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Les Garibaldiens, révolution de Sicile et de Naples

Il y a douze joui^ que je suis arrivé à Géae&, sur ma goélette f Emma, dont l'entrée dans le iK>rt »

produit — grâce à la réputation qu*on a bien vouJu lui faire — une sensation à rendre jalouse Tescadre du Tice-amiral Le Barbier de Tinan, qui croise^ dans ees parages I

Comme, avant d'y faire cette nouvelle station, j'avais déjà mis pied à Gônes trente ou quarante f ois peut-être, ce n'est point la curiosité qui m'y attirait»

Non.

Je venais y écrire la fin des Mémoires de Garibaldi; quand je dis la fin, tous comprenez que c'est la fin de la première partie que je veux dire. Au train dont il va, mon héros promet de me fournir une longae suite de Tolumesl

A peine débarqué, j'appris que Garibaldi était parti popr la Sicile, dans la nuit du 5 au 6 mai. Il était parti laissant des notes pour mm entre les

mains de notre ami commun rillustre historien

Vecchî, et priant Bertani, Sacchi et Medici de compléter verbalement les détails qu'il n'avait pas le temps^dé mei donner ^

Il en résaHe qne, depnis dornse jours, je sois installé à Vhôtel de France, où je travaille seize heures sur vingt-quatre; ce qui, du reste» ne change pas grand'chose à mes habitudes.

Depuis ces douze jours, les nouvelles les plus con-

1. Certains journaux de France et de l'étranger ont, m'a-tKm âit»non«8euleneBlnié l'authentioité de oeslf^wotrw, mais prétendu même qu'ils n'étaient que la traduction pure et simple d'une biographie de Garibaldi publiée, il y a quelques années, en Amérique. Pour toute réponse à œs assertions charitables, je mettrai sous les yeux de mes lecteurs les deux pièces suivantes:

« Naples , S9 septembre 1S60.

» Cest moi qui ai remis à M. Alex. Dumas une grande partie desaulk>gvaphe8 de Garikmldi, d'après l'autorisatton du général lui-même.

» Sur ce tut, M. Alex. Dumas n'avait pas besoin derienem* ' pvantsr à d'autres, eeitainement moins bien renseignés que lui.

» A. Bertani,

9SêCTétaire général de la dictature de l'Italie méridianalû* »

« le certifie que non^seolement M. Alex. Dumas n*a pas emprunté les Mémoires de Garibaldi à un éditeur américain ou

anglais, mais que c'est M. Dertani qui, de la part du général Garibaldi, les lui a remis, écrits de la propre main du général» » Quant à moi, j'ai remis à iM. Dumas les biographies d'Anita, deDaverio, d'Ugo Bassi et de la plupart des amis du générai qui sont morts autour de lui.

» C.-A VKccni, » Major t aide dê camp du généê ol CaribaUU»

^ » Halles, ee le octobre iseo. »

LES OAlUfiALÛiENâ S

tradictoires nous arrivent de Sicile ; on ne s$iit riea

de positif au delà du d à six liAures de l'affia-

iniwli

Voici ce qui s'est passé dans la nuit du 5 au 6 mai ^ka jours suivants, jusqu'au 9.

Le «oir dn. S» Garibaldi avait adneiat «a.dofltanr Bertani une lettre que je vais transcrire. Cette lettre, avec deux autres que le générai a écrites au ootaoel Sacelii et au ooloael Medioi^ aonl lea seoltt lettres authentiques.

La lettre au colonel Sacchi avait pour but de le consoier de ce que Garibaidi n'eût point accepté ses services. Sacchi, pour suivre Garibaidi, dont, à Montevideo, il était le porte-étendard, voulait donner sa.démission.de colonel au service de la Sardaigne; oiais Gazîbaldi». comiae il Ta dit luiHOOiéme^.fiiit la goenre pour son compte, et c'est ainsi que, afin de ne point compromettre le roi Victor-Emmanuel daBa.8Qn«eKeéditioii,^ pmt n'étia qu'une échauf^ foaréa,ila reftuédepveadiearraolaiancanof^ * ni aucun soldat de Tarmée sarde.

La lettre à-Med ici avait également pour but de le oanaoteor d'être laissé à Gènes^ « Mais, à 6éiie8t.lm disait Garibaidi, tu seras plus utile à Tentreprisc m que tu ne le serais peut-être en Sicile. »

SI,, en. effet». à Génea, c'est Medici qui prépare deux nouv^es expéditions : celle d'un premier bateau à vapeur qui est parti hier et qui porte cent cinquaiite . hommes et mille fusils; celle de deux aatiea bateioix à vapeur qui* doivent porter deux mille cinq cents volontaires, des munitions et des arxnesi et qui partiront dans quelques jours.

4 LËS 6ÂBIBÀLDIENS

Les deux b&timeots sont achetés et oui coûté sept cent mille francs ; les volontaires se rassemblent; Medici, qui commandera les deux vapeurs, fait les enrôlements.

Les fonds sont fournis par des souscriptions ouwtes dans les principales villes dltalie; en ce moment, ils dépassent un million.

Quant à la lettre écrite par Garibaldi à Bertani» qui, avec La Farina, a ie maniement de'ces.fonds^ la voici :

, « Gôûes, 5 mai.

» Cher Bertani,

» Appelé de nouveau sur la scène des événements de la patrie, je vous laisse la mission suivante :

réunir tous les moyens qu'il vous sera possible pour nous aider dans notre entreprise ; iaire comprendre aux Italiens que, s'ils s'éntr'aidentavec dévouement, l'Italie sera faite en peu de temps et avec peu de dépenses, mais qu'ils n'auront point accompli leur devoir lorsqu'ils se seront bornés à' prendre part à quelque stérile souscription ; que lltalie libre d'aujourd'liui, au lieu de cent mille soldats, doit en ar- . mer cinq cent mille, nombre qui, certainementi n'est point en disproportion avec la population, et qui est celui des troupes des États voisins qui n'ont point d'indépendance à conquérir; qu'avec une telle arr .ée, Tltalie n'aura pas besoin de patrons étrang /s qui la dévorent peu à peu sou?, prétexte de la tijlivrer; que partout où les Italiens combattent les oppresseurs, il faut encourager les braves et les pourvoir de ce qui est nécessaire p^ur leur route ;

que rinsurrection sicilienoe doit être aidée non* seulement en Sicile, mais partout q& il y a des ennemis à combattre. Je n*ai point conseillé l'insurrection en Sicile; mais j'ai cru qu'il était de mon devoir d'aider nos frères dès l'instant où ils en sont - Tenus aux mains. Notre cri de guerre sera : Italiê et Victor-Emmanuel! et j'espère que, cette fois encore, la bannière italienne ne recevra pas d'alTront.

» Votre affectionné, ,

)iG. Garjbaldl»

Le départ était fixé pour dix heures du soir; à dix heures donc, Garibaldi s'embarquait à la villa Spinola ; c'est là qu'il avait passé, chez Vecchi, le

dernier mois de son séjour à Gônes, mois pendant lequel il avait fait tous les préparatifs de son expédition.

