‹ Les garnisons de la barrière dans les Pays-Bas autrichiensChapitre 8 sur 56 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

Le premier pi'ojet de Barrière. - Le traité de La Hâve du ;;u août 1673 - Le traité de Kijswijck. - Négociations du comte d'Avaux. - La Grande alliance du 7 septembre 1701. - Propositions de Louis XIV en 170o. - Traité secret du 29 octobre 1709 - Emolion qui se produit lorsque ce traité est rendu public. - Le traité d'L'trecht - Le traité de la Barrière du 10 novembre 1716. - Appréciation. - Opposition violente dans les Pays-Has. - Conférences de La Haye. - Nouveau traité du 22 décembre 1718 - Le mécontentement persiste. - Témoignage de rarcbiducliesse Elisabeth - Correspondance de Van den Bergb. - Requêtes des Etals de Hainaut et de Flandre.

^ S'il faut en croire le comie de iX.-nv, la ré|)ul)lii|ue des Pioviiices-Cnies n'avait point encore hri.sé déliniiiveiiienl le joiii,' espai-iioi et alîenni son indépendance par le traite de Munster, (|u'elle se pivoceiipail déjà de créer une han-iére capable de Ui proU-er conliv les anihilions IVaneaises '. Ce projet ne fut cependant réalisé qu'en IG7;5. .Ins(|ue-là, les Élats-Généiau.v

1 Mémoires hislorûiues ri polilUiues des Pays-lias aulrichiens. (Éi\. de Bruxelles 178.';) Uil-102. '

s'étaient uniquement eiïorcés de mainlenir l'intégrité des Pays-Bas espagnols sans intervenir directement dans leur défense.

Le 30 août 1673, un traité est conclu à La Haye entre la République et Charles II : des contingents hollandais sont chargés d'occuper les principaux points stratégiques de notre territoire '.

Cette préoccupation d'établir une barrière va devenir un principe essentiel de la politique hollandaise. Après le traité de Rijswijck,les Etats-Généraux stipulèrent que leurs troupes tiendraient garnison à Courtrai, Nieuport, Audenarde, Mons, Charleroi, Namur et Luxembourg. Toutefois, celte convention n'eut d'effet ' que pendant trois ans, de 4 698 à 1701.

' Voir le texte de ce traité dans Dimont, Vit, i" partie, 240. — tl semble que, pendant ces premières années, les garnisons hollandaises se conduisirent de manière à ne pas faire naître de plaintes, sauf de la part du clergé, inquiet de voir s'établir sur le territoire belge des adhérents de l'hérésie. Lancelol Jonart, évêque de Saint-Omer, se plaint de ce que les soldats hollandais chantent les psaumes à Hesdin, à Gravelines et à Saint-Venant. L'évêque d'Anvers, Marie-Ambroise Capello, dénonce au Gouvernement des habitants de sa ville épiscopale qui vont assister aux prêches du fort de Lillo. L'évêque de liuremonde, Eugène-Albert d'Allamont, accuse le colonel hollandais Chavet d'avoir amené à sa suite plusieurs ministres protestants, et demande qu'on interdise aux soldats dissidents de pratiquer leur culte. t.,e duc de Villa-Hermosa, gouverneur général, se borna Ji recommander que les prêches se fissent dans des endroits écartés, de manière à ne pas scandaliser les catholiques. D'autre part, le gouverneur espagnol d'Ostende, Don Diego Espinosa, se loue beaucoup de l'attitude pleine de réserve des soldats protestants en garnison dans sa résidence. (Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil d'Etat, cart. 84. — Voir aussi Ch. Rahlenbeck, La Belgique et les garnisons de la Barrière, 19-21.

