‹ Les garnisons de la barrière dans les Pays-Bas autrichiensChapitre 9 sur 56 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES GARNISONS DE LA BARRIÈRE ET LA QUESTION RELIGIEUSE DANS LES PAYS-BAS.

L'article IX du traité de la Barrière. — Instances des États-Généraux en faveur de la liberté de conscience. — Opposition du comte de Kônigsegg parlant au nom de l'Empereur.

— Proposition transactionnelle de Cadogan. — Elle est repoussée. — Difîicultés dans le Tournaisis. — Les origines de la Réforme à Tournai. — La capitulation de 1709. — Protestation des Grands vicaires contre cette capitulation. — Lettre adressée par Fénelon au Pape le 28 mai 171L — Apostasies. — Intervention des autorités militaires hollandaises. — Les protestants de la frontière française viennent communier à Tournai. — Attitude irrespectueuse des soldats hollandais à l'égard des processions. — Témoignage de Poutrain. — « Irrévérences » à Namur. — Plaintes du Conseil provincial deNamur à la Gouvernante générale. — Difficultés au sujet des locaux nécessaires pour l'exercice du culte réformé à Tournai, h Namur et à Ypres. — Plaintes du commandant militaire d'Ypres. — Les mariages mixtes à Menin, à Tournai, à Namur, à Maestricht. — Réclamation de l'archiduchesse Marie-Élisabeth aux États-Généraux des Provinces-Unies. — Mémoire du comte de Salm, évêquc de Tournai. — Proposition du prince de Lœwenstein. — Intervention de l'empereur Charles VI. — Projet d'édit de Marie-Élisabeth. — Nouvelles requêtes des évêques deNamur et de Tournai en 1734. — Plaintes du Magistrat de Tournai en 1735, et du Conseil de Namur en 1737. — Avis de l'évêque de Gand, J.-B. Desmet. — Les États-Généraux des Provinces-Unies et les mariages mixtes. — Mariage mixte interdit au Sas de Gand, en 1741. — Réclamations i'i Namur, à Ypres, à Tournai, à Ruremonde. — Représentations adressées à La Haye par le gouvernement des Pays-Bas. — Réponse des Étals-Généraux. — Placard hollandais du 3 juin 17S0. — Réclamations des curés de Luingne et de Rolieghem. — Lettre du cardinal de Rohan, archevêque de Cambrai. — Concession officieuse faite par Marie-Thérèse. — Pi-osélytisme (les aumôniers protestants dans les villes de la Barrière. — Plaintes de l'archevêque de Cambrai et du grand-doyen de la cathédrale de Tournai. — Visite de nombreux protestants picards î> Tournai. — Le duc de Bouftlcrs empêche les protestants français de passer la frontière. — Émeute à Namur en 1730. — Enquête ouverte à charge du pasteur Van BijIiT, à Ypres. — Protection accordée par les Étals-Généraux des Provinces- Unies aux protestants des Pays-Bas. — Secours à des convertis. — L'émigration vers le Brandebourg favorisée. — Les instances faites auprès du gouvernement de Bruxelles en laveur de l'église réformi'e d'Hodiniont. — Subsides holhiiidais ii l'église île l'Olive.

— Le pasteur Brand en Flandre. — Fermeture de l'église catholique du Sas de Gand. — Les protestants de Donlieii. près Warneton. — Menaces de représailles dans les pays (le généraliti'. — Avis du Procureur g(''néral près le Conseil de Flandic. Délibérations du (Conseil privé. — Plaintes de la corporation des cabaretiers d'Ypres contre un

prolestant ('■traiigcr (pii liur fait ((uicurrence. — Les capucins de Bois-le- Duc accusi-s

de prosélytisme. — Requêtes des réformés d'Eupen et d'Hodimont. — L'édit de 1753 sur les biens de main-morte. — L'affaire du cimetière de Rongy en 1769. — Intervention du commandant militaire de Tournai dans ce litige. — Le curé d'Eupen et les prolestants du Limbourg. — Il est blâmé par le Conseil privé. — Tentatives de conversion des soldats protestants au service des Provinces-Unies. — Des soldats hollandais catholiques sont conduits au supplice par un ministre protestant. — Vaines démarches du gouvernement des Pays-Bas pour faire modifier cet usage. — Troubles à Ypres en 1713. — Convention conclue à Namur le 29 août 1717. — Incidents à Termonde. — Plaintes des vicaires généraux de Namur en 1736. — La question soulevée dans les conférences tenues à Anvers en 1738. — Témoignage du résident Kinschot. — Intervention des États- Généraux dans l'administration du chapitre de la cathédrale de Tournai. — Le siège épiscopal déclaré vacant en 1710. — Les États-Généraux confèrent la dignité de doyen du Chapitre à Ernest Ruth d'Ans. — Résistance des chanoines. — Pamphlets de l'abbé Lenglet. — Faiblesse du Gouvernement. — Les chanoines forcés de payer une pension à Rufh d'Ans jusqu'en 1722. — Tentative des États-Généraux pour faire appeler le D'' Cuuper au siège épiscopal d'Ypres. — Sacrilège à Tournai en 1741. — Contestation entre le Magistrat de Tournai et le commandant militaire. — Protestations de la Gouvernante générale. — Correspondances échangées entre les gouvernements de Bruxelles et de La Haye. — L'affaire déférée au Conseil suprême des Pays-Bas à Vienne. — La procession de l'Exaltation de la Sainte-Croix, h Tournai, en 1750. — Esprit conciliant de Charles de Lorraine. — Raideur des États-Généraux. — Enquête faite à Ypres par les ordres du prince Charles de Lorraine. — Intervention du prince d'Orange. — Les plénipotentiaires hollandais et la procession de la Fête-Dieu à Bruxelles en 1752. — Une protestante molestée h Ypres en 1757. — Difficultés à Furnes au sujet des funérailles de la femme d'un soldat hollandais.

L'article IX du traité de la Barrière règle la question religieuse soulevée par la présence sur noire sol de troupes hollandaises composées en majeure partie de soldais protestants :

« Sa Majesté Impériale et Catholique accorde Texercice de la religion aux troupes des Étals-Généraux partout où elles se trouveront en garnison, mais cela dans des endroits particuliers, convenahlement proportionnez au nombre de la garnison, que les Magistrats assigneront et enlretiendronl dans chaque ville et place, où il n'y en a pas déjà d'assignez, et auxquels endroits on ne pourra donner aucune marque extérieure d'église, et on enjoindra sévèrement de part el d'autre aux officiers politiques et militaires, comme aussi aux ecclésiastiques el à tous aulres qu'il appartient d'empêcher toute occasion de scandale et de contestation, qui pourroient naître sur le sujet de

la Religion; et quand il naîtra quelque dispute ou difficulté, on les applanira à l'amiable de pari el d'autre.

» Et quant à la Religion par rapport aux habitans des Pays-Bas autrichiens, loutes choses resteront el demeureront sur le même pied qu'elles etoient pendant le règne du roi Charles II de glorieuse mémoire '. »

La liberté de conscience n'était donc accordée qu'aux seuls sujets des Provinces-Unies résidant aux Pays-Bas autrichiens pour le service de la Barrière. Et encore faut-il noter que leur culte ne pouvait être exercé publiquement.

Les États-Généraux avaient tenté d'obtenir davantage - et demandé que les Réformés habitant les Pays-Bas ne fussent point inquiétés au sujet de leurs croyances ^. Mais le comte de Konigsegg déclara que l'Empereur aimerait mieux renoncer à sa nouvelle acquisition que de porter quelque alleinle à la religion catholique romaine. Il élail prêt à user de condescendance dans les autres matières mises en discussion, mais sur le terrain religieux aucune concession n'était possible *.

Cadogan '' espéra tout concilier en proposant d'inscrire dans le traité : « Les habilanls des Pays-Bas autrichiens, y compris les pays cédés par la France, faisant profession de la religion protestante, ne seront point inquiétés

1 Placards de Flandre. Livre IV, 3« partie, t8S5.

-■i Gaciianl a retracé i'Iiisloire des négociations d'Anvers (Histoire de la Belgique au commencement du XVIII' siècle, 23S-287) exclusivement d'après le Verbaalvan de Heeren plenipotenliarissen tôt het reguleren van de Barrière conservé aux archives du Royaume à La Haye.

3 Les plénipotentiaires de la République avaient reçu des instructions formelles en ce sens, et, h plus d'une reprise, les États délibérèrent sur la question pendant que les négociations se poursuivaient ;"» Anvers. Voir Secrète Itcsolutieri eau de lltHhjmiujeude lleeren Staten generaal der Vereenigde Nederlandsche Provincien, séance du 'i novembre 171?), (*» 281-282; du 8 cl du 11 novembre. Ibidem, 288. Voir aussi le Mémoire de Konigsegg. (Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'Elat et de guerre, registre DCXXXVI, (•" 1-31.)

t « Quant à ce point, .Su Majesté lui avait, de sa propre main, prescrit de n'excéder pas sa charge, ;"i peine d'en répotidre persoiinellrmeul. » [Verhaal vnn de lleeren plenipotenliarissen, cité par Gachard, 259.)

:■ Williain Cadogan, lieutenant général rt collaborateur de .Mariborough. Il représentait aux conlerences d'.Vnvers le souverain de la Grande-Bretagne.

en leurs consciences, ni en leurs personnes ou leurs biens, à cause de religion, mais continueront à jouir de la liberté pour exercer leur religion de la même manière qu'il en ont joui ci-devant et du temps du roi Charles II. » Les Hollandais ne trouvaient pas cette rédaction satisfaisante, attendu que, sous le règne de Charles II, la tolérance religieuse n'avait été reconnue que d'une manière tacite et pour ainsi dire inlermillente. L'attitude du plénipolenliaire anglais leur parut souverainement déplaisante '. Ronigsegg invoqua derechef les ordres précis et catégoriques qu'il avait reçus : rafifaire était d'ailleurs fort délicate pour Charles II, à cause des ménagements dont il était terui d'user dans ses rapports avec la Cour de Rome -.

1 « Haer Hoogti Mogende niet anders daarin beoogen als dat de ingezetenen in de Spaansche Nederlanden en de specialijckx in de nieuw gecedeerde ianden, welcli als een nieuwe acquisitie voor Sijne Keijserieijcke Majesteijt geconsidereert moeten werden, gerust ende secuur geslell mogen werden, tegen aile vervolginge ende mishandelinge ter oorsaeclie van de belijdenisse van haere Religie, ende geensints, oni aen du publique Religie van het land eenigs nadeel toe te brengen.

« Dat dit articul sodanigs geprojccleert is, dat lietselve bij vervolg aen allerley interprelatien subjecl, ende de ingezetenen van de Protestantsche Religie in de Spaensche Nederlanden aen allerhande quadc handelinge onderhevigs gemaeckt kunnen werden, door dien gedurendede Regeeringe van Conings Carel deTweede, op verseheijde plaetsen. deselve qualijck sijn gehandelt geworden, na mate dat de verkeerden ijver van de Geestelijckheijd, op d'een tijd, ende in d'eene plaetse nieerder, als op een andere tijd ende in een andere plaetse, is gaende geweest, ende seer te dugten is, dat de quaedste exempelen, tôt verschoninge van hetgeen bij vervolg gedaen soude mogen werden, sullen werden gealiegeert, om in het toekomende de vervolgingen tegen de geioofsgenoten, soowel van Sijne Majesteijt van (jroot Brittannien, als van Haer Hoogli Mogende te authoriseren, indien daerbij in het tractaet niet weerd voorsien, soodanigs dat aile perseculie van de protestantsche ingezetenen werd uitgesloten, ende bedongen, dat deselve in haere personen, familien ende goederen, ter oorsake van haere l^eiigie niet geinquieteert sullen mogen werden. Dat dit alleen streckt, om die menschen buijlen ongerustheijd ende swaerigheijd le stellen.

» Dat sulcx in allen deelen redelijck is, ende dat Haer Hoogh Mogende daerom haer niet genoegs kunnen verwonderen, ende dat het haar hart voorkomt, datgemelte Heer Cadogan hier ontrent sigs soodanigs komt te uijten, ende te verkiaren, dat hij in dit point, dat soo important is, eerder den Heere Grave van Conigscgg in sijne ongefundeerde sustenueals haer Heeren Gedeputeerden in haere biilijcke sustenue, genegen schijnl te appuijeren... «' (Archives du Roy;iunie à La Haye. Secrète lîesolutien. Séance du "2 novembre 1715, f- 281-282.)

2 Le 28 juin 1728, à l'occasion du congrès de Soissons, l'évêque de Bruges lente de démontrer à Charles VI qu'il n'est pas plus lié par le traité de la Barrière que ne le sont

Dans la Irente-neuvième conférence, tenue le 23 octobre 1715, les députés (les Provinces-Unies firent de nouvelles instances, mais sans succès. Les Etats-Généraux cédèrent enfin; par une résolution du il novembre, ils autorisèrent leurs députés à ne pas insister davantage.

De fait, les troupes hollandaises n'observèrent pas strictement les stipulations du traité, et, dès les premiers mois de l'occupation, le 3 janvier 1716, les Etats de Flandre les accusent auprès du gouvernement de Bruxelles : « On ne peut avoir aucune confiance dans l'exécution loyale du traité au point de vue de la religion '. »

C'est à Tournai qu'éclatent les premiers « scandales ». Sans vouloir retracer ici en délail l'histoire religieuse de Tournai -, nous rappellerons (|ue les doctrines protestantes s'y introduisirent dès la [)remière moitié du XVT" siècle. La conquête de la ville par Farnèse porta à la réforme un coup terrible, sans lanéanlir cependant; quelques familles restèrent secrètement fidèles au culte |)roscrit.

Il se trouvait encore des protestants à Tournai lorsque les alliés reprirent la ville aux troupes françaises en 1709.

La capitulation ■'de 1709 contient deux articles relatifs à la question

les États-Généraux eux-mêmes : le traité est nul par ce qu'il a été conclu sans la participation des Etats de Flandre. Puis il ajoute : « Enlin, Sire, j'ose me tlatter que dans une cause aussi juste, aussi équitable, et aussi importante pour la religion et le salut de tant de milliers d'àmes, que Notre Saint Pure le Pape, à rexmple de sun pnWcesseur Clément M, qui a bien voulu intercéder près de Votre Majesté par des lettres en notre faveur, ne manquera pas non seulement de nous soutenir au congrès de Soissons, mais que tous (sic) les puissances catholiques de TEurope s'y intéresseront. » (Archives de l'Etat ;\ Bruges. Fond de l'ancien évêché, n" 7771, cité par La Flandre, 1870, 341.)

1 liédumnlion adressée par les Éiais de Flandre au comte de Kmiqseqq. (Archives du l'ioyaume à lii'uxelles. Secrétairerie d'Etat cl de guerre, registre DCCLVt, 34-39.)

2 Nous comptons publier prochainement une étude sur cet intéressant sujet. Ou trouvera les faits essentiels dans l'allachante notice de M. le pasteur .V.ndiiv : //i.s-/(./rt; de l'église de Tournai- Ihwjjy et Fslaimpuis. (Voir le livre jubilaire intitulé : Célébration du cimiwiutenaire du synode de l'union des églises protestantes évanijéliques de lielqique. Bruxelles l.SDO pp. 289-335.) ■ ' •

3 Nous citons les articles de la capitulation de 1709 d'après le texte inséré dans le « registre à taille » do 1709, conservé dans l.-s archives communales de Tournai : c;.pilulalion militaire, 29 juillet 1709, l>» 94-98 ; capitulation de la ville. 3 août 1709, ('■•98-llii: capitulation du parlement, 7 août 1709. I- 110-120; capitulation de la citadelle,"

religieuse. Les « Trois Etals » voulaienl (|ue les privilèges de la religion calholique fussent intégralenienl maintenus; tout au plus concédaienl-ils aux soldats étrangers le droit de pratiquer leur culte à huis clos ^ On pense bien que le vainqueur n'admit pas cette prétention : la ville dut fournira ses frais deux locaux pour l'exercice de la religion protestante, « à la satisfaction du gouverneur, tant pour ceux de la garnison que les autres qui voudront y assister », et les alliés se réservaient le droit de prendre des dispositions analogues dans les villes ouvertes et au [)lat pays "-.

D'autre part, il était prescrit aux soldats réformés de ne rien faire qui pût froisser les sentiments religieux de la population •*.

Les autorités tournaisiennes avaient également insisté pour que le gouverneur de la place fût un calholique, mais leur demande fut écartée \

Dès le 12 septembre 1709, les Grands vicaires du diocèse protestèrent

3 septembre 1709, f" 123. Toutes ces pièces ont été imprimées à Tournai, cliez N. Jovenau, en 1737; un exemplaire est relié dans le registre DCCLVIll du fond de la Secrétairerie d'Etat et de guerre aux archives du lioyaume à Bruxelles.

1 Voici le texte qu'avaient proposé les trois Etats : u Que la Religion Catliolique, Apostolique et Romaine sera conservée en son entier dans la ville et cité de Tournay, dans son ancienne et nouvelle banlieue, dans le Tournesis, Mortagne et Saint-Amand, villages et terres adjointes, qui sont de la dépendance du gouvernement de Tournai, et que généralement toutes les églises, chapelles et oratoires seront maintenues et conservées au culte de ladite Religion sans permettre en aucune manière la liberté de conçience, non plus qu'aucun prêche public ni secret en quelque lieu que ce puisse être, sauf qu'à l'égard des troupes de religion différente qui pourroient être de garnisons en cette ville, leur sera indiqué un lieu propre pour en faire l'exercice, auquel il ne sera permis à aucun des habitans desdiles villes et pais de se trouver, et que les édits, « reglemens, ordonnances et déclarations portés par le Souverain sur le fait de la Religion seront exécutés selon leur forme et teneur ». "

'- Le texte imposé par les alliés porte : « La Religion Catholique Romaine demeurera en son entier dans les districts nommez, à condition qu'on indiquera et donnera dans la ville, aux frais d'icelle, deux lieux ou places propres pour y pouvoir faire l'exercice de la Religion reformée, à la satisfaction du Gouverneur, tant pour ceux de la garnison que les autres qui y voudront assister ; on se reserve d'établir dans les autres villes ouvertes ou au Plat Pais pareillement un lieu propre pour l'exercice de ladite Religion reformée. »

3 « U sera défendu aux militaires et autres qui sont d'une religion contraire dé commettre des irrévérences dans les églises et des desordres dans les rues par rapporte au culte de la Religion Catholique Romaine. »

i « Le Gouverneur sera toujours de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, et obligé de prêter le serment de foy ordinaire. » — En marge : « Refusé ».

coiilie celle capitulalion ', « qui semble donner une entière liberlé d'aller au prêche à tout le monde indilTéremment » ^

Celle proleslation demeura inefficace el, dès ce momeni, le culte réformé devint public de fait 'K Les pasteurs organisèrent leur service à la Hourse, sur la grand'place el enlevèrent aux religieux Croisiers leur jardin, pour en faire le cimetière protestant ^; il semble, malgré le démenti quelque peu intéressé des diplomates hollandais ", que leur active propagande ne sérail pas demeurée infructueuse.

A coup sûr cause-t-elle de graves soucis au chef du diocèse.

Nous possédons un intéressant témoignage sur Télat religieux de Tournai : c'est une lettre adressée au Pape par Fénelon " le 28 mai 1741.

1 Le texte de la capitulation arrêtée h Tournai le 3 septembre 1709 est reproduit au tome IX, page 342. des Mémoires relatifs à la succession d'Espagne sous Louis A'IV, d'après l'original conservé aux archives du dépôt de la guerre à Paris. Nous n'y voyons rien au sujet de la religion, lacune inexplicable après ce que nous avons vu dans nos archives. D'autre part, le même recueil (t. IX, p. o93! nous donne la capitulation conclue à Mons le 20 octobre suivant, et l'article premier porte c( que la Religion Catholique, Apostolique et Itoniaine sera conservée en son entier dans son exercice sans qu'il y puisse être rien changé ou innové ».

'^ Archives de l'ancien évéché de Tournai, licgislres aux résolutions des (".rands l'icaires, CCLXVll (d'après une copie vue aux archives de la ("commission de Phisloire des églises wallonnes, à Leyde).

i Voir le Mémoire de Keerle aux pièces juslilicatives, n" 1.

4 On trouve sur ce point et sur beaucoup d'autres des détails intéressants dans un mémoire envoyé par l'évèque à la Gouvernante générale, au mois de février 1733 : Mémoire sur le progrès de l'hérésie dans le diocèse de Tournai depuis l'an IJOd. Nous aurons plus d'une t'ois l'occasion de citer ce document.

Le 31 janvier 1749, les Croisiers exposent dans une requête à l'Impératrice que, de 1709 à 174"), ils ont dû laisser enterrer les militaires protestants dans leur verger, el ils demandent de ne plus être astreints à cette servitude lors de la rentrée prochaine des troupes hollandaises. Marie-Thérèse prescrivit en conséquence au Magistrat de réserver « pour l'inhumation des acatholiques une place décente et convenable ». (Archives communales de Tournai. Registre ù taille, XXVI, f° o.)