Qu'on nous permette d'entrer dans les moindres

détails. Si cette expédition réussit, si elle a les immenses résultats qu'en réussissant elle doit avoir,» elle sera, avecf le rétour de Napoléon de l'Ile d'Ëlbe, un des grands événements de notre dix-neuvième siècle, si fécond en événements. Alors, quand l'historien prendra la plume pour écrire cette merveilleuse épopée— du dénoûment de laquelle je ne doute pas en songeant à l'homme prédestiné qui en est le .héros — il sera heureux de trouver, chez un témoin .à peu près oculaire, des fàits. pittoresqpies malgré, leur réalité.

A dix heures et quelques minutes, Garibaldi sor-

tait de la villa Spinola» et descendait vers la mer, aceompagné d'un grand nombce de ses offloien.

A ses côtés était Thistorien La Farina.

Medici était absent. Quand je lui demandai d'où venait eette absence :

— Si j'atais étélè, me répondit-il, je n'aaTaisjiH mais eu le courage de le laisser partir sans moi.

Descendu par le petit sentier qui (induit de la villa Spinola au bord de la mer» le générai jr. trouva une trentaine de barcjues qni attendaient les volontaires.

Appel fait, il se trouva qu'ils étaient mille quatrevingts hommes.

Au fur et à mesure que les barques se remplis* saient, elles prenaient le large; le dernier bateau qui quitta le bord portait le général Garibaldi et Turr, son aide de camp. La mer était parfiiitement calme, la lune splendide, le ciel d'azur. ♦

On attendit : les bateaux à vapeur devaient pa* nttre vers onxe héuies; à onze heures et demie, pas de bateaux à vapeur I— A propos, disons quels étaient ces bateaux à vapeur, et de quelle. &gon on se.les était procurés.

A neuf heures, Nino Bmo et une trentaine d'hommes s'étaient embarqués à la Marina à Gênes; ils avaient ramé dans deux embarcations, quinze hommes vers le PimanU^ quinze hommes veie U Lombardo; ils avaient grimpé à Tabordage, avaient enfermé dans la chambre de Tavant les matelots, lesmarinters et les officiers qui étaient à honL

Tout avait été à merveille jusque-là.

Mais^ quand j^avaitfallucbaufiiûc»appareiller,lev£r

L£S GA&IBALDIENS 7

l'ancre, les premières difiîcuUés s'étaient fait senlir.

Parsonae n'^t mécauidea, per^mae n'était chauSèur, personne enfin n'était marin k bard de

l'un ou de l'autre des deux bâtimeût3.

De là venait le retard.

Garibaldi, ne voyant rien paraître, s'impatîeata; il fit passer Tarr sur une autre barque, et, avee six rameurs seulement, il se dirigea veis le port de Génesy 'distant' de trois milles, à peu près.

n trouva les deux bàtinieiits captiirés,,jB0i«8 les captureurs dans le plus grand embarras.

En un instant les bâtiments furent cbauilôs, les ancres se trouvèrent à leur chaîne, et Ton {ut prêt à se mettre en route.

Pendant ce temps, une barque montée par Un seul homme entrait dans le port de Gênes.

Cet homme, c'élaitTurr, qui, s*impatîentant4>son tour, voulait voir ce qu'était devenu son général, comme son général avait voulu voir ce que devenaient ses bâtiments.

Turr monta à bord du PkÊimki qui devait étie commandé par Garibaldi.

Nino Bixio, le plus marin de la troupe après le le général, commandait U Lombardo.

On se mit en route et on rejoignit les. barques vers trois heures et demie du matin.

La plupart des hommes, balancés sur las vigues depuis cinq heures, avaient le mal de mer et étiûent tombés au fond des barques ; d'autres, restés sains et saufs, — c'était le petit noaibce, se. tenaient debout; quelqttes-niiftavaienben:la.chanMde s'endormir.

s LES GÀRIBÂLDIBKS

On ût passer les hommes des barques sur les bâtimeDts; dans la confimon inséparable d'une pareille ppératian, une barque s'égara.

C'était celle qui portait la poudre, les balles et les revolvers; personne ne fit attention à sa disparition.

On mit le cap sur Talamone.

On devait y descendre une soixantaine d'hommes, « Ces soixante hommes avaient une mission fort dangereuse, fort ingrate et fort importante.

Ils devaient faire irruption dans les États romains, en criant : <i Vive le roi Victor-Kmmanuel I vive Oaribaldi ! »

La nouvelle se répandrait rapidement qu'un coup de main avait été tenté sur les États pontificaux, de sorte que, lorsque le départ de Garibaldi serait connu, le roi de Naples, rassuré par les nouvelles qui lui viendraient des États romains, ne regarderait môme pas du côté de la Sicile.

Voilà le véritable motif de cette irruption dans ' les États romains, qui eût été une stupide folie si elle n'eût été une habile ruse de guerre.

Le temps demeura assez beau jusqu'à onze heures du matin; vers onze heures, il se gâta et la mer commença de grossir. Le Piemonte marchait le premier; le Lombardo suivait à trois ou quatre milles.

Garibaldi commandait en réalité les deux bâtiments, le sien avec la voix, celui de Nino Bizio avec des signaux; il n'y avait à bord ni une carte, ni un sextant, ni un chronomètre.

La mer continuait de grossir; les trois quarts des volontaires étaient couchés sur le pont des^ deux

b-^timents, incapables de faire un seul iDOuvement; le sirocco soufflait.

Tout à coup, vers le soir, un cri se fit entendre

— Un homme à la mer !

Eu un instant, tout ce qui pouvait se tenir sur ses jambes se précipita du côté où le cri avait retenti.

Garibaldi avait sauté sur un tambour et avait donné Tordre de descendre un canot.

Quatre hommes et un officier s'y élancèrent pendant que Garibaldi, descendant du tambour et courant vers la machine, faisait stopper le bfttiment.

Il était tout à bord.

Le canot volait sur la mer dans la direction oii rhomme avait disparu ; chacun le suivait des yeux avec anxiété. Tout à coup un des rameurs aban- , donne son aviron, plonge dans Teau son bras et une partie de sa poitrine, et amène un homme par les cheveux.

Un seul cri sortit de toutes les poitrines :

— Vivant? demandèrent cinq cents voix.

— Vivant I répondirent les hommes de la barque.

— Bravo! s^écria Garibaldi; cela nous eût porté malheur, si cet homme se fût noyé.

L'homme fut remonté sans connaissance sur le bâtiment; alors on reconnut qu'il n'était point tombé à la mer, mais qu'il s'y était jeté volontairement.

C'était une espèce de fou, atteint de la manie du suicide; déjà il s'était, pendant la nuit, jeté à la mer du haut d'une barque ; c'était la seconde fois qu'on le repêchait K ^

i. Transporté à bord du Lomhardo, il se jeta à la mer uae

Un instent après cet accident, Garibaldi faisait au Lombardo le signal de se lallter à lui.

Le Lombardo se rapprocha jusqu'à portée de la Toix.

— Combien de fusils as*tu h bord? cria Garibaldi i Nino Bixio.

— Mille, répondit celui-ci.

— Et de revolvers?

— Pas un. •

— Et de munitions? •

— Aucune.

Ce fut alors qu'on s'aperQut que la Jiarque portant les munitions et les revolvers n'àvait pas dé«

posé son chargement à bord.

Cette réponse fit passer Xin nuage sur le visage ordinairement si serein du chef; il demeura un instant soucieux ; puis il cria à Nino Bizio :

— Navigue bord à bord avec moi. •

Et tout fut dit ; le général resta pensif, mais reprit sa sérénité. Il cherchait un moyen de retrouver les munitions perdues.

n alla au timonier, lui mit le cap dans ia (Urection où il voulait qu'il fût, et lui dit :

— - Toujours ainsi.

