‹ Les Garibaldiens, révolution de Sicile et de NaplesChapitre 2 sur 11 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

— Le premier photographe de Paris, tout simplement : Legray.

— . Eh bien, faites-lui faire la vue de nos ruines ; il faut que PEurope sache ces choses-Ià : deux mille huit cents bombes dans une seule journée !

— Dont pas une, probablement, n'a touché le palais que vous habitez ?

— Oh ! la bonne intention j était; seulement, ils ne sont pas adroits.

£t il me montra deux maisons de la place du Palais dont les toits étaient eifoiidrés et .les fenêtres brisées.

— Nous prendrons tout cela et vous avec.

— Moi? que voulez-vous ùdre de moi?

— Je ne vous ai vu qu^en général, et, frafkcheroent, en général, vous ne vous ressemblez pas ; je vous veux avec votre vrai costume.

— Enfin, vous ferez de moi ce que vous voudrez; quand je vous ai aperçu, je me suis bien douté que j'allais être votre victime.

— Sur ce, je vous laisse avec vos prêtres.

— Allez.

Mous nous embrassâmes encore une fois et je

LES GAKIBALDIËISS 4i

smvis le major Gennii aocompagné par mon ami

Turr.

Je retrouvai le reste de nos compagnons sur la place du Palais ; sans savoir que je les convoquais à notre futur logement, je leur avais donné rendezvous près de la fontaine.

La fontaine, depuis 1835, a été remplacée par une statue de PHilipe IV ; mais ils avaient compris que c'était la môme chose.

Seulement, ils étaient furieux; je leur avais donné rendez-vous pour neuf heures, il en était onae; ils

mouraient de faim.

Ce fut bien autre chose quand ils surent qu'il &ilait retraverser toute la ville pour déjeuner; c'é» tait une bonne petite lieue à faire.

U y eut un concert de malédictions.

En ce moment passait unci espèce de marmiton portant sur sa tôte une longue corbeille, et, dans la corbeille, une carafe de vin, une carafe d'eau, un morceau de veau, un plat de choucroute, des fraises trop mûres et des abricots qui ne Tétaient pas assez. •

C'était juste le même déjeuner que celui du général que Ton portait ches le chef d'état-maijor.

Il parait qu'à Texemple des Spartiates, on bit le môme brouet pour tout le monde.

Turr mit la main sur le marmiton.

«— Pardon, mon jeune ami, lui dit-U, mais tu vas laisser ce premier déjeuner ici et aller en chercher un second.

^Mais, monneur, s'écria le marmitonépouvantét que dirai-je au chef?

Tq loi dims que c'est le colonel Torr qui te 1^

pris; d'ailleurs, je vais l'en donner un reçu, de ton •déjeuner,

St Torr, déeUraot mm kmOe de een canut, •dettttt m ifitrmitn leçtî de eoà d <jeun , Kiqael

fut immédiatement déposé sur les mardies de la fitctoe de £iiiUii{^ Les «fflmiés s'àMMit enr la marohe iiÉffneiiie et

se mirent immédiatement à allaquer le veau et la choucroute.

Je les loissii fakeetl'aUai r^|oîa4n le iM|or I Cenni, gui ne soupçonnait pas pourquoi mes compagnons étaient restés en arrière.

^ Pecmettez, me dit^il, que je vousicmelte eotce les mains dè riospeeteor, qui ims ooadmm imw tout; vous choisirez les chambres qui vous conviendront le anieux ; quant à moi, je meurs de £aim, et îl finit (|iie je d^gcane*

Le pauvre major ne se doutait guèfe àquel pillage était livré «on déjeuaer au moment suprême où il*6'appf4tait à leetfoorer.

L'intendant me fit voir toutes les chambrer dn palais. Je choisis le salon, la chambre à coucher et la salle k manger du goov^neur*

Le salon ëlait tommuft, on en poovatt faiee un dortoir.

Les fenêtres donnaient sur la place, je m^a|ipMobai du balcon, attii^ ifoe ]^ «Im ie bmit d'one disensaion.

C'était Turr qui donnait au marmiton du major ua aecoud reçu de son second déjeunai; Le premier avait été insuffisant.

ht PBEUIEE MÂRTTB

Païenne» ilf juto.

Maintenant; quels événements s'étaient écoulés depuisquenonsayonslaisséGaribaldi se rembarquant

à Talamonc, jusqu'au jour où je débarquai moimême à Palerme, è'est-à-dire du 9 mai au 10 juin? C'est ce que nous allons raconter, après avoir toute* fois, pour rintelligence des faits, jeté un regard sur ce qui se passait en Sicile.

Dès ie commencement de la guerre de 1859, il Tut facile de voir qu'une vive agitation pénétrait jusqu'au cœur de la Sicile et, dans un frémissement commun, rapprochait les trois classes bien tranchées de la société, nobles, bourgeois, peuple.

Le directeur de la police était alors Salvator Maniscalco, devenu si tristement célèbre depuis. Il sortait de la gendarmerie, était l'enfant gâté de Del Caretto, dont il faisait la police personnelle. Il vint en Sicile avec le prince de Satriano, fils du célèbre Filangieri, en qualité de prévôt de l'armée; bientôt il obtint la surveillance de la ville. £nûn, ne s'arrôtant point ^ans sa marche, il fîit nommé, quelque temps après, directeur général de la police de Tile.

C'était donc à lui qu'incombait, en cette quaUté, la compression du mouvement qui menaçait de s'opérer.

44 LES GARlBAXDIfiNS

Les débuts de Maniscalco à Palerme avaient été tout à son avantage. Instruit, courtois» plein d*é* gards pour raristocratie, les salons les i^lus sévères sous le rapport de rétiquetteravaientaccueilli; seulement, l'heure était venue où il fallait choisir entre les relations de société et les ordres qu'il prétendait, avoirreçus do gouvernement II opta pour'ce dernier.

Tout le monde conspirait à Palerme, sihon activementy du moins d'intention ; mais les conspiraleurs le plus en vue étaient les nobles.

Maniscalco se décida à rompre avec eux; au mo* ment où ces symptômes d'agitation, inspirés par les Victoires de Montehello et de Magenta, remuaient le plus violemment Taristocratie, il prit une vingtaine de sbires, et, isous prétexte de disperser une assem* blée de factieuîf, il envahit le Casino, brisa les glaces, souilla les bougies» et» l'ayant fait évacuer» . il en ferma les portes.

C'était l'époque des nominations de nos généraux au maréchalat et des titres donnés avec des noms de victoire. Le directeur de la police regut le sobri* cpiet de comte de Smucda^Canddê ^ c'esNt-dire de Mouche- Chandelle,

La brutale agression de Maniscalco porta ses fruits.

Soit par Tinfluence des nobles, soit parla propre' force des choses, une insurrection armée éclata à Santa-Flavia» petit bourg k onze milles de Palerme.

La police p ^ dessus, comprime le mouvement ' et fait un cerîain nombre d'arrestations.

Âlors un double sentiment se développe chez lés Siciliens : besoin politique d'amélioration dans le

LES GÀ&IBALDi£l(S ^

sort du pays ; haine personnelle contre la police -il son chef.

Inatite de dire ija'au-dessos plane, toajoors immanl, l^tagonisme entre lee Siciliens et lei

Napolitains. '

Nous allons voir se développer et suivre leur oows ces deux sentiments.

Un jour, comme Maniscalco allait entrer dans la cathédrale par la petite porte latérale, un homme, dont le haut du visage était couvert par un chapeau à grands bords, le bas par une barbe rousse, marche droit à Maniscalco, s'arrête devant lui, et, • en prononçant ces deux mots seulement : « Meurs, Httisérable !» il le frappe d'un coup de couteau.

Manisealco tombe en poussant un cri ; on le croit mort, comme Rossi : il n'était que grièvement blessé.

Le meurtrier disparaît sans que jamais, quelles qu'aient été.les recherches de la police, elle ait pu remettre la main dessus.

Vingt arrestations furent faites, cinq ou six personnes lurent mises à la torture, le tout inutilement*

Le rm de Naples paye la blessure de Uaniscdco, déjà très-riche, par une rente annuelle d<5 deux cents onces d*or.

Alors conmience une période de terreur royaliste pendant laquelle Maniscalco cesse de représenter . ridée politique pour devenir un but de haine personnelle.

C'est Narcisse aous Néron; c'est Olivier le Daim sous Louis XL

Il recrute des bai d<.d de malfaiteurs, les enrôle et en &it un appendice à sa police; cette horde do

40 ' LES G4aiAAjLDl£NS

pillards el d'assassins estfépMdse par li^i sur Pa^ ^ lerme et ses environs.

Ln abires de HaiuMileo ont orA» dtaéter le mattFa du cabaret del FiaiK^GatoUea : ils sé trmH Tent chez lui que sa femme et fille, sa fille coucbée, aa ùmam mooee debovt; ila ne teoleiil paa croire à ce que leur^dit la ièmnie de IUmmbm de seûmari.

mm Qui est daos ce lit? lui dftmandfint>ilg, «p^ lia fille, léj^endHrile*

— Tenez la mère, dit en riant nn des sbires à ses camaradfts, et je vais m'asâurcu: du se:^ de la pfii>" 80QMqm eat eoodiée.

La mère est maintenoe de forée» et la fille cet violée sous les yeux de sa mère.

Cd campa^ioard, Boesmé lâoatâ, échappe aux redierchea de Mairiaealeo ; aa fèflaïae, mceiiite, eieea ' enfants sonl jetés dans un cachot jusqu'à ce que Licatâ se livre pour rendre la liberté à sa famille.

Alors, im triammat aecondaire ae fècme^; il eat composé du capitaine d'armes Chinicce, du com^ mifisaire Mealato et du colonel de gendarmerie de siUMne.

Les triumvirs luttent d'imaginatioii pour invaaÉHr

de nouveaux supplices.

Le bonnet du silence est une espèce de poire d'angoisse, de bâillon perfectionné. '

L'instrument angélique est un masque de far ^«it emboîte la tête, la comprime à l'aide d'une via et la brise ligne à ligne eu la comprimanU

i)ti n'A domé iiiiBiioll6s m S^. ^noi û

minces que soient les poignets auxquels on les applique, ne peuvent se joindre qu'eu entrant dans les diâirs jasqa'à l'os.