8 « Leurs Hautes Puissances sont informées que. bien loin que le nombre (des familles protestantes) pourroil cho(|uer, il n'y en a point cpii s'y soient établies et qui viennent à l'église; seulement à Tournai il y en a (|uel(|uts unes... d'ailleurs leur nombre est si petit et ils assistent si seccrettement au service divin que l'on n'en peut parler sans exaggeralion, moins encore former une plainte générale. » (Mémoire de Keerle, note du n" 1.)

tj Cette lettre est reproduite dans I.,e Glay, Cumeracum citrislianuin, 184-485.

L'archevêque de Cambrai expose au Souverain Pontife qu'il a fait procéder à une enquèle olficieuse par les soins de personnes sûres; il résuile des renscignemeiils recueillis qu'un grand nombre d'Iiabilanls du Tournaisis, descendants des Calvinistes du XVI'^ siècle, avaient gardé dans le secret le plus profond les pratiques religieuses de leurs ancêtres. Depuis l'entrée des troupes hollandaises dans les Pays-Bas, ces dissidents ont relevé la tête et se rendent publiquement au prêche chaque dimanche. Des missionnaires réformés parcourent les campagnes depuis Tournai jusqu'à Lille et à Saint-Amand et recrutent de nombreux adhérents. Des diocésains de Cambrai n'hésitent pas à faire un long voyage pour aller recevoir dans les temples des gai-nisons hollandaises l'enseignement hérétique.

On aurait tort de croire que la cause de ces misères soit l'absence de l'évêque de Tournai : les vicaires généraux font leur devoir avec le zèle le plus louable ', mais la population ne peut plus être conduite que par la crainte; la cause essentielle du mal, c'est la présence des troupes hollandaises : si celte « peste » ne disparait pas à bref délai, c'en est fait de la foi catholique dans les Pays-Bas '-.

Il est certain que plusieurs familles abandonnèrent la religion romaine, ce qui était manifestement interdit par les lois. Le promoteur de l'évêché poursuivit les apostats et en fit même incarcérer quelques-uns dans les cachots de l'offîcialité. Mais il se heurta aux autorités militaires : l'élat-major hol-

1 « Anlistitis absenlite minime imputando est tanti mali causa. Eadem quippe fidei calliolicte pernicies, eo présente, invigilante, imo et contradicente, futura fuisset; quoniam piebs innumera jamdudum sic affecta erat, ut solo metu coerceretur, et accedente reipublicce calvinianae dominio, inclusa tabès subito impetu eruperit. Constat etiam vicarios générales ab antistite optime delectos omnem operam, illo absente, dédisse, ne occultus ille ignis Dominicam segetem incenderet. »

2 « Luce tamen ipsa clarius est brevi deperdituram esse toto in tioc Belgio catholicam tideni, nisi quamprimum, miserante Dec, rescindatur ea pestis. » — L'Iiistorien Poutrain ne parle pas comme Fénelon : « La liberté de conscience, dit-il, ne fut pas le plus grand mal ; on ne vit point une famille catholique embrasser la Reforme, et les Reformés en secret, qui avaient levé le masque, ne furent regardés dans le public que d'un œil de mépris. » {Histoire de la ville et cité de Tournai, SOO.) Son témoignage est donc en désaccord avec ceux de l'archevêque de Cambrai, de l'évêque de Tournai et avec tous les documents des archives.

landais déclara que « dés qu'un homme avoil embrassé leur religion, il étoit devenu leur jusiiciable, privativement à lout aulre juge » '. L'n piquet de soldais enfonça les portes de la prison et rendit la liberté aux détenus.

Après la conclusion du traité de la Barrière, l'altitude des commandants hollandais fut d'abord moins agressive, mais les pasteurs gardèrent le temple de la Bourse ainsi que celui de l'Arsenal et, contrairement à l'esprit du traité, admirent à leurs prêches des coreligionnaires qui n'appartenaient pas à la garnison.

Le Magistrat se plaint souvent du manque de respect des soldais protestants à l'égard des processions -. Ils alTeclenf de rester couverts au passage du Saint-Sacrement. Poulrain, l'historien de Tournai que nous avons déjà cité, relate ce qu'il appelle la « licence » et la « dérision » des militaires étrangers, d'où naissent bien des troubles et des désordres 'K II ajoute que les États-Généraux tâchaient d'y pourvoir par de sages règlements, et, en effet, les recommandations oflicielles en ce sens ne man(|iièrent pas, mais notre auteur s'aventure un peu à la légère (piand il nous parle de leur « juste sévérité » à l'égard de tous ceux, aussi bien olïiciers que soldats, qui manquent de respect au culte catholique *. Sur ce dernier point, il est absolu-

< Mémoire sur le proyi-ès de l'hérésie dans le diocèse de Tournai depuis l'an t70fl.

2 M(5moire de Keerlc. Piùces justificatives, I.

■i « Ce qui fit soupirer les honnêtes gens et les vrais chrétiens, fut la licence des oHiciers et des soldats, qui, sans s'arrêter, et sans se découvrir, regardaient tête levée le Saint-Sacrement passer dans les rues, soit qu'on le portât aux malades ou en procession, et nos plus saintes cérémonies furent exposées à la dérision des militaires. » (Histoire de la ville et cité de Tournai. JJOO.)

■i « Entre autres exemples, un jour de Noël, la curiosité de voir l'évèque célébrer ponlilicalemenl la messe de minuit avoil engagé un soldat du régiment de l'alland à se mêler parmi les bourgeois dans le chœur de Notre-Dame. Paroissant seul debout à la consécration, un bedeau vint ^ lui pour r(d)liger i'i (léchir isic), et, comme il n'en voulait rien faire, trois ou (|uatre bourgeois le prirent par les épaules et le jettérent hors du chœur. M. de Palland, alors gouverneur de la ville, informé de l'aventure, manda l'ollicicr, lui lit une sévère réprimande, qui fut suivie de trois mois d'arrêt aux prisons de la Halle du Koi. «(ibidem, 500 ) - Poutrain ne cite pas la source A laquelle il a puisé Or, les archives fourmillent de plaintes portées par le Magistrat et le Chapitre de Tournai contre ce baron de Pallandi, et la sévérilé dont il aurait lail preuve ^ l'égard du <> soldat » — i|ui plus loin devient un « ollicier » - ne cadre nullemeiil avec ce (]iic nous connaissons des procédés du gouverneur hiiliandais.

ment contredit par des témoignages noml3reux et concordants que nous relèverons plus loin.

A Namur, où cependant une convention spéciale^ avait réglé à l'amiable, en 1717, les rapports des deux cultes, les « irrévérences » sont continuelles; le Chapitre se plaint de ce que les sentinelles « qui se retirent si souvent dans leur guérite pour la moindre pluie ou pour leur bon plaisir », affectent de se promener pendant le passage du Saint-Sacrement « pour témoigner aulhentiquement le mépris qu'ils en font »'". Chose plus grave, les officiers choisissent le jour où la procession circule dans les rues de la ville pour

1 Convention intervenue entre les États et la ville de Namur et M. du Portail, gouverneur et commandant hollandais de ladite ville le 29 août 1717 :

L Les Hollandais rendront l'école dominicale qu'ils ont établi au cœur même de la cité pour y faire leur prêche, et ils accepteront un autre local pourvu qu'il soit convenable.

IL Les enfants de la garnison n'auront plus d'école dans des maisons bourgeoises, mais dans les casernes.

III. Les ministres protestants ne publieront plus de bans et renonceront à marier les catholiques avec ceux de la religion.

IV. Les prêtres catholiques auront libre accès dans les hôpitaux et les prisons pour consoler et administrer, mais ils ne pourront conduire les criminels au supplice.

V. On est convenu de ne plus battre la caisse ou de se servir d'un autre instrument à travers la ville et château pour annoncer l'exercice de la religion réformée.

VI. Quand le Saint-Sacrement passera devant un corps de garde, les officiers et soldats devront quitter leur chapeau ou se retirer dans le corps de garde sans devoir présenter les armes.

VIL Aucune atteinte ne sera donnée aux immunités et libertés ecclésiastiques.

(Copie dans les archives de la Commission de l'histoire des églises wallonnes à

Leyde. il y a aussi une copie de cette convention aux archives du Royaume à Bruxelles, Jointe des terres contestées, cart. ss/gg.) — A Tournai, un règlement avait été arrêté le 2 juin 1720 entre le général comte de Vehlen, gouverneur d'Ath, délégué par le marquis de Prié, et le prince d'Holstein Beck, gouverneur hollandais de la place d'Ypres. Il reçut l'approbation du ministre plénipotentiaire, mais les Êtats-tîénéraux ne voulurent pas le sanctionner. Il portait à l'article V : « Qu'il soit ordonné h tous ceux de ladite Religion prétendue Reformée, sans exception de personne, de quel rang et condition elle soit, d'oster le chapeau lorsqu'on porte le Très Saint-Sacrement soit dans les processions aux malades ou autrement, ou à se retirer dans les corps de garde, pavillons, cazernes ou ailleurs, et qu'il leur soit detïéndu de commettre aucun desordre, scandai ou irrévérence. « — Cet article avait été accepté sans débat. Les difficultés surgirent l'i propos d'autres dispositions, et tout le projet fut abandonné.

2 Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'État et de guerre, registre DCCLVIII, fos H 9-1 20.

DANS LES PAYS-BAS AUTRICHIENS. 4o

exposer sur un cheval de bois ', au milieu de la grand'place,des soldais indisciplinés et des filles de mauvaise vie '. Une dépêche du Conseil de justice adressée à la Gouvernante générale porte (lu'une femme vient d'être fustigée publiquement tandis que le clergé et les fidèles défilaient sur le marché. Le Conseil privé ayant réclamé des explications au commandant de la place, celui-ci promet de réprimer sévèrement tout acte irres|)ectHeux à l'égard du culte catholique, et assure que la coïncidence de l'exposition avec la sorlie du cortège paroissial a été purement fortuite '\ Mais il ne parvient pas à rester calme, et il déclare que si des troubles se produisent à Namur, ils sont « principalement et presque toujours causez par l'indiscrétion et la brutalité de la populace qui suit les processions ». Il accuse les « gens de la procession » d'avoir insulté Mes soldats hollandais placés en faction à la porte de

1 C'était une peine analogue l'i celle du pilori.

2 « Ceux de la garnison semblent d'aflecter d'exposer leurs soldats et filles de mauvaise vie sur un cheval de bois qui est placé au milieu du grand marché, dans l'heure et le moment que les processions doivent y piisser, ce qui estoit encore arrivé le jour même du Très Saint Sacrement dernier, (ju'un outre, le jour de la Visitation de la vSainte Vierge, ils auroient affectez aussi de fustiger une femme, et l'ont fait au son du tambour, dans le tems même que tout le clergé assistoit ii la procession solennelle dudit jour... L'exposition des soldats et même des garces sur un cheval de bois est contraire ;'i la convention de 1717. » (Archives de l'Etat à Namur, Correspondance du Conseil provincial, dépêche du 2 septembre 1735, registre de 1734-1735, f" 369-385.

•^ « S'il est arrivé que l'on a châtié un soldat h Namur en le mettant sur le cheval de bois un jour de fête, on n'y doit point chercher (|uelque dessein pour vouloir donner du schandal, mais l'altrihuer seulement à un cas fortuit qui ne peut donner sujet à des plaintes : Mémoire remis ii MM. les commitimii'es plénipotentiaires de Sa Majesté Impériale et Catholique par ceu.i de Leurs Hautes Puissances les États- Généraux des Provinces-Unies, le i décembre I7ÔS. ; Archives du lîoyaume ;"! Bruxelles. Jointe des terres contestées, cari. ■>->li;(;.) — « Pour les llétrissures dont on marque les coureuses qui infectent les troupes, il (le gouverneur) laisse aller le cours de la justice en ce regard, et ne l'avance ni ne la recule i'i dessein. » (Ibidem. Secrétaircrie d'État et de guerre, registre DCCLVIll, f"» 113-114.) — Voir aussi la plainte adressée h la Couvernante générale par le Conseil provincial de Namur le 10 (hVembre 1735, et celle du 13 avril i73(i. (Ibidem. Jointe des terres contestées, <'iirl. •''/;;(;•)

i « Jonas Jancret et Louis Montandon, tous deux soldats do la compagnie de M. le Cajiitaine Chambrier déclarant sous serment (ju'aiant été en faction le 2'' du mois courant, jour lie la dédicace de Namur, devant la maison de M. le duc d't isel, depuis les 9 heures jusqu'à 1 1 heures du matin, au moment qu'allant être relevés la processiDU approcha, et en

46 LES GAMISOi\S DE LA BARRIÈRE

l'hôtel du duc d'Ursel. Le Conseil réplique que les faits relevés à charge des autorités militaires sont établis, tandis que les accusations portées par le gouverneur sont entachées d'une exagération évidente '.

Les magistrats d'Ypres font entendre les mêmes doléances que ceux de Namur : les militaires ont une attitude inconvenante au passage des processions " ou du viatique que Ton porte solennellemenl aux malades ''\ Le zèle religieux des Yprois a failli se traduire par des voies de fait : il a fallu toute « l'aulorilé des personnes les plus qualifiées qui assistaient à ces cérémonies » pour empêcher les disputes de dégénérer en rixes sanglantes '.

D'autres difficultés naissent à |)ropos des locaux assignés au culte dissident. A Tournai, le (emple de la Bourse est dans le voisinage de la cathédrale, ce qui scandalise les catholiques. Lorsqu'ils se plaignent « d'une prévarication si manifeste »°, les Hollandais font observer avec raison que

retournant à notre guarde, nous fûmes obligés de passer à côté de la procession, plusieurs bourgeois et autres nous ont crié ; vilain gueux, vilain bougre, ôte ton chapeau, bougre de foutu chien, et autres semblables vilainies, et nous obligèrent à ôter nos chapeaux par leurs menaces, quoique nous eûmes nos fusils sur l'épaule pour aller à notre guarde. » (Procèsverbal de l'enquête faite par le Lieutenant-Colonel Lochman le 18 juillet 173o. Ibidem, cart. ss/se.)

1 « Un chanoine a dit aux sentinelles qu'elles devaient quitter le chapeau ou se retirer dans leur guérite, les menaçant de les dénoncer au gouvernement hollandais; ils se sont alors retirés derrière la balustrade. Voilà les prétendues insultes, menaces et maltraitements. » (Ibidem.)

2 « Lorsque les processions passoient sur la grand'place où est le grand corps de garde, ou près de quelque autre corps de garde de la ville, tous les soldats qui y étoient de service se tenoient attroupés, le chapeau sur la tête, ce qui faisoit extrêmement murmurer les catholiques spectateurs de tels désordres. » (Rapport adressé par M. de Gheus, premier échevin d'Ypres, au comte de Cobenzl, le 21 février 17o4. Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'État et de guerre, registre DCCLXl, f" 197-198.)

3 (c Lorsqu'on portoit le viatique à un malade, ce qui se fait ici avec beaucoup de décence et de dévotion, ces personnes reformées voioient ces cérémonies par mépris, le chapeau sur la tète, quelquefois attrouppées, faisant des gestes, parlant à haute voix, et se tenant en cet état apportées (Sic'j de l'endroit où le Saint Sacrement passoit. » Jbidem.j

4 « J'en parle par expérience, aiant été dans le cas d'appaiser plusieurs scènes de cette espèce. » (Ibidem.)

s « Les protestants sont au centre de la ville près d'une église catholique. Les catholiques les entendent sans pouvoir apporter d'autres remèdes que leurs gémissements ni d'autres armes que leurs plaintes contre une prévarication si manifeste. » {Sonmise repi-é-

ce lemple leur a été réservé par le Magistral, et approprié aux frais de la ville '. A Namur, rinstallation est déreclueuse : l'un des deux prêches se fait à la halle aux grains, qui menace ruine '^; l'autre a lieu au-dessus de la boucherie. Or, la nature du local amène de sérieux inconvénients^, et les bouchers sont pour les protestants de bien mauvais voisins. Le culte se célèbre le dimanche et le jeudi. Le dimanche, les halles sont fermées, et nul bruit ne trouble l'oHice; mais le jeudi, les bouchers se donnent le mol : cha(|n(' fois (|ue le chant des psaumes cesse et que le ministre prend la parole, ils font, au moyen de leurs couperets, un tel vacarme qu'on ne s'entend plus dans la salle de l'étage.

Le 14- février 1731, le général Coiyearl se plaignit au Magistral de Namur" de cet état de choses intolérable, et obtint satisfaction, au moins

seiitation à faire à Sa Majesté par Don Giiilio Visconti touchant dilJerentes plaintes faites par les evei/iies de Tournay et de i\amur, comme aussi par le Doien de Tcrmonde sur les abus et les excès qui se commettent tant par les (jarnisons hollandaises et leurs ministres que par les hérétiques établis aux Pays-Bas. Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'État et de guerre, registre DCCLXIII, f- 340-.345.)

1 Mémoire de Keerle. Itépoiise des plénipotentiaires hollandais au w" 1.

2 On avait assigné aux soldats hollandais la salle qui se trouvait au-dessus de la grande boucherie, et aux soldats suisses la halle aux grains, qui paraissait peu solide. Un dimanche, en etlct, pendant le prêche, un craquement sinistre se lit entendre; hommes, l'emmes, enfants, tout le monde se précipita vers les issues pour ne plus revenir. Comme la ville de Namur ne trouva point aussitôt un local convenable, le général hollandais du l'ortail intervint et ht choix d'une maison dite l'école dominicale. On avait joué la comédie dans ce bâtiment inoccupé à l'époque où l'Électeur de Bavière avait tenu sa cour h Namur. Ce fait parfaitement connu n'.'mpêcha point le bourgmestre de proteoiter contre ce qu'il appelait une |)rolanation et un excès de pouvoir. En cela il allait trop loin. Le mar<|uis île Prié ne put s'empêcher d'en convenir après avoir entpndu le [{ésident des Etats-Généraux ;"» Bruxelles, et il chargeii le général de Lalaing, vicomte d'.Vudenarde, d'arranger ceUe affaire. (C. Haiii.enbeck, /.(( Belgique et les (jarnisons de la liarrière. (J7-UU.)

•1 « A Namur, l'endroit assigné (au culte protestant) n'est plus propre, à cause des insectes et de la puanteur (!(• la boucherie, et j'i causi; du bruit qu'on l'ail dans la boucherie pendant le service divin. » ^Arcliives de la chancellcrii' des Pays-Bas l'i Vienne I'. B n° U Lut. D.i

'' « A cause des bruit, tumulte et insolences (|ue conietteni les bouchers, qui, comme il n'est (|ue trop connu, ne portent aucun respect au détachement de la grand'garde (lue l'on est obligé d'y envoyer si souvent pour empescher les désordr.'s et pour prévenir de grands malheurs. » (Archives du Boyaume ;\ Bruxelles. Secrélairerie d'Etat et de guerre, registre bCCI>l.\, 1» 04.) — » La place i|iil ;i i-i,. assignée ;■» .N'anitn- nCst absolument plus en

pour quelque temps '; mais les relations restèrent empreintes de défiance. L'autorilé communale de Namur était d'avis qu'un seul local devait suffire aux besoins religieux des troupes, et elle écrivait au Gouverneur général des Pays Bas que celle « mulliplicilé de temples » n'avait été exigée par les Elats- Généraux qu'en vue d'augmenter le nombre des ministres, et d'activer ainsi la propagande en faveur de la Héfornie ^.

A Ypres, de semblables soupçons se manifeslenl. Déjà, en 1718, le Magistral s'était plaint parce qu'on voulait forcer la ville à fournir deux bâtiments distincis, l'un pour le culte français, l'autre pour le culte flamand '\ et, quelques années plus tard, il signalai! au marquis de Prié l'arrivée dans la ville de « plusieurs personnes infectez de la religion leformée » : si Taulorité ferme les yeux sur celte violation des lois du pays, d'autres « sectaires » viendront s'élablir en Flandre et répandront leurs erreurs *.

De son côté, le commandani bollandais dénonçait à La Haye les excitations du clergé yprois contre les protestants. Les cboses en étaient venues au poini que le Magistrat axail été obligé de publier une ordonnance pour empècber la populace d'insuller les [)asteurs dans les rues, et de se porler contre eux à des voies de fait ■'.

état de servir pour cet usage, par raport à l'infection des vermines et la puanteur de la boucherie. Mémoire des points auxquels l'exécution du traité de la Harrière et de la coiivention postérieure manque en tout ou en partie, et sur lesquels LL. H H. PP. demandent une exécution plus exacte et plus complète remis à Messieurs les commissaires de Sa Majesté Impériale et catholique par ceux de LL. IIH. PP. le 46 avril 1738. (Ibidem. Jointes des terres contestf^es, cart. 83/gg.)