Il ne s'agissait pas de dire à cet homme : a Est, sud 9 ou sud-est; » le timonier, très -bon soldat à terre, était eséciable marin; il n'eût rien corn-

troisième fois, et fut encore repêché; on lui fit observer alors que, s'il voulait absolument mourir, rien ne l'empêchait de se faire tuer à la première affaire ; U comprit la lo^que dd llobservation et demeura tranquille.

pris à une recommandation fiiite dans les termes

techniques.

Puis Garibaldi appek les ofiicieis dans sa cbambre,

— Messieurs, dit-il, vous avez entendu? pas de

revolvers, pas de munitions I Les revolvers, ce n'est rien eneore; mais que faire avec des fusils sans Gartoncbes?..,JU.£aui donc se prooorer ce qulnous XDanjue.

— De quelle façon? demandèrent les officiers. Je crois qu'il n'y en a qu'une. Une fois arrivés

à Tàlamone, nous ne serons plus qu'à douze milles d'Orbitello ; il faut que Tun de nous aille à Orbitello, séduire par son éloquence le gouverneur de la forteresse*, et que le gouverneur de la fbrteresse Qous donne ce qui nous manque.

Les officiers se regardèrent.

Mais si le gouverneur fait arrêter celui qui se présentera ? reprit Tun d'eux.

— II est évident, dit Garibaldi, qu'il y* a cela à craindre.

Les officiers gardèrent le silence.

«-C'est bien, dit le général, j'ai quelqii'ujQi .qui ira*

— Mais nous irons tousl dirent les officiers. jQ'âtait une simpl&oJbservation que nous vous faisions

dans l'intérêt de la cause.

— Je le prends ainsi, dit le général; mais ne vous inquiétez pas, j'ai quelqu'un qui ira..i)ù. est Turr?

— Turr est couché sur le pont.

^Ge&i bien» dit le gtoéraU

— Général, reprit un des officiers» ne comptez pas sur Turr tant que nous serons en mer; toat à l'heure, quand j'ai passé près de lui, il m'a dit d^une voix mourante : « Sais-tu pourquoi le pauvre diable que l'on vient de repêcher s'était jeté à Teau? — Non, lui ai-je répondu. — - Je le sais, moi : c'est qu'il avait le mal de mer. Si je me jette à l'eau, obtiens du général qu'on ne m'en retire pas; c'est ma dernière volonté» et la volonté d'un mourant est sa* crée. i> Après quoi» il est retombé immobile et muet.

Garihaldi se mit à rire, sortit de la chambre et, parmi les hommes couchés plus on moins sans connaissance sur le pont, se mit en quête de Turr.

A son costume hongrois, il le reconnut bientôt.

— Turr» lui dit-il» quand nous serons à terce, j'ai un mot à te dire.

Turr entr'ouvrit un œil.

— £t quand y serons-nous» à terre ?

— ^ Ce soir» dit le général.

Turr poussa un soupir et referma l'œil.

11 avait fait lout ce qu'il pouvait faire en ce moment pour ]a cause de la Sicile.

Aussitôt à Talamone, Turr reprit son équilibre et se présenta devant le général.

— Voyons, es-tu prêt à te faire fusiller? lui demanda Garihaldi.

— Ma foi, dit Turr» j'aime mieux cela que de me remettre en mer.

— Eh bien» prend un calessino» appelle à ton secours tout ce que tu as d'éloquence diplomatique» et fais-toi donner par le gouverneur d'Orbilello

toutes les munitions qui nous manquent, et il nous en manque pas mal : nous n'avons pas une cartouche.

Turr se mit à rire.

— £t vous croyez, dit-il, qu'il me donnera une

capsule, le gouverneur d'Orbîtello?

— Qui sait? répondit Garibaldi; essayons.

— Donnez-moi un ordre pour lui.

— En quelle qualité veux-tu que je te donne un ordre pour un gouverneur de forteresse toscane?

— Tout au moins recommandez-moi à lui.

-~ Oh ! quant à cela, bien volontiers.

Garibaldi prit un morceau de papier et écrivit :

« Croyez à tout ce que vous dira mon aide de camp Turr» et aidez<*nou& de tous vos moyens dans l'expédition que j'entreprends pour la gloire du

Piémont et la grandeur de l'Italie.

» Vive Victor-Ëmmanuei l Vive ritalie I

ï> G. Gauibaldi. d

— Avec cela, dit Turr, j'irais réclamer Proser-

pine à Pluton. Donnez.

Un quart d'heure après, Turr volait dans un calessino sur la route de la forteresse.

Turr fut éloquent comme Cicéron et persuasif comme M. de Talleyrand,

Cependant le pauvre gouverneur hésitait encore. Turr lui dit :

— Je me doutais de votre refus et j'avais pris me dispositions en conséquence. Donnez-moi un homme sûr, qui portera cette dépêche au marquis de

Digitiz

.Treccbi, Taide de camp de conûanee du roi. .ïoute fat questioa e$t de nous iaite dooner une seconde fois par Sa Majesté ce qu'elle nous a déjà douné une fois et que nous avons eu la bétise d*égarar; seulement» voyes les conséquences, du œtard : ' trois jours pour aller à Turin , deux jours pour faire passer les munitions à Gênes ou y expédier Tordre d'en donner, deux jours» pour que les munitions puissent nous joindre; sept jours perdus Lsans compter que, par tous ees ordres transmis de l'un à Tautre, nous compromettons le roi, qui ne peut paraître officiellement dans tout ceci; je ne vous parle paside ces malhenrenz Siciliens qui nous attendent comme le Messie ! Enfin, voyons, réfléchissez. Voici la lettre pour le marquis de Tuecchi, aide de camp du voi.

Le gouyemeur prit kt lettee et. la Iiit;.dlet.4tait conçue en ces teimes :

« . Mon cher nmrquis»

» Je ne sais comment la chose s'est faite; mais, m noQS' embarquant, nous avons perdu le canot qui portait armes et munitions. VeuîUes donc ce»

demander pour nous, à Sa Majesté, cent cinquante

mille cartouches, et, s'il estpos&îbtey.un^miUier de .fusils avecleujcs baïonnettes.

.p. ColQUelïfUULD

La façon dont Turr parlait à l'aide de camp parlîenlier du roi ne laissa, aucnn^doute au gouverneur.

— Prenez tout ce que vous Toudrez, dîtpil à J[uxx;,je^s .que,.miUlairemeut parlaoU je fais une

LES GAAIBAXDl£I(S « 15

faute; mais, cette faute, je la commets pour le bien de mon roi et le bonheur de Tltaiie*

Torr fat un instant prêt à tout avouer au gowparneur, c'est-à-dire que le roi Victor-^Emmanuel ne savait pas un mot de Texpédition; mais il réfléchit aux conséquences d'un pareil aveu et pensa que mieux valait qu'un homme fût réprimandé, puni môme, que de laisser un peuple sans secours. Il remercia le gouverneur au nom de Garibiaidi^ prit cent mille cartouches, trois cents gargouaees et quatre canons.