On renoirrelle eette torlnire employée eenM më

soldats par les Espagnols en 4809, qui n'est ni la pendaison par le cou, ni la pendaison par les pieds, mais par le milieu du corps. '

Ces craatités frappèrent stirtoiitFari8loemtle,q«e Maniscalco croyait Tinstigatrice des troubles. Il se trompait : raristocratie ne se contentait pas de sonlèver le peuple, elle conspirait elie-nôme eontre ee gouvernement qui, comme lll dit un Anglais, est la négation de Dieu.

Et cependant, la Sicile toyait la Lombardfe, voyait les duchés, voyait la Toscane, voyait les lë* gâtions entrer dans une ère de paix et de bien-être en se réunissant au Piémont, tandis qu'elle demeurait, elle, endiatnée à Naples, tandis que, seule, elle restait sous un régime qui ruine la propriété, qui déshonore l'individu, qui engendre la misère et ravilissement! * * '

Cen était trop, une révolution devenait imttrfnente.

Maniscalco ne tente pas de ramener les esprits, il désarme les bras.

Des peri^isitions sont ftdtes daM toutes les maisons pour enlever les fusils, les sabres et les baïon* nettes.

Au milieu de ces persécutions, un comité sfdlien, dit du Bien piMkj s^organise; 11 est comp6éé

des chefs de la noblesse, de la bourgeoisie et du peuple.

De toas cAtés, on ouvre des souscriptions qoi ont

pour but l'achat d'armes et de'munitions.

On se prépare, on attend.

La police flaire et devine la révolution; ce n'était pas difficile, la révolution n'était plusjà ou là : elle était partout, elle flottait dans Tair.

' Alors arrive la nouvelle de la réunion au Piémont . de la Toscane, des duchés, des légations. Cette influence qu'exerce Victor-Emmanuel par sa seule loyauté, et parce qu'il est prince progressiste au milieu des rois réactionnaires, pénètre en Sicile. - La réunion de la Sicile au Piémont est décidée entre les nobles, les bourgeois et le peuple.

On est en discussion sur un seul point.

Se soulèvera«4«on immédiatement? attendra-t-on encore?

Les mandataires de la noblesse et do la bourgeoisie sont pour que Ton attende ; ceux du peuple sont pour qu'on se soulève à Tinstant môme.

Parmi les chefs du peuple poussant à une rébellion immédiate, était un maître fontainier ajaat par son travail amassé une certaine fortune.

n se nommait Riso.

Hier, on m'a montré sa maison, déjà devenue un but de pèlerinage pour les patriotes.

Lui, déclare que les autres, nobles et bourgeois, peuvent faire ce qu'ils voudront, mais qu'il n'attendra pas davantage ; il peut compter sur deux cents amis.

— Eh bien donc, commencez, disent nobles et bourgeois, et, si votre mouvement prend de la con- • siçtance, nous nous réunissonn à vous.

Rîso donne rendez-vous à ses amis au monastère de la Grancia, monastère de frères mineurs, pour la nuit du 3 au 4 avril;— la maison de Riso aUenait à ce monastère.

Tous les patriotes furent prévenus qu'à Taube du 4 avril, on s'insurgeait.

Naniscalco se donnait au diable; il se sentait sons le coup d'un événement qu'il devinait ^ns pouvoir ie prévenir. Il réunit tous les commissaires de police dans la nuit du 2 au 3 f il leur dédiu^ qu'il ne peut pas empêcher qu'une révolution n'éclate, et qu'il doit se contenter de l'étouffer quand elle aura éclaté.

Cependant la ville était frémissante et anxieuse* Pendant la journée du 3, chacun fit ses provisions pour le cas où l'on serait obligé de rester plusieurs jours chez soi.

Le soir, les parents se réunissent et les portes se ferment.

Les uns savent ce qui va arriver, les autres devinent qu'il doit arriver quelque chose.

?ar malhenr, vers huit heures du soir, Maniscalco reçoit avis d'un moine — le nom du traître est resté inconnu — de ce qui doit se passer la nuit même.

U court en toute hâte chez le général Salsano» commandant de la place, et fait entourer le couvent.

l\isoy était déjà avec vingt-sept conjurés ; mais les autres ne peuvent le rejoindre.

Sans doute, ils rejoindront pendant la nuit; Riso connaît ses hommes, ils seront au couvent pour l'heure convenue.

L'aube arrive; Riso entr'ouvre une fenêtre et voit

kt m .iHVitfe par des ioldalg et d# l'artiUeff e.

:Ses compagnons sont d^avis de tout abandonner et de laisser à cbacua le soia de pourvoir à sa sû« reté.

«fie qui nom oianque encore, dit Riso» eeeont

les martyrs ; donnons h la Sicile ce qui lui manque.

Et, par la croisée eatr'ûuverte» il lait feu «ur les KepeUteias»

;Bôs loFs, la lutte mortelle est commencée»

Les canoës sont mis en batterie devant la porte. Deux boulets la font ?oler en éclats et vent e-enfion* eer dan le ftce du docher qui regarde la aottr»

Les Napolitains entrent à la baïonnette.

Le supérieur du couvent s'élance au-devant d'eux; il est éveatré.

Les TîngtHsept braves eomntaiidés par Rieo font des prodiges; on combat pendant deux heures de corridor en corridor, de cellule en cellule*

Riso réunit alors ses hommes et fàit une sortie par la porte même que les canons ont ouverte.

Les Napolitains reculent; mais, enreculant, font feu. Riso tombe, frappé d'une balle qui lui brise la eunse en*dessus du genou.

Les autres font une trouée en laissant dix ou douze des leurs prisonniers.

Jiîso essaye de se relever; deux bommes s'ava»cent sur lui et lui déchargent, à bout portait, leurs fusils dans le ventre.

U voMKkbe une seeonde fois, mais YÎfaiit eaeâre.

Alors, il est placé dans une cbartette et promené par les rues de la ville comme un trophée sanglant.

Dans tous les carrefours, sur toutea les plaûes«

LBS GARIBALDIENS M

on lAoféle ; les riMfes, tes gendames, les bomities

de la police montent sur les roues de la charrette et crachent au visage du moribond.

Pendant ce temps, on second moine est tué»' quatre antres sont blessés; un Enfant Jésus, trèsrcspecté du peuple, est empalé par une baïonnette et porté à travers les rues. *

Les vases d'argent de PégKse sont volés; nn soldat prend pour de Tor massif les chiffres en fer doré qui surmontent les deux portes : il brise ces deux chiffres et les met dans son sac.

Un ordre de MEanisoalco arrive de transporter Riso à rhôpital et de lui donner les plus grands soins.

Les cbimrgiens pansent le malade; ses blessures ttmt flMitelles, man il peut vivre encore deux on

trois jours. ' C'est tout ce qu'il faut.

Maniscalco a fait arrêter le père de Riso, qui n'a pas pris part à la rébellion de son Ûls, mais qui,

inquiet pour celui-ci, a été vu le matin en robe de chambre à une fenêtre de sa maison donnant sur le couvent ,

Son procès est fait, ainsi qu'à treize autres prisonniers.

' On les fusille tous les quatorze, le 5 avril. * Le S an soir, Maniscalco se présente an lit de

Riso, un paiijer à ia main.

Voici /«ui dit-il, la .sentence qui condamne votre père à la peine de mort; faites des révélations, nommez les seigneurs qui vous ont poussé à Tacte de rébeliioa, et grâce de la vie sera faite à votre père. .

» LBS GARIBALDIENS

Riso hésite un instant, mais finit par assumer la responsabilité sur lai«môme et par dire qu'il n'a

pas de complices. ^

Maniscalco s'iaforme et apprend des chirurgiens que le blessé peut vivre encoise vingt-quatre heures,

«-* C'est bien, dit-il à Riso, je reviendrai. vous voir demaiiT matin ; la nuit porte conseil.

Mais les patriotes ont appris 1^ tentative de séduction infâme opérée sur Biso ; ils parviennent à lui faire savoir que son père a été fusillé dans la matinée, et que la vie qu'il devait racheter par ses révélations était déjà éteinte depuis six heures quand on la lui offrait.

Riso mourut dans la nuit, les uns disent de Timpression que lui causa la nouvelle de la mort de son père, les autres disent d'avoir arraché l'appa* reil qui couvrait ses blessures.

Riso mort, son père et ses complices fusillés, Maniscalco se crut maître de la révolution, et l'âge d'or des mouchards commença; l'argent et les récompenses pleuvaient sur tout ce qui était de la police.

Mais cette sécurité fut bientôt troublée ; Tinsurrection paîermitaine, â promptement qu'elle eût été comprimée, avait eu son écho dans les campagnes. Les picciotti ^ se réunissaient et essayaient de relever la révolution en lui offrant dans les montagnes un refuge inviolable.

i« Nom que l'on donne à tous les jeanes gens de la campagne ; depuis quinze ans jusqu'à vingt-cinq, tout paysan est on piceiotto»

An tocsin de la Gianda répondirent les cloches

de toute la Sicile.

A la Bagberia, ie& deux compagnies de soldats en garnison étaient attaquées; Misiimeri chassait sa petite garnison jusqu'au pont de rAmiraglio; AltairUla, Gastellanza, envoyaient leur contingent de paysans armés, et Garini, allant an-devant de Pappel de Palerme, avait, dès le 3 avril, c'est-à-dire dès la veille de la lutte de la Grancia, arboré le drapeau de lltalie réunioniste.

Ge ftit un signal pour les autres drapeatdc de se déployer, et, au cri de « Vive Victor-Emmanuel l » ils se déployèrent en effet.

Malheureusement, le dé&ût d'armes, de munitions et d'ensemble empêchait l'insurrection de devenir générale. C'étaient des , météores , ^ c'étaient des éclairs, ce n'était pas encore une teoH pête.

Palerme attendait toujours (Jue la campagne vint à elle; terrifiée par les exécutions, étoulfont sous la main de Haniscalco, elle demeurait écrasée sous le poids de son preînier échec, mais ferme et constante dans sa haine, et se tournant vers tous les points de rhorizon pour demander à Dieu et aux hommes un appui quelconque qui la relevât de sa chute.

