LE RÉGIME DES FORTIFICATIONS
Prétentions des états-majors. — Abus à Fumes. — Modifications apportées au système de défense. — Constructions d'écluses. — Empiétements sur des propriétés particulières à Menin et à Ypres. — Les fossés de la place de Tournai convertis en jardins légumiers. — Vexations à l'égard des Chartreux du Mont-Saint-Aubert. — Excès au fort de Knokke. Mauvais entretien des forteresses. — Transformation des remparts deNamur au mépris du droit des propriétaires. — Procédés désagréables des généraux de Schwarzenberg et de Burmania. — Conflit entre les Récollets de Namur et l'État-major au sujet de l'entreposage des vivres de la garnison. — Les états-majors et les plantations de la zone militaire. — Le général de Lely et les arbres des remparts d'Ypres en 1730. — Le comte de Munster à Tournai en 1779.
Le régime des forlificalions est déterminé par rarlicle XIII du traité de la Barrière :
« Les États-Généraux pourront à leurs frais et dépens faire fortifier les susdites villes et places, soit par des nouveaux ouvrages, ou en faisant réparer les vieux, les entretenir, el généralement pourvoir à tout ce qu'ils trouveront nécessaire pour la sûreté et défense desdites villes et places, à la reserve qu'ils ne pourront pas faire construire des nouvelles fortifications sans en avoir donné connaissance préalable au Gouverneur général des Païs- Bas, et avoir entendu son avis et ses considérations là dessus, et sans qu'on pourra les porter à la charge de Sa Majesté Impériale et Catholique ou du Pais qu'avec le consentement de sadite Majesté. »
La manière dont les Hollandais entendent la garde des places fortes aura inévitablement pour effet d'envenimer les désaccords et de provoquer les ressentiments. Tout doit leur être permis sous prétexte d'assurer la défense; leurs exigences sont aussi variées que ruineuses, et ils n'épargnent à la ville
DAiNS LES PAYS-BAS AUTRICHIENS. 197
occupée aucune tracasserie ', tandis qu'ils se soucient assez nnédiocrement d'accomplir leurs obligations.
Bien souvent leurs commandants ne s'adressent aux autorités locales que la menace à la bouche, et le gouvernement central des Pays-Bas est obligé de faire observer à des états-majors d'humeur par trop autoritaire, que les troupes de la République tiennent garnison dans nos places « pour les défendre et non pour les opprimer'' ».
A Furnes, afin de consolider les remparts, les soldais vont, sans titre aucun, découper des gazons dans les meilleures [)rairies de la banlieue qu'ils détériorent ainsi gratuitement. Les choses en viennent à ce point que les paysans retournent le sol et sèment des céréales, mais, en conséquence, ils
< « Si une vitre est cassée dans les bâtiments royaux qui sont à la charge de Sa Majesté Impériale, ou qu'il tomberoit un peu d'eau par quelques fentes qui surviennent dans les toitures des dits bâtiments, d'abord des plaintes sont laites aux États-Généraux qui les renvoient à leur Résident, qui ne manque pas d'en faire ses représentations à la cour... et nous laissons passer en silence des choses de grande conséquence où l'on a été en risque de voir une chàtellenie submergée entièrement, faute d'une réparation, ou d'une construction d'une nouvelle buse en son tems, qui ne doit pas être de la valeur de trois cents llorins.» (Mémoire du colonel de Baujfe daté du 29 mai 1728. Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'État et de guerre, registre DCCLVII, f" 103.)
2 Le comte d'Harrach écrit, le 10 avril 1734, au Résident Van Assendelft :
« MONSIKUR,
» Ceux du Magistrat de Namur aiant icij envoijé un exprès pour représenter à Son Altesse Sérénissimo que .M. de Colyear leur avoit demandé quelques places et lieux qui leurs avoienl de tout tems appartenu, avec menace? de les prendre par force, en cas qu'on ne voulu point les lui donner de bon gré, cette Princesse m'a ordonné de vous en donner part, afin que vous puissiés encore par cet ordinaire écrire à M. de Colyear et lui marquer de désister lie ses violences, puisqu'il peut bien savoir ((ue les troupes de Messieurs les États-Généraux sont dans la ville de Namur pour la défendre et non pour l'opprimer.