Le gouverneur avait fini par être aussi enthousiaste que Turr pour la cause de la Sicile; il voulut venir avec lui à Talamone et consigner en personne toute sa livraison d'armes, de poudre et de balles entre les mains de Garibaldi ; ce qu'il fit en souhaitant au général une heureuse réussite.

Le lendemain, 9 mai, Garibaldi remettait à la voile, et le gouverneur d'Orbitello clait destitué.

Quant aux nouvelles que nous recevons passé la date du 9, elles sont, comme je vous l'ai dit, des plus contradictoires.

Vous allez en juger :

MOUVELLES OFFICIELLES TBANS- NOUVELLES TRANSMISES PAR.

Misas £AA Lfi Qouvj&aiok- nifcptoi&s f aaxicuuàbes^

• 13 mai au soir. « Turin, 14 mai.

» Devant Harsala, deux fré- »La nouvelle du débarque-

gâtes napolitaines ont foit feu ment de Garibaldi en Sicile

•t tué qoelqnes llUyvttflfs. Le estoffloieUementeoniiniiéeiLe

vapeur le U rn àmà ^ a été dâMc^Muent a été diapulé;

CQttléii fond^» ily aea quatce.norts.»

Digitize

« Napics, 1 7 mai au teir. • 17 mai ao matin*

• ^dernièMnouTéllesqtti »6arU»ldi a attaqué les

nous sont aniyées» annoncent royaux et les a battus à Cala-

qu'nne colonne royale a atta- tafimi, près Montreale. La ba-

qué valenreusement et battu taille s'tst engagée sur toute la

les révoltés, qui ont pris la ligne? les royaux sont com-

fuite en laissant sur le champ plétement en déroute. Biau-

de bataille un de leur chefs, coup d'étendards, de canons

Rosolino Pile; ils ont été forcés et d'hommes pris. » d'abandonner leur position de

San-Martino. » * Naples, 17 mai aa soir,

» Notre colonne n'a pas »Lesroyanx ont été battos'

cessé de les poursuivre; elle dans les combats du 15 et

leur a livré un second et glo- du 16; la position de Mont-

rieux combat à Partanico, d'où reale, qui domine Palerme, est

elle se disposait à les pour- bloquée par les troupes de Ga-

suivre sans trêve. ribaldu »

cNaptes, IS md. «Palerme, IS mai.

>* Les résultats du combat de » Les royaux ont évacué la

Calatafimi n'ont pas été déci- province de Trapani et de

'sifs; les troupes napolitaines Palerme; ils se sont retirés en

se sont retirées à Palorme, complet désordre sur cette

d'où Ton a fait repartir deux dernière ville. » colonnes de cbacune trois mille

u^^^^^ ^ , "20 mai au soir.

bommes pour poursuivre les

insurgés.» Garibaldi a attaqué Pa-

lerme avec neuf mille bommes «20 mai. et douze canons. Un escadron s Pasd'autres nouvelles; les de cavalerie napolilalBe à décolonnes royalistes sont sur posé les armes. Garibaldi est )es traces de Garibaldi.» entré à Palerme. Joie générale. »

On criait cette dernière dépêche dans les nies de Gênes le cinquième jour après mon arrivée; tout était illuminé, des groupes stationnaient devant

toutes les portes, des drapeaux aux couleurs de l'Italie unitaire flottaient à toutes les fenêtres.

Je courus chez Bertani, ne pouvant croire à Tauthenticitô de la nouvelle. Bertani non plus n'y croyait pas; il regardait comme impossible cette marche si rapide et si heureuse.

Je voulais partir dès le lendemain pour Palerme; il me conseilla d'attendre.

En eflèt, le lendemain au soir, la nouvelle fut démentie, et, ce qui parut certain, c'est que Garibaldi était maître de Montreale et se préparait ii marcher su?falerme.

Partout, dans les rues, des caries de la Sicile sont étendues et clouées sur les murailles; de petits drapeaux tricolores indiquent la marche triomphale de Garibaldi; les drapeaux blancs sont réfti* gids dans Palerme et couvrent les environs.

Les souscriptions et les représentations à bénéfice en fàveur des insurgés vont leur train.

A cinq heures du soir, aujourd'hui 28 mai, je reçois ce mot de Bertani :

0 Lisez cette dépêche imprimée et qui s'affiche

sur tous les murs de Gênes; elle paraît sûre, puisque le gouvernement piépontais permet qu'elle soit rendue publique.

» Ep voici la source :

n Le consul anglais de Palerme a fait passer une dépêche à son confrère de Naples, lequel, par la ligne télégraphique, Pa transmise à Londres.

» A son passage h Gônes, elle a été copiée et envoyée au gouvernement*

Digitize

» A trois bevres de l'après-midi ^ le gouvernement l'a rendue publique. '

» Â. BiaiTAii^ »

L'afûche portait ce qui suit :

ce Une dépéefae de Naples, en date de ce matin, neuf heures et demie, annonce que Garibaldi, k la

tôte des siens, est entré à Palerme le 27 et a placé son quartier général au centre de la ville.

» n y a en plusieurs heures de bombardement.

» Les forces assiégeantes étaient bien peu nombreuses ; mais, conduites par leur valeureux chef, elles ont, dit-on, remporté la victoire.

ji n y a eu un grand nombre de morts, n

Je vais passer la nuit pour finir le deuxième volume des Mémoim de Ganhaldi^ et, que cette nouvelle

soit vraie ou non, je pars demain pour Palerme.

Mais la nouvelle est vraie, j'en suis sûr; il y a des hommes que je crois capables de tout; Garibaldi est de ces hommes-là. Il me dirait : « Je pars demain pour prendre la lune, » que je lui répondrais*: <r C'est bien, partez; seulement, écrtves-moi aussitôt que vous Taurez prise, et indiquez-môi, par un petit post-scriptum^ comment je dois faire pour aller vous retrouver. »

Or, la Sicile n'est pas encore si difficile à prendre que la lune.

D'ailleurs, je mets un certain amour-propre personnel à voir prendre la Sicile par Garibaldi : il y a longtemps que, de même qu'Hemani était en

guerre avec Charies-Quint, je suis en guerre avec le roi dâJNaj^lûs» et je dirais coaune le banni eapagacd :

I Li meurtre esi, entre nous, -affaire de tamiUet

Je n'ai tué personne de la famille du roi de Napias; mak .mon pire, à son retour d'Ëgjple» Mi pfiflonnier.iMr nrpriia à Xarente, fat eiafeimAdeas les cachots de Brindisi avec le général Manscûurt -et le savant Dolomieu.

làf ions trois foteiift empdsoiiiiés par otdvB île l'aïeul du roi actuellement régnant; Dolomieu en mourut, Manscourt en devint fou, mon père y Tésista «t JM sii0èoml)a que six ans apiite» 4*4^ à Teiloiiiae. II a¥ait quarrate ane»

En 1835, j'entrai en Sicile malgré le père du i nû régnant; je m'y mis m eûBununicatioa avec

les caibcnsri de Baleimet et partienUAreneot avec le savant historien Amari, ministre depuis «n 1848.

A cette époque, je reçus, des maÎBS des patiiotos lêcSHem^ tout mu plan dHBSiumetk», un dtit des

forces dont la Sicile pouvait disposer, un relevé des sommes auzqpiAUes pouvait monter l'impôt. J'avais mission de^imetlre ees dommmU'M tsÙÊB

I éttroi, le comte de Syracuse, qui, un instant lieu-

tenant de aon frère en Sidie, s'y était fiait adorer.

le rqpportai à Naplee ce phn, eousn dans la doublure de mon chapeau; j'ens mi lendea-^iMiiiB avec le comte de Syracuse, la nuit, sur la prome-

' nade de Ghiaîa, au bord de la mer, jsans qu'il sût le

motif de ce rendes-YOus.