- Dans la nuit du o au 6 février 1701, les Français entrèrent dans Mons, Ath, Charleroi, Audenarde, Namur, Nieuport et Luxembourg, sans que le cabinet de La Haye eût été prévenu, ils se présentèrent dans toutes ces places comme auxiliaires, en vertu des ordres de l'Électeur de Bavière, gouverneur général des Pays-Bas. Les troupes hollandaises se retirèrent, et ne furent nullement expulsées par la force, comme l'affirme Sismondi (Éd. Treuttel et Wurtz, 1841, t. XXVI, 303). — Voici un autre témoignage, de source française : « Le jour marqué étant arrivé, tous les détachements de troupes françaises destinés à l'opération se mirent en mouvement, et, malgré la neige et les mauvais chemins, ils arrivèrent aux rendez-vous qui leur avaient été indiqués, le 6 février, quelques heures avant le jour. Les ordres que l'Électeur de Bavière avait donnés aux différents gouverneurs des places furent si bien exécutés que nous y entrâmes sans aucun empêchement : personne n'avait été instruit de l'opération. Quelques officiers des troupes hollandaises murmurèrent et voulurent se plaindre, mais les gouverneurs des places et les officiers généraux français qui avaient mené les troupes les tranquillisèrent, en les assurant qu'ils ne venaient point

Mais lorsque le comte d'Avaux eut été envoyé à La Haye par Louis XIV, on lui signifia que le maintien de la paix élail subordonné à la reconstitution de la Barrière '; et comme celle exigence ne fui pas admise, la Hollande s'allia avec l'Angleterre, le Danemark el l'Empire, le 7 septembre 1701.

Ce pacte contient le germe des futurs traités de la Barrière. Le préambule allègue comme raison de la prise d'armes les actes de Louis XIV, qui tendent à « dépouiller les Provinces-Unies de la sécurité qui résulte pour elles de l'interposition des provinces hispano-belges entre les frontières française et hollandaise el qui, par la jonction des deux monarchies espagnole et française, ouvrent la voie à l'empire sur toute l'Europe^ ».

Le traité rappelle que « les frontières des. Provinces-Unies sont en quel(|ue sorte ouvertes de toutes parts, si l'on supprime le rempart appelé Barrière qui écartait le voisinage de la France ».

Les alliés s'engageaient en conséquence à faire les plus grands elTorts pour reconquérir les Pays-Bas espagnols, « dans l'intention cpi'ils servent de digue, de rempart et de barrière pour séparer et éloigner la Fiance des Provinces-Unies comme par le passé, lesdiies provinces des Pays-Bas espagnols ayant fait la sûreté des Seigneurs Élats-Généraux jusqu'au jour où Sa Majesté Très-Chrétienne s'en est emparée el les a fait occuper par ses troupes » ■*.

Celte disposition d'esprit des Élats-Généraux était bien connue de la diplo-

comme ennemis, qu'ils ne cherchaient qu'à vivre avec eux en bonne inti-lligence et à faire observer aux troupes le meilleur ordre et la meilleure discipline... Les troupes hollandaises ne tardèrent pas ;i demander la permission de retourner dans leur |iays I>e roi la leur accorda. » [Mémoires militairea relatifs à lu .succession (iLspayne sous t.ouix \l\'. publies par Pelet, l, 21-22.)

' Par l'occupation de Venloo, lUirenionde, Stevensweert. Luxembourg, Namur, Charleroi, Mons, Termonde, Uammc et Saint-Donal, avec le droit pour les Elals-tit'm'raux d'en nommer les commandants militaires, d'en augmenter les garnisons et de les approvisionner librement. L'Angleterre réclamait de son côte la garde de Nieuport et d'Ostendc. (Lambkiity, Mémoires. 1, i03-40t).)

'^ ClievaliiT E. Ukscami's, La Comlitution internationale de ta liehjique. (Bulletin de i.'AcAiiKMiE iKiYAi.K i)K BKLC.imii;. Classc (les lettres l't des sciences morales el politiques, 1901, p. 1:J8.)

•' loEM, ibidem. — Lamiierty, Mémoires, I, 620.

