ÉPILOGUE Palais de ChiatainoBe» 15 novembre 1866t
Je donnai à l'instant Tordre de lever l'ancre; mais l'embarquement de nos armes traîna en lon^ gueur, et ce ne fût en réalité qu'à midi que la geêiette se mit en mouvement avec une jolie brise du sudsud-ouest. Celte brise nous porta, en trois quarts d'heure, hors du détroit de Messine, • Une Ibis au large, le vent fraîchit, le ciel se couvrit, le tonnerre gronda. Le capitaine lit prendreun ris, puis deux, puis abattre la misaine.
Toute la nuit, le vent souffla a^ee assez de tîolence pour que la situation ne lut pas tout à i'ait exempte de dangers. Si la tempùte nous avait poussés du côté de Naplcs,ge m'en fusse eonsolé; mais elle nous ballottait dans le triangle formé parla côte de Sicile, la côte de Culabre et Strombuli.
Deux jours, nous restâmes en vue de Strom^boli. Pendant ces deux jours, k peine fimes^nous sis Lillies; dans la nuit du troisième jour depuis notre (Impart, le vent se leva, et, lentement, mille par luille, nous arrivâmes à filer quatre à cinq nœmiis;
Dans la journée du 12, nous apj.rochâme» de Capri il deux encablures à. peinu; mais, là, nous
LES eARIBALDI££iS
fûmes repris par un calme plat qui nous retint entre la grotte d'Arno et le cap Campanella. Je voyais avec désespoir le soir arriver sans un souffle de Tent, lorsque je distinguai, longeant la côte de Sorrente, un bateau à vapeur que notre capitaine reconnut pour être ie Pytheas. Nous lui fîmes des signaux d'appel. Il vint à nous.
Il allait chercher des troupes à Sapri, mais avait, en même temps, reçu Tordre, s'il me rencontrait» de se mettre à ma disposition.
Gho^e bizarre ! c'était un des bateaux -loués par le roi François II à la compagnie Altaras.
Il était commandé par le capitaine Faci.
J'acceptai avec reconnaissance la remorque qu'il était chargé de m'offrir de la part du dictateur. Nous lui jetâmes un câble, il Tattiicha à son arrière, \ doubla de vapeur, nous fit traverser en une heure et demie l'espace qui s'étend de Capri à Naples, nous abandonna au milieu de la flotte franco-anglaise, et, en croisant son adieu contre no^re remercîment, vira de bord, remit le cap .sur Capri et disparut dans l'obscurité»
Il pouvait être neuf heures du soir, à peu près. Nous avions une^ houle violente; nous remîmes à la, voile et allâmes jeter l'ancre tout près du mdie.
Le lendemain, en m'éveillant, je trouvais Muratoriqui m'attendait sur le pont, un télégramme à la main. Garibaidi avait donné Tordre que l'Emma fût signalée dés qu'elle serait en vue, et, la veille au soir, un télégramme conçu en ces termes avait été envoyé au général et transmis parlai à Muratorî :
« Le bateau à vapeur P%iihiea$ vient de Capri,
LES GARIBALDIEI^S
remorquant une goélette française que Ton suppose
être r Emma."»
Muratori nous avait cherchés le môme soir, mais n*avait pu nous trouver.^ Au jour, il s'était remis en quête et avait été plus heureux.
Garibaldi m'attendait aussitôt mon arrivée.
Il va sans dire que don Liborio Romano m'attendait aussi. Nous le primei^ en passant.
Don Liborio était encore dans tout le feu de la tic* toire; il me conduisit tout courant au palais d'Angri.
Nous trouvâmes le général au quatrième étage, dans la mansarde, selon son habitude.
— Ahl te voilà, cria-t-il en m 'apercevant. Dieu merci, tu t'es fait assez attendre I
C'était la première fois que le général me tutoyait. Je me jetai dans ses bras en pleurant de joie.
— Allons, dit le général, il n'y a pas de temps à perdre. Don Liborio, nos fouilles et notre permis de chasse.