Cependant une espèce de quartier général avait été établi à Gibilrosa; on provoquait les troupes pour les attirer sur les hauteurs et rompre, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, le cercle de fer étendu autour de la ville.

Maniscalco résolut de porter dans la campagne la terreur renfermée jusqu'alors dans la ville*

m LES GARIBALDIENS

On fît des sorties, artillerie en tête; on piïla les maisons de campagne; on détruisit les villages; à défknt des hommes armés, qu'on ne pouTait rejoindre ou qui ripostaient, on tira sm les femmes €t sur les enfants fugitifs.

Alors commencèrent à se répandre les noms de certains chefs de bande.

Ces chefs de bande étaient le cavalier Stefano Santa-Anna, le marqfois Fimatore Corteggiani, Pietro Pediscalre, Marinuzzo et Louis de )a Porta, qui, après dix ans d^cxil et de persécutions, ne s'était point lassé de conspirer et de combattre pour son pays*

Des engagements eurent lien alors à Gibilrosa et h Villabole, et l'on se concentra à Cariai pour marcher sur la ville.

L'état de rage et d'exaspération des citadins était Impossible à décrire : tons lés jonrs des hittes par* ticulières s'engageaient eptre des insulteurs suscités par Maniscalco et des citoyens qui passaient tranquillement dans une rue ou qui traversaient paisiblement une place.

Ces luttes étaient un prétexte àla police pour intertenir; les citoyens, naturellement, avuient toi:ûour$ tort, et, tandis qu'on ne demandait pas même aul insulteurs quelle était la cause de leur insulte, les insultés étaient menés en prison les menottes aux mains.

I Au bout de quelque temps, les boutiques Se fermèrent les unes après les autres, le commca'ce agonisa, les rues se dépeuplèrent.

Ce fut vers ce temps qu'un rayon d'espérance vint réchauffer les cœurs.

tZ$ GARIBALDIENS 55

Ib joond larde, introdml à Pfelme étfit

de la police, annonça la formation d'un comité à Gôncs.

Ce €<mît6 «fait ponr Imt de fcnrir, par to» les

moyens possibles, an secours de la Siefle.

Le journal ajoutait qu'un corps d'expédition s'o> gaiiisaitdiw la haute Italie pour aller an aeeoim des pstaioles-aieUimis. Alom Iras les palpitèrent.

Un homme sç dévoua à répandre eette grande nouille par toute la Bleile.

Ce fut llosolino Pilo. Le 40 avril, il débarqua à Messine; proscrit depuis dix ans, il rentrait dans son pays natal, apportant eette gimde noQfelle qae non-seulement le corps d'expédition s'organisait, mais encore que Garibaldi se mettait à la tête.

Rasolino Pilo paroonrat la Sicile en Ions mm: Infattigable dans sa mission, parlent 11 écrivait enr les murailles : d Garibaldi arrive l Vive Garibaldil Tive Victor-Emmanael li»

Cihaqoe viflage eut son afeitissement, que tont

paysan put lire ou se faire lire.

Un antre patriote, Giovanni Correp, eu laisait aotaat de son eMé.

Bientôt il n'y ent pkm qtiHin eri par foxÉbe lUe : « Vive Garibaldi ! vive Victor-Emmanuel I » qu'un •VOMI, l'annexion.

(Tèst alors que, poof répondfe k Ions ces cris par un coup de tonnerre, Maniscalco fît arrêter, garrcHter et conduire en prison comme des voleurs, le prince Pignatelli, le prince Niscemî, le prince Giar» Aselli, le chevalier San-Giovanni, le père Otiaifio

Lanza, le baron Riso etleiilsainé du duc deLegiaro.

Mais le nom de Garibaidi répondait à tout et consolait de tonf .

Les enfants chantaient «ur tous les tons, en passaut près des sbires :

~ Viene Garibaidi! GaribiMi irienet

La femme à laquelle on enlevait son mari, la * mère à laquelle on enlevait son fils 9 la sœur à la~ quelle on enle^it son firèrOt au lieu de pleurer» menaçaient

— Garibaidi viene I criaient-elles aux sbires.

£t les sbires sentaient courir un frisson dans leurs veines à ce nom redouté de toute tyrannie.

Un astre nouveau s'était levé sur la Sicile ; cet astre, c'était Tespérance.

Avec Garibaidi, en eilety on allait avoir un nom populaire pour toute l'Italie, un capitaine de génie, un centre d'opération.

A mesure que la nouvelle se confirmait, on ne s'abordait que par ces mots :

— Eh bien» Garibaidi?

— Il vient ! il vient ! répondaient les voix des passants à celle de Tinterrogateur.

Un jour, on voulut savoir si Ton pouvait compter sur une solidarité commune.

' On annonça que, de telle à telle heure, tout le monde devait se promener dans la rue de Maqueda.

La rue Ait encombrée; tout le monde était à pied, môme les femmes les plus élégantes ; les voitures eussent nui à la circulation, personne n'avait pris sa voiture.

Maniscalco liait furieux ; que dire à ces prome-

nenrs inoflènsifs, sans armes, qui ne poussaient

aucun cri?

Le démon lui souffla une idée : c'était, puisqu'ils ne criaient pas : « Vive Garibaldi ] vive Victor-Ëmmannèl i de leur faire crier : <c Vive le roi de Naples ! r>

Un groupe de soldats et de sbires s'avança dans la rue, criant :

— Vive François ni Personne ne répondit.

Les soldats et les sbires entourèrent un groupe.

— - Criez : « Vive François Ul n dirent-ils à ceux dont ce groupe était composé*

Un profond silence se fit.

Au milieu de ce silence, un homme jeta son chapeau en l'air et cria :

— Vive Victor-Emmanuel !

U tomba aussitôt percé de coups de baïonnette.

Alorsi la fusillade, la baïonnette et le poignard firent lenr œuvre ; deux hommes furent tués ; trente personnes, femmes ou enfants, furent blessées.

Toute la population se retira sans répondre autre chose à ces meurtres!, à ce massacre, à ce sang versé, que ces mots, plus terribles dans leur me« nace que la haine des Napolitains ne Tétait dans son effet :.

^Yiene Garibaldi Ivime Garibaldi

Le lendemain, on raconta des horreurs : dos pères de famille qui se promenaient avec des enfants avaient été frappés, eux et leurs enfants ; des hommes> ^t des femmes qui avaient fui dans un café avi^ient été poursuivis et chargés dans ce café par des gendarmes à chevaL

W LfiS GARIBALDIENS

Le lendemain, Palerme était effrayante à voir. Comme la muraille de Baltbazar, toos^ les xaam fùsbàBBi le. tecrible lUim-TIm^haTis :

Qaribaldi irienet Ganbaldi vkml

Le jour» les rues étaient dôserte& et les fenêtres closes.

Le soir, les contrevents s'ouvraient, et, tonte la

nuit, les regards cherchaient sur cet amphithéâtre de montagnes qui enveloppe Palerme, les feux qui devaient annoncer ce seçonrs depuis si longtemps promis par la campagne à la ville.

Un matin, — c'était le 13 mai». -<* ce eri éclalft par toute la ville :

— Garibaldi a débarqué à Marsalal

Le ven^jcuf clail venu. . •

hATAlLhJt DE CALATAFim

Païenne» 15 jttiiu Reprenons lo lomtoriefe el JPièmoM où nous les*

avons quittés.

£u partant de ïalamone, les deux navires mai^ cbàrent de conservesansse perdre de vne, jusqu'au

commencement de la seconde nuit, où| sans que

LES GAIUBALDIENS m

Ton pût comprendre pour quelle raison, le lâm^

barda restait en arrière.

Poussé par la manie du suicide, le volontaire qui s'était déjà jeté deilk fois à la mer, transporté dit Piemofkte sur fe lûtr^rdOf venait de s'y jeter une troisième fois.

Mais, avec la môme obstination qu'il mettait à se noyer, cette fois encofe/>n le repécha.

Le général ordonna alors qu'un fanal fût allmnô ^ à bord du PiemoïUe pour rallier le Lombardo.

Mais, en voyant ce lanal, Nino Biiûo, qui commandait fe LombardOj crut à l'apparition de quelque bateau à vapeur napolitain, et, au lieu de se rallier, s'éloigna à toute vapeur.

Garibaldi voulait tirer un coup de cai^on derappel ; mais Turr, qui avait deviné la pensée de Nino Bixio, le supplia de n'en rien faire.

Le général se contenta de forcer de vapeur de son côté, tout en poursuivant le Lmbardo.

Comme le Piemonte était meilleur marcheur que leLombardo, il finit par rejoindre celui-ci et le reconnaître; les deux bâtiments se remirent alors à mar^ cher de conserve.

Au point du jour, on aperçut Marilimo; on eut bientôt joint et dépassé cette île, qui semble une sentinelle placée par la Sicile pour veiller sur sa pointe occidentale; puis on s'approcha de Favignana et Ton commença de prendre des dispositions pour le débarquement, qui devait avoir lieu k Slarsala.

Il fut arrêté dans l'ordre suivant :

Le colonel Turr, suivi de vingt-cinq guides des*

6D LES GâKIBâLDIEN,S

rendrait dans le» trois prraiiers canots; aToe ses

vingt-cinq hommes, il avait ordre de s^emparer de la porte et de s'élancer sur la caserne, qu'on supposaitjoccopée par oinq oa'siAjents Napolitains»

Le capitaine Basani, avec b 8* compagnie, devait descendre à son tour et faire touté diligence pour soutenir l'attaque de Turr.

Vers midi, on se trouvait à trois milles de la tene. ' Le générai ordonna que chacun se couchât à plat ventre sur le pont, ayant son fusil près de lui; cinq ou six hommes seulement devaient rester pour simuler Téquipage d'nn batean à fapeur.

Les canons étaient recouverts d'un prélart.

On distinguait dans le port deux bateaux à vapeur anglais; ils étaient immolnles et k l'ancre.

Une petite barque de pécheur passa; on gouverna dessus et on lui donna Tordre de s'arrêter.

On fit monter le patron à bord du JPiemmUe et on lui demanda des nouvelles.

Il répond que les royaux sont, en effet, venus pour désarmer la population, mais qu'ils sont repartis pour le moment* On ne trouvera donc personne.