28 LES (lARNISONS DE LA BARRIÈRE

nialie française, car, lorsque après les défaites de 1705, Louis XIV tenta de rompre le faisceau de ses ennemis coalisés, une des premières propositions qu'il fil secrètement au cabinet de La Haye, fut l'abandon des provinces belges par ses troupes et la réoccupation de nos forteresses par des soldats hollandais \

La question, discutée de nouveau au cours des négociations entamées par Torcy el Heinsius au mois de mai 1709, fui enfin résolue dans le traité conclu le 29 octobre de cette mémo année entre l'Angleterre et les Provinces-Unies. Nos places élaienl livrées à la Répul)lique : elle pouvait y mettre telles garnisons qu'elle jugerait nécessaires, sous le commandement de chefs soumis à ses ordres exclusifs, el cela aux frais de nos populations ■.

L'arrangement resta secret jusqu'en 1711. C'est seulement à la fin de

1 « Faire sortir ses troupes des provinces espagnoles des Pays-Bas, où rentreraient pour lors, dans les principales places, celles des Provinces- Unies, auxquelles la garde privative en doit demeurer toujours pour former la barrière nécessaire à leur sûreté. » (Lamberty, Mémoires, III, 555-601.)

2 La reine d'Angleterre promettait de faire ses efforts pour que, lors de la conclusion de la paix, il fût convenu :

Que tous les Pays-Bas espagnols et ce qui serait encore trouvé nécessaire des places conquises ou non conquises serviraient de barrière aux Provinces-Unies;

Qu'à celte fin les Etats-Généraux pourraient mettre garnison à Nieuport, à Furnes, ainsi qu'au fort de Knocke, à Ypres, à Menin. dans les villes et citadelles de Lille et de Tournai, à Condé, Valenciennes, Maubeuge, Charleroi, à Namur et dans sa citadelle, à Lierre, à Halen, dans les forts de la Perle, de Philippe, de Uamme, dans les châteaux de Gand et de Termonde ;

Que le fort de Saint-Donat, touchant aux fortifications de l'Ecluse, leur serait cédé ;

Que le fort de Rodenhuysen, en deçà de Gand, serait rasé;

Que les États-Généraux, en cas de guerre ou d'attaque apparente, pourraient mettre, dans toutes les villes, places et forts des Pays-Bas espagnols autant de troupes qu'ils le jugeraient nécessaire;

Que dans les villes, forts el places où ils établiraient leurs garnisons, ils pourraient, sans empêchement aucun, et sans avoir à payer aucuns droits, envoyer les vivres, munitions de guerre, armes et artillerie qu'ils trouveraient convenable;

Que dans les mêmes lieux ils établiraient tels gouverneurs et commandants qu'ils jugeraient à propos, lesquels ne seraient sujets qu'aux ordres émanés d'eux ;

Qu'ils pourraient fortifier à leur volonté lesdites villes, places et forts;

Que, pour l'entretien de leurs garnisons et les frais de fortifications, ils jouiraient de tous les revenus des villes et châtellenies dont la couronne d'Espagne n'était pas en

celle année que la reine Anne en donna communication au parlement. A peine connu, il fui l'objet d'amères critiques. La Chambre des Communes déclara dans une adresse que les intérêts anglais avaient été non seulement négligés, mais sacrifiés par celte conveniion. Sur les instances du cabinet de Saint-James, une revision devint nécessaire. Un nouveau traité conclu entre les deux puissances maritimes, toujours sans l'intervention de l'Autriche, fut substitué au premier \ C'est le second traité de la Barrière. Il porte la date du 30 janvier 1713.

Indépendamnienl d'une sauvegarde plus grande, accordée aux intérêts des commerçants britanniques, ce traité retranchait de la Barrière, moyennant (pielques compensations, plusieurs places fortes promises à la France, telles que Lille, ou dont l'occupation pouvait porter ombrage à l'Angleterre, telles (|ue Nieuport.