^ Le 16 février 1731, le métier des bouchers promit y respect et absence de tout bruit, du moment qu'on les aura avertis des heures; on ne vendra à l'avenir pendant ledit tems que des tripailles ou viandes sans en couper aucune qu'avant ou après ledit exercice tini. » (Ibidem.)

'- Ibidem, f" 01-63. — Voir sur cette affaire les Hesolutien van H. IL M. de Stalen yeneraal de r/31, f° 1644.

3 La prédication en flamand se faisait au Zaelhof. Le Magistrat proposa de faire le service français au Tuchthuis; mais le Résident Pesters, ayant visité ce local, le trouva insutlisant, et exigea des réparations dont le coût dépassait 3,000 florins. (Archives du Royaume à La Haye. Resolutien van H. II. M. de Staten generaal, 1718, f» 1201.1

* Archives de la ville d'Ypres. Section IL Culte. Église et religion reformée.

5 « Het zij met woorden ofte met der daedt. » (Archives du Royaume à La Haye. Resolutien van H. H. M. de Staten generaal, 1718, f» 1614.)

A Menin, dès le lendemain de la capitnlalioii, le commandant hollandais de Wildren s'empare de la chapelle de Sainl-Jean-Baplisle, en fail abattre Taulcl el ériger à la place une chaire pour le pasteur. Le prêche est fréquenté par les reiigionnaires de Mouscron, Limai, Roucq, Bondues, Wambrechies el autres localités, au grand mécontentement de la population '.

L'établissement des garnisons hollandaises dans nos provinces eut bientôt pour conséquence un cerlain nombre de mariages mixtes, c'est-à-dire contractés entre fidèles el hérétiques.

Ces unions, on le sait, ont toujours été désapprouvées par l'Église; elle ne les tolère (|ue pour éviler un plus grand mal, et elle subordonne son agrément à des condilions plus ou moins sévères selon les circonstances.

On ra|)porle un mariage mixte à Tournai - dès 1710. D'autres ^ sont

< Jacques Le Groux, Histoire ecclésiastique de Tournai (manuscrit CXCIV de Tournai), II, (517.

- Ce mariage ne donna pas lieu ;\ une plainte de l'autorité diocésaine, attendu qu'il fut célébré dans la clia|)ellc même du palais épiscopal pai- le vicaire général de Colbert. Ce prélat unit, le 17 mai 1710, Jean de Saussin, chevalier, originaire du diocèse d'Orange, capitaine dans l'armée des l'iovinces-Unies, « appartenant à la religion prétendue reformée », et Elisabeth-Thérèse de Varwanne, de religion catholique, née à Lille. Le chevalier de Saussin avait fourni au préalable la déclaration suivante: « Je soussigné certifie et déclare avoir donné la foy du mariage à Mademoiselle de Varwanne, et m'engage sur mon honneur et conscience et tout ce que j"ai au monde de l'épouser publiquement à sa première volonté. Je m'engage de plus à la laisser maîtresse absolue de l'éducation de nos enfants par raport ;"i la religion. En foy de (juoy j'ay signé la présente promesse et cachette de mes armes. »

Loc. Siqilii.

J. Saussin.

Voici, en outre, à litre de curiosité, le témoignage de l'évéque d'Orange : « Jean-Joseph, par la grice de Dieu et du Saint-Siège Ai)osloli(|ue, évéque d'Orange, Abbé et Comte de Jiontfort, Docteur de Sorbonne, Conseiller du Itoi en ses (Conseils,

Certifions que le seigneur Jean de Saussin, gentilhonmie de cette ville d'Orange, a toutes les qualités que l'on peut souhaiter dans un lionune de guerre de sa naissance, et jouit d'une estime particulière parmy ses compatriotes. Il serait extrêmement à siuiliailer pour l'avantage et l'honneur de cette ville qu'il lit profession de la Heligion Catholique, Apostolique et IJomainc, et que ses enfants à naître fussent élevés dans ladillc Ueligion comme

50 LES GARNISONS DE iA BARRIÈRE

tiénoncés en 1716 el 1717; puis le mal semble s'étendre, et quinze ans après Tarrivée des Ironpes élrangères, les [)laiiiles sont générales '.

Le 25 juillet 1732, le Grand Bailli de Tournai dénonce au Gouvernement les « mariages défendus » que contractent certains habitants de la cité ^. Le 10 août suivant, l'archiduchesse Marie-Élisabeth porte à la connaissance des États-Généraux plusieurs mariages mixtes d'habitants de Naniur qui ont été célébrés à iMaestricht par un ministre protestant. Quatre unions de l'espèce ont été conclues dans le courant du même mois; la chose est d'autant moins tolérable qu'il existe une convention arrélée entre les aumôniers de la garnison et la cour spiriluelle du diocèse, portant interdiction réciproque des mariages entre conjoints de religion dilïérenie. La Gouvernante générale « espère de l'équité de Leurs Hantes Puissances (pi'Elles voudront bien défendre très expressément et très sérieusement aux ministres de leur Religion à Alaestrecht de se mêler des mariages des Catholiques sujets de Sa iMajesIé Impériale, qui vont s'y marier en fraude manifeste « ^

Vers la même époque, des faits analogues sont révélés par le Magistrat de .Menin *, les Conseils de Luxembourg ^ et de Namur ^

ceux de la brandie aînée d'une famille très distinguée dans ce paijs. En foij de quoij, Nous avons signé le présent certificat et fait mettre le sceau de nos armes. »

J.-J., évêque d'Orange.

Le 21 février 1710.

Loc. Sigilli.

(3 de la page précédente.) Arctiives du Royaume à La Haye. Resolulien van H. H. M. de Staten geueraal, 1716.

■< Mémoire de Keerle. Pièces justificatives, n" I.

2 Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 1292.

3 Ibidem. Secrétaireric d'État et de guerre, registre UCCLVIII, f" 69-70. * Ibidem. Conseil privé, cart. 1292.

5 « Plusieurs filles de la Religion Catholique attentent de contracter mariage avec des militaires et autres de la religion prétendue reformée, lesquels ne peuvent tendre qu'à la perte éternelle de celles qui s'engagent en de pareils mariages. (Plainte du Conseil de Luxembourg, du 6 juillet 4734. Ibidem.)

6 Le 2 septembre 1733. Voir La Haye et de Radigués, Inventaire des pièces et dossiers de la correspondance du Procureur général avec le Conseil de Aamur, 306. — Voir aussi le Mémoire remis à M. d'Assendelft, Résident de Leurs Hautes Puissances les États-Généraux

L'évêque de Tournai, François, comte de Salm, rappelle, dans un mémoire adressé à la Gouvernante générale, que son prédécesseur, le prince de Lœwenstein, avait proposé aux Elats-(îénéraux une transaction : les ministres prolesianls nauraieni plus procédé à la célébration d'un mariage mixie, sans s'être mis an préalable d'accord avec l'Ordinaire, et celui -ci aurait inlerdil ;i ses curés de prêter leur concours à l'union de mililaires protestants avec des jeunes filles catholiques, dette proposition conciliante avait éié re poussée '.

Charles VI, ému de cetle situation, prescrivit à la Gouvernante générale des mesures énergiques pour y mettre fin "". En même temps, il chargeait le comte de Sinzendorfl' de protester à La Haye contre les violations du traité de la Barrière qui se pioduisaieni dans les garnisons de ses Pays-Bas.

Marie-Élisabelh fit rédiger en conséquence un projet d'édil ^ comminanl des peines sévères contre les apostats et contre les regnicoles qui contracteraient mariage avec des hérétiques. Ce projet, soumis à l'avis des évêques et des conseils de justice, donna lieu à un intéressant échange de correspondances *. Il n'eut d'ailleurs pas de suite : le Gouvernement craignit de provo(|uer des représailles contre les catholiques du Brabant septentrional et de la Gueidre '.

Le 5 mars 1734, l'évêque de Namur prie l'Empereur de veiller à ce que

des Provinces-Unies à la tmir de Bruxelles le lOauusl 1732 par le secrétaire de Sa Majesté Impériale et Calliulique, concernant les plaintes portées à cette auijuste Princesse par l'Êvéque de Kamur, au sujet des désordres qui a'introdnisenl dans lailite ville en fait de célébration de mariages. (Arcliivcs du Iloyaunie à Bruxelles. Jointe des terres contestées, cari. S5/gg.)

1 Mémoire sur le proijrès de l'hérésie dans le <liocèse de Tournai deiniis l'an 1706.

i Voir sa leUru du ï!iJ auùt 173.J dans noire Ltude sur la condition des Protestants en Belgique depuis Charles-Quint jusqu'à Joseph 11, 182-183.

"a Ibidem. 184-189.

+ Voir Le voyane de l'empereur Jo.seph II dans les Pays-Bas autrichiens en i7SI, 220-226.

•> « i.e rùgltineiit scroit un peu trop rij^oureux ol pouroil aiprir res|irit des tlollandois; ils Irouveroicnt les inoicns d'exereiT leur rossi'ntinu'nl sur ifurs sujtis catholiques par «les vexations rjuils f)nl à la main quand il leur |)lait. » {Observalion.s de l'Evéque de lland. Anliivcs ilu lioyaunK! '.i liiuxclles. (loiiscil privi', cart. 812. — Voir aussi Le voyage de l'emjiereur Joseph II dans les Pays-liax uutnchiens en I7SI, 224, iioti- 2.)

« la religion proteslanle ne prenne racine par les mariages de militaires proleslanls avec les filles callioli(|ues » '. Le 27 avril suivant, l'évêque de Tournai fait entendre de nouvelles doléances : des bourgeois et des paysans du Tournaisis professent publiquement les doctrines calvinistes, assistent au prêche, alors que celui-ci doit être réservé aux seuls militaires; ils célèbrent la Cène, se marient devant le pasteur, envoient leurs enfants au temple |)our y recevoir le baptême," et y font porter leurs morts avec emphase et des cérémonies publiques ». Le ministre reçoit tous ceux qui se présentent devant lui pour contracter mariage, soit deux hérétiques, soit un hérétique et une catholique, et de la sorte l'hérésie se perpétue. « Ce même ministre, contre toutes les règles de l'Église el de l'Élal, exerce par là une juridiction qu'il ne sçauroil avoir sur les sujets de l'Lmpereur, et sans consulter leur propre curé, il les aulhorise à vivre dans un concubinage perpétuel, sous l'ombre d'un prétendu mariage -. » Le Magistral de Tournai revient à la charge ^ au mois de mars 1735, el le Conseil de Namur, à son tour, l'ait, le 20 décembre 4737, des plaintes très vives '. Il atïirme que les mariages dont il s'agit aboutissent souvent à la perversion de la partie catholique, et que les enfants sont presque toujours voués à l'hérésie.

Au contraire, l'évêque de Gand, J.-B. Desmet, rapporte que ces mariages sont rares dans son diocèse ^; de plus, dans les cas qu'il a observés, pas une

1 Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 812.

2 ibidem, cart. 1292.

3 Ibidem, cart. 812.

^ « Rien de plus capable d'altérer la religion catholique que ces mariages, qui aboutissent souvent à la perversion de la partie catholique, ne produisent presque que des enfants infectés des erreurs delà partie hérétique, et sont surtout d'un exemple infiniment mauvais et scandaleux pour le reste du peuple. » (Ibidem, cart. 1292.)

5 Termonde, place de la Barrière, se trouvait dans le diocèse de Gand. — « Ces sortes de mariages sont très rares entre les honêtes gens, mais les jeunes tilles de néant, qui n'ont point de patrimoine réel, et n'en peuvent espérer aucun, contractent quelquefois mariage avec un soldat hérétique devant un ministre hérétique dans les villes de la Barrière. i) {Avis de l'Évéque de Gand, du 21 décembre 1737. Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 812.) Voir par contre les plaintes adressées par les Vicaires généraux d'Ypres au comte de Kônigsegg dès le 19 octobre 1714. (Ibidem. Secrétairerie d'État et de guerre, registre DCXXXlll, f° 75.)

des femmes catholiques n'a apostasie, tandis qu' « une bonne partie » des soldais réformés a emiirassé la religion calholi(|ue.

L'évêque de Bruges, Henri-Joseph Van Susieren, écrit à Bruxelles, le 43 décembre M'il, (jue les mariages mixtes viennent d'élre interdits dans plusieurs provinces de la République '. Nous n'avons pu trouver trace précise de l'interdiclion signalée par le prélal brugeois; il est loulefois certain qu'elle cadre avec ce (|ue Ton sait des dispositions manifestées par le Gouvernement hollandais. On en trouvera la preuve dans une résolulion - des Étals du 10 mars 1716. Nous voyons, d'autre part, le consistoire protestant de Tournai ^ se plaindre, en 4 717, de ce que des soldats de la garnison épousent des femmes catholiques devant les curés de la ville. Il faisait valoir auprès du Grand Pensionnaire de La Haye que ces procédés élaienl interdits par le traité de la Barrière, et que d'unions semblables devaient fatalement naître de nombreux litiges en matière de légilimilé, d'héritage, eic. '.

La quesiion avait été fré(|uemmenl soulevée dans les provinces du Nord, et les Conseils de justice accusaient le clergé catholique de favoriser l'union de ses coreligionnaires avec des réformés, dans le secret espoir de conquérir à son église le conjoint dissident •'. Plus d'une fois les États-Généraux avaient

1 Archives du lioyaiiine h Bruxellos. (^onsoil prive, cait. 1292.

'^ Arctiives du Royaume à La Haye, lîesolutim van II. II. .)t. de Stalen generaal du 10 mars 1716, f° 20L — Un soldat protestant avait épousé quelques annexes auparavant j'i Mons, devant le ministre, une jeune fille cattiolique. Son service terminé, il revint chercher son enfant et sa femme. Il trouva celle-ci mariée à un autre : l'oflicialité avait déclaré le premier mariage nul parce qu'il avait été rélébré par un pasteur. Les Etats-tiénéraux décidèrent à cette occasion c|u'il serait recommandé avec instance aux aumôniers des garnisons de s'abstenir le plus possible en pareil cas.

•' llet Kerkenraadl van hel (janii.sni'n in de Nederduitsrlie Gemcentr binnen Doornkk.

+ Archives du lioyaume à La ll.ive. lienoluUi'n rnn II. II. .M. de Slalen qeneraal, 10 septembre 1717, f° 780.

s Voir notamment les plaintes du Conseil du tirabant septentrional contre les mariages mixtes qui sont « een doorkruijpend ijuaad ». (lU-.'iolulien, 27 mars 17."iO, f" 197.) — Bien avant cette époque, la question des mariages mixtes est agitée dans les synodes hollandais, et l'on s'y montre fort hostile Voir KmittI'.i, : De Inestnnd dci' nfdfrland.'<clie knlholii'hi'n ten tijde der Hepublieli, II, 7()-77. Kuuttel n'a pas signalé une intéressante résolution des Élats-Généraux du 3 juin 17î)0. Itrsolulicu, f"' ;!S8-Hi)ll : Les mariages mixtes ne sont pas absolumiïnt inlerdils, mais on en rendra la céléhralion plus dillirile. Le 19 décembre suivant, les Etats-Généraux reçurent les remercimenis de la « Classis » de Bois-le-duc pour celte résolution. [Ibidem, f» 852.)

exprimé leur désapprobation formellp. Seulomeni, il semble que, à certains moments du moins, le gouvernement des Provinces-Unies se soit montré moins vigilant, lorsque les mariages mixtes s'accomplissaient bors du territoire de la Ré|)iiblique.

Sans doute, il sut, à l'occasion, se montrer équitable. En 1 741, une jeune gantoise caibolique avait éié menée au Sas-de-Gand, à l'insu de son père, et elle était sur le point d'é|)0user un protestant, lorsque, le 4 9 mai, la Gouvernante générale des Pays-Bas se plaignit de « ce procédé irrétçulier et insoutenable » . Ordre fui donné par les États de reconduire la jeune fdle à ses parents ^

Mais cela parait avoir élé une exceplion, car des réclamations analogues affluent périodiquement. Après l'évèque de Huremonde ^, les .Magisirals de Namur, d'Ypres, de Tournai dénoncent la conduite des aumôniers bollandais qui proclament les bans et célèbrent les miions défendues « avec la plus scandaleuse publicité »^.

Le gouvernement aulricbien fit de fréquentes représentations à La Haye, et, en 1752, au cours des conférences tenues à Bruxelles *, on s'occupa de l'abus si souvent signalé. Les plénipotentiaires belges proposèrent une solution radicale : interdiction absolue à tous les ecclésiastiques des deux religions de procéder à la célébration d'un mariage mixte, sans un acte de consentenieni spécial et formel des deux souverains, « à peine d'en être corrigés rigoureusement, tandis que les époux seraient livrés aux tribunaux pour y être châtiés selon l'exigence du cas » ".

Sans aller jusque-là et tout en plaidant les circonstances atténuantes pour leurs aumôniers, les députés hollandais firent savoir que les États-Généraux « éloient portés de trouver un expédient pour empêcher qu'à l'avenir les reformés et les catholiques romaines ne se marient ensemble »''.

1 Arcllives du Royaume à La Flaye. Virbaal Kinschot, I, 1741.

2 Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé. I{egistre aux consultes LXVlll, f»^249-2fi1.

3 Ibidem, Conseil privé, cart. 1292.

* Voir chapitre XI.

B Mémoire De Keerle. Voir pièces justificatives, n° I.

6 « Tant que les Étals-Généraux n'auront pas défendu indistinctement aux militaires de se marier avec des catholiques romains, on ne peut pas trouver mauvais que leurs ministres

oo

El, en effet, le 3 juin 1750, les Élats-Généranx avaient publié ' un placard concernant les mariages mixtes dans les pays de généralité. Ces mariages, porte le préambule de l'édit, font naître toute espèce de dissensions; il arrive que les enfants issus de ces unions sont élevés dans la religion romaine; on a vu môme le conjoint prolestant, subissant une pression irrésistible, abandonner « la véritable religion reformée et adopter les erreurs

les fiancent, proclament les bancs (sic), et les marient, parce que, suivant les loix de la République, les mariages contractés autrement par ses sujets sont illégitimes. » (Ibidem.) — Un des mariages mixtes qui eurent le plus de retentissement, fut celui du prince d'Anhalt-Schaumbourg, colonel au service des Etats-Généraux, avec Gerlrude de Kelser, de religion catholique, fille d'un major de place. Ce mariage fut célébré le 2o mars 1748 par un ministre protestant et renouvelé le lendemain parlecurécalliolique deStevensweerl. Le père du prince en poursuivit l'annulation devant le Haut Conseil de guerre de La Haye.' La jeune princesse sollicita l'intervention du prince Charles de Lorraine. Celui-ci, sans se prononcer sur le fond du litige, soutint l'incompétence du Haut Conseil de guerre. A son avis, la question relevait de l'évèque de Kuremonde. L'article XVIII du traité de la Barrière maintenait les « statuts, anciennes coutumes, le droit diocésain de l'évèque de Kuremonde et généralement tout ce qui regarde les droits, libériez, immunitez, fonctions, usages, cérémonies et exercices de la Keligion catholique, sans aucun changement ou innovation, ni directement, ni indirectement, de la même manière que du tems du Hoi Charles 11 ». Or tout ce qui concerne la validité des mariages est prescrit par les lois canoniques, et spécialement par les décrets du concile de Trente. Le gouvernement de Bruxelles adressa aux Etats-(iénéraux deux mémoires très développés sur cette affaire; ils sont conservés aux Archives du lioyaume à La Haye. (Briissel. Memoiren en Brieven. 1753-17o4.) — Voir aussi un mémoire envoyé par le Résident van Haren au prince Charles de Lorraine le 14 octobre 17o4. (Ibidem, lie(jislre de corresinmdanve du iô mars 17:i2 au 6 février 1736 f" 24:^!249). et le Mémoire pour S. A. S. le Irince réynanl d'Anhall-Sehaumbounj contre Madame la Marqinne de Favras, sa /ille naturelle, daté du 18 décembre 1775. (Ibidem Portefeuilles intitulés De Keher. Fred. Chrhl. van Deijenleldl, 1707-1781.) On peut trouver étrange l'intervention du prince Charles .le Lorraine dans une alfa.re qui se passe entre sujets allemands et sujets hollandais sur le territoire des Provinces- Un les. car Sievcnsweerl avait été cédé à la Uéi)ubli<|ue par le traité «le HIo, Elle s'expli.iue précisément parce que le gouverneur général veut faire observer les stipulations du traité, et, d'ailleurs, nous le constaterons à mainte reprise, le cabinet de Bruxelles protège olHcieusemeiu les catholiques hollandais des provinces frontières, de même (lue les Etats-Généraux accordent leur patronage aux protestants des Pays-Bas autrichiens.