On entre droit dans le port; le Piemonte jette l'ancre à trois cents pas du môle; le Lombardo^ en se laissant porter à gauche» touche le fond ; mais onn*a plus besoin de lui, Taccident est sans importance, et aussitôt le débarquement commence selon Tordre convenu.

On s'empare d^àbord des portes de la ville du

télégraphe.

Mais comme l'absence des Napolitains rend To-

pération moins importante, un simple lieutenant en

est chargé.

£a s'approchant du télégraphe, dont il a ordre de couper les fils, lé lieutenant fait fuir l'employé, gui abandonne son bureau en y laissant le brouillon d'une dépôche conçue en ces termes :

' « Deux bateaux à vapeur avec le pavillon sarde viennent d'entrer dans le port et débarquent des gens armés. »

La dépêche est adressée au comité militaire de Trapani.

Au moment où il lit cette dépêche, le lieutenant

s'aperçoit que l'on y répond. •

Un de ses hommes qui connaît la langue télégraphique traduit la réponse ainsi :

c< Combien sont ces hommes, et dans quel but débarquentrils? »

L'officier répond :

« Je m'étais tromp6; les deux bateaux à vapeur sont des bateaux marchands chargés de soufre et venant de Girgenti. » ^

Le télégraphe marche de nouveau et rapporte . celte réponse :

<c Vous êtes un imbécile ! 39

L'officier pense alors que le dialogue aassez ^ui^é ; il coupe les fils et revient rendre compte à Turr de ce qui s'est passé.

Pendant ce temps, la 8® compagnie a débarqué et s'est postée à la porte de la Marine.

Au même moment, on signale un bateau à vapeur que l'on ne tarde pas à reconnaître pour napolitain.

Le débarquement marchait avec lenteur, faute de

canots ; à mesure qu'elle débarquait^ la troapfe* s'a* lignait sur le môle.

Outre le bateau signalé, arrive bienl3(yt èi grafide vitesse ùne frégate à vapeur, qui commence son feu quand les deux tiers de^ hommes, à peu près, ont débarqué.

Chaque boulet était salué du cri de « Vive lltalie ! » Le bonheur qui s'attache à tout ce qu'entreprend Garibaldi voulut qu'aucun boulet ne portât. Un pauwe chien qui faisait partie de l'expédition fut le seul mort que Tout eut à regretter.

Les canons et les troupes sont acheminés vers la ville; le général Garibaldi et le colonel Turr restent sur le port tout le temps que dure le débarquement.

Au moment où il finit et où les deux cbefe vont à leur tour entrer dans la ville, un obus tombe à dix pas d'eux, éclate et les couvre de terre.

Des postes sont placés de tous càtée afin qu'on puisse prendi'e quelque repos.

Pour ne pas troubler ce repos, les deux bâtiments napolitains, qui craignent sans doute quelque sm^ prise de nuit, s'éloignent de dix-huit à vingt milles.

Âu point du jour, on part pour Salemû La route était libre.

Le soir, on fuit halte autour d'une ferme; on avait peur de manquer de vivres, mais les paysans y pourvoient; chacun apporte aux volontaires ce qu'il pe.ut, celui-ci du pain, celui-là du vin, cet autre une poule, des œufs, un mouton.

Dès lors, il était évident qu'à défaut d'aide armée, ' on aurait la sympathie des populatiims»

Le lendemain, dès le matin, arrive un courrier qui annonce que les Napolitaijas sont à Calatafiflû» rtfeatHtHie de i^idoîr naardier sur SakmL

On envoie «md Bizio et sa compagnie ; le général suit immédiatement avec son état-major; il est suivi lui-méiae par le reste de TespéditioA.

A Selemi, Ton -est leQueQ trioiii|>he; on y ieste ' toute la journée. C'est à Salemi que le général se nomme dictateur au nom du roi Victor-£imnaûuel; nous avons cité le ^eret ^«

Turr, de son côté, profite de ce jour de repos pour faire un décret sur rorganisatioa de l'armée, idteeÉ qf» tigne OaribaldL ' Us pea en «vaut de Salenii^ m momenl oCi le gé^

. néral faisait boire son cheval à une fontaine, un moine de Tordre de saint François véïofmé^ à la igOBe Hilellisento, à Pœil vif, ans elie?en; courts et

iîrépus, se fait jour et arrive jusqu'à lui.

Ce moine était au couvent de Sainte-Marie 6m Anges de fialemi et doiaiaitdm legonade philosophie ; il exprime à la fois au général sa joie de le Wûir et son étonnement de le voir si simple*

Mtt, ftambent à genoux :

.«^lien iUeu 1 s'éene-t-il, je tè remew i e de'mV voir jEait vivre dans les temps oii devait venir le jMHsîe 4e la liberté; à partir de ee moment, je jure, s*il est besobit de me fàire tuer pour lai et

pour la Sicile.

Turr voit à Tinstant nxôme tout le parti qu'on peut

tirer» ao jmlien d'une population superstitieuse 1. Y. page se.

' comme la population sicilienne, d'un prêtre jeune»

éloquent et patriote.

— Voulez-vous venir avec nous? lui demande-t-il.

— C'est mon seul désir, répond le moine,

— Alors, venez, dit Garibaldi en poussant un soupir; vons serez notre Ugo Bassi

Et il lui donne la proclamation suivante, que d'avance il avait foit imprimer :

AUX BONS PBETEES

« Le clergé fait aujourd'Uui cause commune avec nos ennemis; il solde des soldats étrangers pour

combattre les Italiens. Quoi qu'il arrive, quelque chose que le sort décide de l'Italie, il sera maudit pàr toutes les générations !

î> Ce qui console cependant, ce qui permet de croire que la vraie religion du Christ n'est pas perdue, c'est de voir, en Sicile, des prêtres marcher à la tête du peuple contre ses oppresseurs.

)) Les Ugo Bassi, les Verita, les Gusmaroli, les Blanchi ne sont pas tous morts, et, le jour oà sera suivi l'exemple de ces martyrs, de ces champions de la cause nationale, l'étranger aura cessé de fouler notre terre, il aura cessé d'être le maître de nos fils, de nos femmes, de nos biens et de nous-mêmes.

)) G. Garibaldi. »

— * Cette proclamation n'est pas pour moi, dit le

moine après l'avoir lue; car je suis converti d'avance; mais je la donnerai à ceux dont la foi a besoin d'être soutenue.

Au dîner, qui eut lieu chez le marquis de Torre- Alta, où logeait Tétat-major, le général fit placer frère Jean à sa droite. •

Tous les officiers de Garibaldi n'étaient point d'une orthodoxie sans reproche; ou plaisanta quelque peu frère Jean.

Un officier lui dit :

— - Puisque vous voilà notre chapelain, frère Jean, fl vous faut jeter le froc aux orties et prendre le mousquet

Mais frère Jean secoua la tête.

— Il n'est pas besoin, dit-il ;je combattrai avec la parole et avec la croix; celui qui porte le christ sur la poitrine ne doit pas porter le fusil sur l'épaule.

Dès lors, Garibaldi vit qu'il avait affaire à un homme intelligent; il lit un signe, et les plaisanteries cessèrent. \

Après le dîner, frère Jean partit pour Castel-Veterano, son bourg natal ; il en revint le lendemain avec cent cinquante paysans armés de fusils*

J'ai déjà dit que ces paysans se nommaient des picciotti.

Le 15 au matin, de bonne heure, on se remet en marche pour Calatafimi.

En arrivant à Vita, c'est-à-dire à trois milles en avant de Calataûrai, on trouve, au sortir d'une espèce de défilé» de magnifiques positions devant soi. «

On ne doute pas que les Napolitains ne soient là campés quelque part, ayant jugé inutile d'aller plus loin.

Le général ordonne à la troupe de faire halte ; il

€6 l^S GARIBALDIENS

. pr^nâ aTisc lui Tur? et 4eax offipi^rs, le m^or Tue-

){;ery et le capitaine Misori, et gra?U me iQpntagac à droite de la route.

Arrivé au sommets il reconnaît que ses prévisions 4t^ient fondées : on estenface de l'armée napolitaine.

Le gros de cette armée est à Calatafimi même et occupe la ville, située sur le versant /l'i^^jaon-

Les avant-postes sont à un xûilte ep av^Uit de

Calatafimi.

À peine les Napolitains ont*-ils, de leur côté, reconnu qiie les légionnaires sont h Vita; à peine ont-ils vu que, du haut de la montagne, un groupe d'ûlTiciers les observe, qu'ils commencent à sortir de la viUe, à faire leur descente dans la vallée et à gravir ensuite trois scamelons à gaud^ et un &

droite, d'où ils commandent le chemin.

Alors le général redescend et ordonne les dispositions suivantes :

Turr prendra les carabiniers génois, excellents tireurs, armés de carabines suisses, et parmi lesquels servent comme volontaires des jeunes, geus fiches à nîillions.

Derrière Turr marcheront, à droite, la T çQWpagnio, à gauche la 8%

Enfin, pour les sou^mr, viendront la 6* et la compagnie avec les piccibtti de Santa-Anna et de Cappolo, qui ont rejoint les volontaires à Saleçni, wqiiatre cent cinquante hommes, à peu près.

A gauche, sur la route, on mettra en batterie les deux seules pièces de canon en état de service; les dewx autres n'ont pas d'aHùt.

Cest dans cette disposition que Ton attend l'en- • nemiy lequel commence à se former en tirailleiufi et «'«vwce en f«Mnnf. gwtad htmU cbeqoe offiaier ne disanf pas» mais criant k tue-iète mfowttii^

déments.

.jQa quA voyant le générait et pensant^ lUx minutes s'éconleront bien eneoie avant <in'an aoU à

portée de fusil, il ordonne à tout le monde de s'as^ seoir à son rang en disant :

1^ fieposonMuma» tnm avons Jbien to timt^A^ nous btigmr.

Et il donne Texemple en s'asseyant entre les carabiniers génois et les deux comfNSgoies destinéeaà lea seotcMûr»

Lorsque les Napolitains ne sont plus qu'à deux portées de fusil, le générai ordonne aux.claifons dn se lever et de sonner sa diane &vûfîte«

Aw pramiera sons de h trompette, les tinuttapra

napolitains s'arrclent; quelques-uns font trois on quatre pas en arrière*

En ne moment, sm la eonmiet d'n&AontMriat h

droite des .volontaires, à ganehe des rofanx, apparaît une forte colonne napolitaine qui met en bâtl^*

rie deux, pièces de eanon.