I^tJa^lui comimmiauai d'une zoain le plan des

so LES 6ABIBALD1EN8 .

patriotes siciliens, tandis que, de l'autre main, je lui montrais, à cinquante pas de nous, mon speronare prêt à le conduire en Sicile.

Je lui dois, à son point de vue, cette justice de dire qulWn'hésita même pas un instant; tout en me racontant ce qu'il a^ait à souffrir de la part de son frère, tout en m'avouant les craintes qu'il avait pour sa propre vie, tout en me priant de demander au duc d'Orléans si, à un moment donné, il poui^ rait se réfbgier à la cour de France, il reftasa net et absolument d'entrer dans aucune conspiration contre son libère.

En conséquence, le plan de révolte sicilim que je venais de lui remettre, et qu'il ne lut même pas, fut, à sa prière, déchiré par moi en parcelles imperceptibles que le vent emporta dans le golfe de Naples, où s'engloutirent avec elles et l'espoir et la sympathie que les Siciliens avaient pour ce cœur plus Icyal qu'ambi* tieuz.

Ce que je ne pouvais pas raconter du levant de

l'ancien roi de Naples, qui n'avait cependant, en cette circonstance, qu'à se louer de la conduite de son frère, je puis le dire aujourd'hui.

C'est ce môme comte de Syracuse qui a écrit dernièrement à son neveu cette lettre si pleine de sentiments libéraux et de judicieux conseils que, par bonheur, il n'a pas suivis.

Aujourd'hui, S8 mai 1860, on peut donc dire de

la maison de Naples ce que Napoléon disait en

LES GABIBALDififiS* Si

1808 de la maison de Ëragance : a A partir de ce jour, la maison de Bragance a cessé de régner* »

Pour moi, je ne désire qu'une chose, c'est d'arriver à temps à Palerme pour lui voir arracher Palerme, c'est-à-dire le plus beau joyaa de sa couronne.

31 mai, à trois lieorss de raprjàs-niidl»

Nous partons de Gônes par un temps exécrable 1 La mer est grosse et le veut de bout. Le capitaine, un vieux marin nommé Beangrand, pour mettre sa responsabilité à couvert, me demande une attestation portant que c'est sur mon ordre qu'il part.

La goélette yient de refuser deux fois de sortir du port. Je fats demander denx embarcations an commandant de la rade; elles nous remorqueront jusqu'en pleine mer. Arrivée là, il faudra bien que FEmma se décide à marcher dans un sens ou dans

im autre.

Le capitaine essaye d'une dernière observation ; pour toute réponse, je fois hisser la flamme sur laquelle est écrite cette devise :

Au vent U ûammel Aa Seigneur r âme I

Nous sommes à trois milles du port. La goélette marche au plus près.

Adieu, Gènes I Salut, Palerme I

fin un

Depuis six jcmrsy xkoiis iuUûu oontre des vents

Ge matin, nous sommes sortis du louches de Bonifacio, en passant par le détroit de l'Ours. Un fioedier bisarr^meiU taillé et qui iseprésente un oucs marchanl de son pas lourd et eiiconspect, a donné son nom à cette passe, assez dangereuse à cause de ses.ôcueiis àileur d'eau.^ '

gauche se dessiiiaît l'Ue de Caprera, propriété deCteUteMi.

Prosciil, presque prisonnier à Tîle de la Madeleine, Garibaidi voyait s'étend^re de^i^t lui Tile in^ coUB'etroèhease de Caprera.

Il souriait tristement, cet homme qui avait usé ' vingt ans de son existence à combattre pour la liberté de deux mondesi dont la vie avait été un long dévouement, un élmiel sacrifice, en songeant qu'il n'avait pas une pierre où reposer sa tête.

Alors il se dit à lui-même :

«•.Oilai qui possédemil cette Ile, ^iihabîtnait seul, . loin des hommes qui ne savent que perséouiflr et proscrire, celui-là serait heureux I

Dix ans après, Garihaldi, qui n'avait jamais pensé que cet heureux mortel pût être lui, héri^t qua? rante mille francs de ôûu frère.

LBS 6A&IBÂLDIRN8 S8

Axectsmae mille franoB il adieta cette Ûe$ ob^ei de son ambition; avec quinze mille autres, il aebeta

un petit navire, et, avec le reste, il se mit, aidé de ûls et de son ami Orrigoni, à bâtir pette maison blanche qu'on yoit de la mer, la seule qui s'élève

dans l'île.

Or, si les balles autrichiennes, si les boulets napolitains réfiaripAent comme ont fait les balles et les boulets brésiliens, c'est là que reviendra mourir

cet homme qui aura donné des provinces et, qui sait? peutrôlre un royaume à un roi, et qui, riche de son rochar^ji'aum rienaccepté de ce roi, pas même

six pieds de terre pour y doriiiir pendant l'éternité.

JEt que l'on tienne maintenant nous parler de Cincinnatus, qui déposait Tépée pour retourner à sa cbarrue;.

Cincinnalus avait un champ,, puisqu'il avait une charrue.

CindsnatuS'était un millionnaire et un aristocrate près de Garibaldi I

L'île de Caprera a trois ports ; deux petits qui n'ont pas de nom; un troisième, plus grand, qui s'appelle Porto-Palma.

Je croyais, en l'absence de Garibaldi, l'île complètement inhabitée; j'avais grande envie de m'arrflter dans un des trois ports et de iàire un pèleri« nage à la maison ; mais une des fenêtres s'ouvrit, et, dans l'encadrement, je vis, à l'aide de ma lorgnette, ajkparaUre une tôte defieaune.

Je pensai, dès lors, que mon pèlerinage deviendrait une indiserétion, et je ne parlai môme pas de m'arréter.

D'ailleurs, nous avions, par hasard, le vent bon; .

nous filions nos huit nœuds à l'iieure.

Bientôt, nous doublâmes i'ile de Pacco, et nous nous trouvâmes en face de la pleine mer»

8 juia.

Aujourd'hui, vers dix heures du malin, un de nos matelots, nommé Henri, signale la terre.

Tous les yeux s'ouvrent, toutes les lunettes se braquent; mais il est reconnu que ce que nous pre- ' nions pour la terre était un banc de nuages.

Henri soutient que cela peut et môme doit être un banc de nuages, mais que, derrière ee banc de nuages, se trouve la terre.

Le capitaine répond au matelot qu'Ustica, sur laquelle nous avons le cap, étant une côte basse, elle ne peut arrêter les nuages.

Vers deux heures, le môme matelot s'approche respectueusement du capitaine, et lui montre un » sommet de montagne bien visible, qui, pareil à une dent gigantesque, s'élève au-dessus de ce banc de nuages.

Un second et un troisième sommet apparaissent sur la même ligne.

Cette fois, il n'y a pas à nier : c'est bien la terre; seulement, où sommes nous?