1 Imprimé chez Schellus, « imprimeur ordinaire de Leurs Hautes Puissances ». On le trouvera résumé dans Knuttel. De toestand der nederlamUiche kalhoUeken ter lijdc lier liepubliek. 11, 18^-183.

de Rome »'. il importe donc, puisque Ion ne peut empêcher absolument le mal, de le reslroindre aniani que possible; aucun ban ne pourra èlre proclamé en cause de ciloyens apparlenant à des religions diiïérenles el âgés, le mari, de moins de vingl-cinq ans, la lenune, de moins de vingt ans. Les mariages contractés au mépris de cette stipulation seront nuls, et les enfants qui en naitroni ne pourront jamais être légitimés. Les promesses de mariage échangées dans d'autres conditions seront sans valeur el ne pourront être invoquées devant les tribunaux. Les bans réglementaires seront proclamés, non de huit en huit jours, comme il est d'usage, mais de six en six semaines seulement. Aucun ban ne sera accordé à m) protestant qui passerait à la religion romaine, avant une année révolue à partir du moment de sa conversion publique. Même disposition pour le catholique qui adopterait les doctrines de la Héforme en vue d'épouser une femme protestante. Les contrevenants seront frappés d'une amende de cent ducatons d'argent -.

(^e placard fut invoqué en 1753, à propos d'im mariage mixte projeté à Namur entre une jeune fille catholique et un soldat protestant du régiment de Pretorius ^ Le Magistrat de Namur rappela la convention de ITIT, mais Tétat-major prit texte du placard du 8 juin 1730. Le Conseil privé ^ et le Conseil suprême des Pays-Bas à Vienne ^ n'euient pas de peine à démontrer

1 « Alsoo wij tôt ons Jastwesen onderrichi vvorden dal in liel district van de generalitijt meer en meer komen in te cruijpen huwelijclven lussclien persoonen van de gerefornieerde en die van de roomsche godsdienst, waaruijt niet alleen veele twisten en oneeniglieden tussctien soodaniglie egtUgenoten der selvcr kinderen en liuysgesinnen onlstaen, maar waardoor ook komt te gebeuren dat eeniglie, son niet aile de kinderen, uijt soodaniglie liuwelijcken geboren, in de roomsche religie worden opgevoet, ja dat self sulcke gerefoorrneerde egtilgenoten door lastige aaniioudinglien en vexalien van liaar roonisgesinde nians ofi vrouvven en derselver aanliang worden gepermoveerl en verlyd oni lot opcnbare ergernisse de ware gerefornieerde religie te verlaten, om sigh te begeven tôt de roomsche dwalingen. »

2 Cette amende sera partagée à raison d'un tiers « au profit de l'officier qui aura fait la calenge »; un deuxième tiers au profit des dénonciateurs, le tiers restant au profil des pauvres de la localité où la contravention aura été relevée.

s Archives de la Chancellerie des Pays-Bas à Vienne. D. 43. Litt. H à W, portefeuille n" 175.

* Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé. Consulte du 6 avril 1753, cart. 508. 5 Séance du 15 mai 1753. tbidem.

que celle ordonnance visait iiniquemenl les sujets de la République habitant le district de généralité, et ne pouvait avoir d'effet en Belgique, d'autant plus que la convention namuroise de 1717 « y était obstative ».

Non seulement les mariages mixtes ne furent pas rares, mais on vit deux catholiques s'unir devant l'aumônier calviniste de la garnison de Tournai \ Les curés de Luingne et de Rolleghem invoquèrent l'aulorilé du prince Charles de Lorraine pour faire annuler ce « prétendu mariage » de deux de leurs ouailles -. Le Gouverneur général leur conseilla d'user auprès de leurs deux paroissiens de moyens de persuasion pour les amener à se marier à l'église catholique. IVlais, leurs efforts ayant échoué, les choses en restèrent là, et, le 2 août 1759, le Conseil privé résolut « de ne faire aucune réponse aux curés ci-menlionnés n'-\ De son côté, l'archevêque de Cambrai assure que les pasteurs de Tournai ont fréquemment marié de ses diocésains sans aucune formalité, sans le plus léger examen, au mépris des lois françaises ^.

Une lettre de Marie-Thérèse, datée du 24 novembre 17 79, nous apprend que l'Impératrice s'est résignée à permettre les mariages mixtes, lorsque le conjoint protestant s'engage à faire élever tous ses enfants dans la religion catholique ^ Toutefois, cette tolérance est purement officieuse. On sait qu'un décret de Joseph II mit fin aux contestations en reconnaissant la validité des mariages mixtes, et en prescrivant même aux curés d'en publier les bans et d'assister à leur célébration ''.

1 Barthélémy Becquart et AntoineUe Van rien Beulque. Ils firent plus tard baptiser leur enfant à l'église rél'urniée. Un trouvera de nombreux exemples de ces mariages dans notre étude intitulée : ï\'otes et documents sur les prolestniits de iDurnai au AVIIl' siècle.

'■i Voir la correspondance échangée entre le prince Charles de Lorraine et les deux curés dans notre Klude sur la condilion des prole.stauts eu lieltjique depuis Charles-Quiut jusqu'à Joseph II, 19îj-iy7.

a Arctiivcs du Koyaumc à Bruxelles. Conseil privé, cart. 1:292.

k Lettre adressée aux Archiducs gouverneurs généraux, le 11 juin 17S3, par le Cardinal de Bohan, archevêque de Cambrai. (Archives du Boyaume à Bruxelles. Conseil privé, cari. 1293.)

« Voir sa lettre au Conseiller de l'uscli (von Aiini:tii. Hriefe der Kniseriu Maria Tluresia au ihre Kiuder und Freuude, IV, 339).

'■' Le 21 mai 1782. Voir le texte de la circulaire envoyée aux évéques à cette occasion, dans Le voyaije de l'empereur Joseph II aux l'ai/s-Bas eu /7.S'/, 227.

Les ministres des villes frontières ne se bornèrent pas à exercer leurs fonctions auprès des troupes hollandaises. Un esprit de prosélytisme bien naturel, mais contraire au traité, les porta à répandre leurs croyances autour d'eux, et même à recevoir dans leurs temples les protestante français privés de rexercice de leur culte. L'archevêque de Cambrai les accuse d'avoir attiré à leurs prêches les villageois du Cambrésis et d'avoir envoyé sur le territoire français des émissaires chargés de faire de la propagande. Ils ont réveillé ainsi l'hérésie jusque dans la marche picarde et aux environs de Saint-Quentin '; les jours de grande fête, les protestants français se rendent à Tournai pour |)rendre part à la Cène"*; certains on! transféré leur demeure dans cette ville, afin d"y pratiquer la religion interdite dans leur patrie ^

Dès 4 731, le Grand Doyen de la cathédrale de Tournai écrit à la Gouvernante générale des Pays-Bas ^ et au commandant français de la place de Lille ^ pour signaler « le scandale que commettent les religionnaires de Flandre et de Picardie en allant au prêche à Tournai ». Il avait, été avisé par le Fiscal, mandait-il, que les ministres de la garnison s'attendaient pour Pâques à un grand concours de protestants étrangers ^.

1 Lettre du 11 juin 1783.

'^ « Une niullitude de peuple non seulement de la ville et des villages voisins, mais aussi des provinces voisines de la France, laquelle multitude surpasse de beaucoup ceux de la garnison qui s'y trouvent en même temps. » (Dépêche adressée le 6 février 1739 à la Gouvernante générale par le comte de Cuvelier. Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'Etat et de guerre, registre DCCLIX, f« 134-139.)

3 Voir Soumise représentatioti à faire à Sa Majesté par Don Giulio Visconti touchant différentes plaintes faites par les evesques de Tournai) et de iSamur, comme aussi par le Doien de Termonde sur les abus et les excès qui se commettent tant par les garnisons hollandaises et letirs ministres que par les hérétiques établis aux Pays-Bas. (Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'Etal et de guerre, registre DCCLXlll, f"* 340-345.)

4 Les 23 et 26 novembre 1731.

o Le 21 novembre.

6 « Aux Pasques de 1731, le Fiscal de la ville me vint faire part que les ministres de la garnison, au lieu des cinq pots de vin que la ville avoit coutume de leur accorder sans impôt pour la Cène de Pasques, en faveur des militaires de la garnison, leur en sont venus demander vingt-cinq pots, sous prétexte qu'il devoil arriver cette année-là un grand nombre d'étrangers pour les Pasques. « (I^ettre écrite par le Grand Doyen du Chapitre au marquis de Botta Adorno, ministre plénipotentiaire, le 3 octobre 1730. Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'État et de guerre, registre DCCLX, f« 71-76.)

DANS LES PAYS-BAS AUTRICHIEjNS. 59

En effet, il en arriva plus de douze cents de la Picardie. Leurs chants pieux provoquèrent des protestations et des injures de la part de la « canaille », et, le jour de leur dépari, les malheureux Picards furent couverts de boue, pourchassés à coups de pierres, assaillis et malmenés d'une manière scandaleuse \

Le gouvernement de Bruxelles, tout en déplorant ces visites des protestants français, ne crut pas pouvoir intervenir "'. Mais la Cour de France donna des ordres sévères \ et de 1732 à 1749, un véritable cordon mili-

"i i< Ils chantaient toute la nuit des psaumes avec grande clameur qui ont attiré la canaille de cette ville du coté de leur logement qui crioit dans les rues aussi avec grande clameur pour les contrefaire... le jour du départ, sortant de la prêche au bout du quay, ils furent assaillis et insultés avec des pierres, des boues et des clameurs par la canaille à onze heures et demi du malin jusqu'il leur sortie de la ville » (Ibidem.)

2 « Les portes de Tournai étant gardées par les Hollandais, sans que les bourgeois y aient aucune porte, ce n'est que par hasard qu'on découvre ces sortes de choses, et après qu'elles sont faites. Et d'ailleurs, il est très difficile de pouvoir se servir de notre côté de moyens efficaces à cet égard, à cause de notre situation. » (Dépêche de Visconti, Grand Maître de la cour de l'archiduchesse Marie-Elisabeth au chanoine de la Bassarderie, Grand Doyen du chapitre de la cathédrale de Tournai, datée du 4 décembre 1731. (Copie aux archives de la Commission de l'histoire des églises wallonnes à Leyde.)

3 Voir la lettre adressée par le duc de Roufïlers au chanoine de la Bassarderie, le 21 novembre 1731. (Ibidem.) — « Uudques jours avant la Pasque de ll'ii, le duc de Boufilers fit mettre en garnison à Saint-Amand un régiment d'infanterie et quelque peu de cavalerie, cl fit border dans les villages de la domination de France par 50 maréchaussées le terrain de France limitrophe du Tournesis.

» Dans les tiuatre premiers jours de la première semaine de Pasques les Picards sont venus en grand nombre par Camhray, Valcncicnnes et S'Amand; aux passages de ces trois villes on ne leur a pas dit mot, mais lorscju'ils furent arrivés dans la chaîne de la maréchaussée limitrophe du terrein du Tournesis, ils furent arrêtés et mis dans des granges, et ensuite reconduits par la maréchaussée en l'icardie, lieu de leur habitation, remis entre les mains de leurs pasteurs pour les faire instruire, et, en retenant leurs noms, on leur fit dett'ense sous très grande peine de passer sous la domination de l'Empereur pour aller dans les villes de la Barrière, j'i moins d'être nmnis d'un cerliticat de catholicité de leurs pasteurs, qu'ils seront obligés de produire aux portes des villes par où ils passeroienl. Pendant la ([uinzaine de Pasques, plus de deux mils ont été arrêtés et reconduits. »

« Cette exécution dont j'aij rendu coinple à Son Excellence le Cumle de Visconti, a fait beaucoup de plaisir ;'i S. A. S. l'Arcliiduclu'sse, (|ui m'en fit remercier, et a fait un bien merveilleux depuis I73;i jusques en I7W, tems auquel les troupes liollandoises, après la paix, sont venues eu garnison dans la ville de Tournay. » (Lettre précitée du Grand Doyen au mar(iuis de Botta, o octobre ITot).)

taire empêcha les « religionnaires » picards et artésiens de se rendre aux Pays-Bas.

En i 749, lorsque la garnison hollandaise eul repris possession de Tournai \ les aumôniers prolestants attirèrent de nouveau leurs coreligionnaires des cantons français voisins. Aux fêtes de Pâques do cette année-là, il en vint trois cents. Le gouverneur de la place prit des dispositions afin de prévenir les désordres d'autrefois et fit protéger le départ des calvinistes étrangers par la troupe.

En 17S0, le nombre des participants à la Cène s'éleva à six cents. Cette fois, la populace tournaisienne recommença à les huer'^, mais l'intervention de la garnison empêcha que le tapage ne dégénérât en rixes.

Le chapitre de la cathédrale fit insinuer à Bruxelles qu'il serait utile de revenir au système suivi en 1732, et de prévenir le gouvernement français. Il ne semble pas que l'avis ail été suivi, ou tout au moins la surveillance de la frontière se relâcha-t-elle, car, en 1771, l'archevêque de Cambrai fait entendre de nouvelles doléances au sujet du zèle déployé par les aumôniers hollandais dans son diocèse -K Le gouverneur général des Pays-Bas le renvoie au cabinet de Versailles; le prince Charles de Lorraine, sans méconnaître les inconvénients de la situation, était d'avis qu'il ne pouvait invoquer les stipulations de la Barrière pour faire rentrer les pasteurs dans le devoir, alors que Marie-Thérèse elle-même n'observait plus le traité *. Grâce à cette attitude elïacée du gouvernement ', le prosélytisme calviniste se produisit

i Après la paix d'Aix-la-Ctiapelle, qui meUait fin à la guerre de la Succession d'Autrictie.

2 « Ces six cents, tant picards que d'autres de la domination de la France, cliantoient toutes les nuits dans les cabarets où ils logeoient; la canaille a commencé à crier dans les rues vis-à-vis les fenêtres de leur logement, en dérision de leurs chants. » (Lettre précitée du Grand Doyen au marquis de Botta Adorno.)

3 Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé. Registres aux protocoles, séance du 25 septembre 1771.

■i Depuis 1748, l'Impératrice refusait de payer le subside prescrit par le traité de 1715. Nous en parlerons plus loin.

5 « La trop grande modération dans l'exécution des placards est une des causes principales de cette liberté, et l'on peut dire qu'elle a donné la hardiesse d'exécuter ce que la mauvaise exemple et le scandale avoient commencé. » (Soumise représentation de D.-G. Visconti.)

de plus en plus au grand jour, et les populations, comme les autorités, manifestèrent plus d'une fois de l'irritation.

En 4 736, le bruit se répandit à Namur qu'un des aumôniers de la garnison avait attiré chez lui une jeune fille catholique et préparait son apostasie. Il n'en fallut pas davanlage pour provocpier une véritable émeute. Le Magistrat fit une descente de justice chez le pasteur Faigaux et emmena la jeune fille de force. Puis la populace assaillit la maison, brisa les carreaux et fit entendre des clameurs menaçantes '.

Au dire des témoins protestants, l'autorité communale n'aurait pas fait son devoir, et les perturbateurs auraient eu toute latitude de se livrer à leurs violences^.

Une plainte à charge de Faigaux ayant été transmise aux Étals-Généraux par le gouvernement de Bruxelles, la commission des députés chargés des affaires de la Barrière procéda à une enquête; après avoir entendu l'aumônier incriminé et le commandant militaire de Namur, elle conclut que les faits allégués étaient faux de tout point, et que le Magistrat méritait d'être sévèrement rappelé à ses devoirs ^ La délibération des Etals, conçue en termes acerbes, n'était pas de nature à pacifier les esprits.

Une affaire analogue se produisit à Ypres en 17 62.

■• « Pendant une lieure et demie, quantité de peuple s'occupoit par intervalle à crier : diable de ministre et diable noir; et jettans des pierres contre les fenêtres de ladite maison. « (Déposition du rhirurgien militaire Giloyen. Archives du Royaume à La Haye. Brussel. Assenilelfl. Vcrsvliillende Icgaatslukken, lit.)

2 « Le vicomte d'Elsée, Grand Maieur de Namur, a passé par là en souriant, et n'a rien fait pour calmer la populace. « (Ibidem.)

•'' On peut résumer comnie suit les conclusions de la volumineuse enquête : 1" la fitte dont il est question, est née de parents tiollandais, et attachée comme blanchisseuse au régimtuit de Flir/.el; elle ne relève donc pas de la juridiction du Migisirat de Namur; fî^elle va épouser un soldat protestant; eli(' a le droit d'adopter la religion de son mari, et les autorités belges n'ont pas qualité pour s'immiscer dans cette affaire; 3° le ministre n'a en rien contrevenu au irailé' de la liai-riére; 1° le Magistrat de Namur, s'il n'a pas directement favorisé l'émeute, n'a rien fait pour l'euipècliei' on junir la réprimer; 5° les auteurs île la bagarre sont connus ei denieureul inipuuiv Donc le Magistral mi'rite d'èlre sévèrement btftmé. (Archives du Uoyaume i^i l^a ttaye. Itisoliitirii van II. II. )l. île Statfu ijeueratil. Année I7;ii, I'"" (i27, (i:!l, (i;i!) et suivants ) — Nous n'avons pu (U'cituvrir les explications que te Magistral de Namur ilul sans aucun doute fournir au gouvernement belge : nous n'avons donc f|ue tes déclarations d'une des parties en cause.

Les Vicaires généraux accusèrent le pasleur Van Bijier d'avoir séduit des catholiques yprois. Entraînées par ses promesses, un certain nombre de familles seraient allées s'établir en Hollande et y auraient aposlasié. L'autorité communale fit une enquête sur cetle affaire, et après en avoir pris connaissance, le gouverneur général requit les États-Généraux des Provinces- Unies de « réprimer sévèrement des excès de cette nature »'.

Nous avons retrouvé le procès-verbal de l'instruclion à laquelle il fut procédé par les échevins J. Denavighel el F. Merglielinck, assistés du greffier de la Vierschaere, F.-E. Boeleman ".

Une jeune fille, Clara Cohiers ^ « arrêtée au moment que, par une suite de celte séduction, elle s'embarquoit pour passer en Hollande à la même fin », déclare que le « Dominé l'a vivement engagée à rejeter les erreurs de l'idôlalrie romaine, disant que les protestants prenaient grand soin de leurs coreligionnaires, et que si elle changeait de religion, elle serait pour toujours à l'abri du besoin. Il aurait proféré ensuite de grossières attaques contre l'Eucharislie et le culte des saints, puis, arrachani à son interloculrice un scapulaire qu'elle portait sous ses vêtements, il l'aurait jeté au feu.

Enfin, la jeune fille aurait abjuré la foi catholique et participé à la Cène dans le temple wallon. Peu de temps après, exhorlée par une calholique de ses amies à qui elle avait fait l'aveu de sa faute, elle aurait vécu durant plusieurs semaines dans la retraite et reçu la visite do plusieurs ecclésiastiques, sans cependant rentrer dans le giron de l'Eglise romaine. Elle serait retournée chez Van Bijier et aurait obtenu de lui une petite somme d'argent pour se rendre en Zélande, où elle devait trouver de quoi pourvoir à sa subsistance. Elle fut arrêtée par le bailli de la ville, tandis qu'elle était déjà sur la barque publique, prête à partir.

Les Étals-Généraux reçurent la communication du prince Charles de

1 Voir le texte de la réclamation envoyée par le prince Cliarles de t.orraine dans notre Étude sur la condition des Proleslanlt; en Belgique depuis Charles-Quint jusqu'à Joseph II,

'i Ce procès-verbal n'existe plus clans les archives de la ville d'Ypres, mais nous en avons trouvé une copie aux Archives du Royaume à La Haye : Brussel, Memorien en brieven, 1753-1764.

3 CeUe Clara Cohiers était âgée de vingt-deux ans et native de Vlamertinghe.

Lorraine avec une extrême hauteur. Ils assurèrent le gouverneur jïénéral qu'eux aussi étaient désireux d'éviter toute espèce de troubles dans les iiarni- SODS, et qu'ils n'hésiteraient pas à punir ceux de leurs subordonnés qui donneraient du scandale en matière religieuse'.

Mais ils ajoutaient que l'enquèie laite à charge de V^an Bijier n'avait rien de sérieux ^, que les accusations portées par Clara Cohiers étaient « de pures mensonges •)'\ L'instruction, approfondie celle-ci ^, à laquelle il avait été procédé par les soins des Étals eux-mêmes, démontrait que le Magistrat d'Ypres méritait d'être censuré « pour avoir fait une si vague, absurde et fausse accusation » .

Il est certain que la procédure échevinale n'avait pas été contradictoire : on avait noté les déclarations de la plaignante sans se donner la peine de les vérifier, et les magistrats yprois avaient tout au moins encouru le reproche de légèreté. Mais l'accusation n'en demeura pas moins valide aux yeux du public, et la réponse des Etats-Généraux passa pour un démenti intéressé. Cependant les autorités belges n'insistèrent point.

