL, regardant.
Parfaitement
FROMENTEL
D'autant que nous ne sommes pas des ingrats et que...
MARCEL, l'arrélmt.
Monsieur Fromentel! si j'avais pu oublier un inslunt mon devoir, il ne fallait qu'aune phrase pareille pour me rappeler qu'il est tout enlier tracé dans cette ligne noire, et que ma conscience n'a plus le droit d'en sortir. Demandez à monsieur le Marquis, qui s'y connaît en fait d'honneur!
LE MARQUIS, se levant.
Vous avez raison, monsieur!... et je vous demande pardon d'avoir pu soupçonner un instant votre loyauté! Aussi bien n'est-ce pas à vous que j'ai affaire... et je pars...
VAUCLIX.
Tu pars?
LE MARQUIS
Pour Paris.
FROMENTEL
Pour Paris?
VAUCLIN.
Tu veux?.,.