Le capitaine a recours à son chronomètre et reconnaît que, pour la seconde fois depuis notre dé* part de Gènes, la boussole a fait des siennes : en croyant marcher sur Ustica« nous marchions sur Trapani I

A notre droite, nous avons les lies Maritimo, Fa- ^ignana et Pianezza; devant nous, le golfe d'AIcomo. Quant à Ustica, il n'en est pas question;. nous avons dévié de trente-cinq milles, à peu près.

Nous tenons conseil' pour ^voir ce que nous al- Ions faire. Devons-iious prendre langue à Marsala, à Trapani ou à Alcomo ? devons-nous, à tout hasard, et au risque de ce qui peut arriver, * aller droit à Palerme?

Comme c'est mon avis, cette dernière proposition l'emporte. •

Seulement, pour rentrer dans le bon chemin, nous nous trouvons avoir le vent dC))out.

Qu'importe! c'est surtout lorsqu'elle navigue au plus près que l*Emma déploie toutes ses qualités. Nous orientons au plus près.

0 juin..

• Ce matin, nous avons laissé à notre gauche une frégate; — probablement une frégate napolitaine, croisant sur la route de Gônes pour intercepter les secours d'hommes, d'armes et d'argen't que doit envoyer Medici et qu'attend Garihaldi. Gomme nous marchons assez vite, nous l'avons perdue de vue.

Maintenant, c'est un brick que nous avons à l'avant; il sort de derrière le cap San-Vito et fait une singulière manœuvre : il court des bordées à deux ou trois milles de la terre.

Tout à coup il semble prendre un parti et mettre le cap sur nous. " '

Cela ne laisse pas que d'être assez inquiétant,

L£S GARIBALDIËNS

Mais, à l'aide de la laoette, le capitaine s'assure qpae

c'est un navire à voiles : dès lors, il n'y a plus rien à craindre : la goélette peut lutter, avec quelque MtU ment à voiles que ce soit.

Nous laissons approcher le brick, prêts à virer de bord s'il indique des dispositions hostiles.

Point: ses intentions sont des plus pacifiqnea; il passe à un demi-mille de nous. C'est ua liomiête

brick marchand.

La terre est parfaitement visible; nousxecoxmaissons le cap San-Vito.

À notre gauche, avec une attention soutenue et une bonne lunette, nous distinguons, à Heur d'eau, cette Ue d'Ustica sur laquelle nous devions gouverner.

Nous nous tenons à cinq ou six milles des côtes.

Peu à peu, le soir vient. Nous voyons les deux caps du golfe de Gastellamare, mais sans que nos yeux puissent sonder ses profondeurs. Nous ayons à l'avant le cap Gallo, derrière lequel se cache Palerme ; si nous eussions fait bonne route, nous eussions été à Palerme à cinq heures du soir.

n en est six, et nous en sommes encore àtingt* cinq milles.

Avec le vent que nous avons, ces vingt-cinq milles peuvent être fàits en trois heures; mais 9 ne serait pas raisonnable dë se hasarder de nuit

dans la rade. Si Palerme n'est pas au pouvoir de Garibaldi, nous nous fourrons dans les griiïes des Napolitains.

Nous continuerons notre route jusqu'à la hauteur d^ Palerme, et, arrivés là, nous metlroos en panne en attendant le jour,

LB8 GARfB^ÂLDIENS .27

A neuf heures du soir, nous entendons tirer sept coups de canon.

•Que veulent dire ces sept coups de canon? Le bombardement continue-t-il? Ces sept coups de canon, qui arriyent jusqu'à nous à peine perceptibles, sont*iIs la clôture de la journée, le dernier soupir d'un combat qui doit recommencer le lendemain?

Rien de pins probable.

Lanuit est tout à fait close. Vers dix Jieures, nous apercevons, au ras de ia mer, le pbare de £^ tenne.

Il s'agit de ne pte dépasser te point indiqué. Le

capitaine ordonne de mettre en panne.

Je descends dans ma cabine, espérant que je parfieiidrai à m'endormir et que, pendant mon sonuneil, les heures passeront.

Mais c'esU chose impossible : la brise souffle par fortes sables, et; k chaque raiale, les voiles fanent avec un eéroyable bruit. On dirait qu'elles vont se déchirer dans toute leur longueur.

Les mâts, de* leur côté, tremblent et craquent comme s'ils allaient se briser.

Chaque agrès du bâtiment grince, chaque jointure se plaint.

J'écris; mais ce que j'écris est à peine lisible; le mouvement du navire fiiit fidre à ma plume des çirabesques fantastiques.

Mes compagnons ne dorment pas plus que moi ; je les entends allant du pont à leur cabine et de leur cabine au pont.

Sans qu'il y ait de danger, tous ces bruits, toutes

28 L£S GABIBALD1£I«S

ces rumeurs, tous ces craquements agacent et inquiètent.

£nûa, la fatigue l'emporte. Je m'endors deux ou trois heures.

10 juio.

Je m'éveille; je monte sur le pont. Nous sommes toujours au môme endroit; le phare brille toujours à cinq ou àx milles de nous ; le navire frémit et tremble toujours sous les efforts du vent. On ne voit pas la côte ; on n'aperçoit qu'une sombre masse de nuages dans lesquels la lune va se noyer, se perdre et s'engloutir.

Deux navires à vapeur sortent du port et passent, l'un à noti'e droite, sans doute va-t-il à Gênes; Tau* tre à notre gauche, sans doute va-t-il à Naples. ' Un navire à voiles vient droit sur nous.

Par précaution, le capitaine a ordonné d*éteindre les &nauz. On est obligé d'avertir le bâtiment étranger avec un fanal que Ton hisse et que Ton abaisse, en même temps que l'on frappe vigoureusement sur la cloche.

B se détourne et passe à bâbord, presque à nou^^ * loucher.

Nous lui crions :

— Quoi de nouveau à Palerme?

Il nous répond :

— Je n'en sais rien; je viens de Messine. Je ^rois que l'on se bat.

Il s'éloigne et disparaît bientôt dans Tobscurité. A trois heures et demie ^du matin, une légère

LES GAElBALDlËiSS ^ • 2»

bande rougeâtre s'enflammé à Torient. Elle annonce l'approche du jour.

A quatre heures et demie» le soleil paraît ; il sort de la mer, traverse un petit espace clair, brille un

instant et' va s'éteindre dans une autie mer de nuages sombres.

. Le mont Pellegrino se dessine à droite ; le càp

s'allonge à gauche. On commence à voir blanchir les maisons de Palerme.

Autant qu'on en peut juger» le port est plein de bâtiments de guerre.

Ils sont tiop nombreux pour être napolitains. Le capitaine croit reconnaître parmi eux des formes anglaises et françaises.

Du moment que les Anglais et les Français sont dans le port de Païenne, il n'y a pas de rsSson pour que nous n'y soyons pas.

Le capitaine ordonne d'orienter vent arrière, e nous avançons vers^Palerme avec une vitesse de trois milles à l'heure.

A mesure que nous avançons, nous pouvons re

connaître qu'un des bâtiments a le pavillon français, trois le pavillon anglais, deux le pavillon américain.

Les autres ont le pavillon de Naples.

Quoiqu'il ne soit que cinq heures du malin, tous * .ont leur pavillon, que, d'habitude, on abaisse à " huit heures du sob peur ne le hisser qu'à huit heures du matin.

Le drapeau sarde flotte sur la ville.

Mais le drapeau napolitaip flotte à la tùh sur la fort de Castelluccio-dcl-Molo et sur le fort de Gastellamare.