1 « Leurs Hautes Puissances assurent Votre Altesse Royale qu'Elles ne sont pas moins attentives que Votre Altesse lloyale à écarter tout ce qui pourroil troubler la Iranquilité des garnisons des villes de Barrière en fait de religion, et que par conséquent, en cas qu'elles viendront à savoir que ceux des garnisons ou qui en dépendent, entreprennent de faire naître du scandale, Elles ne balanceront pas d'y remédier suivant toute justice et équité. (Mémoire adressé par le liésidcnl Van Haren au prince Cliarles de Lorraine, le 19 mars l'tli'l. Archives du iioyaunie à La Haye. Copieerboek beginnende met den 16 february 1756 tôt den 26 july 1762, f° 453.)

2 « Welcke lilaglUe alleen berust op een inforniatie waar van nog tijd, nog plaals, nog persoon, nog onislandiglieden, ol wat eeniglisins len bcwijs in saacken van laiten gerequireerd vverd, opgegeeven is, desweegens belioorlijck ondersoeck gedaan, veel min suicks als een beweesen taak aangenomen kon werden. » (Ibidem, licsolulien van H. II. M. de Staten generaal. Séances du It janvier et du :2 mars 17(5:!, f" "21, 14o.,

•i Mémoire précité de Van Haren, du 19 mars 17t):2.

■* L'enquête nouvelU;, laite sur l'ordre diîs Etats, est résumée dans le mémoire de Van Haren. I^es témoins entendus atlirment que Clara Colliers est allée trouver spontanément Van Bijier; elle lui a <lit qu'elle était née protestante, comme sa mère, mais que le S(!Cond mari de celle-ci, appartenant ;"i la religion catholique, la persi'cutait parce qu'elle refusait de se convertir aux ducirines romainiis. Elle lui di-manda ensuite d'entrer à son service, et comme le pasteur déclinait sa proposition, disant n'avoir pas besoin de servante, elle lui demanda un secours pour se rendre en Hollande. Il lui reniii ce secours, « mais sans lui pai'Ier d'aucun pré-cepie de la religion reformée ». Jliidem./

Les Hollandais ne laissaient passer aucune occasion de prendre en mains les inlérêls des proteslanis établis dans les Pays-lîas méridionaux. Celle attitude, qui blessait au vif le gouvcrnemenl aulricbien et nos po[)ulations, datait d'avant le traité de la Barrière '. La sollicitude des États du Nord n'était d'ailleurs pas limitée aux réformés de la Flandre, du Hainaut et du Limbourg; nous les voyons intervenir plus d'une fois dans le cours du XVIII® siècle en faveur de leurs coreligionnaires de la France, de la Hongrie, du Palatinat, de l'évèché de Salzbourg, etc. -. Les archives hollandaises nous fournissent de nombreuses indications de secours pécuniaires accordés à des catlioIii|ues apostats''. D'autre part, en 1700, la Républicpie subsidie l'émigralion des calvinistes du Hainaut vers l'Électoral de Brandebourg *.

Nous avons cité plus haut les instances que firent à Anvers, en 1713, les

^ Le chanoine Desmet cite des faits significatifs qui se produisirent dans le cours du WU^ s\èc\e. (Aperçu historique sur une communauté calviniste des environs d'Audenarde. Choix de mémoires, II, 604.)

2 Voir Kerroux, Abrégé de l'histoire de la Hollande et des Provinces -Unies depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours, IV, 1136, 11S7. — Voir aussi Knuttel, De toestand der nederlandsche katholieken ten tijde der Rcpuhliek, 11, 83-91.

On trouvera un document intéressant sur l'intervention, en 1728, des Etats Généraux en faveur de nombreux français « galériens pour la foi » dans un travail de H.-D. Guyot, Extrait de la correspondance des ambassadeurs des Provinces-Unies à la Cour de France de 1726 à 1836. (Bulletin de la Commission de lliistoire des éijlises wallonnes, 2<' série, III, 115-123.)

3 Séance des États-Généraux du 24 févrierl700 : à P. Aubien, ancien récollet; à Georges- Juvénal Schandergues, id.; à Antoine Gentière, ancien bénédictin; à F. de la Torre, ancien augustin; on leur accorde une pension de quelques florins par semaine. (Archives du Royaume à La Haye. Secrète resolutien van //. H. M. de Slaten generaal, séance ilu 24 février 1700, f" lOo, idem du 27 février 1700, f» 111.)

■i « Is ter vergaderinge gelesen de Requeste van die van de consistorie van de waelsche gemeente tôt Leyden houdende dat vêle proselyten uyt de provincie van Henegouwen daegelycks hier te lande anquamen, om vervolgens naer de landen van den heere Churfurst van Brandenburgh te vertrecken, aldaer de selve gunstigh wierden ontfangen, dat de selve vluchtelingen doorgaens te Rotterdam aenquamen, en vervolgens sich transporteerden nae Leyden, omdat aldaer seer veele waelen van die quartieren en van hunne kennisse woonachligh waren, ende aldaer soo lange verbleven lot dat weer ende windt diende, om van Amsterdam naer Hamburgh te water ende soo naer het Brandenburgsche Gebiet te vertrecken.... » La communauté wallonne de Leyde n'étant pas assez riche pour subvenir aux besoins des émigrants, sollicite l'aide des États-Généraux. Ceux-ci, dans leur séance du 3 août 1700, accordent un subside de cent ducatons d'argent. (Ibidem, î° 411.)

députés hollandais pour obtenir la proclamation de la liberté de conscience dans les Pays-Bas. Ils avaient mené une active campagne en vue de garantir tout au moins au duché de Limbourg une situation privilégiée '. N'ayant pu faire décréter le princi|)e, on ténia l'impossible pour sauver l'église proleslante de Hodimont, dont le maintien, prélendait-on, avait été jadis promis par l'Empereur-. Bien souvent le Conseil d'État des Provinces-Unies accorda d'importants subsides aux églises de l'Olive '^ el de Tournai *.

iMais il y a des interventions d'une autre nature, des démarches d'un caractère comminatoire cjue nous devons relever ici.

1 Les Elats-Géni'raux avaient accordé un subside aux protestants de Hodimont pour se bâtir un lenipie. (Voir Secrele resolutien, 1708, f° Hit; 1711, f» 5S6; 171.5, f"' 39, 162, 163, 281, 282; 1716, f- 471, 509, 5o8; 1717, f"' 163, S26.)

'•i i^es assemblées religieuses tenues dans les Provinces-Unies de 1714 à 1727 ne manquent pas une occasion de réveiller le zèle des États-Généraux. Au synode tenu à Maastricht durant le mois de mai 1714, le pasteur Basnage déclare « qu'il sera l.'nu de s'y emploïer à présent que l'on doit régler la tiarrière, et que l'on pourra faire souvenir Sa Majesté Impériale de la promesse qu'Ellc a faite en.parlant pour le Portugal de conserver l'exercice public de la Keligion reformée i^i Hodimont, ainsi que dans quelques autres endroits du pays de Limbourg. 0 (Voir article 17 des décisions du synode. j — Voir aussi article 16 du synode de Middelbourg de 1714; article o7 du synode de La Haye de 1713; article 23 du synode d'L'treclit de 171o; article 27 du synode de Heusden de 1716; article 19 du synode de Campen de 1716; article 20 du synode de l5erg-op-Zoom de 1717; article 42 du synode de Deventer de 1718; article 62 du synoile de Leyde de 1719; article 48 du synode de Flessingue de 1719; article 62 du synode de Maastricht de 1720; article u8 du synode de Naarden de 1720; article 47 du synode de Zierickzee de 1722; article 4o du synode de Nimègue de 1722; article 57 du synode de Gouda de 1723; article 46 du synode de Haarlem de 1723 ; article 48 du synode de Gorcum de 1724; article 38 du synode de Goes de 1724; article 50 du synode de Zwolle de 1725; article 43 du synode de Lceuwarden de 1725 ; article 23 du synode de wSchiedam de 1726; article 20 du synode d'.\rnheni de 1726; article .34 du synode de IScrg-op-Znom de 1727; article 47 du synode de l/i lîrielle de 1727. — Après cette date, les synodes jugèrent sans doute les sollicitations inutiles, el on n'y revint plus. {Livres snuodaiu', h la bibliothèque de la Commission de l'histoire des églises wallonnes !> Leyde.)

" Sur l'Olive, voir Aolcs et Ihcumciils sur les proteslaiits de Tournai au XVIll' siMe.

4 Notamment à l'Olive, trois cents florins en 1722 et cent cinquante en 1741. — En 1727, au consistoire de Tournai, « uni; somme sulllsante pour ses besoins présents ». {Livres sjiuodaux ) — On <'iitendait par « église de l'Olive », le culle célébré dans certaines communes du ilainaut limitrophes de la iVance, comme llongy, Luingne, Maulde, Doiligiiics, Lstaimpuis, etc. O qui subsiste des archives de l'Olive est déposé ù la bibliothèque wallonne de Leyde.

Au cours des années 1717-1719 circulait, dans les cani|)agnes des environs (PAudenarde, un missionnaire réformé, du nom de Grand. Sur les instances de l'évèquo de Gand, les autorités beiges tentèrent d'entraver sa propagande et le menacèrent de poursuites. Le pasteur se plaignit aux Etats- Généraux '; ceux-ci prescrivirent à leur minisire accrédité auprès de la Cour de Bruxelles de faire savoir an gouvernement (|ue si Brand continuait à èlre Tobjet de mesures vexatoires, ils ordonneraient, comme mesure de représailles, la fermeture immédiate de Téglise du Sas-de-Gand. Et ce ne fut pas une vaine menace : les catholiques de celle localité lurent privés de leur temple jusqu'à ce que Brand eût pu reprendre le cours de ses prédications.

Comme le système avait réussi, on y revint. En 1731, le « kerekenraadt » du Sas-de-Gand ayant dénoncé '^ des tracasseries infligées aux réformés de Marie-Hoorebeke, de Maeler el d'Etichove, les Étals-Généraux ordonnèrent au commandant militaire du Sas de mander devant lui les membres du clergé catholique de cette ville et leurs coreligionnaires les plus notables, el de leur rappeler que le culte romain avait été autorisé olficieusemenl dans la Flandre zélandaise à la condition que les Réformés jouiraient dans la banlieue d'Audenarde d'une tolérance équivalente 'K Puisque la convention n'était

' Séances du 28 juin 1717 (Secrète resolutien, f" 80); du 31 mars 1718 {Ibidem, (" 39); du 18 février 1719 {Ébidem, f° 48).

2 « Parliculierlijcli met liet onlreclcen van vveesliinderen van gereformeerde oudersaan de vooghdye van liaare natuurlijcke vooglulen, van de geretbrineerde Keligie zijnde. » Séance du 13 janvier 1731. [Resolutien, f» 24.)

3 « Hel is den Commandeur van liet Zas van Cent aangesclireven dat hij de roomsche prieslers en eenige van de voornaamste roomscligesinde, inwoonders van het Zas van Gent bij tiem sel ontbieden, en aan de selve aanseggen, dat liaar belient is, dat Haar Hoogti Mogende aan haar de oeffeninge van den roomsclien godsdienst binnen het Zas van Gent bij connivenlie niet anders is toegestaan, als op conditie dat de Gereformeerde te Mater, Marien-Hoorebeeclv, en andere parochien omtrent Audenaarden, van gelijcken bij conniventie toegestaan soude werden, om gelijck van oudts haaren Godsdienst aldaar te oetfenen, en dat de selve ter saacke van hare Religie ongemolesteert souden biijven, dat Haar Hoogh Mogende het contrarie van dien vernemende, niet langer de oeffeninge van den roomschen godsdienst binnen Zas van Gent sullen kunnen dulden. Uat derhalven gemelden priester en roomsche inwoonders sullen moeten uytvvercken, dat de moeyelijckheden aan die van de Gereformeerde Religie omtrent Audenaarden in de voorgemelde parochien aangedaan werdende, mogen cesseren, of dat zij te vvachten hebben dat Haar Hoogh Mogende sullen intrecken haare permissie tôt oeHeninghe van den roomschen godsdienst binnen het Zas van Gent onder conniventie verleendi. » (Ibidem. Séance du 13 janvier 1731, f° 24.)

pas observée par le gouvernement autrichien, elle devait également cesser de produire ses eiïels en Hollande. Peut-être cependant une démarche des catholiques zélandais à Bruxelles aurait-elle pour résultat de ramener la paix religieuse \

Les catholiques du Sas-de-Gand se récrièrent et firent valoir qu'il était injuste de les rendre responsables d'une silualion dont ils n'étaient pas les auteurs; ils pétitionnèrent aux Etats-Généraux ", afin de détourner les représailles dont ils étaient menacés, mais les États demeurèrent inflexibles : l'église du Sas demeura fermée jusqu'à ce que les hérétiques de la Flandre eurent fait savoir que les autorités belges ne les tracassaient plus.

L'arme avait si bien servi qu'on y recourut encore. Le 24 septembre de la même année, un groupe de protestants d'Ypres ^ fait savoir au ministre de Hollande que le curé d'Eslaire a obtenu de l'archiduchesse Marie-Élisabeth l'autorisai ion de |)erquisitionner dans la demeure d'une famille calviniste de Doulieu, près de Warneton, faussement accusée de faire de la propagande ^

Ils affirment que cette perquisition a eu lieu de la manière la plus vexatoire. On a confisqué tous les livres de piété, on a cherché à ruiner ces

i Ce n'est pas la première fois que l'on recourt à cette voie détournée. Voir notre Étude sur la condition des Protestants en Belgique. 76.

- Leur pétition fut comniunifiuée aux États-CiémTaux dans la séance du 15 février 1731. (Archives du iioyaumc à La Haye. Ilesoliilirn v(in II. II. M. de Slaten generaat, f" 90.)

3 David Damalvy, pasteur; Louis Guerre, ancien; V. Deisse, diacre. (Arcliives du Royaume à La Haye. Rru.ssel. Secrète brieven. 1731-1747.)

■i 11 est ù remaïquer (jue les auteurs de la nnjuête protestent vivement contre cette accusation : « Nous pouvons aussi vous assurer, Monsieur, que les plaintes que le curé d'Estîtirc a pnrtc'cs à Bruxelles quo lesRfMiants auroit perverti et atiré {'i leur religion d'autres familles, sont sans l'onileiniMit et confrères ;"! la véritt-, car jusqu'iscij, bien ([u'on ait cherché des témoins, personne ne l'a osé atester. » (Ibidem.) — La dénonciation du curé d'Estaire est formelle cependant, et le Conseil privé la reconnail fondée. (Voir la consulte du 1" décembre 1730.) Toutefois le Procureur y;énéral de l''laiidrc, nous le verrons plus loin, estime que les intimés n'ont pas fait de propagande. Cette déclaration du Procureur général est d'antant plus ('transi' (|u"il a transmis liii-mènie, le 21 fi'vrier 1731, le procésverbal d'une information pri'paraloire o|)éroi' par ses soins et d'où il résulte (|ue les Renants ont cherché fi provoquer des apostasies. Voir les dépositions de .Martin IHi Hayon, J.-R. Maniiiilly il J. Thorel. (Archives du Royaume ;"! Rruxolles. Conseil privé, cari. liOi.)

malheureux paysans « qui n'avoieiU rien à leur charge que d'être reformés ». On les a trailés de « pierre de scandale el de poison puhlique »'. L'Evêque de Sainl-Omer les a excommuniés et a fait afficher sa sentence à la porte de l'église; il a défendu à tous ses diocésains d'avoir aucun commerce avec eux : « il a même ordonné de leur fermer la porte en cas qu'ils vinssent vers eux, et s'il arrive que quelqu'un leur achète quelque chose, il a défendu de les payer » ^,

« Mesme le bruit se repent Çsic) qu'on a ordonné aux chergenis et aux porteurs de sacs d'Eslaire qu'en cas où ils vinssent au marché on les lapidai avec des pierres. » Ces vexations font craindre la reprise d'une campagne en règle contre les protestants de la Flandre et du Hainaut, « et cette affaire pouroit avoir des fâcheuses suilles si malheureusement on se voyoil obligé d'en venir aux représailles » .

Les signataires de la lettre s'adressent donc à d'ÂssendeIft "^ pour qu'il s'efforce d'obtenir de la Cour au moins, si l'on ne veut pas tolérer l'existence à Doulieu de la famille poursuivie, « on leur donne du tems et une permilion de vendre leur bien pour payer leurs deptes avant de se retirer en Hollande » .

Le Résident des Provinces-Unies renvoya la requête au Grand Pensionnaire * en demandant des instructions. Il ne servirait de rien, écrivait il, de

1 Ce sont les termes employés dans la requête adressée le 10 septembre 1730 par le curé de Doulieu 5 la Gouvernante générale. (Ibidem, cart. 1292.)

2 Voilà ce que disent les protestants d'Ypres. I^a sentence d'excommunication lancée par l'évêque de Saint-Omer, Joseph-Alphonse de Valbelle, ne porte pas précisément cela. Voici le passage capital de ce document : « Il nous plaît, en retranchant ces membres gâtés de la paroisse d'Etaires, déclarer les peines qu'ils ont encourues, ce faisant, ordonner qu'ils seront dénoncés au prône par trois dimanches consécutifs, leurs noms affichés ù la porte de l'Église, et faire deffenses à toutes personnes de l'un et de l'autre sexe, de les hanter ny fréquenter sous les peines de droit. » (Ibidem. Conseil privé, cart. 1292.)

3 Le o juillet, le ministre d'Ypres avait prévenu de son intention le Bailli Remery. Celui-ci écrit le 6 au Fiscal de Flandre : « Il me teint {sic) un discours qui dura près de trois heures, disant qu'il en escriveroit aux États pour en avoir raison... qu'eux laissoient en Hollande les Romains en repos, et qu'il surviendroif pour un petit objet comme celuij-cij de grandes difficultez. » (Ibidem. Conseil privé, cart. 1292.)

4 Le 27 septembre 1731. Archives du Royaume à La Haye. Brussel, Secrète brieven, 1731-1747. Voir aussi Gewone brieven, 1732.

faire des démarches si les Elats-Géncraux ne prenaient pas catégoriquement position, car le Gouvernement de Bruxelles est animé de mauvaises intentions à l'égard des prolestants : il essaie fréquemment de leur nuire ', et son secrel désir serait de rendre l'exercice de leur culte impossible, s'il eu avait la puissance.

La réponse des États ne pouvait élre douteuse : ordre fut donné au ministre de déclarer à la Gouvernante que si l'on ne laissait pas vivre en paix les réformés inolTensifs ", les catholiques du pays de généralité en porteraient la peine ^.

C'est ce qu'avait craint le Procureur général de Flandre. Dès le 26 octobre 1730, ce haut magistrat avait déconseillé les poursuites, d'abord parce que les Intimés « n'avoienl donné d'autre scandale que celuy de ne pas faire profession de notre religion »; ensuite parce qu'il fallait éviter de provoquer les vengeances hollandaises; il est bon, écrivait-il, de « tolerare malum minus ut evitetur majus »*.

< a Ik hebbe van mijn pligt geoordeelt de voorz. brief onder Uwe adresse ten kennisse van tiaar Hoog Mogendo te nioelen brcngen oin derselver goedvinden en ordres daarop gehoorsaaml af te vvagten, omdat ik gcnoegsaam vaststelle dat dit Gouvernement sonder ernstige inlerventie van flaar Hoog Mogende niet ligt van genomen resolutie sal afgaan vermits men daarop altiicr seer rigoureus is, en van tijd tôt tijd de oeffeninge van de waere Gereforniecrde Cliristelijke Godsdienst soekl te incommoderen, en, was hct mogelijk, geheel te beletten. » (Ibidem.)

2 « Sich stil en modest gedragendc. » (Ibidem.) — « Leurs Hautes Puissances ne peuvent s'imaginer que l'inlonlion de Votre Altesse Uoyale soit d'ordonner des persfcutions si criantes contn; des personnes qui n'auroienl commis aucun crime, sinon qu'on voudroit leur imputer celuy de faire profession de la religion reformée, et considérant l'indulgence que lueurs Hautes Puissances auroicnt pour les catholiques romains soumis à leur souveraineté, Leurs Hautes Puissances esp(^r(Mit que Votre Altesse Sérénissime voudra bien ordonner ù qui il appartiendra de faire cesser les procédures contre les dits Benants, et qu'on laissera dorénavant c(!ux qui font profession de la religion reformi'e dans les Pays-Bas autricliii'us sans les molester à ce sujet. » (Archives du Koyaume i") Bruxelles. Conseil privé. tiegistres aux Consultes, XIV, f" 384-393.)