» S'il se croit en droit d(? faire quelques prelensioiis, il seroil dans l'ordre (|u'il s'adresse \ Monsieur le Duc d'I'rsel, (iouverneur de la province, et, en cas (|u'il ne fut pas satisfait, à Son Altesse Sérénissimo, ipii ne nianquiTii point de faire toutes les attentions possibles à ses deniandiis sans d'abord aller par voye de l'ait et vouloir user de violence.
» J'ai l'honneur d'être, etc.
» I.K C" KiiËi)(:iiic n'IlAitiiAcii. »
(Archives du Royaume h La Haye. Bnisfcl, Assendelll 1. lirurcii eu bijlatjen van C.raal vaii llarratii, 1733-1739.)
Ii)8 LES GARNISONS DE LA BARRIÈRE
doivent renoncer à l'élève du bélail, qui était une source de richesse pour la contrée \
Dans cette même place, les ingénieurs hollandais, sans rechercher un accord préalable, et même sans aviser de leurs plans le Gouvernement de Bruxelles, (ransforment le syslème de défense, el consiruisent des écluses destinées à faciliter les inondations en cas de siège ^. Or, qu'on le remarque bien, les troupes des Provinces-Unies étaient chargées de garder une série de forteresses, mais celles-ci ne devenaient nullement propriété de la République, et cependant l'Elal-major agissait en véritable propriétaire, au Uiépris des droits les moins contestables de la maison d'Autriche.
A Menin, le Gouverneur a incorporé d'autorité dans les défenses de la |)lace des prairies appartenant à un particulier, et en perçoit les revenus « à litre d'émoluments ^ » . Ce même officier loue à son profit les casernes el les écuries non occupées par la garnison *, ce qui est absolument illicite.
A Ypres, l'Étal-major s'est emparé d'un terrain dit « le champ des pestiférés », d'un autre fond situé près de l'écluse de Boesinghe '', el de pâturages appartenant à la table des pauvres de l'église Saint-Pierre "; enfin, il a étendu les glacis au delà des bornes prescrites par les commissaires des deux puissances ^
A Tournai, le commandant a incorporé aux glacis, sans indemnité aucune, des propriétés particulières dont les Consaux eslimenl la valeur à plus de cent mille palacons**; puis il a fait combler les fossés des fortifica-
1 Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. SIO. — Voir aussi ibidem. Secrétairerie d'État et de guerre, registre DGCLVIIi, f» 53.
2 Voir la protestation adressée aux Etals-Généraux par le comte d'Harrach, le 23 juin 1734. (Archives du Royaume à La Haye. Brmsel, Assendelft I. Brieven en bijlagen van Graaf van Harrach, 1733-1739.)
3 Voir Mémoire remis au Résident Pesters, le 20 novembre 1726 sur les plaintes portées à Son Altesse Sérénissime par la dame de Fiers, an sujet d'une blanclierie ou prairie située entre la ville de Menin et le fort nommé Halluin. (Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'État et de guerre, liasse o6.)
* Voir le Mémoire de Keerle, aux pièces justificatives, n° I.
5 Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'État et de guerre, liasse 56.
6 Voir le Mémoire de Keerle, aux pièces justificatives, n* I. ■7 Ibidem.
8 Archives communales de Tournai. Registres des Consaux, 1715, f°' -^9, 91.
lions el les a Iransformés en jardins qu'il cultive à son profil'. Non seulemenl cela paralyserait évenluellemenl la défense de la place, mais ces travaux ont dérangé tout le régime de PEscaut dans la traverse de la ville, et exposent celle-ci à un désastre dans le cas d'une crue subite du fleuve. On eut bien peur'- en 1739.