Nous allons jeter Tancre entre le tort de Castellaccio-del-Molo et une frégate napolitaiiie.

A tribord, nous avons les canons du fort; à bAbord, les soixante bouches à feu de la frégate.

La plus grande agitation parait régner sur le quai qui ayoisine le port et dans les mes qui aboutissent au quai.

Que se passe-t-il, et que signifient ces drapeaux piémontais sur la Tille, ces drapeaux napolitains mt le fort, et ees frégates napolitaines en rade?

Un bateau chargé de fruits vient à nous et nous aceoste sans s'inquiéter si nous avons rempli les formalités d'usage.

Les trois hommes qui le montent opt la eocarde piémontaise.

Nous les interrogeons sur Tétrange spectacle que nous avons sous les yeux.

Ils nous répondent qu'il y a trôre, mats que, dans deux jours, la trêve expire et que le bombar* dément recommence.

— BtGaribaldi?

• — Il est maître de la ville.

— Depuis quand?

~ Depuis le jour de la Pentecôte.

~(Nresi-il?

~ Au palais.

Pouvez-vous me conduire près de lui?

— Rien ne s'y oppose.

— Alors, partons !

Je saute dans la barque; nous itamons vers le quai.

Deux de mes compagnons de voyage, Édouard

'"haëkroj et'Vkul Parfeit, les plus jeunes et les pins ardents de la troupe, se font descendre le canot de la goélette et me suiyeat à quelque distance.

Ua foi, il parait qm vms Sfommes arrivés au bon ttcmeutt

Palenas^-^Jala.

Jte 1DUS éluàB da.palais «r^yal, c^Garibaidinous

a logés tous.

Nous occupons les. appactements des di^^takes 46 k couronne.

Quelqu'un qui eût dit au roi de Naines que

cuperais, un jour, un des principaux appartements du vieux palais des rois nounands» Teùt him

Mais celui qui eût di^à Sa Majes^ SicQi«ine que,

dans ce palais, j'écrirais là relation de la prise de Palerme par Garibalriii l'eût étonné bien davantage encore.

Rien de plus vrai pourtant.

C'est dans la chambre du gouverneur Castelciuada» et sur son bureau mômei que je vais vous saoomter les lUttleu événeoMnls qui viennent de s'accomplir.

.D'abord» et s'il vous plait» reprenons les cboMS oh nous les avons laissées.

32 LES GARIBALDIKMS

Vous n'avez point oublié, n'est-ce pas? que je rame vers le quai dans la barque d'un marchand ' de fruits.

Je saute à terre; je suis près de baiser, comme Brutus, ce sol que je ne croyais jamais revoir et qui me reçoit parce qu'il s'est fait libre.

0 liberté ! grande èl sublime déesse, sèule reine que Ton proscrit, mais qu'on ne détrône pas l tous ces bommes avec ces fusils, ce sont tes enfants; il y a huit jours, ils étaient tristes et avaient la tôte courbée; maintenant, ils sont gais, ils ont la tôte haute. . *

Ils sont libres !

Et ceux-là, avec des blouses rouges, qui courent

çà et là à cheval, à pied, qu'on embrasse, dont on serre les mains, à qui l'on sourit ; ceux-là, ce sont les sadveurs, ceux-là, ce sont les héro^ l

0 Palerme ! Palermè I c^est véritablement aujourd'hui que l'on peut l'appeler Palerme l'heureuse!

Et cependant, au premier aspect, comme te voilà sombre et dévastée, pauvre Palerme !

— Des barricades ferment mes rues, mes maisons croulent, mes monuments sont en feu; mais je suis libre l Sois ^e bienvenu, qui que tu sois; passe, regarde, et raconte au monde ce que 'tu as vu en passant.

Des barricades élevées de cinquante pas en cinquante' pas, merveilleusement construites: on voit que les ingénieurs de ces remparts populaires sont les mômes qui ont fait celles de Milan et de Rome.

Ces barricades sont gardées par toute une popuhtioa armée. Le pavé de Palerme est admirable-

• LES GARlDALDIEiNS 33

ment propre aux barricades: ce sont d'énorams

pavés d'un demi-mètre cube.

On dirait des constructions cyclopéennes.

Quelques-unes ont une étroite ouverture au milieu ; par cette ouverture s'allonge le cou d'un canon, ' •

Attenjléz, voici upe affiche; laissez-moi lire:

ITALIE ET VIGTOR^SICMANTIEL.

(( Moi» Giuseppe Garibaldi, commandant en chef les forces nationales en Sicile.

w Sur rinvitation des notables et d'après les déli-

* béralions des communes libres de l'île;

i> Considérant qu'en temps de guerre, il est nécessaire que les pouvoirs civils et militaires soient concentrés dans un seul homme,

» Décrète:

^ » Que je prends, ait nom du roi Victor-Emmanuel, . la dictature en Sicile.

)) GlUS£PF£ GaRIBALDI.

» Satemi, 14 mai 1800. »

Eh bien, à la bonne heure, voilà qui est franc, net et sans ambages. S'il y a réaction un jour, on ' • saura contre qui réagir.

Continuons notre route. La vue des barricades me rajeunit de trente ans; dans cette révolution, je retrouve, trait pour trait, celle de 1830. Rien ne manque à la ressemblance : c'est un autre Bourbon que Ton chasse, et, comme Paris, Palerme a son la Fayette, vainqueur, lui aussi, en Amérique*

9S LËS GARIBALDIENS

J'ai pris ma part de la première, j*aî bien peur d'arriver trop tard pour prendre ma part de celle-ci.

Ah! je me reconnais, c'est la place des Qnatre-

Nations; j*ai logé dans. cet hôtel que voilà, il y a viBgtrCinq ans, sous le nom de François Guichard.

Merci à Thomme qui me permet aujourd'hui d'y loger sous mon nom.

C'est bien, tournez à gauche, voici le palais.

La porte est gardée par des hommes en blouse rouge ; ce sont les mômes — quelques-ans du moins — qui se sont battus, au Salto San- Antonio, un contre huit.

Os viennent de se battre, à Païenne, on contre * vingt.

Il y a cinq mois, à Milan, je dis à Garibaldi :

— Dieu sait où je vous reverrai. Donnez-moi un

mot à l'aide duquel, quelque part que toos soyez^

je puisse arriver près de vous.

Il prit une feuille de papier et écrivit :

« 4 gennaïo 60.

v Raccomando ai miei amid rillastto amiccmio

Alessaadro Dumas. ^

» GAaniAiK »

J'^is mcm laissez*passer à la main.

Je n'en eus pas môme besoin ; le factionnaire me laissa passer sans me demander où j'allais.

Le palais du Sénat avait absolument le môme aspect que l'hôtel de Tille de Paris en 1830.

LES GARIBALDIËIN'S 35

le teontai an premier étage et m'adressai à un '

jeune homme en chemise rouge, blessé klà main.

— Le général Garibaldi?

— Il vient de sortir pour aller visiter le couvent

(le ia Grancia, qui a été brûlé et pillé par les Napolitains.

— Puis-je parler à son fils?

— • C'est moi.

— Alors embrassç-moi , cher Menotti; il y. a longtemps que je te connais.

Le jeune homme m'embrassa de confiance; puis, comme je voulais qu*il sût qui l'avait embrassé, je* lui présentai la recommandation paternelle.