L'article XII portait une importante déclaration : « Comme la Reine et les Étals-Généraux possèdent la suprême autorité dans les provinces his- (laiio-belges, depuis (|u'elles ont été conquises, le gouvernement n'y sera point changé, les troupes qui y tiennent garnison n'en sortiront pas jusqu'à ce que le commerce et les intérêts des deux puissances y soient réglés selon leur intention et la barrière affermie. »

On le voit, l'Angleterre et la Hollande tenaient leur gage et s'y attacbaienl comme à une proie. Les protestations de nos pères vinrent se briser contre la volonté de fer des deux puissances maritimes et devant les lemporisalions du futur souverain de nos provinces, embarrassé de sa position el sollicité par des mobiles étrangers aux inléréis de notre pays "".

possession au temps de la mort de (>harl('s II, el en outre d'un millittn île llorins ;"i payer (les revenus les plus clairs des Pays-Bas espagnols.

Deux artieles st'iiarés élaieiit anm-xés au traité. La Heine priiniellail, dans l'un, de faire (Il sorte (|ue le haut quartier de (iueidre (ùt cédé aux Etats-Ciéiii'raux en toute propriété el souveraineté; dans l'autre, que les limites des Provinces-Unies en Flandre fussent élargies. (I»i;miim, VIII, t'° partie, 243, eilé par C.ACiiAm), llixloiir de lu Bdifuinc au commence menl du Wlli .si<r/c'. 211-!212.

1 Ga(;iiaiii), 227. — Dk-scami-s. 143.

2 Ue!>i:a.>ii's, 1 14.

Le traité d'Utrecht ne diffère du précédent que par des détails lopographiques \

La France cédait les Pays-Bas aux Étals-Généraux pour que ceux-ci les transmissent à la maison d'Autriche « après être convenus d'une barrière avec l'Empereur ».

La « convention de Barrière » fut discutée à Anvers par les plénipotentiaires de la Hollande, do l'Angleterre et de l'Empire; ils ne parvinrent à se mettre d'accord qu'après de longs débats ', qui durèrent plus de treize mois, et aboutirent au traité'^ du 16 novembre 1715, ratifié le 31 janvier 1716.

Ce traité accorde aux Provinces-Unies le droit de garnison exclusive dans les places de Namur, Tournai, .Menin, Furnes, Warneton, Ypres, dans le fort de la Knokke *, et le droit de garnison commune à Termonde. Le contingent des troupes d'occupation s'élèvera en temps de paix, pour l'ensemble des Pays-Bas, à 35,000 hommes, dont les trois cinquièmes fournis par l'Autriche et les deux cinquièmes |)ar la République ■.

^ Les Étals-Généraux perdent le droit de mettre garnison dans Lille, Condé, Valenciennes, Maubeuge, Nieuport, Termonde, Lierre et Halen. Les droits des Provinces- Unies sont conservés dans les autres places et forts mentionnés à l'article 6 du traité de 1709, et étendus aux villes deMons etCharleroi. (Lambebtï, Mémoires, VIII, 34-41.) — Dès le 5 avril 1712, l'Empereur avait protesté contre les prétentions excessives des États-Généraux : « Sa Majesté Impériale ne peut permettre que les Hollandais fortifient Lier, Halle, le château de Gand, Dendermonde, ni Ostende, comme n'étant de leur Barrière, et ne servant qu'à rendre les États maîtres absolus des Pais Bas, en cas qu'il leur prît envie, et y empêcher le commerce des Anglois. » (Idem, Ibidem, VU, 109.)

2 Les détails de ces longs débats sont conservés dans cinq gros registres déposés aux Archives du Royaume à La Haye : Verbaal van de heeren plenipotentiiirissen toi liet reyuleeren van de Bariere, 1714, 1715, 1716, et Slukken specteerende toi het verbaal van de lleeren plenipolentiarissen lot het reguleren van de Bariere (1,724 pièces).

3 Le texte du traité de la Barrière se trouve dans les Placards de Flandre. IV, 'A" partie, 1851-1873; il a été reproduit par Gacharu, Histoire de la Belgique au commencement du X VII l" siècle, 272-281.

* Au confluent de l'Yser et de l'Yperlée. Ce fort, construit en 1662, fut transformé , par Vauban en 1678. C'était la clef d'Ypres : toutes les barques venant de Furnes, de Nieuport ou de Dixmude, devaient passer au pied de ses remparts.