D'autre part, les Chartreux du Mont-Sainl-Auberl se plaignent de ce que le commandant de la citadelle de Tournai les empêche de cultiver ime pièce de terre située cependant à plus de seize toises des chemins de ronde '^, el, par contre, de Neuy constate de ses yeux, en 1777, que le colonel de Ton fait labourer à son bénéfice une notable partie des terrains militaires K Ce système est également pratiqué à Namur '.
Près de la redoute de Rnokke se trouvait une ferme dont le vent abattit une partie au printemps de 4737; le commandant interdit au propriétaire de la relever de ses ruines ''. I a (|uestion fut soulevée aux conférences de 1 738, dont nous parlerons plus loin: les plénipotentiaires hollandais trouvent que l'olficier a raison, «bâtir dans les fortifications mérite réflexion^ » ; ils perdent com[)lètemenl de vue le texte el l'esprit des traités, et s'ils
1 Voir Mémoire de Keerlc.
2 Cette année-là l'inondation faillit se produire. Une enquête fut ordonnée, et les commissaires hollandais, prenant, comme toujours, le parti de leurs compatriotes, imputèrent la responsabilité de la situation au Magistrat de Tournai, « (]ui a fait construire deux écluses contre le ravelin dit Luquet, ce qui auroit amené le relroicissement des fossez ». — Le comte de Cuvelier, dans un rapport tn's détaillé qu'il adressa à la Gouvernante générale le 6 lévrier 17;:Î9, élablit (|ue cette imputation n'est pas sérieuse: les deux écluses ont été construites il y a fort longtemps; ce sont des écluses « déchargeoires ». qui fonctionnent en cas de crue pour amener l'eau sural)ondant(! en aval de la ville. (In a eu le tort de ne pas procéder ri'gulièrement à des chasses. Or, c'est l'Iilat-major (|ui di'tient la clef des écluses; mais c il a préféré laisser le limon se tîxer afin d'avoir un jardin productif ». (Archives du Royaume :\ Bruxelles. Secrétairerie d'Etat cl de guerre, registre DCCLIX, 1°' 13G-lo9.)
3 Ibidem, liasse Îi6.
♦ Aux observations rpii lui furent adressées, il répondil par la promesse de remettre les choses imi l'iUal après la moisson, ^ibidem, liilU'ts de iS'cuy, registre .Mt^CXXXIII, 1^' lOi.
5 Voir la dépèche adressée par le Magistral de Namur à la Gouvernante générale, le 12 mars 17HS l^c gouvcrnemi'iil central estime (|u';"i Nanuir « cetle ménulie ne peut apporter quelque prijudice -h la fortilicalion ». (Ibidem, Joiiilc des terres ciinlcslécs, cari, •^•''/ao )
6 Ibidem, Secrétairerie d'Iital et de guerre, registre DC.CLIX, f"' 11-19. T Voir Mémoire de Kfcric précité.
finisseiil par reconnaître qu'ils n'ont aucun droit de souveraineté ni de police, s'ils consentent à lever l'interdiction de rebâtir, c'est de 1res mauvaise grâce, et après avoir épuisé toutes les ressources de la chicane.
On se plaint aussi du manque de soin et d'ailenlion des troupes étrangères dans la conservation des forteresses', alors que le gouvernement impérial s'acquitte scrupuleusement de ses obligations en celte matière '^.
La direction des travaux mililaires n'avait pas été bien exactement réglée, et sur ce point, comme sur tant d'autres, les contestations surgissent à tout instant.
A mainte reprise^, le commandant de Namur a modifié de son ciief les défenses de la ville, en pleine paix; imitant les procédés de son collègue de Tournai, il étend les fortifications du côté de la porte de Jambes, et y englobe des terrains considérables *, sans expropriation légale et sans indemnité ^
En 1750, le baron de Schwarzcnberg prend sur lui d'ordonner d'imporlants travaux, décide de démolir plusieurs maisons sises près de la porte de Fer, et n'accorde aux propriétaires qu'un délai de trois fois vingt-quatre heures pour déguerpir*'.