On^se rappelle que c'étaient les deux faveurs que j'avais demandées. Seulement, ce que je n'avais pas demandé et ce que le général m'accordait, c'était de diriger les fouilles. Don Liborio fut chargé de faire signer, le lendemain, le décret qui me nommait directeur des musées et des fouilles. * Et maintenant, dit Garibaldi, conduisez Dumas ' à son palais. — Car tu te doutes bien, n'est-ce pas, que j'ai tenu la parole que je t'avais donnée àPaierme? Seulement, je t'ai choisi mieux qu'une chambre au palais royal, d'où il t'aurait fallu déloger un jour ou l'autre. Je t'ai choisi un petit paliiis où tu pourras rester tant que tu voudras.
tu LES Gi^BlBjLLBIBNS
JereBMfqaile générai,
— Et Ton est prévenu an palais? demaadfti-)e.
— ^Oiiî; d'ailleurs, demain, je t'enverrai par GaUah&ofd une autorisation en règle*
Noos nous embiAsaâineaeaam iMloMy la féofr* ïàl et moi ; puis nous nous quittâmes.
Don Liborio eut la complaisance de me conduire et de m'instalier ioî-môme au palais GhiaiaflEiona.
Des cardres ataient été doiuiés à VhMt des Cro^ dibf, pour qu'on fit, deux fois par jour, traverser Ia,me à mon déjeuner et à mon diner, m attendant que je pusse m'instalier eonio^rlabiaiiittiL C'esl m qui a feit croire à certaÎBes personae» que j'étais nourri aux frais de la munici]ntlilé. La municipalité a'a paa eu l'idée de m'oârir cette auaiôiie; je'n'ai pas eu, par eoni^équen t, besiMbade la reloBer. Au bo«i de sept jours, je devais mille francs aux Crocellcs. Je trouvai que c'était asaes comme adsi. Je pajai les mille francs et fis venir mon cuisinier de tEmmm,
On a fait beaucoup de btuil de ces mUie francs dépenses en sept jours. Naplcs me nourrissait, disaient les bonnes âmes; el, moi qui ne bois C[ae de l'eau, je ruinais Naples par mes efgîea l
On alla dire à Garibaldi que je dépensais cîn* quante piastres par jour, et que j'avais vingt personnes en permanence à ma table. Mais Ganbaldi se contenta de répondre de sa voix mélecisanse :
— Si Dumas a vingt personnes à sa table, je suis au moins sûr d'une chose, c'est que ce biml vingt amis à moi.
M. N..., qui avait envie de la fdace de direeteor
des fouilles et musées, et qui probableriieiît i^io-
rait que CB\ie place fài piurement honorifique, lui
adressa une requête contre moi.
Le général me renvoya la requête.
On Tint lui dire que j'avais chassé deux fois à GifO-di-Monte, que j'avais emporté mon fibier dans une charrette, et que j'aiais taut lu^, poules et poussins. 11 répondit :
— Dumas est chasseur... Je suis aûi> d'une chose, c'est qu'il n'a tué que des coqs.
Le leadeioain de mon installation au palais de (SiiatamoRei comme il me l'avait prauM, le général m'envoya ifion baU en règle.
La lettre était conçue en ces termes :
)i M. DunTias est autorisé à occuper, d'ici à un an, le petit palais de Ghiatamone, en sa qualité de di^ secteur des fouilles et musées. G. Gabibaln. »
Cette décision produisit un grand scandale à Napies. Les journaux se récrièrent ; un d'eux me rejirocha de me faire garder comme un roi par la garde nationale. Lorsque Garibaldi me donna, au palais royal de Païenne, rappartemenl du vice-roi Caslelcicala, Palerme applaudit, et ianuniicipaUté, pai^ une décision unanime, mefitcitojvndePalerme.il estvrai que je n'avais absolument rien fait pour Palerme, I étant arrivé à Palerme quand tout était fini; tandis qu'au contraire j'avais risqué ma vie pour Naples.
Dieu n'en garde pas moins Naples I Et puissé-je y faire tout le bien que je rêve, el pour l'accomplisâement duquel je risquerai encore ma vie s'il le laut.
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