5 Voici comment ces contingents étaient répartis : Namur, 270 cavaliers, 3,400 fantassins; Tournai, 200 cavaliers, 2,200 fantassins; Menin, 100 cavaliers, 1,400 fantassins; Fumes, 650 fantassins; Warneton et Knokke, une escouade de 15 à 20 hommes, détachés

DANS LES PAYS-BAS AUTRICHIENS. ôi

On a pu dire sans exagération (|iie par ce traité les provinces belges devenaient un fief de la république balave ^; les Belges étaient déclarés incapables de pourvoir seuls à leur défense; des garnisons étrangères allaient détenir nos places fortes, nous enlever toute espèce d'influence au dehors, et rendre les États-Généraux des Provinces-Unies maitres de notre altitude dans toutes les questions politiques.

Si la Hollande jugeait l'existence d'une barrière indispensable à sa sécurité, n'était-ce pas à elle qu'incombait en toute justice le paiement des frais d'entretien? Or, non seulement le traité d'Anvers mettait à la charge des Belges toutes les dépenses de l'occupation militaire, mais de plus, au mépris d'un des privilèges essentiels de la nation, il gageait celte énorme indemnité de 4,250,000 florins par an au moyeu des subsides de la Flandre et du Brabant ".

On com|)rend la violente opposition ' que suscita dans nos provinces la convention nouvelle.

hebdomadairement de la garnison d'Ypres; Ypres, ."iOO cavaliers, ;2,0()0 fantassins; Ternionde, î'mO fantassins. Le gouvernement de Bruxelles se plaint fréquemment de ce que les contingents lioliandais ne sont pas au complot, il [jréiend que 1(> corps d'occupation,

lixé à 12,000 lion !s, ne com|)ta jamais plus de 10,400 soldats réellement présents sous

les drapeaux. Voir notamment le Mémoire adressé au marquis de Prié par le colonel de liauffe. (Archives du [{oyaunie ;i tiruxelles. Secrétairerie d'iîtat et de guerre, registres DCCLVII, f- 83-117.)

< E. WiLLEQUET, Histoire du système de la Barrière, 329.

2 Ce qui éludait le droit des provinces de ne payer le subside qu'après l'avoir consenti.

•' Cette opposition était surtout causée par les articles du traité relatif à la religion, aux cessions territoriales et au subside annuel. Voir Griefs et considérations que font remariiner le derijé en nénéral et les trois cliefs-rollèfiex représentés par les lilats-C.énéraiix de la province de Flandre sur le traité de la Barrière. Archives du IJoyaume à liruxelles. Secrétairerie d'État et de guerre, reg. UCCLVI, f" 101-H7, et rcg. I>CCI>VII, f»» lOÎ) 11-2; et Béclainalions des Htals de Flandre au comte de Konifisefig au sujet des écluses et de la relifiion (l'original de ce document est relié dans la collection des papiers de Konigsegg). ilbidem, reg. DCXXXIV, f" 1-7.)— Les États de Tlandre sont très préoccupés du péril qu<! présente l'occuiiation au point de vue religieux : « trop cruelle cata.strophe pour un peuple si fidèle, et (|ui a tant de fois prodigué .ses biens et son sang pour la défense de la Iteligion et de l'Etat!... Leurs Hautes l>uissances, à qui le seul nom du chel de l'Eglise est en horreur, el près liesquels il est sans exemple ([u'au fait de la religion ils ayenl jamais obstrrvé aucun traité' ou capilulalion eu (|uel(|ue place (|ui leur a été cédée ou ((u'ils ont

Ô-2 r.ES r.ARNISONS DE LA BARRIÈRE

Les réclamations des corps constitués se firent jour avec une vivacité telle que Charles VJ dut provoquer une revision du traité de dT-lS.