3 Archives du Boyaume ù La Haye. Secrelc resoluticii van II. II. M. de SUilen generaal, 1731, f'I «7.

* « Hs sont fort facil à prendre représaille, comme l'expérience nous a fait voir plusieurs fois, et à |ierdre les pasteurs pour disperser les brebis, h (|Ui'lle lin ils ont plusieurs lois fermés les églises et chassé les prêtres de riieluse, du Sas do Caiid, de llulst et daulres

Le Conseil privé s'était occupé de celte affaire à diverses reprises ', d'abord à la suite de la plainte du curé d'Estaire, puis à la requête de la Gouvernanle générale, enfin après rinlervenlion du Résident hollandais. Pour le Conseil, la question a été mal posée : il ne s'agit pas de savoir si les Provinces-Unies tolèrent sur leur lerriloire toutes les religions, mais bien de rechercher si une tolérance de l'espèce est légale dans les Pays-Bas autrichiens. « Or, sur ce prinfii|)e, le dit Résident n'a scu citer ni avancer aucun placcart ou ordonnance de nos princes souverains par ou l'exercice de quelque autre religion que la catholique et romaine auroit été tollerée en ces pays -. » Le Conseil trouve étrange l'ingérence des États-Généraux « dans une affaire qui ne les regarde en aucune manière n'\ et juge absolument <i inouïe »la démarche d'un diplomate étranger en faveur de sujets « notoires » de l'Empereur. Si les situations étaient renversées, dit-il, certes le gouvernement de La Haye se montrerait moins patient (jue celui de Bruxelles et ne souffrirait pas qu'un souverain se permît d'intervenir dans l'administration intérieure de la République. Abordant le fond du litige, le Conseil expose qu'il ne s'agit pas dans l'espèce de dissidents qui pratiquent discrètement leur culte dans l'iniérieur de leur famille ' : une enquête sérieuse, dirigée par les Fiscaux de Flandre, a révélé que les inculpés sont des catholiques de naissance; ils n'ont renié leur foi que depuis l'entrée des troupes hollandaises dans les places de la Barrière; ils ont tenu dans leurs maisons des « convonticules » interdits; leurs coreligionnaires s'y réunissent pour chanter les psaumes de Marot; on relève à leur charge bien d'autres griefs encore : ils vivent en concubinage avoué, mangent publiquement de la viande

endroits, à la désolation de tous les catholiques qui s'y trouvent en grand nombre. » (Dépêche de J.-J. de laVillette, procureur général près le Conseil de Flandre, à la Gouvernante générale. Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 1292.1

1 Notamment dans ses séances du 1"' décembre 1730 (Archives du lîoyaume à Bruxelles, Conseil privé, registre aux Consultes XI, f« 302-309); du 3 juillet 1731 (Ibidem, Xllt. {•" 166-169); du 23 juillet 1731 (Ibidem, f"^ 221-223) ; du 12 décembre 1731 (tbidem, XIV; f« 384-393).

2 Ibidem, XIV, f«^ 384-393.

s Ibidem.

4 c< En cachet », dit le Conseil privé.

aux jouis défendus, eulerrenl leurs morts dans leurs jardins el se livreul à une propagande active pour « pervertir les sujets de Sa Majesté avec scandale ». C'est à tort qu'AssendeIft invoque le traité de Munster : ses dispositions ne peuvent s'appliquer au cas actuel '.

Les plaintes contre révêque de Saint -Orner sont tout aussi injustifiées -, el, fussent-elles fondées, l'Empereur ne pourrait leur accorder aucune allention : le diplomate hollandais a perdu de vue que le prélat incriminé est sujet de la couronne de France, et que le souverain des Pays-Bas ne satn-ait l'atteindre.

Quant à la proposition d'accorder aux dissidents de Doulieu l'autorisation de vendre leurs propriétés et de se retirer ensuite en Hollande, elle ne peut être admise, attendu qu'une mesure pareille serait du plus mauvais exemple. Le Conseil craini que d'autres regnicoles, voyant les heureux effets de l'intervention hollandaise, n'apostasient à leur tour pour s'en assurer le hénélice. Certes, il ne faut pas songer à revenir sur la tolérance dont joui>senl les protestants [)aisibles, mais ici il y a eu scandale; ce scandale n'est pas « tollerable » et doit être réprimé. Voilà la réponse que le Gouvernement pourrait adresser aux communications de la République, et l'honneur national commande d'ajouter (pie c'est une question d'ordre intérieur dans laquelle les États-Généraux n'ont pas le droit de s'immiscer ^.

1 « II est clair et noloir que cet article 19 du traité de Munster ne parle que des sujets respectifs des scigneuis contractans, à scavoir que les sujets de Sa Majesti- venans es pays et terres des Etats généraux et re(;ipro{(ueinent les sujets de ces derniers venants es pays de la domination de Sa Majesté devront à l'égartl de l'exercice publique de la religion se gouverner et comporter en toute moilesti(\ sans <|ue par Ih ils auroicnt voulu iieniicttre que dans les pays de leurs donnnations on y pourroit introduire autre religion que celles qui y avoient été tollerées par les loix fondamentales des respectives dominations, mais uni(|ueiiient (|Ut' les sujets de l'un et l'autre état venans es paijs et terres de leur souverain y devront exercer leur religion en toute modestie. » (.Consulte du 1:2 décemhre 1731, \tV, l"' 384-393.)

2 « 11 n'a l'ait que ce (jui lui a été ordonné par les SS. Canons, et notamment par le concile de Trente. » (tbideni.J

^ « Votre Altesse Sérénissime pourroit être servie de faire connoitre audit iiésident des Etats généraux fiu'Elle est ('tonnée que ses maîtres se veuillent ingi-rer dans une atl'aire qui ne leur concerne pas, et (|u'tille ne doute |)oinl que les Etats gi'uéraux ne se vouilront plus mêler de la cause de Iteligioii ik l'égard des sujets de Sa Majesté. » (Ibidem.)

L'Archiduchesse se rallia à la manière de voir du Conseil '. On serait donc disposé à croire que le Gouvernemeni — une fois n'est pas coulume — avait relevé avec énergie le caraclèrc incorrect de celle intervention d'un pouvoir étranger dans les affaires du pays. Ce|)endant nous lisons, d'autre |)art, dans une dépêche adressée le 2 janvier 1732 par Marie-Élisabelh au Conseil privé : « Nous lui - avons fait connaître qu'en considération de l'intercession et de la réquisition des Élals-Généraux des Provinces-Unies, nous avons permis pour cette fois-ci aux dits Benants de vendre leurs elTels, et de se retirer ensuite en Hollande ^ »

Les interventions du même genre sont très fréquentes; elles se reproduisent sur tous les points gardés par les Hollandais et pendant tout le cours de l'occupation. En -1733, les cahareliers d'Y' près dénoncent la situation irrégulière d'un nonmié Carie, qui vend du vin en gros cl en détail, (|uoique étranger et protestant. Il est arrivé à Ypres en 1713, à la suite de la garnison hollandaise, et, bien que les ordonnances locales interdisent aux catholi(pies de prendre domicile dans la commune et d'entrer dans les corporations ', il est parvenu à obtenir du Magistrat l'autorisation de se livrer à son négoce.

Dès qu'il fut mis au courant de Taffaire, le Résident des Provinces-Unies se livra aux démarches les plus actives ' pour obtenir que l'autorité fermât les yeux sur l'irrégularité dénoncée.

1 « Je me conforme, el j'ai fait faire réponse au Résident d'Assendelll sur le pied que le Conseil la proposé. » Marie-Élisabeth (Ibidem, en marge de la délibération).

2 C'est-ù-dire d'AssendeIft.

'A Lorsque les exilés eurent mis leurs biens en vente, personne n'osa faire d'enchères. Alors, le 4 août 1732, d'AssendeIft demaniia au gouvernement de faire savoir publiquement « qu'il est permis à la famille des Benants de vendre leui'S biens qu'ils ont sous la domination de Sa Majesté Impériale et Catholique, et qu'il soit libre à tout le monde de l'acheter n. La chose fut accordée le 8 du même mois. (Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 1292.)

^ « Les suppôts de tous les corps de métier ne peuvent y être admis ù moins qu'ils s'expui'geroient préalablement par serment qu'ils professoient la religion catholique, apostolique et romaine. » (Ibidem. Registres aux Consultes, XX, f°' 112-119, Consulte du 18 avril 17H3.)

•"> « L'expérience nous fait voir combien les Etats généraux des Provinces Unies maintiennent ceux qui sont de leur religion jusqu'au point d'importuner Votre Altesse Sérénissime pour des simples laboureurs et aujourd'huy pour un caftier. » (Ibidem.)

Le diplomate hollandais fait surloiU argument de la tolérance dont jouissent les catholiques dans son pays. Nos magistrats sont peu sensibles à cette raison : « il ne leur ' maii(|ue jamais de prélexle, et prétendent que ce qui est perniis aux calholiques romains sous leur domination devroil de même être permis sous celle de Sa Majesté Impériale el Calholi(|ue, à ceux de la religion prétendue reformée, mais ils ne considèrent pas que la liberté de religion est une loy fondamentale de leur républi(|ue; au contraire, la religion catholique, apostolique et romaine, à l'exclusion de toute autre, est celle des Pays-Bas ". »

Le Conseil privé est cependant d'avis qu'il vaut mieux ne pas insister sur cetie considération d'ordre religieux. Il juge plus opportun d'invoquer la coutume d'Ypres qui réserve aux regnicoles l'accès des métiers : Tautorisation accordée par le Magistrat à l'intéressé est nulle de plein droit ^, attendu qu'il n'est ni bourgeois ni suppôt du corps des cabareliers *, et le Conseil estime que nulle protection étrangère ne doit être assez forte « pour obliger à enfreindre les loix et les constitutions fondamentales des villes » ".

En 1736, une jeune fille protestante de Bois-le-duc, la demoiselle van Lith de Jeude, se rendit à Anvers, el s'y convertit à la foi catholique. Le bruit s'étant répandu (pie cette conversion était l'œuvre de deux capucins de Bois-le-duc, les États-Généraux ordonnèrent la fermeture de l'église desservie par ces religieux : elle ne serait rouverte que si la jeune tille retournait

1 Aux États-Généraux.

2 Consulte du 18 avril 1733. Registre XX, l>" Mi-Wd.

•5 « Nous ne coni|)renons pas coinnienl ceux du Magistral d'iprcs, (|ui doivent être les pères du peuple et les tuteurs de leurs bourgeois, ont pu donner eelte permission de leur autorité privée au préjudice de eeux dont la protection leur est commise. » ilbidem.)

-t « Comment pouvoit-il devenir bourgeois? Luij qui a dit luij même qu'il suivoit les troupes des Etats gt'iiéraux, el (|ui, [lar c()nsé(|uent. ne pouvoit pas être réputé d'avoir lixe

domicile dans une ville H nr piiit exercer un négoce: autrement il arriveroit à tout

moment que les étrangers, niènu^ des gens sans aveu, s'établiroieiit dans l'une el l'autre ville de ces pays et y cxerceroicînt tel négoce (|u'ils Irouveroient bon, au préjudice des bourg(!ois et suppôts des métiers des dites villes. » (Ibidem. i

■• Ibidem.

74 LES GARNISONS i)E LA IJAKUIÈRE

iliins sa ville nalale pour y déclarer solennellcmenl que son changemonl de religion nV'Iait pas l'œuvre des moines incriminés '.

Le lo avril il o^2, les chefs do la communaulé proleslaïUo d'Eupen el ilodimont - adressent au minisire des Provinces-Unies à Bruxelles une supplique destinée à la conférence qui doit se rétniir potn- régler les conlesta-

1 CeUe fois, le gouvernement des Pays-Bas autrichiens, par une espèce de réciprocilc, se constitua le patron des capucins hollandais. Le 18 octobre 1730, le comte d'Harrach, ministre plénipotentiaire, écrivit au conile d'AssendcIt'l, Résident des Provinces-Unies à Bruxelles :

« Monsieur,

» Le Père Provincial des capucins a représenté à Son Altesse Sérénissime (|ue leur église étoit encore fermée à Bois-le-Duc, et que Messieurs les États généraux rcfusoicnt d'en permettre l'ouverture, à moins que la demoiselle Dina van Lith de Jeude n'aille audit Bois-le- bue faire sa déclaration de foy, de même que celle qu'elle n'a pas été induite par les PP. missionnaires Léopold Bernaerts et Van den Putte de changer de religion, mais que conmie la susdite demoiselle ne vouloit pas se résoudre de se rendre à Bois-le-Duc pour y faire la déclaration qu'on demande, que cependant elle seroit prête de la faire entre vos niLiins, Monsieur, alîn que, par ce moyen. Leurs tlautes l*uissances puissent être assurées que les missionnaires mentionnés n'ont point eu de part au changement de religion, comme on le leur impute.

» Cette princesse m'a chargé de vous taire savoir de sa part que vous lui fériés une chose très agréable, Monsieur, si par vos soins vous pouviés obtenir de Messieurs les Etals- Généraux la grâce de pouvoir recevoir chés vous la déclaration de Mademoiselle Dina van Lith par laquelle elle déclareroit que ce n'est pas par l'induction des susdits religieux qu'elle a changé de religion pour faire cesser par cette voye toutes les raisons qui ont pu donner occasion à faire fermer leur église à Bois-le-Duc.

» Je vous prie de bien vouloir y donner toutes vos attentions, et de croire au reste ([u'on ne sauroit ajouter à la considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être,

» Monsieur,

» Votre très humble et très obéissant serviteur,

» Comte FnÉDÉRic d'FIarrach.

» Bruxelles, ce 16 octobre 1736. -

» A Monsieur d'AssendeIft. »

{Archives du Royaume à La Haye. Brussel, Assen;)Elft, Brieven en bijlagen van Craaf van llarrach). — Le 19 octobre 173(5, les Etats-Généraux déciilèrent que leur Résident ne pouvait recevoir la déclaration de changement de religion. Si la demoiselle van Lith voulait rentrer l'i Bois-le-Duc et pratiquer le culte catholique, la chose lui serait parfaitement loisible. (Ibidem. Resolutien van II. //. M. de Slaten generual, 1736, f° 600.)

'J « De voorstaendcrs van de Cruys-gemeentcns Eupen en Hodimont. »

lions pendantes entre les Pays-Bas et la République. Ils lui demandent d'appuyer leurs instances pour obtenir que Texercice public de leur culte soil autorisé '.

Lorsque, le 15 septembre 1733, Tlmpéralrice publie un édit sur l'acquisition de biens immeubles par les gens de mainmorte^, les réformés limbourgeois vont se trouver privés de quelques terres dont les revenus alimentent leurs pauvres, ainsi que de leur cimeiicre et de l'habilalion de leur pasteur. C'est encore une fois auprès des Élals-Généraux qu'ils prendront leur recours 'l La protection de la République ne leur fera pas défaut *.

En 1769, des conleslalions se sont produiies dans le Tournaisis entre calboliques et réformés. Le .Magistrat de Rongy a cru devoir reprendre à ces derniers le cimetière qui leur avait été concédé en 1712 par Van Keppel, comte d'Albemarle, commandant des troupes bollandaises envoyées contre Louis XIV. Les protestants invoquèrent l'appui du colonel de Ton, commandant la place de Tournai. Celui-ci écrivit au prince de Slarbemi)erg |)our se plaindre « des vexations qui augmentent tous les jours vis-à-vis de ces

1 Archives du Royaume à la Haye. Brussel. Diverse brieven, 1752-1755. — Le dossier contient une pélltion analogue des mêmes personnes, adressée au prince d'Orange, et une copie destinée aux États-Généraux. Ces deux dernières pièces sont signées : « De leden des Kerckenraedts van de noodlijkende hervormte gemeente van Kupen, lande van Limburg, A. Schniitz, J. Martin, Jean-Grégoire Quoilin, .\braham van den Brusch. »

2 Voir le texte de cet édit dans les Placards de Brabant, Viil, 1 1-20.

•< A. Sclimilz, rilé plus haut, écrit au Résident van Flaren : « S;il mon nie! ten minsten daerop aandringen dat onse goederen niet gcamorliseerd sijndc en van dooderhand wesende, moeten vercoghl worden ; en soo dit, dan sullen se ons nogh cens onlsclten van de bcgraefenis |)laelsc, gelijrk sij in aloudc tijden de gcmei-nte Eupcn ontseï liebben van den genieene kerckhofl'; sij sullen door de vercopinge van het prudickhuijs alhier en le Hodimont ons benccmen het eenigst monument dat wij hier te lande hebben van onsen certijds geplecgdcn oitcnbacren godsdiensl. » — Il fait remarquer aussi « dat een menigte roomsche handwercklicden bij de gereformeerde cooplijden bun kosl winnen ». (Archives du Royaume h La Haye. Brussel. Diverse brieven, 17u2-17o5.)

+ Le 2!» mars 17.")i, les Elals-(!énéraux prescrivent ù van llaren d'appuyer chaudemenl auprès du prince Charles de Lorraine la re(|uète des protestants du Limbourg. (Ibidem. Secrele resotutien van II. II. M. Staalen geitcraal, 1754, f" 28-29.)

s Voir noire Eiiiile sur la condilinn dc-t prolfslaul.'i en Bcliiiquc, 88 et suivantes. — « Rongy est infecté d'hérésie, l'ius de vingt-cinq familles y ont levé le mas(|ue depuis le siège de Tournai. » (Bepn'scntalion de Visionli. Archives du Royaume f» Bruxelles. Secrélairerie d'Etal et de guerre, registre DCCLXIII, (^' MO-Mb.)

pauvres gens», ei pour lui signifier que si Taffaire n'était pas réglée à bref délai, il ne pourrait se clis|)enser de faire son rapport à La Haye '.

Comme Crumpipen s'étonne de voir le commandant de la place de Tournai intervenir dans une alTaire sans rapport aucun avec l'administration militaire, de Ton réplique avec raideur que les protestants usent d'un droit consacré par la tradition en invoquant l'aide des consistoires dans les villes de la Barrière -. Ils sont tous placés sous la protection spéciale du commandant militaire, et, d'ailleurs, les États Généraux manifestent leur patronage en salariant un ministre wallon '\ inutile au service militaire, et dont la présence affirme le lien qui unit les protestants lournaisiens à leurs frères du Nord.

L'insistance avec laquelle Tolficier hollandais appuie sur ce point est aussi malhabile que peu courtoise; elle doit froisser les autorités belges, d'autant plus que de Ton incrimine leurs intentions de la manière la plus acerbe : « Plus on regarde celte affaire de près, écrivait-il, et plus on reste convaincu qu'on a voulu à tout prix exaspérer, ruiner et chasser les prolestants » K

Que la passion religieuse ait inspiré les échevins de Rongy, la chose semble certaine, et le Conseil privé lui-même en conviendra plus tard '; mais l'étrange diplomatie du colonel risquait fort d'amener des complications qu'il eût mieux valu éviter.

1 « Je vais partir pour La Haye, et si d'icy alors l'affaire n'est pas finie, il n'est pas possible que je me dispense d'en faire rapport k ma cour. » (Lettre du 7 mars 1771. Copie à la bibliothèque de la Commission de l'histoire des églises wallonnes, à Ijeyde.)

2 Lettre du 19 mars 1771. (tbidem.i

3 « C'est un usage constant que les familles prolestantes qui étoient dans le pays quand les Hûllandois sont entrés dans les Pays-Bas y ont toujours fréquenté leurs églises, et ont toujours pris dans le besoin leur recours au consistoire de nos églises. C'est pourquoi l'État entrelient un ministre français inutile à toutes ses troupes. » (Ibidem.) — Plus loin, le colonel cherche à pallier le mauvais effet que sa lettre a pu produire : « J'avoue que j'aurois dû les envoyer d'abord à La Haye, mais l'espoir de pouvoir finir l'affaire icy sans interposer les cours m'a fait prendre la liberté de m'adresser d'abord à Votre Altesse (Starhemberg) dans la ferme conviction de ne pas lui déplaire. »

* Lettre du 8 août. Ibidem.

s Voir ci-après la consulte du Conseil privé du 9 avril 1772.

Pris directement à partie, le Gouverneur général avait le droit de relever énergiquement ce que la démarche du commandant mililaire présenlait d'irrégulior. Déjà, au cours de Tenquêle, les membres du bailliage de Tournai el Tournaisis avaient accusé de Ton d'infidélité à son serment '. Le Conseil privé reprenait pour son compte celte incrimination et jugeait d'aulre pari, avec sévérité, la démarche des protestants de Rongy. Il proposait d'infliger aux plaignants comme à leur défenseur un blâme formel '-.

Mais on en resta aux projets : les archives ne nous fournissent pas de traces d'observaiions faites à La Haye dans l'esprit ipii animait le Conseil. Nous voyons même que l'on accuse le bailliag»^ de Rongy de laisser « dicter ses avis par un zèle immodéré »^, tandis qu'« il ne paraît point qu'ils (les prolestants) se soient oubliés au point d'insulter les dogmes et les inistères de notre Religion controversés avec la leur »*.

Et ce qui prouve (|u'en dépit de son méconlenlement légitime le cabinet de Bruxelles n'adressa point à celui de La Haye de représentations bien

i « De ne se mêler ni directement ni indirectement d'aucune affaire concernant le gouvernement, la politique, la religion et les affaires ecclésiastiques, mais de laisser le tout à Sa Majesté comme légitime souverain. » (Article VU du traité de la Barrière et formulaire annexé.)