- Las Ki^politeias r^rannentlenr oiaveba ofiiMmt interrompue qn instant par les sons de la trompette*

A portée de fusil, ils commencent à faire feu. Im volontaires essuient le premier feu assis et sans bouger; seulement, à ce premier feç^ ime

partie des picciotti disparaît. > Cent cinquante, à peu près, tiennent forme, re- •

tenna âanta<*AAaa et Gappolo» ieura elieii» et

dettz franciscains qui, armés chacun d'un fusil, combattent dans leurs rangs.

Alors le général pense qu'il est temps de com* mencer; il se lève et crie :

— Allons j enfants, à la baïonnette I

Aussitôt Tordre donné, Turr se jette en avant, conduisant la première ligne.

Nino Bixio, avec deux compagnies, opère le môme mouvement.

Un instant après, le général remplace Turr et l'envoie porter l'ordre d'une attaque générale.

Hais l'ordre était devenu inutile, le combat s'était engagé de lui-même.

Les Napolitains se repliaient, la baïonnette des légionnaires sur la poitrine ; mais, immédiatement ils se rallient dans une position meilleure que celle qu'ils viennent de quitter.

Alors, au milieu du combat général, s'exécutent d'admirables charges particulières.

Tout otBcier qui rallie cent hommes, soixante hommes, cinquante hommes, charge à leur tête.

Ces charges sont conduites par Garibaldi, par Turr, par Bixio, par^Schiafini. •

A chaque charge, les Napolitains tiennent bon, font feu, rechargent leurs fusils, font feu de nouveau, jusqu'à ce qu'ils voient briller à dix pas d'eux les baïonnettes des légionnaires, d'autant plus ter- ' ribles qu'elles semblent emmanchées à des canons muets.

Os reculent alors, mais se reforment aussitôt, toujours dans une position meilleure, sous le feu de leurs canons, qui crachent mitraille et grenades.

Le général, au milieu du feu, domie ses ordres

avec son calme ordinaire; son fils Menotti, qui fait ses premières armes, — celui-là môme qui est né dans le Rio-Grande, et que son père, pendani une retraite de huit jours, a .porté à son eou dans un mouchoir, afin de le pouvoir réchaulfer de son haleine, ~ Menotti prend un guidon tricolore orné de rubans, sur lesquels est écrit le mot liberléj et s'élance en avant des tirailleurs, le revolver d'une main, le guidon de l'autre.

ÀTOigt pas de r^memi, il est atteint d'une balle^ à la main même dont il porte le drapeau.

Le drapeau lui échappe de la main.

Scbiaflni ramasse le pennon, s'élance m Bmat etest tué roide à dix pas du premier ranç napoIi«tain.

Deux autres légionnaires ramassent à leur tour-le drapeau et sont tués tous deux. Les NapoIitains<^

s'en emparent. Le guide Damiani se précipite au milieu d'eux, arrache le drapeau et les rubans, ne laissant aux mains des Napolitains que la hampe nue» Pendant ce temps, l'artillerie des légionnaires a démonté un des canons des royaux; trois étudiants de Pavie et un guide s'élancent sur le camm qui reste et tuent les artilleurs sur la pièce, dont ils s'emparent.

Ordre est a}ors donné à l'artillerie des légionnaires de s'avaneer et de tirer toutes les fois que

les légionnaires ne lui masqueront pas les Napolitains.

Le combat duraitdepuis deux heures, à peu près;

il faisait horriblement chaud; les hommes qui

70 LES GiRIBALDiENS

ayaient toujours chargé n'en pouvaient plus* Au milieu d'une ^arge contre un mamelon plus éABvé^ nls s'arrêtent et se couchent/

— £h bien, dit le général, que faisons-nous donc •Ut? ^

Nous reprenons haleine, disent les légionnaires; soyez tranquille, cela va recommencer et n'en ira que mieux.

Garibaldi seul r^te debout, au milieu de ses hommes couchés ; sans doute les Napolitains Pont reconnu, car tout leur feu se concentre sur lui.

Quelques légionnaires se relèvent et veulent faire à leur général un rempart de leur corps.

— Allons donc, dit Garibaldi en les écartant, je ne trouverai jamais meilleure compagnie ni plus beau jour popr mourir.

Enfin, après avoir soufflé un instant, chacun se relève et charge avec un nouvel acharnement. Sirlori a son cheval tué sous lui et est blessé légèrednent à la jambe; 'il continue de s'avancer. Les royaux sont délogés de ce mamelon comme des autres.

Deux restent encore à prendre.

A moi, les étudiants de Panel s'écrie Torr.

Une cinquantaine de jeunes gens se présentent.

— Mais, colonel, vous dites toujours que c'est le dernier ! liii répoudeni-ils exténués.

£t ils le suivent, tout exténués qu'ils sont.

Les Napolitains, débusqués de toutes leurs positions, enlevées à la baïonnette les unes après les autres, abandoiiMnt mSu h ehMiip de bataille et se retiient à Calatafimi.

C9ni<flie légionnaire reste où il est et se ci.)uehe; on croirait l'armée de GarUbakU eaiièremeat dé* traite.

HIe «a repose de sa victoire, victoire terriblement achetée, comme le constate cet ordre du jour du générai, la le soir mâme sur la champ A% bt^

« Soldats de la liberté italienne !

» Avec des compagnons tels que vous, je puis tout tenter'; je vous l'ai prouvé en vous iiK ltant ta face d*un ennemi quatre lois plus iort que vous et maître de poaitiona incaipogiiablas pour tons autes ^6 vous*

» Je comptais sur vos baïonnettes, et je vois quo je ne m'étais pas trompé 1

» Bd déplorant cette dure nécessité de combattre

des soldats italiens, confessons que nous avons trouvé chez eux une résislauçc digne d'une cause œeilleme, et réjouisaons-nous-en, car c'est une prouTB de ce que nous pourrons fliire lorsque nous serons tous réunis sous le glorieux drapeau de^la • rédemption*

» Demain, te continent itnKen préparera la fête de votre victoire, victoire remportée par ses euiiints libres et par les preux Siciliens.

« » Vos mères et vos fiancées sont déjà Ûères de . vous; demain, elles en seront or^^neilleuses, etelles marcheront leur chemin la Xéte haute et le Iront ladieiuu

» Le combat coûte la vie de bien des frères aiméSy mais morts au premier rang; les noms de

ces martyrs de la cause italienne seront recueillis et écrits sur les tables d'airain de l'histoire.

» Ces noms, je les signalerai à la reconnaissance du pays, ainsi que ceux de ces vaillants qui ont conduit au combat nos jeunes et inexpérimentés soldats» et quiy demain, condairont de pouveau, sur de plus illustres champs de bataille, ces hommes qui doivent rompre les derniers anneaux de la chaîne de notre Italie bien-aimée.

1»G. GAEiiBALDI.»

Et, en effet, les Napolitains s'étaient si bien battus, qu'à la défense de ce mamelon à la moitié duquel les assaillants avaient été obligés de s'arrêter, les Napolitains, après avoir usé leurs cartouches, avaient combattu à coups de pierre; Garibaldi reçut une de ces pierres, qui faillit lui luxer l'épaule,

La bataille gagnéCi la position était telle, que Ton pouvait, par un dernier effort, couper la retraite aux Napolitains.

Mais on ne put faire un pas de plus; Tarmée était fort éprouvée. Les guides seuls, que commandait Misori, blessé d'un coup de mitraille à l'œil, avaient eu, sur dix-huit hommes, uu tué et cinq blessés.

On avait eu, en tout, cent dix hommes tués ou

blessés, parmi lesquels seize officiers.

Pendant la nuit, les royaux quittèrent Calataûmi, où les soldats de- Tllalie entrèrent à la pointe du jour.

On trouva, depuis, cette lettre, écrite par le général Landi au prince de Castelcieala, dont j'cccupei à rbeure qu'il est, rappartement au palais royaL

TaiS-UKGENT

il Son Excellence le vrince ae CastelciccUa,

• Calatafimi » 1» mai ISfiO.

» Très-ezcellcnt prince!

)» Secours, prompt secours! La bande année, qui a quitté Salerai ce matin, a enveloppé toutes les collines du sud au sud*est de Caiataûmi.

» La moitié de ma colonne avancée a été disposée en tirailleurs et a attaqué les rebelles; le feu a été bien soutenu; mais les masses des rebelles, unies avec les troupes siciliennesi étaient en nombre im« mense.

» Les nôtres ont tué le grand commandant des Italiens et pris leur bannière, que nous conservons; malheureusement, une pièce de notre aviiUerie, tombée de mulet, est restée entre les mains des rebelles, et cela me brise le cœur.

» Notre colonne a été obligée de battre un peu en retraite et de prendre son poste à CalataAmi, où je me trouve en ce moment sur la défensive.

». Comme les rebelles, en très-grand nombre, font mine de vouloir nous attaquer, je supplia Votre Excellence de m'envoyer sans relàrâ un puissant

renfort d'infanterie, loul au moins une demibatterie» les masses des rebelles étant énormes et obstinées au combat.

» Je crains ,d'6tre assailli dans les positions que j'occupe; je m'y défendrai autant qu'il me sera possible; mais, si un prompt secours ne m'arrive, je déclare ne pas savoir comment Taffaire tournera.

» Les munitions de rartillerie sont presque consommées; celles de l'infanterie sont considérable* ment diminuées ; si bien que notre position est des plus critiques, et que la nécessité des moyens de défense et le manque de ces moyens me mettent dans la plus grande ccnsternation*

» J'ai soixante-deux blessés; je ne puis vous donner un compte exact de mes morts, vous écritaut immédiatement après notre retraite» Dans un autre rapport, je donnerai t Votre Excellence des détails plus précis.

n £n somme, j'avertis Votre Excellence que» si les circonstances m'y contraignent, je devrai, pour ne "pas compromettre mes colonnes, me retirer dans

un lieu élevé.