1 Voir, par exemple, les plaintes du colonel du génie de Bauffe. (Arcliivesdu Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'État et de guerre, registre DCCLVII, f» 102.)
2 Les États-Généraux constatent en 1733, à la suite de l'inspection faite par leur Ingénieur-général Herlell, que les fortifications sont délabrées, que les troupes sont insuffisantes, qu'il y manque des provisions de guerre et de bouche, que l'artillerie est en mauvais état; mais, par contre, en 1741, les Étals reconnaissent que, grâce à la vigilance du comte d'Harrach, il a été pourvu à toutes les nécessités de la défense. (Voir Consulte du Conseil suprême des Pays-Bas à Vienne, du 27 novembre 1741. Archives du Royaume
à Bruxelles. Chancellerie des Pays-Bas à Vienne, ^ : ad litt. P.)
3 Notamment en 1720, 1724 et 1728.
•i Ils furent évalués à plus de 200,000 florins.
5 « Les Estais généraux ont fait faire à Namur, à la porte de Jambe, à la teste du pont de Meuse, de nouvelles fortifications, où ils ont incorporé beaucoup de bonnes terres. Cependant le Traité de Barière ne leur accorde pas ce pouvoire. Us l'ont fait au grand préjudice des habitants qui y ont perdu leur héritage, qui importe une grosse somme d'argent que le propriétaire a sollicité sans jusqu'à présent en pouvoir tirer raison. » [Mémoire précité du colonel de Bauffe, f» 96.)
6 Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'État et de guerre, registre DCCLX, f° 12. Archives du Koyaume à La Haye. Brussel, Memorien en brieveii, 1750-17S3.
Les protestations réitérées du prince Charles de Lorraine font ajourner les travaux; mais on les reprendra quelques années plus tard, sans respecter davantage les droits du Souverain ' ni les privilèges des habitants ", et encore une fois, en pleine paix, sans que rien dans la situation politique justifie des mesures aussi graves, le même Schwarzenberg fait disposer des fourneaux de mine sous plusieurs arches du grand pont de la Meuse ^
Le gouvernement belge envoie à La Haye des représentations très vives, et insiste pour que le commandement de la place soit retiré à un officier qui ne peut avoir sa confiance ^.
Ces démarches demeurent infructueuses, et un an plus tard le commandant ainsi dénoncé est toujours en fonctions ^
Après Schwarzenberg, c'est le général de Burmania qui, sans nul souci de l'industrie locale, barre un ruisseau, et arrête ainsi le travail de quatre moulins à farine^. Lorsqu'on lui en fait Tobservation, il répond par des considéi'alious sans rapport avec l'objet, et marquées au coin du dédain le
1 Voir le procès-verbal de la séance tenue à Vienne le 1" septembre 17S3 par le Conseil suprême des t'ays-Bas. (Archives du Royaume ;'i Bruxelles. Chancellerie des Pays-Bas à Vienne. Dépêche d'office, litt. A ù W, 1753; D. 44 ad H, portefeuille n°176.)
2 Voir pour le détail des réclamations : Liste firovhionnelle des exactions et dommages qui sont venus à notre connoissance. Pièces justilicatives, n" 11.
•t Archives du Koyaume à Bruxelles. Secrétairerie d'Etal et de guerre, registre DCCI^XII, f° 208.
■i « Leurs tlautes Puissances, ainsi que Son Altesse Royale Madame la Princesse Gouvernante des Provinces-Unies jugeront aisément que ce nouveau sujet de mécontentement ajouté à tant d'autres que le général Schwarzenberg a donnés au gouvernement des Pays-Bas depuis la paix, achevant d'anéantir ou du moins de diminuer infiniment la confiance qu'il seroit à désirer que l'on pût avoir en lui. Celte confiance étant absolument nécessaire pour la detlense de Namur, il seroit ;"> souhaiter (|ue Leurs llaules Puissances voulussctnl en charger un général qui puisse être agréable aux deux gouvcrnemenls respectifs. » (Dépêche adressée par le comte de Neny aux États-Généraux, le 31 août 1733. Ibidem, i
'•> Le 2t avril 17oG, Schwarzenberg se plaint du mauvais ('^lat du donjon de ÎSamur, et justifie ainsi les travaux qu'il ordonne f'réquemineiil : « les pierres se délachenl des murailles en si grande quaiitifé, (|ue, la semaine passée, il en est tombt' plus d'un lombereau plein, de sorte que ceux qui doivenl passer au pied de ces murailles courent ;"> chaque fois risiiue de la vie, si l'on n'y met ordre proinpteiiK-nt ». (Archives du Royaume !\ La Haye. Brussel, Memurien l'n brieven, 17;i3-17()i.)