Des conférences ' s'ouvrirent à La Haye et eurent pour résultat l'acte du 22 décembre iliS. Celui-ci redressai! les griefs les plus criants, mais des dispositions fort onéreuses avaient été maintenues. Un historien néerlandais a eu la franchise de le reconnaître : dans ces négociations, les intérêts des Belges avaient été absolument négligés et sacrifiés '. Aussi l'œuvre de la diplomatie hollandaise demeura-t-elle fort impopulaire dans les Pays-

conquis par les armes... » — Voir aussi : Réflexions sur la dépulation de la patrie à Sa Majesté Impériale et Calholùjue, touchant le traité de la Barrière. (Ibidem, reg. DCCI.,Vt, fo> 16-124); el le .Mémoire en 46 articles adressé au comle de Kônigsegg par Hoverlant, conseiller pensionnaire du Magistrat de Tournai. (Ibidem, f"' l-lo.) — Dans les pamphlets publiés à l'occasion du traité, c'est aussi la question religieuse qui domine, et l'inquiétude se manifeste en termes pleins d'amertume : « Il est raisonnable dans l'article IX qu'on accorde aux troupes admises en garnison l'exercice de leur religion, mais il est chicaneux que la réparation de leur prétendue église doit être à charge des villes, l'intérêt de ces Messieurs se prend à un denier. La prévoyance qu'on a pris afin d'empêcher toute occasion de scandale et de contestation qui pourrait naître sur le sujet de la religion est nécessaire, car ceux qui professent la religion reformée sont portez h outrer nos ecclésiastiques et à décrier noire culte divin : notre saint Pontife est l'Antéchrist, nous sommes des idolâtres, et la furie des anciens iconoclastes réside dans leur âme. » La Discution universelle de tous les articles du traité de la Barrière, -13. — Les exigences territoriales de la République produisent aussi un vif mécontentement : « Après avoir dépouillé la Flandre, le lion d'Hollande ouvre sa gueule, et met ses pattes sur le haut quartier de Gueidre. » {Ibidem, 23.) Déjà, avant la conclusion du traité, les évêqucs avaient adressé au Gouvernement l'expression de leurs craintes. L'évêque de Namur écrit le H octobre 1714 que l'occupation de sa ville épiscopale par une garnison hérétique le « plonge dans un chagrin insupportable ». (.Archives du Royaume à Bruxelles. Secrélairerie d'Iîtat et de guerre. I^apiers de Kônigsegg, reg. DCXXXIII, f" 68.) — Les Vicaires capitulaires d'Ypres supplient le Souverain « d'insérer au moins dans les traités de la Barrière toutes les clauses nécessaires pour conserver la pureté de la foy et les droits et libertez de l'Eglise ». (Ibidem, f° 7o.) — L'Evêque de Ruremonde « aime mieux la mort que l'esclavage ». Ibidem, 1° 82.)

Voir aussi Journal ofte dagregisler van onze reijze naer de Keyzerlyke sladt van Weenen, 46-47.

1 Pour l'histoire de ces conférences, V. Gacharu, Histoire de la Belgique au commencement du XVllI^ siècle, 471-484.

2 Ratifié le 10 mai 1719.

3 Th. Bussemaker, De Republiek der Vereenigde JSederlanden en de Keurvorst-Koniug George l {Bijdrayen voor vaderlandsche geschiedenis en oudheidkiinde, i' reelts, 1° deel, 326).

Bas auli'icliiens, el fit-elle naitre, au cours du XVII" siècle, des froissemenls continuels entre les troupes des Etats-Généraux el la population régionale. C'est riiisloire de ces rapports troublés et difficiles que nous tenterons d'esquisser d'après les documents des archives.

D'abord, une chose est certaine : le désaccord el l'aigreur datent du début de l'occupation, avant même que le traité de la Barrière de 1715 fùl signé. Le témoignage de l'archiduchesse Marie-Elisabelh est formel sur ce point '; il concorde absolument avec la correspondance adressée par Van den Bergh au Pensionnaire des États-Généraux, dans le courant de l'année 1715 -, el nous en trouvons la confirmation dans les requêtes des États de Hainaut el de Flandre à la conférence réunie à Anvers pour arrêter les termes du traité ^

1 « Quant au premier point, touchant les difficultés entre ceux du Magistrat des villes resprctives de la Barrière et les garnisons desdites villes, Son Altesse Sérénissime remarque fort sagement que ces sortes de difficultés ont été de tout tems, même avant le traité de la Barrière, aussi bien qu'après. » (Archives du Royaume à Bruxelles. Chancellerie des Pays-Bas à Vienne. U, 7, n" 17, litt. B.)