» Je me hâte de soumettre tout cela à Votre £x* 'céllence, afin qu'elle sache que ma colonne est entourée d'ennemis considérables, lesquels se sont emparés des moulins et ont pris la farine préparée pour les troupes.

1» Que Votre Excellence ne conserve pas de doute

sur la façon dont notre pièce a été perdue : je répète

à Votre Excellence que cette pièce de canon était

sur le dos d'un mulet qui fut tué au moment de

tfôtre rétraite. Il a donc été impossible de 4a re** tncaeiuq au hiBJ'Ji 'ini>yi ju//-».*..

LgS GAUIBlLDI£iNS 75

prendre. J'achève, en vous affirmant que toute la

colonne a combattu sous le feu le plus \if, de dix heures à cinq heures après midi, moment auquel a commencé notre, retraite.

» L£ générai œmtnandantf

» Landi. »

Au bas de celte lettre, Turr, dans les mains du« quel elle était tombée, écrivit :

« Le canon fut pris au moment où il JEaisaitfeu et • étant sur ses roues; preuve que le mulet ne itit pas • tué, c'est qu'au contraire, les deux mulets appartenant au canon tombèrent entre nos mains.

» Le grand commandant ne fut pas tué, heureu* sement pour lltalie. Quant au drapeau, ce n^était pas celui du bataillon, c'était un simple guidon de fantaisie que le brave Schiafini avait apporté avec lui à la colonne, dans les rangs de laquelle il est tombé frappé de deux balles.

» Le général Landi peut-il montrer dans les anjiâles de la guerre un porte^bannière semblable?

1» Il fiiut lire son rapport pour savoir de lui-même comment il fut secoué par ces hommes vêtus en paysans, mais qui combattent avec toute leur âme pour la liberté de la patrie. »

LA BÉNÉDlCTlOrt DE l' EXCOU M L NIÉ

Païenne» fdjaio*

On donna, à Calatafimi, un jour de repos aux hommes, et un jour de travail aux choses les plus orgentes.

Pendant la soirée de la yeille, frère Jean avait

rejoint avec ses cent cinquante volontaires.

Le lendemain, on arriva de bonne heure àÂlcamo.

En approchant d'Alcamo, frère Jean, qui marchait à cheval près du général, se pencha à son oreille et

lui dit :

— Général, n'ouhliez pas que vous êtes excommunié.

— Je ne Toublie pas, mon firère, répondit le gé*

néral; mais que voulez-vous que j*y fasse?

— Voici se que je voudrais que vous y fissiez, mon général : nous vivons au milieu d'une population religieuse, plus que religieuse, superstitieuse; eh Lien, je voudrais qu'en passant devant l'église d'Alcamo, vous y entrassiez pour recevoir la bénédiction.

Garibaldi réfléchit un instant; puis, faisant un signe aiiirmatif :

C'est bien, dil-il, je ferai selon votre désir*

Tout joyeux de cette concession, qu'il croyait deToir être plus disputée, frère Jean mit son cheval au galop, prit les devants, s'arrêta k réglise, prépara un prie-Dieu avec un coussin pour l'agenouillement ' du général, revêtit une étole, et attendit.

Mais, soit oubli de la promesse qu'il avait faite, soit désir de Tesquiver, Garibaldi passa devant Téglise sans y entrer.

Frère Jean s'aperçut de cette fugue ; ce n'était point son affaire. Tout moine, depuis l'évéque de Reims baptisant Clovis jusqu'au frère Jean bénissant Garibaldi, tient à mettre, non pas Dieu, mais le prêtre, au-dessus du général, du chef ou du roi.

II courut avec son étole après Garibaldi, le rejoignit et le saisit par le bras, en disant :

— Qu'est-ce que cela? £st-ce ainsi que vous tenez votre promesse?

Garibaldi sourit.

— Vous avez raison, frère Jean, dit-il; c'est moi qui ai t<Mrt, et je suis prêt à faire amende honorable.

— Venez donc, alors.

— Je viens, frère Jean.

Et l'homme terrible qui, disent les journaux napolitains, a reçu du démon la puissance de jeter le feu par les yeux et par la bouche, non-seulement se laissa, comme un enfant, conduire par le prêtre, mais encore, pris, comme un poète qu'il est, par le sentiment religieux, que l'on ne repousse jamais entièrement, er face de tous, en face de la population, en face des naysans, en face de son armée, il se laissa tomber à genoux sur les marches extérieures de l'église.

C'était plus qu'il n'avait promis au frère Jean; Aussi celui-ci, voyant le beau côté que lui laissai GaribaUU^ s-élança-tril. dans Tégiise avec cetta Tlva-^ cité italienne que ne tempère pas môme chez le prêtre rhabit sacerdotal qu'il porie;puiS| s'emparaoL dttisaiolrsacrement» il ravintien disant:

<-*Voyas tous! Yoièi la victorieux qui s'iAdioAdevant Celui qui donne la victoire.

£t, lier de ce nouveau triomphe dela religiûniSur les armes, il bénit Garibaldiiau nota da Dieu», del'Italie et de la liberté*

On s'arrêta à Alcamo.

Ce fut là qu'arrivèrent à ces légionnaires — • donti un fut fusillé pour avoir pris, pendant la campagne de Rome, trente sous à une femme — la nouvelle des cruautés commises par les Napolitains en retraite; à Partanico, ils avaient pillé le bourg tout entier, eiii avaient brûlé la moitié, avaient tué des fumnfis,' foulé aux pieds et écrasé des enfants.

Au reste, tout ce brigandage produisit, un effet contraire à celui qu'en attendaient ceux qui. s'y livraient : au lieu d'intimider, il exaspéra la popu* lation ; les hommes qui n'avaient pas eniîûxe gris les armes sautèrent sur leurs- fusils.

Poursuivis par les paysans, fusillés da dernàra lea-. - haies, de derrière les arbres, de derrière les rochers,, les royaux sèment de morts la.route et abandonnant partout des bagages et des prisonniers.

Lorsque l'armée libératrice arriva àPartanico^œ ne fut plus de la joie, ce ne fut plus de l'enlbou* ^ift»"^A, cè fut du délire.

On resta à Partanico le temps de faire repcMMa^ im^

instant les hommes; pendant que les hommes se reposaictnt, leur chef, sur lequel la fajUgue semblait n'avoir pas de prise, — ce même grand œmmandâfU

des ItaiieiiSy tué par le bulletin du général Landi, — marchait en avant âTieoTurr^ sans autre escorte que. deux officiers d'état-major, rencontrait de petit»

groupes de picciotti, les formait en avant-garde, et leur faisait pousser mie reconoai^^sauce vers l'en^ neoû.

ÀTeo eetfe avanf^-garde, le général arriva jusqu?à Renna, où il établit son camp à droite et à gauche de la roule, étendant ae& avant*postes jusqulà PidppO) d'où ToQ . découvre Mootreale et une partie de Palerme.

C'était le4ô mai.

Le* 49} on reste à Picijn)o; le 20, on- pousse les avant^postes jusqu'à un mille de Montreale.

' San-Martiuo et ses montagnes sont occupés par les picciotti.

Le 20 au soir^.la colonne se porte sur Misero* Caaone. Le 3( au matin, tandis que le général et son état-major sont aux extrêmes avant- postes formés par les picciotti, iesrojrau£iontune marche oifenam; les picciotti battent i en retraite et .se replient sur Misero-Canone,

Alors Garihaldi prend position, avec les caj[iahinier» génois et un bataillon de bersagUeri.

Le» royaux s'aivancent jusqu'à un tir ettdemi de . carabine; encore hors déportée, ils commencent leuTt feu; les bersagUeri et les carabiniers. génois i«ÉiseDi de leur répondre; ce que vofanUas royaux» ils se retirent triomphalement.

Un DuUetin annonce que l'armée Dapoiitaine a rencontré les rebelles, qui n'ont point osé engager le combat!

Le général fait alors sonner sa diane favorite, au son de laquelle il reprend ses avant-postes sans obstacle aucun.

Dans l'après-midi, le général s'avance, avec le colonel Turr et deux ou trois officiers , sur la route de Montreale; là, il reconnaît que, s'il s'obstine à pénétrer j usqu'à Palcrme par ce chemin, il lui faudra sacrifier deux qu trois cents hommes. *

Il arrête alors dans son esprit un plan qui, pouf tout autre que lui, eût été insensé : c'est de passer par Parco au lieu de passer par Montreale.

Pour réaliser ce plan, il fallait, sans le secours d'aucune route, gravir et suivre des sommets où chasseur ni montagnard n'avaient jamais mis le pied, faire passer des hommes et des canons dans le domaine des chèvres et des nuages, exécuter ènfin une chose bien autrement difficile qu'au Saint-Bernard, puisque le Saint-Bernard est une route et qu'on avait, au Saint-Bernard, et le temps et les moyens d'exécuter le passage.

La nuit venue, on se mit en route ; les hommes * s'attelèrent aux canons, marchant un à un, quel» quefois à quatre pattes, par une nuit noire, pluvieuse, avec des précipices à droite et à gauche.

La victoire de Galatafimi était ou prodige, le passage de Parco fut un miracle.

Pour tromper les Napolitains, on avilit laissé le feu des bivacs allumé ; les picciotti étaient chai^ d'entretenir ces feux.

LKS GÀEIBALDIKHS 81

L'armée avait fait une marche de huit heures et avait traversé la crête de trois montagnes, qae iaa Napolitains croyaient encore l'avoir devant eux.

Le passage s'opéra sans qu'on perdît un homme, un fusily^ne cartouche. Vers le jour, l'avant-garde arrivait ai village de Parco ; à trcishenrea da mât|n, toute l'armée y était réunie.

Le premier soin de Garibaldi fut de penser à ses liommes» de s'occuper de les réchaiiifar et de les nourrir; puis il pensa à lui-même.

Le maire du village de Parco lui prêta un pantalon et en donna un autre à Turr; après quoi, le général et soii lieutenant remontèrent à cheval et partirent pour explorer les environs,

lis prennent la route de Parco à Piano, route tracée en zigzag et qui passe au-dessus du village; on arrive à un calvaire, qui est transformé à l'instant même en batterie de canon; deux autres mamelons sont disposés comme points de déténse»

T6us ces ouvrages Airent achevés dans la journée par des hommes qui avaient marché toute la nuit; puis les troupes bivaquèrent, partie autour des our vfages qu'on gênait d'êxécuter» partie dans les villages. ^

Cela se passait pendant la journée et la nuit du 22. Le lendematUi au point du jour, le général et Tàrr gravirent la montagne de Pino*dd*Fica.