- « Son Altesse pourroit faire répondre au colonel de Ton qu'Elle n'a pu voir qu'avec une extrême surprise qu'il se soit mêlé d'une affaire qui ne concerne que des sujets de Sa Majesté, et qui ne touche en rien ni les Etats généraux ni la garnison confiée i'i ses soins, qu'on s'attend que dans la suite il se renfermera dans les bornes que son état lui prescrit, et qu'on no pourroit voir que de très mauvais œil qu'il se mêlât encore de choses qui ne le regardent point.... qu'au surplus le Procureur général du liailliage de Tournai pourroit être chargé de mander les prolestants du village de Rongy.... et de leur donner là dessus une réprimande verbale en leur iiUerdisant toute pareille démarche dans la suite à peine qu'il sera agi îi leur charge dans toute la rigueur, et en les prévenant qu'étant sujets de Sa Majesté, ils ne peuvent, pour quekpu! objet que ce soit, recourir à une autre autorité que la sienne. » (Archives du Royaume h Bruxelles. Conseil privé, consulte du o septembre 1771, cart. 1292.)

3 Ibidem, consulte du Conseil privé du U avril 1772.

'^ Ibidem. — Mais cela n'(Miipècha pas le Gouvernement d'approuver la confiscation du cimetière, et d'ordonner « que [us protestants de Rongy seront enterrés dans leurs champs privés ». (Décret du 5 septembre 1772. Conseil privé, cart. 12!)3.> Kt cependant, le 2 octobre 1771, le Couverneur général estimait « ne pouvant être que très malsain, très incommode pour leurs voisins, et révoltant pour eux-mêmes de les enterrer dans leurs jardins ». (Dépêche i"! ceux du Bailliage de Tournai. Omsoil privé, cart 1292.)

énergii]ues, c'est qu'en 1779 la République fail agir son Résidenl en faveur des proleslants du Linibourg dans les circonstances que voici :

Le curé d'Eupen, accompagné du Magistral, s'était introduit dans la demeure du ministre calviniste, et y trouvant des enfants qui recevaient rinslruclion religieuse, il leur avait ordonné de se retirer, disant au pasteur qu'il lui défendait absolument de les recevoir encore chez lui pour les catéchiser \

Les protestants se plaignirent au Résidenl hollandais, et celui-ci obtint du gouverneur général des Pays-Bas un ordre au curé et aux gens de loi d'Kupen de ne plus inquiéter les dissidents ''. Non seulement la diplomatie hollandaise eut gain de cause, mais le Conseil privé ^, avec Tapprobalion du prince Charles de Lorraine, blâma le curé d'Eupen, déclara qu'il « avait agi imprudemment », et lui signifia qu'il eut à s'abstenir désormais « de molester en façon quelconque le dit ministre ». Il ne convenait pas, disait le Conseil, « de donner aux réformés quelque matière à user de représailles et à inquiéter davantage les catholiques dans les pais où la religion réformée domine » ''.

D'autre part, il arrive que des tentatives de conversion se produisent à l'égard de soldats protestants au service de la République; les procédés des zélateurs catholiques ne sont pas toujours corrects ^. Alors les réclamations du ministre de Hollande prennent un caractère tout à fait comminatoire *".

< Voir la dénonciation adressée par ledit curé au Fiscal de Brabant le 28 avril 1771. (Conseil privé, cart. 1294.)

2 On conserve aux archives du Royaume à La Haye la lettre de remerciements adressée par le pasteur J.-J. Gûlcher au baron Hop. (Brussel, Diverse hrieven, 1779-1787.)

3 Par sa consulte du 23 juin 1779.

* Conseil privé, cart. 1294.

s Le 5 avril 1734, de Lely, commandant de la place d'Ypres, fait savoir au Résident van Haren que des catholiques ont enlevé la fille d'un sergent protestant du bataillon de Halkett, pour la faire instruire dans leur religion. A le croire, « ces sortes de rapt se sont commis souvante fois avant la guerre (de la succession d'Autriche) dans cette ville, sans en avoir la moindre satisfaction ». (Archives du lîoyaume à La Haye. Brussel, Diverse brieven, 1752-17SS.)

fi Ibidem. Passini.

Parmi les griefs d'ordre religieux, un des plus intolérables pour les calholiques belges élait le règlement des exécutions adopté par les autorités militaires des places de la liarrière. Lorsqu'un soldat hollandais catholi(|ue était condamné à mort, il élait accompagné jusqu'au lieu du supplice non par un minisire de son église, mais par un aumônier protestant '.

On prétendait même, et le gouvernement se fil l'écho de ce bruit, que Tétat-major inlerdisait aux ecclésiastiques de visiter leurs coreligionnaires malades ou condamnés "K

Ceci élait exagéré ''; nous en avons pour preuve la protestation des comtnissaires délégués à Anvers en 1738 par les États-Généraux* et le témoignage formel de rarchevèque de Malines, ilumberl de Precipiano^ Mais le

' Le 28 mai 17 H, Fiîneloo écrivait au Pape : « Aliud est facinus quod omnium catholicorum gcmitus et lacrymas movet : N'imirum sanciluiii est a republica, et jam usu confirmalum, ut damnati iiomines qui trahuntur atl supplicia, eliamsi calholicam religionem ab infantia fucriiU professi, a solis Calvinianis minislris deducantur : vetitum quippe est ne in extremo vitie puncto a sacerdutibus catholicis ullam solalii et salutis vocem excipiant. Ea lege prœcipua catliolicœ reiigionis oHicia, quai morieiilis maxime omnium spectant, excerceri nefas csset. » (Lk Glay, Caineracuin christ iatmm, 484-48>.)

'-2 « Les otliciers ne veulent pas permettre que les ecclésiastiques administrent publiquement les sacremens aux militaires malades de la religion catlioli(|ue qui sont dans les citadelles, hôpitaux, prisons, pavillons et cazernes. » {Mémoire de Keerle. Voir pièces justiticatives, n" I.) — « L'Etat major empêche qu'aucun ecclésiastique aproche les soldats catholiques condamnés à mort. » (Ibidem.)

3 Cela est arrivé cependant quelquefois : le 30 août 1721, le Procureur général de Namur dénonce le commandant hollandais de cette ville, qui a fait exécuter un déserteur catholique, et n'a admis auprès du condamné qu'un pasteur calviniste. (Archives de l'Etat à Namur. {Correspondance du Procureur général.) —\oiv la lettre adressée le 19 octobre 1714 au comte de Kônigsegg par les Vicaires généraux d'Ypres. (Archives du Royaume ;\ tiruxelles. Secrélairerie d'Etat et de guerre, registre UCXXXllI, f° 7u.)

* « L'on permet aux ecclésiastiques catholiques romains de visiter les otticiers et soldats malades qui sont de leur religion, et de leur administrer les sacremens dans les citadelles, hô|)itaux, [jrisons, etc., fusse que ces plaintes consistent ù ce que, pour prévenir des désordres que quelques ecclésiastiques trop zélés pourroient causer, les gouverneurs ont mis ordre, lesiiuels n'ùlcnt nulli'ment aux ecclésiaslii|ues romains la faculté d'assister les malades de leur ri'ligioii. » (Aicliives du Uoyaumc; à La Haye, liijliujcn sjicctci'rende tôt het verbaal van de lleeren plenipotentiarissen te Anlwerpen, 1737-1741.)

s « Au ItoY KiN SON Conseil d'Etat.

» Le soing particulier ((ue ie dois avoir en (jualité de délégué aposloliciue du salut des militaires en ces Pais bas, m'oblige i\ remontrer ;\ Votre .Majesté les plaintes que ie vien de

premier poini, bien établi celui-là, non seulemoni reconnu par l'autorité hollandaise, mais sur leqnel les États-Généraux n'admirent jamais aucune Iransaclion, alors que cependant réiai-major anglais lui avait donné, pendant l'occupation de 4 709, l'exemple de la tolérance ', ce point sutïit à affliger et à scandaliser la grande majorité des habitants de nos provinces, d'autant plus que, si l'archevêque est exaclemeni informé, certains pasteurs tentent de

recevoir de ce qui se pratique à Menin et aux environs de Cortrai à l'égard des soldats catholiques condamnez à mort : auxquels, bien qu'on accorde l'accez des prêtres pour les disposer à mourir, on tes en prive pendant qu'on les mène de la prison au lieu du supplice, auquel tems on les accompagne (au grand scandai et murmure des catholiques) de deux ministres d'autre religion, qui ne cessent pas toutes sortes de suggestions de les inquiéter, et lâcher de les faire chancelier dans la foi pendant ces derniers moments qui leur restent pour entrer à l'éternité. Un tel abus contre les privilèges et Heligion de ces païs, et le grand danger du salut de ces âmes ne pouvant être dissimulé, je supplie très humblement Votre Maiestc d'y vouloir porter remède convenable.

« Bruxelles, ce 2" de mars 1709.

« H. F., archevêque de Malines. »

Cette lettre fut transmise dès le 4 mars au duc de Marlborough par une apostille du Conseil d'Etat. On faisait remarquer au commandant des troupes anglaises que les faits dont se plaignait l'archevêque « étaient évidemment contre la liberté de la Religion catholique, à laquelle Sa Majesté la Reyne de la Grande Bretagne et Son .\llesse Milord Ducq et Prince de ilarlborough n'ont jainais voulu permettre qu'on donnât aucune atteinte ».

En note : « Le 25 dilo. Monsieur de Cadogan m'a faict l'honneur de me dire que Son Altesse Milord Ducq et Prince avoit donné sur ce les ordres partout. » (Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil d'État, cari. 84.)

Comme on le voit, les Hollandais n'avaient point suivi l'exemple donné par le généralissime britannique. « Sacerdotibus janua patuit, écrit Fénelon, neque tamen concessum est ut reos ad locum supplicii deducanl. » — Voir aussi sur ce point : Procès-verbal des propositions d'arrangement convenues entre le Lieutenant-Feld maréchal comte de Velen et le prince d'Holstein Beck, gouverneur d'Ipres, chargés cVexaminer sur place les dijférends qui se sont élevés entre le Magistrat et l'État-major de Tournai] (Ibidem. Secrélairerie d'État et de guerre, registre DCCLVI, f"» \89-^00) \ — Rapport du Grand Ddien delà cathédrale de Tournai, de la Bassarderie, sur ce qui s'est passé en 1730 et 1751 (Ibidem, registre DCCLX, f" 71-76).

1 Voir les ordonnances de Marlborough datées du camp de Ghislenghien le 4 novembre 1706, et du camp d'Afflighem le 14 octobre 1707, reproduites dans notre Étude sur 'la condition des Protestants en Belgique depuis Charles-Quint jusqu'à Joseph II, 67. —Jacques Le Groux, curé de Marque en Baroeil, auteur de VHistoire ecclésiastique de Tournai (Manuscr. CXCtX de la bibliothèque de la ville de Tournai), cite avec beaucoup d'éloges les ordonnances précitées, tl, 618.

provoquer, au moment suprême, l'apostasie des condamnés qu'ils accompagnent au supplice.

Déjà en 4 713, le Magistrat d'Ypres avait protesté contre le « scandale » donné lors de la pendaison d'un déserteur catholique, et le peuple avait insulté les prédicants '. Celte manifestation demeure vaine. Les Hollandais consentent à conclure la convention du 29 août 1717, qui assure aux soldats catholiques les secours religieux, mais ils maintiennent avec une obstination tenace l'interdiction faite aux ecclésiastiques romains de réconforter jusqu'au bout leurs coreligionnaires condamnés à mort '-.

Le gouveinement belge protesta à son tour, et, dans l'unique place de la Barrière occupée par une garnison mixte et soumise au commandement

1 Arcliives du Royaume à La Haye. Resolutien van H. II. M. de Staaten yeneraal. 1713, f»^ 1614, 1624, 1635, 1644.

"i Article 4 de la convention conclue à Namur le 29 août 1717 : « Les prêtres catholiques auront libre accès dans les hôpitaux et les prisons pour consoler et administrer les malades, mais ils ne pourront conduire au supplice les criminels ». — Au mois de mai 1738, le P. Vincent Bertelo, de l'ordre des Frères Prêcheurs, déclare devant le Magistral de Namur que, « depuis le commencement, il a toujours eu la liberté de confesser et d'administrer tous les soldats catholiques romains pendant leur maladie, et même de conduire les malheureux, quoique de loin, jusqu'au lieu du supplice sinon depuis trois ans ou environ qu'on l'en a interdit, lui déclarant (|ue, s'il perseveroit à les vouloir conduire, on ne repondoit pas de sa vie; de plus ledit Père déclare qu'on l'a empêché de sortir de la ville lorsqu'on menoit hors de la porte de fer un criminel pour y être ar(|uebusé, le mcnavant de ne point même se montrer sur le rampart, s il ne vouloii pas recevoir un mauvais coup, quoique le patient ait demandé diverses fois de l'avoir avant le coup de la mort ». — Un autre passage de la déposition de ce religieux nous fournit des détails intéressants sur les procédés des otliciers hollandais : « Le susdit Père déclare que du tems ilu viel hôpital il a toujours eu la liberté d'y célébrer la messe, d'y confesser et administrer les malades catholiques romains, et d'y «'nterrcr les corps morts dans le cimetière dudit hôpital sans aucune contradiction, et que le nouvel hôpital étant bàli, l'autel du vieux a été transporté dans une chambre du nouveau, où il a aussi transporté les Sacrements, mais par ordre qu'il a été obligé de transporter lesdits Sacrements au couvent de son ordre de peur qu'on ne les auroil prophani's. Diî plus, il déclare (|uc (|U(!lques messieurs de la religion prétendue reformée faisant la visite dudit hôpital avoient dit qu'on n'avoil point besoin de ces bagatelles, et que, si on ne les ôtoit jias, ils les jetleroient eux-mêmes dehors. Il déclare ensuite que qu(!lqu(' tems après ils ont comencé i*! enterrer les catholiques par force hors la porte de fer en une terre prophane. » (.\nnexe h la dépêche adressée le l2 mai I73S ;\ la Gouvernante générale ties Pays-Ras par le Magistral de Nanmr. Archives du Royaume à Bruxelles. Jointe des terres contestées, cart. ■'■'/se,.)

82 r.ES GARNISONS DE LA BARRIÈRE

supérieur d'un officier impérial, à Termonde, il linl la main à ce qu'un condamné catholique fût assisté jusqu'au moment de Texéculion par un minisire de son culte \ Par un mémoire du 20 juillet 1731, le comte de Neny ^ fait remarquer, à propos d'un incident soulevé à Termonde, qu'aucun article du traité de la Barrière n'autorise les commandants militaires à décréter de semblables dispositions. D'autre part, les troupes hollandaises comprennent des soldats catholiques, et le libre exercice de leur religion est assuré pendant toute la durée du service sous les drapeaux. On commet donc non seulement une cruauté, mais une inconséquence en leur refusant celte même liberté à l'heure de la mort. Celte exigence est particulièrement blessante dans une ville de garnison mixte. Le commandant autrichien de Termonde n'a jamais songé à empêcher les ministres protestants d'assister leurs coreligionnaires, el il a le droit d'exiger la réciprocité.

< « On a fait le procès de ce déserteur à Maestricht (c'était un soldat de la garnison de Termonde), afin d'éviter la ditticulté que ledit gouvernement (autrichien) fait de permettre aux troupes de Leurs Hautes Puissances de garnison à Termonde l'exécution de leurs déserteurs condamnez à mort, à moins que le patient ne soit accompagné d'un capucin ou autre moine. » Mémoire remis le f ' octobre 17.29 au secrétaire de Leurs Hautes Puissances, Travest, par ordre de Son Altesse Madame la Séréiiissime Gouvernante générale pour servir de réponse à celui présenté par le même secrétaire à cette auguste princesse le 5 du mois de septembre dernier, concernant un déserteur du régiment de Savornin, et la difficulté que le gouverneur de Termonde fait de permettre d'exécuter à mort les soldats calfwliques de la garnison de la place sans être assistez d'un prêtre, soit séculier, soit régulier. (Arcliives du Royaume ù Bruxelles. Jointe des terres contestées, cart. ^'^J^q.)

2 « L'on avoue que la condamnation des soldats criminels et leur punition font partie de la discipline militaire pour autant qu'elle renferme l'administration de la justice dans l'état passager de cette vie, mais ce n'est pas de quoi il s'agit, mais seulement de préparer un homme de la religion catholique, apostolique et romaine, k bien mourir par une vraie et sincère repentance de ses péchez pour appaiser par là l'ire de Dieu et fléchir sa miséricorde, non dans la vue de sauver celte vie de pèlerinage, mais uniquement dans le dessein et l'ardent désir de se rendre digne par un ettet de la clémence du Seigneur, de jouir de la félicité éternelle, ce qui n'a rien de commun avec la discipline militaire, qui n'a pour objet que la conduite à tenir dans la société civile, sans s'étendre à l'intérieur de l'homme, de sorte qu'il est évident qu'il est question de l'exercice de la tieligion et de la pratique de l'Eglise catholique au fait de l'administration des sacrements, administration qui est toujours nécessaire, et surtout dans le moment que l'homme, passant de ce pèlerinage, va paraître devant le Roi des Rois pour y rendre compte de ses actions. » Mémoire adressé par le comte de Neny au comte d'Assendelfï, au sujet du libre exercice de la discipline militaire des troupes de la République dans la ville de Dendermonde. (Ibidem. Secrétairerie d'Etat et de guerre, registre DCCLVill, (•" 66-68.)

Les Vicaires généraux du diocèse de Namur dénoncent, de leur côté, ce procédé cruel, qui constitue une innovation contraire aux traités et ne peut s'expliquer que par une arrière-pensée de prosélytisme. Ils ajoutent que l'on a même enlevé aux patients la consolation de garder un crucifix jusqu'à leurs derniers moments : c'est une affectation de mépris à l'égard de la religion nationale '.

Le Conseil de Namur joint ses protestations à celles du clergé. Le 13 avril 1736, il signale au Conseil privé que l'état-major hollandais vient de refuser une fois de plus à un condamné catholique la satisfaction d'être accompagné par son confesseur jusqu'au champ du supplice. On a menacé le prêtre de « ralï'ronler s'il osoit se montrer » ^. Aux réclamations du Conseil, le général de Colyear a répondu de la façon la plus cavalière qu'il ne pouvait admettre son ingérence dans « une pure affaire de service » .

< « Cette défense de laisser accompagner par un prêtre les soldats catholiques condamnés à mort n'est pas un usage constant, mais une nouveauté cruelle. Cette vérité est notoire, et seroit au besoin attestée par un millier de témoins, et il ne paroissoit pas d'ailleurs que les Hollandois pourroient empêcher le confesseur de se rendre jusqu'au lieu du supplice, puisque cela n'apporte aucun changement et ne fait le moindre tort ;\ qui que ce soit, ne voiant pas pourquoi les Hollandois veuillent empêcher i'i un criminel qui va mourir cette consolation, tandis qu'ils ont les ministres de la religion protestante qui accompagnent le même patient et sont allenlour dv. lui, ce qu'ils ne devroient même pas faire, s'ils n'etoient peut-être dans le dessein de le pervertir par leurs exhortations et remontrances, mais doivent laisser au prêtre catholique le soin et la direction de ceux qui professent notre religion, se contentant de mener au supplice ceux (|ui font profession

de la religion protestante Il est déjà arrivé qu'on a arraché au patient l'image du

crucifix qu'il avoit en mains sans luy laisser aucun signe de catholicité qui excite le peuple à prier pour ce pauvre malheureux. Les Hollandois ne peuvent avoir autre raison pour refuser au patient cette consolation, sinon le mépris qu'ils font de notre sainte religion. » Lettre adressée par les Vicaires généraux à la Gouvernante générale le 13 avril 173(>. (ibidem, 1'°" 113-l!22.) — Le 2 septembre précédent, le Procureur général avait signalé un fait analogue : non seulement le prêtre catholique avait été écarté du lieu du supplice, mais on lui avait enlevé son crucifix et son chapelet. (Archives de l'Etal à Namur. Correspondance du Procureur général.)

2 « Ceux de la garnison hollandoise aiant, le 21 du mois passé, fait exécuter un soldat catholique, n'ont jias seulement l'mpechê i|U(' le confi'sseur de ce malheureux sortiroil de la porte de la ville ])our l'acconiiiagner au lieu du supplice et l'assister au dernier innnieiil, mais au contraire on lui a refusé la consolation de lui parler encore un moment avant l'exécution, ainsi qu'il le demandoit instamment, et après (lue les ministres protestants s'eloienl |)ri'sunu''s de vouloir exhorter ce pauvre patient, ainsi que du tout appert, tant

En 1 738, le Magistrat de la même ville se plaint à son tour et dénonce le système suivi comme une nouveauté intolérable '. Le gouvernement revint à la charge et prescrivit à ses délégués près de la conférence d'Anvers de soulever de nouveau la question. Elle donna lieu à un vif débat dont les mémoriaux dressés par les commissaires ont gardé la trace ^.

