ACTE TROISIÈME
VAUCLIN.
A deux genoux.
MARGUERITE. Elle achève de boire.
Dieu vous saura si bon gré de le faire qu'il me guérira... vous verrez.
VAUCLIN, ému.
Eh bien, oui, mon enfant, oui, il te guérira.
MARGUERITE
Merci !... Ah ! laissez-moi vous embrasser.
VAUCLIN, l'embrassanl. •
Voyons, chère petite!...
MARGUERITE, accablée et retombant.
Merci!...
VAUCLIN. Il redescend en essuyant une larme.
Enfin I Quel assaut !... (La regardant.) Elle s'endort!
(Musique en sourdine. — Vauclin passe à droite et va serrer la potion dans un petit meuble.)
MARGUERITE, s'endormant et rêvant tout haut.
II reviendra.
VAUCLIN.
Encore lui... Elle va rêvasser... comme toujours, et ne pas dormir.
(Il revient à elle.) MARGUERITE.
Il reviendra par là!... Il n'ose pas... on l'a chassé...
VAUCLIN, à demi-voix, à son oreille.
Mais non...
MARGUERITE
Si... Rosalie me l'a dit!... On l'a chassé parce qu'il a demandé ma main... et il est parti.
VAUCLIN, de même.
Mais il n'est pas parti, chère enfant!... Dors tranquille. 11 est à Quimperlé.
MARGUERITE
Non!
VAUCLIN.
Je l'ai VU hier.
MARGUERITE, tressaillant.
Et il ne vient pas me voir!... On l'a chassé !... Mon oncle... Rosalie me l'a dit !
VAUCLIN, à lui-même, montrant le poing à Rosalie dans le vide.
(Bas.) Ah! vieille sorcièrel (Haut.) Mais non, au contraire!... Dors, je t'eiîprie.
MARGUERITE, -vivement.
Ce n'est pas vrai, n'est-ce pas?... Oui, on l'a bien reçu, au contraire...
VAUCLIN.
Mais certainement !
MARGUERITE
Oui!... Et mon oncle est allé à Paris pour les renseignements.
VAUCLIN.
Mais, justement.
MARGUERITE, de même, avec joie-
Oui!... Et on nous mariera!
VAUCLIN.
Mais oui, chère enfant!... Oui, certainement, on vous mariera !
MARGUERITE, soupirant avec bonheur.
Ah!
(Elle s'endort.)
Elle va dormir profondément, grâce à la potion! (ii prend son pouls.) La fièvre s'apaise un peu! Pauvre enfant! Elle aime: toute la maladie est là.
BOURGOGNE, entrant.
Monsieur!... monsieur!
(La musique continue agitato et crescendo.) VAUCLIN.
Plus bas!
BOURGOGNE, baissant la voix.
Voici M. le Marquis de retour.
VAUCLIN.
Déjà!
BOURGOGNE
Et tout joyeux!
VAUCLIN.
Mon Dieu! c'est vrai! il ne sait rien!... Il faut lui apprendre. (Vivement.) Ouvre la portc, qu'il ne voie pas Marguerite dans cet état! il la croirait morte.
LE MRAQUIS, dehors.
Vauclin ! Marguerite !...
(Bourgogne ouvre la porte de la chambre de Marguerite et tire le fauteuil, aidé par Vauclin.)