Après une ascension très-fatigante, ils arrivèrent au sommet. Là» tout à coup, un picciotto parait et leur erie :

— Qui rive?

C'étaient des paysans des environs qui n'avaient

L£S GAAlBAXDiEJHS

jamais vu le général et qui gardaient la position.

Tmr et Garibaldi 8e> fbnt reconnaître, à la grande jotede» iricciotfi.

Du haut de la montagne de Pizzo-del-Fico, le général et Turr peuvent voir tout Palerme et distinguer les troupes campée» dansi les plaine» d'aim*tour et sur la place du château. L'œil exercé de Garibaldi lui ût porter le chiffre de ces tro^pe»à quinze mille homme» au- moines

]1< avait septr centotnquaiile*llQmm^ snrlëaqMla il pouvait compter!

Ën outre, et en reportant? ses yeux dti côté de Montreale, il pouvait y voir un- corps dë: ttoim k quart» mille homnm qui commençaientèee «élire en mouvement.

Deux compagnnis prenaient le senties quitmonl»

Gastelluoeio ; un*bateillmi, deux pièees de ctMit et quelques cavaliers^ suivaient la jcoute qui màne Miseso^Canone.

Apràs «»maiidie>de*deaai mtttess les Napolil&im firent une balte.

Le soir, il y eut une rencontre entre les NapoU** tains et les picciotti, rencontre dans laquelle ceu3M»^ ci déAndireat asse^ bien leura positions^

La^ mdti se passa k tirailler eatre^ lôiNapoIitaîbs et les picciotti.

Le lendemain,, au point du jour, le général se pada.soiï le nmm^n autour diiqml .serpesta^bit route de Piano à Parco.

En reportant de nouveau ses yeux siu: les ^*apolitamiy U- vit que les troopea^ sotties, la. idila 4e

Hontreale s'avanQaieni et maiMMaietti d'emlopper

son aile gauche.

En môme temps, on voyait.se. mouvoir \GX&:J^axm les troûpes de Paleroie^ %

Iie>9teénd d«fîiie lettr. inteBtîoii et ordMM à Turr de tirer l'artillerie de ses positions^ d'envoyer les cafatriniers géûois sur l'aile gauche^ de les faire aooteiHr pttr les piœîotti» et, de léuuir tout let reste des corps.

Puis, sans perdre de temps, et tandis que Turr obéiU Qaiihaldi se met ee mercbe^ avee. quelques guid«8.et qnelqiMftaîde» da^camp, swkurante'dA

Piano.

Alors on commence à eaieadre des coups de fusil d« Paulre côté de lA.moiit^;ae où éiaientiles caiabiniers; attaqués par un nombre triple du leHr^

ils se défendent héroïquement; mais, abandonnés par les picciotti, que Ton voyait traverser la route en tvymi^ les cafabinierafureiitiQKQés deee retirer au sommet des montagnes.

Voyant cela, et ne recevant pas d'ordre du général, Turr envoie la 8^ et la 9* eompaguie rejoindre les- carabiniers; ne pouvant suivre- la môme rouleàTartillerie, il garde deux compagnies pour la défendre et la met en batterie sur. la^ rouie^

De cette manière^ l'artillerie et.Ies«deui.Qttnipftr gnies. forment raile droita-de la nouvelle poiitiM.

A deux heures après midi, le général arrive à Piano en suivant tovyours le sommet des monta* gnes, laisse' reposeRses hommes^ et, leeoirv appaltê pour la première fois en conseil les colonels Turr, Sirtori et Orsinii aiosiqueie ^crétaire dIÉlat.Crispié

— Vous voyez, leur dit le général, que notre corps est obligé de marcher par des chemins impoMHbleSy éternellemenl menacé sor ses ilaacs par des ennemis dix fois pins nmnbreax que nous ne sommes. II est donc nécessaire d'écarter de nous le plus grand^nombre de Napolitains possible. £a envoyant les canons à Garleone, peut-être, détenant dupe de ce mouvement, Tennemi se divisera-t-il et rendra-t-il ainsi plus facile notre marche sur Palerme.

La proposition dn général adoptée, Orsini fttt

envoyé avec l'artillerie, les bagages et cinquante hommes d'escorte, sur la roule de Garleone.

Pendant un deminauUe, distanee qu'il fallait parcourir avant d'arriver au sentier que le général voulait prendre, toute la petite armée se mit à la suite de rartiiierie.

On arriva au sentier, qui s'enfonce à gauche de la route vers Marineo; on le prit et l'on se sépara de rartilleriet laquelle continua son chemin vers Garleone.

La nuit était belle, la lune brillait, le ciel était

brodé de diamants; Turr, comme toujours, marchait près du général, lorsque celui-ci, soulevant son chapeau, et le visage encore plus souriant que de coutume, lui dit :

— Mon cher ami, chacun a ses bizarreries, et je n'en suis pas plus exempt qu'un autre. Bans mon enfimce, entendant dire que tout homme avait son étoile, j'ai cherché et cru reconnaître celle qui préside à ma destinée. Regardez; tenez, voyez-vous la grande Ourse? Eh bien, un peu à gauche de la

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LES GARlBALDlËiSS 8)

grande Ourse, entre ces trois étailes, la plus htiU lante est la mieuiie; elle a nom Arthur dans Talphabet du ciel* »

Et ii demeura pensif et les yeoz fixés sur elle.

Turr regarda et vit Tétoile; elle était splendide.

— En ce eas, ri cette étoile est la vfttre, général, répondit-il, elle nous sourit; nous entrenAisà Pa-

lerme.

Et cependant rien ne donnait à croire, dans la position de la petite armée, que la prédiction dé Turr se réaliserait. Un corps nombreux de Napolitains venait de se mettre en marche vers la Pianadei-Greci, tandis que dix-huit mille hommes et quarante pièces de canon restaient à Pâlerme pour la défendre.

Vers minuit, on entra dans une forât où Ton bi- Taqua.

Le matin, à quatre heures vingt-cinq minutes, on se remit en marche vers Marineo, où Ton arriva vers sept heures.

On demeura i Marineo toute la journée

Le soir, on prit la route de Misilmeri, où Ton arriva à dix heures.

Turr et le colonel Carini avaient pris les devants pour faire préparer le logement de la troupe.

La nuit ^^'écoula sans incident.

On avait trouvé à Misilmeri quelques membres du comité de la liberté sicilienne de Palerme, et La Bbsa avet^ deux ou trois mille picciotti.

Le général informa alors les membres du comité de Palerme que son intention était d'attaquer la

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sa L£S GARIBALDIENS

ifille le 27 m maiio, de tràs-boime heure, par la

porte de Termini.

Turr, sachaat que son compatriote, le colonel Ëber, conéspondant. da J»itief, se trouvait à Palarme, pria ce» mesaieore de Pavertir de son approche, afin qu'il vînt à Misilmeri et fût de la fâte de rentrée; de cette façon,, il pourrait rendt^e au limÊ^ un coiupte esact de la. pri^ de Palerme.

lAïUuitse passai sans que ron fermât l'œil.

La* malin, à quatre heum, le général monta à eheval; et, auifi de TOrr, de Bixîo^ de Misori et de

quelques aides de camp, alla visiter le camp de Masa, qui était situé à Gibilrosa.

Là, le général passa «i. revue les picdoUi, puis gravit la montagne pour voir Paierie.

Le môme jour, oa.cwpa .eutce Gihilrosa et Misilmeri.

Vers le seîr, on sa rassemlila sur, le plateau: de *

Gibilrosa dans i'ordre suivant :

Les guides, conduits par le capitaine Misori,. et trois hommes par compagnie des chasseurs.des Alpes, en tout trente-deux hommes, formaient l'avant-garde sous le commandement du Lrave^coionjel ïuekery.

Derrière eux venaient les picciotti*.

Puis le bataillon Bixio.

Cuiâ^ le général avec son état^major, suivi du bataiUon«de Carîni.

Enfin un seeond corps de pieciottt et le commis*'

gariat devaient fermer la marche.

fiatotttiJBfptcentÀÛnquaate hommes dechasseuis

des Alpes et deux ou mille piccioUL, coatre dûrbnii nûll^NapoIitaîQ^.

VU

Htn^j mit pas do cbesiia: pour marcher Pa-

lecme. On se laissa rouler dans un ravin par lequel on. atteignit la vallée qui. débouche sur la gtmûQ route de Palerme. Il était onze-heu]m.da soir».

Arrivée à, la. gmd -route, TaTant* garde fit halte et se retourna : les picciotti qui devaient l'appuyer avaient disparu; elle s'arrêta pour rallier lacolonne.

Une alarme sm^lamontagpet tou^e fausse quIeUe était, avait suffll pour faire fuir les picciotti.

Il fallut deux heures, à peu près, pour reformer la colonne, réduite alors à treize ou quatorze ceotS: hommes seulement».

Il était une heure et demie du matin, ou se Ir.on^ vaitià.tJûi&milleâ.dela.ville,. .

Onae mefcenmarohe en colonnes-serrées jiisfu'au avantrposte» napolitains; à trois heures et^.demia#. on les rencontre; ils lâchent trois coups de fusil et battent en retraite dans une maison pleine des leurs,.

des trois, eaups: de fusil suffisent à^disfierser les^ deuxtiei*s des^ficciotti gui restent.

L*aTaii(-garde, composée de trente-denxliommes»

comme nous l'avons dit, pousse alors jusqu'au pont de rAmiragliOi pont jeté sur un torrent desséché; elle trouve4e pont défenda par trois ou quatre cents hommes, et les attaque vigoureusement en s'emi)usquant aux deux côtés du pont et derrière les arbres qui côtoient la route.

Un combat corps à corps s'engage; telleniMit corps à corps, que, de son revolver chargé de six balles, un capitaine légionnaire nommé Piva oiet hors de combat quatre Napolitains. Misori appelle à son secours le colonel Bixio.