u Archives du Rovauiin' à Bruxelles. (IhaiicelliTit' des Pavs-Bas .1 Vienne, '-^^ : ad H.
plus blessant : « On doit considérer la consomption considérable des Iroupes hollandaises qui souiiennenl les gabelles de la ville, et font vivre les bourgeois, qui, sans la guarnison, crèveroient de misère^ ».
Le Conseil suprême des Pays-Bas prolesla de nouveau : « Le Conseil estime qu'il convieiil de joindre ceci à tant d'autres griefs et plaintes que l'on a à charge des commandants et officiers de la République dans les places de la Barrière, et que la dignité du service de Sa Majesté, ainsi que ses droits souverains exigent plus que jamais que l'on fasse cesser une bonne fois tous ces excès et violences, et que l'on oblige les Hollandais à donner une juste satisfaction et réparation'- ».
La réparation ne vint pas, et le commandement du même général de Burmania fut signalé par un conflit grave avec les Récollets.
En 1756, l'entrepreneur de la fourniture des vivres de la garnison demanda que l'on mit à sa disposition des magasins, et, contrairement aux précédents ', prétendit les obtenir à titre gratuiL
Le Magistrat désigna les locaux nécessaires, en stipulant toutefois qu'il serait perçu un droit de location, à convenir avec les propriétaires, ainsi que cela s'était toujours fait.
Celte disposition ne fut pas admise par le gouvernement militaire : Burmania prescrivit aux Récollels de céder leur grenier « avec menace, en cas de résistance, d'user de la voie des armes* ». Comme les religieux, soutenus par Tadminislration communale, refusaient d'obéir aux injonctions du comnjandanl, celui-ci fit enfoncer les portes du couvent '.
1 Arctiives du Royaume à La Haye. Brussel, Diverse brieven. 1756-1766.
2 Arctiives du Royaume à Bruxelles. Cliancellerie des Pays-Bas à Vienne, registre CIX, f,., 121-122, 141.
3 Voir pour les précédenls : Mémoire du Résident \'an Haren aux États-Généraux sur l'affaire de Ventrepreneur des vivres de la garnison de Namur, qui a des difficultés avec les Récollels, qui veulent se faire payer leur grenier plus cher qu'autrefois. (Archives du Royaume à La Haye. Copieerboek van Haren, beyinnende met den 16 febi'uary i7S6 lot 26 july 1762, i<" 14-15.)
* Ibidem. Brussel, Memorien en brieven. 17o3-17G4. 13 janvier 1757.
3 L'attaque du couvent est racontée en détail dans une lettre adressée par de Blende (?) au Ministre plénipotentiaire le 11 janvier 1737. (.\rchives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'Etat et de guerre, registre DCCLXttI, f"" 170-171 )
Or, qu'on ne l'oublie pas, la guerre n'avait pas les Pays- Ras pour théâtre, et l'opération ne j)résenlait aucun caractère d'urgence ^
Appelé à s'expliquer, Burmania intervertit les rôles : ce n'est pas à lui qu'incombe la responsabilité des actes de violence commis; les coupables, ce sont les moines, « ces gens (sic) qui ont fait fermer toutes les portes, têtus comme des mules, ils ont exigé qu'on les enfonceroit"-».