2 Van den Bergh écrit dès le 26 novembre 1713 au Pensionnaire des Etats-Généraux : « Daer is zooveel murmuratie en misnoegen onder het volk van dit land over den inhoud van het tractaat van Barrière... » Il insiste surtout sur les griefs d'ordre économique que font valoir les Belges. Il transmet aussi, le 30 décembre 17to, une lettre qu'il a reçue du colonel de Spaen, commandant du fort de Damme. Celui-ci, rendant compte de l'esprit public dans la région qu'il habite, écrit : « Cela va si loing que l'on parle publiquement de Sa Majesté Impérialle et Boijalle, sans oublier M. le comte de Konigsegg, d'une manière qu'il ne m'est pas permis de parler de cette manière d'un tambour, pas seulement dans les villes et le plat paijs, mais dans les barques et voitures publiques, et les moindres explications que l'on fait, ne sont que de prendre les armes, et si le Itégent de t'Vance voudroil seulement donner 4,000 hommes, ou 2,000 avec un chef, qu'ils se révolteront, et qu'il ne dépend (|ue d'eux de couper la gorge à toutes les trouppes de Sa Majesté Impérialle et Uoijalle, comme ù celles de l'Etat, sur une nuil. Ce ne sont pas des discours que l'on fasse par icij ni par là de la lie du peuple, mais ce sont des discours qui se font par les premières gens de (jualité, magistrats, membres du l''rancq, dans les calfés el assemblées. » Van den Bergh traite tout cela de « vuile intrigue en sloutigheden ». (Archives du Boyaume à La Haye. Brussel, Secrète brieven. 17t 1-1730.)

•i Ia's Etats (lu llainaul protestent, le 2,') mars 171[), contre l'introduction des garnisons étrangères (\u\ « cause une grande consternation » : aucune disposition n'a été prise pour les recevoir; « en oultre, touttes ces petites villes sont de|)ourveues de toutles choses, ressentant encore trop sensiblement les maux qu'elles ont soulferts pendant la dernière

Le méconlenleineiit persistera aussi longtemps que l'occupation élrangère '. Les magistrats et les évêques de 1780 parlent comme ceux de 1715, et d'innombrables plaintes se manifestent dans les domaines religieux, politique et économique, depuis les premiers jours qui suivent Favénemenl de Cbarles VI jusqu'aux débuis du régne de Joseph II, lorsque les forteresses de la Barrière tombent sous la pioche du démolisseur ^

guerre ». Il est à craindre que les habitants les plus riches n'abandonnent le pays : « ils laisseront ces lieux presque déserts, et ainsi dans l'impuissance de payer leurs cottisations ordinaires, ainsij que l'expérience a fait voire autrefois. (Ibidem.) — Le 26 mars, les Etats de P'iandre envoient une protestation analogue. (Ibidem.)

1 Voir aussi von Arnetu, Geschichte Marla-Theresia's, IV, 253-257.

- Marie-Thérèse, autant que son fils, trouve la barrière insupportable. Von Arneth cite (IV, 259-S33, note 314) le témoignage de sir Charles Hanbury Williams, ministre d'Angleterre à Dresde, qui avait été chargé par son gouvernement de négocier avec elle un accommodement pour la Barrière, et n'y réussit pas : « This Her Impérial Majesly seemed aiso to take very ill, and insisted loudly, so loudly that the people and the next room heard Her, that she vvas the sovereign of the Low Countries, and that it was Her duty to protect Her subjects who had been so long oppressed bij the Barrier treaty and deprived of the natural privilèges which ail other nations enjoy. »

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