Bixio arrive au pas de course avec le 1" bataillon ; à laTue des pieciotti en d^ute, ïurr lance le S* bataillon. La porition du pont de rAminiglio est enlevée à la baïonnette.

Les Napolitains se débandent et fuient à droite; . mais, en môme temps, on est attaqué sur la gauche par une forte colonne.

lurr envoie une trentaine d'hommes pour arrêter cette colonne, et le reste des légionnaires continue de s'avancer au pas de course, la baïonnette en avant.

Les Napolitains se replient sur la route de San-Antonio;cetteroute, bordée de maisons, coupe encroix la route de Termini, que suivaient les légionnaires dans leur retraite; les royaux placent deux canons sur la routé même et la balayent avec la mitraille.

En ce moment, le général arrive, précédé du colonel Turr et accompagné du colonel £ber; c'est à ce moment aussi que le colonel Tuckery, atteint paruneiialle« tombe mortellement bleesé.

La colonne s'arrête quelques secondes à dix pas de la route transversale ; le guide Nulle la traverse le premier, portant un drapeau aux couleurs de rindépendance; il est immédiatement suivi par Damianii Bozzi, l^anci, Tranquilliai etZazio.

Peu à peu toute la colonne traverse la route sous les yeux du général, d'autant plus exposé au feu qu'il se tient à. cheval, poussant ses hommes en avant.

Ceux qui, les premiers, ont traversé la route, s'é» parpillent avec deux cents hommes dans les rues voisines de la porte de Termini. Nullo, Damîani, Manci, Bozzi, Tranquiilini et Zazio pénétrent jusqu'à la Fiera-Vecchia,' c'est-à-dire à trois cents pas de la porte de Termini.

Pendant tout ce temps, les légionnaires trouvent les maisons fermées et les rues désertes; c'est à la Fiera^Yecchia, lorsque le général y arrive au milieu du feu, qu'il rencontre huit ou dix membres du comité de Palerme.

Ainsi cette poignée d'hommes, deux centsà peine, se répandant sur l'espace d'un kilomètre, avaient repoussé, par un élan inouï, tout ce qui se trouvait devant elle, trois ou quatre mille hommes peutétrel >

Arrivé à la Fiera-»Vecchia, le général ordonne de

faire des barricades. A force d'appeler, on finit par attirer aux fenêtres les habitants; on leur crie : — Jetez les matelas 1

A rinstant même, des matelas pleuvent de toutes les fenêtres ; ils sont entassés en barricades sur les points les plus battus par le canon.

Alors quelquesPaiermitaiiiscommencentàsemon*

it LBS GARlBALDIKIiS

trer dans les rues. On les engage h faire insurger la | wUe; mais on n'en obtienii que oeUd réponae : — PM.d'kiaiesl» i Denri^ le générai cfl oelte pusmièpe poignée d'hommes, le reste des légionnaires était entré dans Palerme. On attaque aussitôt la rue de Tolède et la nm de Maquedft, et* l'on repcmase pdanm^tl , et vers la porte de Maqueda les Napolitains, qui croient avoir aliaire à une force triple de la force léeUet

AnMîtôt, de» bameades sont dreseéee deo» lu

nies avec des voitures.

Leigtoécal. s'établit à la piazza Bologne»

Eo ce moment, de la mer. ^ do obàlen^ la bem»»

La 8* compagnie et les carabiniers génois attaquent la place du Palais-Royal par la rue de ïû* iède^ etdee njeUe^quiabontiasmit^luiai pbM pee les maisons qui donnent dessus.

Des forces supérieures les contraigneat à. se

Le généiid tsaBspoffta aoiDqiaiÉier géntod au pa^

kis prétoriali

Une colonne napolitaine s'avance par la rua de Tolède* et pénètse jasfolk eingoente pae, à peu ftèi* de> fat pift» Bologna; quelques pioeiottii avec une vingtaine de légionnaires, s'embusquent ^ derrière une barricade, et arrêtent les Napali- | tame, tendis que Vingt autres liaiiim8S».Iie' tour- Mct par leur droite etiee attaquent en flanc ed en queue.

Les NapoliUûas UMdMut pied et s'eaftiieat.

LES GAlUDALDLËiSS M

Pendant toute la journée, il y a des combats partiels; les plus vifs sont à rAiberghesca.

Le capitaine Carroli, de la 7* compagnie, composée d'étudiants, est blessé grièvement; le soir* 4m compte déjà quelques pertes*

Le second jour, Misori et le capitaine Dezza font usage à TAlberghesca d'une bombe dont Texplosion» . ao milieu d'une barricade oociq>ée par les- Napoli- • trâs, fait, pendant quelques minutes, cesser le

C'est là qu'un dôtacbement de la 7* compagnie» vingt-oinq hommes» contiemient les NafKdiluns

•pendant vingt-quatre heures.

La seconde journée reproduit les merveilles de la pfemiire : oQ s'avanoe Jusqu'&laporte deMaquida, et ronrCovqMB lea oftmmimieation» entre la mwet lé

château.

Pendant ces deux jours^ Sifitori Xaii dû&.prpdiges d'andaoe ei de 8aag-£roid« Le matin du troisième }our,les Napolitains esn^ent

de regagner les points perdus; mais la ville est d^iijà hérissée de barricades en pierre^ et,, sur tous leapointSt ils sont repoussés.

Dans la matinée,, on vient annoncer au général que les picciotti ont enlevé un canon à Montalto.

flaribaldi, ^ se di^e des prouesses des*]|^€eiottii ordonne à Blisori. d'aller vérifier lotfait et da pNoit* dre position; il demandera du>ecourâ si les forces sont insuffisantes.

IGaori, sttivide qnelquee légiomiairee^ ee rond au cornent de l!Aamonziata et tnanive lespiemotU

au^ prises av£^ le/» Napolitains,.

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9t L£S GARIBALDIENS

Ils n'avaient enlevé aucun canon, mais se bat* taient bien, encouragés qu'ils étaient par l'exemple du frèf6 Jean, qui se teoait au milieu du feu, la croix à la main.

Misori prend la direction du mouvement et e*cmpare du couvent de TAunonziata, qui dominait Montalto.

Les Napolitains, malgré un renfort considérable ' qu'ils reçoiventi sont encore repoussés ; les légionnaires et les picciotti sortent du couvent et se retranr chent dans le bastion Montalto.

Misori écrit au général pour démentir la nouvelle de la prise d'un canon; mais il lui annonce que le bastion est pris et lui demande du renfort. , Pendant ce temps, firère Jean s^avance jusqu'à TÎngt pas des Napolitains et leur fait un sermon sur la fraternité.

Un eapitaine répond au sermon du frère Jean en prenant un fusil des mains d'un soldat et ^ fusant feu sur le moine.

La croix du frère Jean- est brisée à six pouces audessus de sa téte^ mais un picciotto fisit feu à son tour sur le capitaine et l'étend roide mort d'une balle dans le front.

Un mouvement en avant s'opère; le picciottoqnia tué le capitaine s'empare de l'épée du mort; frère Jean récbme le ceinturon, l'agrafe autour de son corps et y place le pied de sa croix, en disant :

— Je mets la croix où fut Tépée.

En ce moment, deux compagnies napolitaines sortent du palais royal et atttTquent Montalto. Les picciotti se replient précipitamment; Misori est

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L£5 OARIBALDIBllf §$

îotcé d'abandonner le iiastkm et se relire de nouveau dans le couvent*

Par bonheur, au même instant arrive Sirtori, amenant le secours du général» U place ses trentecinq hommes et anéte le mouvement agressif des Napolitains ; le combat s'engage plus acharné, le couvent est bombardé et battu par le canon; mais les Napolitains sont forcés de se replier.

Le bastion Montalto est repris.

Le colonel Sirtori, comprenant toute Timportance d'une position qui menace le palais royal, fait immédiatement venir une dousaine de caimbiniers génois et une vingtaine de légionnaires, les place derrière une maison d'où leur feu empôcbe les Napolitains de refenir sur le basiion.

Mais, ayant r^çu de nouveaux renforts, ceux-ci font une troisième attaque, amènent deux pièces de canon sur la gaucbe et continuent à lancer des grenades.

Enfin, au bout d'une heure, le feu des carabiniers génois fait taire le canon, et cette fois, les NapoUlains, repoussés, abandonnent la position*

Misori quitte le eouvent et va rendre compte au général des résultats de la journée du c6té du palais royal.

Dans'eette aflUre s'étaient particulièrement dis

tingués : le colonel Sirtori, les capitaines Dezza, Mosto et Misori. Le major Acerbe, surtout, s'était fait ranarquer dans la eoustruetion des barricades sous le feu le plus terrible.

Au moment où le général allait se mettre à table, invitant les officiers présents à en fietire au*

LES GÂRIBÀLDIEIIIS

tant, on vint lui anooAcer que les Napolitains avaient . délogé Santa -Anna de la position qaHl ooon^

pait près de la cathédrale :et s'avançairat sans que

Ton pût les arrêter.

Le génécai se lève de table tfn'4îMit..:

— Allons, mesàmoBf c'est noos itttons te

arrôler.

Alors, à pied, suivi du colonel Tua, de Guzma» roli, son inséparable^ de ses onoieiii etiâUiae'doa- «aine de 'guides, rénntseaitt k tliii font ce «qu'il rencontre de légionnaires, il se porte sur le lieu du conibat'Ct trouve efTectivement les Napolitains malices de Irois barricades et les 'picdotti en désonle.

«On construit immédiatement, sous le feu des Napolitains, une nouvelle barricade; un homme qui était debout à la gancbe du -général est alteintd'un coup de fén à la tète ettoaibe;iIe génétal lete-»

tient, mais il était déjà mort.

Les Napolitains, vigoureusement attaqués, aboo» 'donnent la première barricade, quitest immédiate* ment occupée par les légionnaires.

• £n se retirant, les Napolitains incendient deox maisons ; mais une poignée de'picciillti,«dirig^'par le général en personne, les prennent en flanc et achèvent de les mettre en déroute.

A la 'fin de la troisième journée, oniétait-maitre à peu près de toute la ville.

l^endant ces trois jours et -ces quatre nuits, on ne s'était pas reposé un seul instant, les alarmes avaient été continuelles ; à peine avait-on pu manger; on n'avait pas dormi, on avait toujonrs com« battu.

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