— - Ah 1 dit-il, soyez le bienvenu 1 mon père vous attendait.

— Je voudrais le voir le plus tôt possible; je lui apporte des nouvelles de Gônes, des lettres de Me* dici et de Bertani.

— Allons au-devant de lui, alors.

Nous descendîmes, puis nous primes la rue de Tolède.

Paul et Édouard iç'avaient rejoint et ne m'eus-

sent pas quitté pour un empire.

Ils allaient voir Garibaldi !

Nous marchions sur les barricades et* enbre les barricades, sur les décombres.

Vingt-cinq ou trente maisons fument encore, écroulées sur leurs habitants; on tire à tout moment des cadavres de ces ruines.

Nous arrivâmes à la magnifique calhédralè bâtie par Roger ; une des statues, debout sur le mur qui enclôt l'édifice, a eu la tête emportée, par un

Doulet de canon ; les autres sont criblées de balles» En foce de la cathédrale, la maison du consul de

Naples à Londres, brûlée par les Napolitains euxtnôrncs, qui s'y sont retranchés et défendus et qui l'ont brûlée en se retirant, fume et s'écroule.

— Tenez, justement, voici mon père, me dit Me-» notti.

Vous savez qu'à la naissance de son £ls, Gari* baldi a voulu lui donner, non point un nom de

saint, mais un nom de martyr.

En môme temps que je tournais les yeux sur le général, il tournait les yeux sur moi. ^

Il poussa un cri de joie qui m'alla droit au cœur.

— Cher Dumas, dit-il, vous me manquiez.

«— Aussi, vous le voyez, je vous cherche. Mes compliments, tnon cher général.

— Ce n'est point à moi qu'il faut les faire, c'est à CCS liommes-ià; quels géants, mon ami!

£t il me montrait ceux qui l'entouraient, faisant» * ' comme toujours, ruisseler sa gloire sur ses voisins.

— Et Turr?

— Vous le verrez; c'est le brave des braves ! Vous ne sauriez croire ce qu'il a fait. Quelles splendides

individualités que ces Hongrois !

— Et pas blessé, cette fois-ci?

Des balles partout, excepté dans sa peau. ,

— Et Nino Bixio?Vous savez qu'on l'a dit tué?

— Non, presque rien; une balle morte dans la poitrine; un fou qu'on ne peut pas tenir.

— Et Hanin?

— Blessé deux fois; le pauvre .qarçon n'a pas de . chance : aussitôt qu'il parait, il attrape quelque

LES GÂRIBALDU:iSS 37

chose. Vous menez avec moi, au palais du Séoat,

n'est-ce pas?

\ — Je crois bienl

*I1 me jeta son bras sur le cou et nous partîmes.

Il était vraiment magnifique, ce dictateur, qui vient de donner deux millions d'bommes à son roi» avec son chapeau de feutre écorné par une balle, sa chemise rouge, son pantalon gris traditionnel et son foulard noué autour de son cou et faisant capuchon en arrière.

' Je remarquai dans le bas du pantalon, au-dessus du cou-de-pied, une déchirure très-significative.

— Qu'est-ce encore que cela? lui demandai-je. • Un maladroit qui, en causant avec moi» a

laissé tomber son revolver.

— Et le revolver est parti?

— > Oui» et» en partant» il m'a brûlé mon pantalon et enlevé un morceau de ma botte ; ce n'est rien.

— En vérité, vous êtes prédestiné, lui dis-je.

mm> Je commence à le croire» fit-il en riant. , Allons. .

Nous revînmes au palais du Sénat.

La place sur laquelle donne la façade avait un très-grand caractère avec sa fontaine à téte d'animaux, ses hommes armés groupés sur le bassin et ses quatre canonSi pris par Tur^ à Orbitello» mis en batterie.

Garibaldi vit que. je regardais ces canons. «

Cela ne sert pas à grand'chose, me dit-il; mais cela rassure ceux ^ui s'en servent et iait peur à ceux contre qui on s'en sert.

Dans le cabinet du général, nous trouvâmes Xurr; il savait déjà mon arrivée et m'alteadait.

Ce furent des cris de joie; il ne nous manquait que noire pauvre Téléki.

Édouard Locki'oy et Paul Parfait étaient entrés avec moi et ne pouvaientse lasser de regarder Garibaldi, étonnés de le trouvei^ si grand et si simple eu môme temps.

Je les présentai au général.

-^Âh Qàl nous allons déjeuner, n'est-ce pas?

me dit-il.

— Volontiers.

Effectivement, on dressait la tai)le.

Le déjeuner se composait d'un morc^u de veau

roti et d'un plat de choucroute. Nous étions douze à table. Le déjeuner de tout l'état-major du générai et de nous trois coûtait bien six francs.

On n'accusera pas Garibaldi de ruiner la Sicile.

Et cependant, cette fois, comme dictateur, il s*est fait la part large : il s'est attribué la nourriture», le logement et dix francs par jour.

Quel flibustier!

— Où logez-vous? me demanda-t-il au dessert.

— Mais, jusqu'à présent, à bord de ma goélette. .--Vous ne comptez pas y rester; il pourrait

bien arriver telle circonstance dans laquelle le séjour n'en serait pa^ kès-sain.

— Indiquez-moi un endroit où je puisse placer trois ou quatre lentes, nous y camperons.

— Attendez, mieux que cela, Gennil Genni est son otiel d'élat-mayor.

— ■ Général? dit celui-ci en s'avançaut*

— Tu as des logements vacants aa palais rcqral?

— Il n'y a encore personne.

— Donne le meilleur à Dumas.

— Celui da gouverneur, A vous voulex, général.

— Gomment, si je le veux! Je crois l»en, un homme^qui m'apporte des lettres m'annonçaiit deux mille cinq cents hommes, dix mille iusilsetdeux bateaux à vapeur 1 Le logement du gouvemeus à Dumas, et garde-moi le logement à eôtâ du sieau

— C'est convenu, général.

Organisez-vous là dedans le mieux que vous pourres, et logez-y le plus longtemps possible : cela fera plaisir au roi de Naples, s'il sait qu'il vous a pour locataire. A propos, mes carabines?

— Elles sont à bord.

A Turin, je lui avais oflért, pour- la guerre qu'il devait faire à son compte, douze carabines* Il les réclamait, c'était justice.

^ Bon 1 dit-il, je les enverrai obevcfaer.

— Quand vous voudrez.

—* Maintenant, restez, partez, allez, venez, vous êtes chez, vous»

— Avec votre permissîM, mon ebep général, je vais voir le logement de M. le gouverneur^

— Allez.

En ce moment, trois on quatre prdU^ entrérient.

— Ah ! hon Dieu I lis-je au général, qu'est-ce que c'est que cela?

N'en faites pas fi, me dit-il; ils ont été admirables : chacun d'eux a marché croix em main à la tête de sa paroisse; quelques-uns ont fait le coup defusU.,

— Seriez-vous converti, par hasard?

— Tout à fait; j'ai un chapelain, le père Jean. Je TOUS l'enverrai, mon cher; un vrai Pierre TErmite I ila eii ua cheval tué sous lui et sa croix brisée entre ses mains; c'est encore nneindividualitéque je vous recommande.

— Envoyez-lc-moi, nous ferons son portrait.

— £st-ce que vous avez un photographe avec

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