Avec sa modération habituelle, le prince Charles de Lorraine tenta d'apaiser la dispute, il prescrivit à l'entrepreneur des vivres, qui était sujet belge, d'oiïrir une transaclioii pécuniaire au Gardien des Récollets; il lui signifiait que c'était le moyen d'échapper au juste châtiment de sa conduite incorrecte l D'autre pari, il fil entendre à La Haye des plaintes, légitimes sans doute, mais destinées à demeurer vaines plus que jamais *.
Au début de l'occupation, la garnison de Menin, lorsqu'elle a besoin de bois, va simplement chercher ce qui lui est nécessaire dans les propriétés particulières des environs^.
En dépil des réclamalions, le système était encore pratiqué lorsque se
< « Ces violences, exécutées avec éclat, en plein midi, et dans un tenis où il n'y avoit aucune sorte de nécessité de pratiquer de pareilles voies, ne sauroicnt élre regardées que comme une entreprise aussi insoutenable du côté du droit qu'elle est odieuse par les circonstances qui l'ont accompagnée. » (Ibidem, Mémoire du Secrétaire U'Élat et de guerre Crumpipcn au Résident Van Uaren.)
'^ Dépêche adressée par Burmania au Résident Van Haren, le 17 janvier 1737. (Archives du Royaume i") La Haye. Brussel, Diverse brieven, 1730-1706.)
•^ « Pour diminuer par h'i l'objet dt! la punition que mérite un sujet île Sa Majesté dont la conduit(! tend à interroiTipre la bonne intelligence entre ce gouvernement et les généraux de Leurs Hautes Piiissancts. » (Archives du I{oyaun)e î"! fîruxclles. Secrétairerie d'titat et de guerre, registre UCCLXlll, f° Ibi.l.) Il existe un volumineux dossier de cette affaire aux Archives du Itoyaume à La Haye. Brussel, Memorien en brieven, 1753-1701.
•i « il y a longtemps (lu'on s'aperçoit que l'état-niajor de Namur tend ;\ se mettre au-dessus de ses obligations. Par là il y a eu -^ Namur plus de mésintelligence que partout ailleurs, et si l'on vouloit s'attacher ici à une récrimination, loin que le hlAme pourroii en être jette sur le Magistrat, on ne seroit pas en peine de constater en jilein qu'il ne peut rejaillir (|ue sur les oHiciers de l'élat-major même, par les laçons peu amicales avec lesquelles ils semblent, et nommément M. le général Burmania, avoir pris l'habitude de .se conduire vis-à-vis de Vrhû politique de la ville de .Niimiir. « Ihiilenï.) •' Voir .Mémoire de Kcerle. Pièces juslilicalives, n" 1.
tinrent les conférences de 1738. Les délégués hollandais reconnurent l'incorreclion du procédé, affirmèrent qu'il avait toujours élé interdit par l'autorilé supérieure, et promirent que des ordres sévères seraient donnés afin d'en éviter le retour'.
Mais alors naît une nouvelle exigence. Dans les forteresses dont les remparts sont plantés d'arbres, l'Élal-major prétend disposer de ces plantations comme il lui plait.
A Namur^, le Magistrat fait parvenir des doléances au gouvernement sur ce point dès 1738.
A Ypres, sans s'arrêter aux représentaiions du Conseiller Bonaert^, qui revendique à juste titre la propriété de ces arbres pour l'Impératrice, et qui fait remar(|uer avec raison qu'il y a là une ressource importante en cas de siège, le général Leiy ordonne d'abattre, pendant l'hiver de 1750-'I731, la quantité d'arbres nécessaire pour la fourniture du bois à brûler*. Au moins, c'est là la raison qu'il allègue; mais, dans une lettre au Résident Van Haren, il tient un autre langage : il ne s'agit plus des besoins de la garnison, mais «d'un petit émolument dont ses prédécesseurs ont toujours joui », et le général se répand en récriminations contre le receveur, qui lui garde rancune, dit-il, pour une affaire de puérile vanité".
Faut-il le dire? Le représentant de la République à Bruxelles prend le
< Voir Mémoire de Keerle. Pièces justificatives, n" I.
2 Voir la dépêche du 12 mai 1738. Archives du Royaume à Bruxelles. Jointe des terres contestées, cart. ^s/gg.
3 Bonaert agissait en qualité de receveur général du pays rétrocédé.
4 « Sans épargner même les arbres les plus sains, qui ne sont plantés que depuis dix à douze ans. » {Mémoire adressé par le prince Charles de Lorraine aux États -Généraux, le 16 janvier i7o1. Archives du Royaume à La Haye. Brussel, Memorien en brieven, 1750- 1733. Ibidem. Resolutien van H. H. M. de Stalen generaal, 1731, f"^ 40-41. — Ibidem. Brussel, Diverse brieven, 1743-1749-1751. — Ibidem. Brussel, Gewone brieven, ilS\-\lS3.)
5 « C'est le receveur Bonard qui a osé faire de si frivoles rapports, destitués de toute vérité; j'en suis point étonné que cela provient de lui, car il ne peut faire du bien à personne, il est haijt universellement de toute la ville... Il m'a voulu toujours du niai à cause que je ne lui pouvois point, par la quantité de malades, donner une sentinelle devant sa porte pendant le jour, en aiant une pendant la nuit, et une autre derrière la maison. » (Lettre écrite par Lely au Résident Van Haren, le 31 janvier 1751. Ibidem. Brussel, Diverse brieven, 1743-1749-1751.)
DANS LES PAYS-BAS AUTRICHIENS. ms
parli de Leiy. A l'entendre, c'est le .Magistrat qui est d'humeur querelleuse ; il a fait une plainte « frivole » pour « sept à {sic) huit misérables arbres àpeu-près morts ' ». Les Étals, eux, vont plus loin; ils ne plaident pas, comme leur envoyé, les circonstances atténuantes, il revendiquent un droit formel : les arbres des bastions d'Ypres font partie des ouvrages fortifiés, ils doivent servir à la défense, et, en conséquence, « leur coupe et plantage est à la disposition de la République'^ ».
Malgré les protestations du Gouverneur général, le commandant d'Ypres fait vendre à son bénéfice, en 4 775, les arbres qui croissent sur les remparts^. El à Tournai, le comte de Miinster se plaint, à la veille de l'évacuation, le 25 avril 1779, parce que le Prévôt de la ville lui a interdit d'opérer à son profit personnel des coupes de bois dans les terrains militaires*.
< « Il4 heb geklaagt wegens een zo frivole lilagte tegens een commandeerende Generaa! in een van H. H. M. Bariere guarnisoen, en over het onvrindelylv en twislzoeliend gedrag van de Magistraat van tpert-n, devvellve op zo een geringe zaaii zig met zoo veel emptiase aan dit gouvernement liad geadresseerd. » (Dépêclie adressée par Van Haren aux Etals- Généraux le 23 janvier 17ot. Ibidem. Registre de correspondance de Van llaren, du 7 octobre 1749 au 12 mars i7o2.}
2 Dépêche adressée par le baron de Reischach au Minisire plénipotentiaire :"i Bruxelles le 10 janvier 17oi. (Archives du Royaume h Bruxelles. Secrétaireric d'Iîtat et de guerre, registre DCCLXI, {"' 1«2-183.)
3 Voir les protestations adressées aux États-Généraux par le prince Charles de Lorraine, le 26 février et le 26 mars 1755. (Archives du Royaume i\ La Haye. Brussel, Memorien en brieven, 17o3-1764.) - La contestation n'est pas encore réglée en 1757, car, cette année-là, le Ministre plénipotentiaire échange avec le colonel de Ton des correspondances très aigres. (Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'Étal et de guerre, registre UCCLXIII, f". 172-174.)
♦ Archives du Royaume à La Haye. Brussel, Diverse brieven, 1779-1787. — Voir aussi Archives du Royaume !\ Bruxelles, Secrétairerie d'État et de guerre, registre .MCr.XXXlX, f" 71-82 et 96-97.