Aux raisons produites par les plénipotentiaires belges pour faire reconnaître aux condamnés le droit à l'assistance de leurs prêtres, les Hollandais répondaient que ce droit était sulfisamment respecté, puisque les ecclésiastiques romains étaient librement admis auprès des malades et des condamnés « pour les consoler et leur administrer les sacremens jusques à peu de tems avant qu'on les mène au supplice » ^.

Et comme leurs contradicteurs insistaient, ils déclarèrent que les Etats- Généraux, en prescrivant la présence d'un pasteur, faisaient acte de souve-

par la déclaration du dit père confesseur que de l'atteslation de plusieurs bourgeois qui etoient presens à cette exécution, ce qui fait bien voir le mépris qu'ils font toujours de notre religion et les infractions qu'ils continuent de commettre aux susditz traitez et conventions, et combien il importe d'y apporter un remède convenable, puisque, dans un cas pareil à celui-ci, il seroit très à craindre qu'un criminel ne se perverliroil quelquefois dans ces derniers moments par les persuasions desdits ministres, ou se desespereroit par le refus qu'on lui feroit de parler encore une fois à son confesseur et d'en recevoir encore l'absolution de quelque faute qu'il auroit pu avoir oublié. » Dépêche adressée au Conseil privé par le Conseil provincial de Namur, le 13 avril 1736. (Archives du Royaume à Bruxelles. Jointe des terres contestées, cart. S3/gg.)

1 « On ne peut qu'avec gémissement et douleur regarder des ministres protestans conduire au suplice des soldats catholiques dans une ville ou la religion catholique,

apostolique et romaine doit être la seule dominante Les Échevins sont memoratifs

d'avoir vu, lorsque les troupes de Leurs Hautes Puissances ont été de garnison en cette ville corne troupes auxiliaires, du tems de Charles second, de glorieuse mémoire, que les prêtres de la religion catholique, apostolique et romaine ont toujours conduit et exorté a mourir au lieu du suplice les soldats catholiques, apostoliques et romains, condamnés à

mort et qui étoient dans les troupes De plus, dans les villes hollandoises, tes Etats

généraux ne soufîriroient certainement point que nos religieux les y conduisent, ainsi et de même il ne nous paroit pas que des ministres protestans dussent te faire dans nos propres villes catholiques, ou les Etats généraux n'ont ni propriété ni souveraineté.» Dépèche adressée par le Magistrat de Namur à la Gouvernante générale des Pays-Bas, le 12 mai 1738. (Ibidem.)

2 Voir le Mémoire de Keerle. Pièces justificatives, I, et les Bijlagen lot de missieve aen den lleer Griffier Fagel, van den 8 december i738. (Ibidem, n" II.)

3 Ibidem.

raineté, el affirmaient ainsi la primauté de la religion d'Élat partout où flollail le drapeau de la République. Il n'élait pas sérieux d'attribuer l'usage attaqué à de secrètes intentions de propagande \ les aumôniers se bornant à exhorter les malheureux à une mort « chrétienne ». La présence d'un ministre catholique pourrait causer des désordres; le gouvernement autrichien et l'évéque de Tournai '^ lui-même s'en sont bien rendu compte, lorsqu'en 1720 le Magistrat de celte ville a voulu faire modifier cet « usage constant et basé sur la raison » ^.

On comprend que les députés belges ne s'inclinèrent pas devant cette argumentation bizarre. Ils maintinrent qu'il était « scandaleux » de faire accompagner au supplice un catholique orthodoxe par un pasteur hérétique; il suffisait, pour démontrer le caractère odieux de la mesure, de remarquer combien l'âme du condamné devait être troublée par cette diversité el peutêtre par la contradiction dans les secours spirituels. Et puisqu'on avait parlé de religion d'Etal, oubliait-on que, dans nos provinces, le culte catholi{|ue était non seulement celui de l'immense majorité de la population, mais qu'il pouvait seul être pratiqué sur le territoire belge par les regnicoles? Sans doute, une exception avait été faite par le traité de la Barrière en faveur des troupes hollandaises; mais la loi ne tolérait leur culte qu'à l'intérieur des temples militaires, el la conslilulion du pays, comme le traité luimême, se trouvait violée, lorsqu'un prédicant, revêtu des insignes de ses fonctions, circulait dans les rues el affirmait ainsi publi(|uemenl sa foi. Le gouvernement aurait le droit incontestable de s'opposer à ce qu'un condamné protestant fût assisté sur la voie publique par un ministre de son culte; à plus forte raison devait-il protester contre les errements introduits en dépil de toute justice.

< « Cela ne se fait nullement pour le faire ctianger de religion, puisqu'alors il n'y a le tems ni Poecasion. » (Ibidem.

2 « Le Magistrat de Tournai, d'ailleurs pas des plus faciles, a bien tAché de procurer du clianf;emcnl dans ceUe adaire, dont [Monsieur l'Evêque ne voulut pas seulement se mêler, mais aux re|)résentalion3 de Leurs liiiules l>uissances faites au gouvernement des Pays-Bas autrichiens dans l'année t7-20, que de faire accompagner les criminels par un prêtre callioli(|ue romain !i la place de l'exécution pourroit causer des désordres, cette affaire a resté l;"i. » (Ibidem.)

3 Ibidem.

Le débat fut clos par le refus des députés hollandais de discuter plus longuemeni : « Celle affaire, disaient-ils, selon nos sentiments, ne devroit point occuper ces conférences » ^

Les choses en reslèrenl là, et, plusieurs années après, le Résident Kinschot écrit au greflier des Etals-Généraux que celle assistance des aumôniers protestants à l'heure su|)rême des condamnés catholiques est demeurée une grosse ditïîcullé, « eene groote swarigheit » ^

La question religieuse sous toutes ses formes amène des conflits; ceux-ci se bornent parfois à des vexations, mais souvent ils revêtent un caractère d'extrême gravité.

Un des plus bruyants et des plus longs résulta de l'intervention des Étals- Généraux dans l'administration du Chapitre de Tournai, il est antérieur au traité de la Barrière, mais il se prolongea durant plusieurs années après l'établissement de la maison d'Autriche dans nos Pays-Bas.

l 'Un moment les plénipotentiaires impériaux purent croire qu'ils obtiendraient sur ce point une légère concession. Rendant compte au Souverain des conférences qui se poursuivent avec les délégués de la République, ils écrivent, le 22 juillet 1740 : «. Nous n'avons pu par aucune raison les porter à consentir que les catlioiiques romains condamnez à mort, étant menés au supplice, auroient du être accompagnés d'un prêtre de leur religion ou de leur confesseur, et quoique nous soutînmes qu'il n'y avoit rien de plus scandaleux que de voir un malheureux criminel destitué au dernier moment de sa vie de tout secours spirituel, que même cela etoit directement contraire à l'article 9 du traité de Barrière, par lequel il etoit enjoint sévèrement d'empêcher toute occasion de scandale, cependant ils nous ont repondu que cela ne se pouvoit pas accorder, sans donner en même tems occasion de scandale à leurs propres troupes, qui les conduisoient et assistoient au supplice, ledit

article défendant de part et d'autre de donner occasion à un tel scandale Enfin, après

plusieurs raisons alléguées de part et d'autre, tout ce que nous avons pu obtenir, et non pas sans beaucoup de peine, consiste en ce qu'ils se sont relâchés de ce dernier point, et ont déclaré qulls ne seraient accompacfnés ni d'un prêtre calholiqne romain, non plus que d'un ministre protestant. (Archives du Royaume à Bruxelles. Chancellerie des Pays-Bas à Vienne,

portefeuille 426, ad H : ad n™ 64.) — Le témoignage de Kinschot prouve que même cette

concession ne fut pas maintenue.

2 Archives du Royaume à La Haye. Brussel. Verhaal Kinschot, I, 17 juillet 1741.— Nous avons trouvé une plainte du Magistrat di- Namur sur le même objet datée du 26 janvier.1762. (Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 509. j

En 1710, landis que la ville de Tournai était administrée par l'autorité hollandaise, révèque du diocèse, de Beauvau, demanda un congé de six mois aux fins de se rendre à Paris pour solliciter son transfert sur un autre siège. Comme il ne revint pas à l'expiration du délai prescrit, les Élats-Généraux, faisant acte de souveraineté, déclarèrent le siège vacant et prétendirent conférer les bénéfices en vertu du droit de régale '.

Celte prétenlion, manifestée par un gouvernement hérétique, devait blesser profondément le clergé tournaisien. Son mécontentement fut plus vif encore lorsque les États appelèrent au poste do doyen du Chapitre l'ancien secrétaire du grand Arnauld, Ernest Kulh d'Ans '\ célèbre par ses démêlés avec le gouvernement du marquis de Bedmar, et notoirement connu comme janséniste '\

1 Sur la portée du droit de régale, Voir de Wynants, Mémoires contenant des notions générales de tout ce qui concerne le gouvernement des Pays-Bas (manuscrit de la bibliothèque de l'Université de Liège), ctiapitre XI, § 4. — Le Chapitre fit observer que le siège ne pouvait être déclaré vacant par absence, « à moins qu'on n'ait préalablement fait toutes les monitions prescrites par le droit canon et notamment le Concile de Trente ». Il ajoutait que l'archevêque de Cologne et le cardinal de Retz, exilés de leurs diocèses, avaient gouverné par des délégués sans aucun empêchement de la part de la France ou de 1 Empire. (Hover-

LANT, Lxxxtv, m.)

■^ Hoverlant, LXXXIV, t07, l'appelle : « un sieur Ernest, fourbe, hypocrite, cupide et orgueilleux ». — L'histoire très détaillée de ce condit se trouve dans le manuscrit CLXXVI de la Bibliothèque de la ville de Tournai : llcjlexions historiques et dogmatiques sur les persécutions exercées contre le Chapitre de Tournai sous la domination des États-Généraux des Provinces- Unies durant les années 1710-17 1 1-I7I2 et suivantes au sujet de la mise en possession des canonicats de cette église.

3 Ernest Ruth d'Ans, né i\ Verviers le 23 février 16.33, étudia la philosophie et la théologie à l'Université de Louvain et se rendit ensuite ù Rome, puis ;\ l'aris, où il se lia d'une amitié étroite avec le fameux docteur janséniste Arnauld d'Andilly, et il alla demeurer à Port-Royal jusqu';"! la dispersion des solitaires en 1679. Il servit ensuite de secrétaire au grand Arnauld pendant le temps de sa résidence ;\ Bruxelles et parvint :'^ acquérir une influence considérable sur l'Electeur de Bavière, gouverneur général des Pays-Bas. Ce prince l'employa pour travailler l'i l'élection de son frère Joseph-Clément, Electeur de Cologne et candidat au trône de Liège en 1691. Après la réussite de cette campagne et 5 l'occasion de son mariage avec la princesse de Pologne, il le récompensa en le nommant chapelain de l'Électrice et diaiioine de Sainte (iudulc. Ces faveurs suscitèrent l'envie contre Ruth d'Ans. Accusé par rarclievè(|ue de .\lalines, llumbert de Preci|)ianu, de professer des doctrines hérétiques, il se rendit à Rome et parvint à se juslilier auprès d'Innocent IV; le Pape lui coulera mênie la dignité de prolonotaire apostolique. Cependant, le nouveau prélat restait sous le coup d'un ordre de bannissement que Charles 11 avait porté contre lui ;

Le Chapitre porta contre le nouveau doyen une accusation formelle d'hérésie, et, se hasanl sur les canons des conciles, refusa de le recevoir, le déclara inhabile à occuper un bénéfice ecclésiasti(|ue, annula d'avance toutes les nominations qu'il pourrait faire, et menaça d'excommunication tous ceux qui accepteraient de l'intrus une fonction quelcon(|ue. En même temps, il invoquait auprès des Etats-Généraux la capitulation de 1709, qui mainlenait les droits de la religion catholique.

Le prince Eugène appuya cette réclamation, et le Pape déclara par un bref ^ que les chanoines ne pouvaient « en conscience admettre dans leur corps un chef émané de la main d'une puissance séculière ».

(^es interventions demeurèrent sans succès. Les gouvernants de La Haye firent savoir qui si le nouveau dignitaire n'était pas installé dans le délai de quinze jours, les revenus de la mense subiraient une retenue de mille florins par mois. On essaya alors d'écarter le doyen en lui enjoignant de souscrire le formulaire d'Alexandre VII contre le jansénisme, mais quand on sut qu'il était disposé à subir cette exigence, on n'insista plus ^

cet ordre fut révoqué sur les instances de l'Électeur de Bavière. Mais, le 16 janvier 1704, le marquis de Bedmar, agissant au nom de Philippe V, enjoignit à liuth d'Ans de sortir des Pays-Bas dans les huit jours. Les États de Brabant protestèrent, invoquant en faveur de Ruth d'Ans, comme en faveur de Guillaume Vandenesse, curé de la paroisse de Sainte- Catherine, ;'i Bruxelles, victime d'une mesure semblable, les droits et privilèges du pays. Mais ce fut en vain. Quelques années après se place l'incident de Tournai, dont nous parlons plus haut, liuth vécut encore de longues années dans la retraite, refusa d'accepter la bulle Uniyeiiitus, et s'attira par là le refus des derniers sacrements et de la sépulture ecclésiastique. Il fut enterré clandestinement on ne sait où. Voir Du Pac de Bellegarde, Mémoires liisloriques sur Vajfaire de la bulle Unigenitus dans les Pays-Bas autriehiens . Bruxelles, 1753, 3 vol. in-12 (t. 11); Sainte-Beuve, Port-Royal (t. V); Biographie nationale publiée par l'Académie royale de Belgique (art. de H. Helbig); Gachard, Hiiloire de la Belgique au commencement du XVlli siècle (100-107); Vos, Les dignités et les fonctions de l'ancien Chapitre de Notre-Dame de Tournai (t. I, 179-203). Tournai, 1898; 2 vol.

^ Ce bref fut argué de faux par certains chanoines. Voir Lamberty, Mémoires, VI, 383-584.

2 « C'étoit dans l'aparence que ce Doien là ne le feroit pas. L'on se fondoit sur la suposition qu'il avoit lui-même proposé aux Etats de faire abolir ce formulaire là dans les Païs bas espagnols. Comme l'on sçut qu'il le souscriroit, les regimbans rejettèrent l'expédient. )) (Ibidem.) — Le chapitre n'était d'ailleurs pas d'accord sur la conduite à tenir.

En même temps, l'abbé Lenglet publiait contre Ruth d'Ans des pamphlets virulents \ Ils valurent à leur auteur d'abord la prison, puis l'exil ^. Les amendes furent perçues sur Tordre des États-Généraux pendant de longues années'^; plusieurs chanoines durent garder les arrêts*. Le pape Clément XI ayant adressé divers brefs ^ aux Vicaires généraux afin d'encourager le Chapitre dans sa résistance, et rappelant l'excommunication lancée par Alexandre IV contre ceux qui obtiennent des bénéfices par la protection des hérétiques, un de ces vicaires communiqua la correspondance pontificale à ses confrères; il fut banni '\ Le 16 octobre 1711, les États mirent sous séquestre les revenus de la mense capitulaire, et assignèrent à Ruth d'Ans une pension annuelle de 3,500 florins ".

Après la conclusion du traité d'Utrecht, les chanoines espéraient voir la fin de leurs maux. Leur espoir fut déçu : non seulemeni les Hollandais maintinrent leurs prétentions en ce qui concernait le doyen, mais ils refusèrent de reconnaître le nouvel évêque ^, à moins qu'il ne prit rengagement

^ Mémoires sur la collation des canonicats de l'église cathédrale de Tournai.

"^ Ibidem. — Lamberty ajoute gravement : « Communément l'on Irouvoit que ce netoit pas à un vermisseau à se cabrer contre les Souverains ».

3 Indépendamment de la pension payée à Ituth d'Ans, les amendes s'élevèrent à 57,500 florins.

* Le chanoine Colbert avait été exilé, ses confrères de la Bassarderie, de Saint-Marlin, de Carignan et du l'uis, jetés en prison. (Archives du Chapitre, citées par Vos, Les dignitaires et les fonctionnaires de l'ancien Chapitre de Tournai, I, 179-203.)

5 Notamment le 11 et le 28 avril.

•i Nous trouvons ici l'outrain en flagrant délit d'inexactitude. Après avoir mentionné (p. 484j la réclamation des chanoines, il ajoute : « Les Elats généraux, voïant la fermeté du Chapitre, (iurenl la modération de ne le pas pousser plus loin ». — Un a [)u voir ce qu'il en est.

1 C'est le chiffre indiqué par l'Evéque dans son Mémoire sur le progrès de l'hérésie dans le diocèse de Touruay depuis l'an 1706. Un trouve la même somme mentionnée dans le liegislre des Consaux de 1710, séance du 23 avril, f" 37o : « Ordre de Leurs Hautes l'uissances au Alagislral de payer 3,o()0 florins à Uutli d'Ans, pour une anni'e échue le 31 décembre 17l."i, et due par le chapitre. » D'autre part, le registre des Secrele liesotutieii van II. II. .M. (le Slalen generaal, séance du 2i janvier 1711, f" 19, porte, sans doute par suite d'une erreur di; (•()()iste, 2,500 florins.

** Le comlc lie Loewcnslein. Son prédécesseur, de Hcauvau, avait été appelé au siège de Toulouse. Loewenslein fut nommé par le Pape seul : rKinpereur n'élait pas encore inau-

de laisser Riilli en place, ou de consentir à une transaction pécuniaire ^ Cependant, le 16 janvier 1719, le gouvernenienl de liriixelles, se rendant enfin aux pétitions réitérées des chanoines, décréta que le paiement de celle pension était abusif et devait cessera Mais il ne persista guère dans ces velléités énergiques, et, de crainte de complications internationales, il conseilla au Chapitre de négocier un arrangement avec l'intéressé. Le fait est relaté aux actes capitulaires ^ du 42 lévrier 1719. C'est seulement en 1726 que l'on parvint à faire prononcer la déchéance de l'intrus.

Les exigences des États-Généraux ne se bornèrent pas là. Ils émirent la prétention de placer sur le siège autrefois occupé par Jansénius le docteur

guré, et les Hollandais qui occupaient la ville de Tournai, étant hérétiques, ne pouvaient intervenir. Ils ne (irent d'ailleurs entendre aucune réclamation.

i « Qu'il raellrail en possession du décanat le nommé Ernest Ruth d'Ans, établi par eux en celte qualité là. Du moins lui donneroit-il un acte de refus lorsqu'il se présenteroit. C'étoit àcause d'une certaine bulle de la cour de Rome. Sur quoi le dit Ernest s'adresseroit au juge compétent pour décider sur la validité ou invalidité de cette bulle, et Ernest jouiroit d'une pension sa vie durant. Elle devoit être proportionnée aux revenus du décanat. 11 y avoit de plus que si ce doien ne jugeoit pas à propos d'entrer en procès, il jouiroit toujours pendant sa vie de la pension. » (Lamrerty, Mémoires, Vlll, 179-181.)

2 Voir Mémoire sur le proifrès de l'hérésie dans le diocèse de Touniay depuis l'an 1706. — Voir aussi sur les intrigues de Ruth d'Ans auprès de la Faculté de droit de Louvain, et sur l'intervention du célèbre Van Espen, les Réflexions historiques et dogmatiques. (Manuscrit de Tournai, CLXXVl, 83-122.)

3 Sur cette attaire, il y a beaucoup de documents inédits dans les lettres de Van den Bergh et du duc d'Arenberg conservées aux archives du Royaume à La Haye. (Brussel. Correspondenlie van den Beryh, 1707-1710.) — Voir aussi Resolulien van H. H. M. de Staten generaal, 1714 : séances du 11 janvier, f° 36; du 24 janvier, 1'° 94; du 30 mars, f- 346; du 4 juillet, f' 718; du 10 octobre, f°' 1027-1028; du 13 décembre, f° 1238; du 21 décembre, f" 1263. - 171o : séance du 7 janvier, f° 19 ; du 8 janvier, f° 25; du 1" mars, f» 82 ; du 16 mai, f° 481 ; du 20 juin, f"597. — Le comte de Loewenstein, prince de Stavelot et évéque de Tournai, demande, le 3 janvier 1716, aux États-Généraux de consentir tout au moins à une réduction de la pension annuelle de Ruth d'Ans. (Ibidem.) — Le 13 du même mois, Ruth d'Ans envoie aux Etats- Généraux un long mémoire pour démontrer que la situation financière du Chapitre n'est pas aussi mauvaise que les intéressés le prétendent. — Le 26 avril 1716, le Chapitre adresse une supplique aux Etats-Généraux afin d'obtenir mainlevée du séquestre mis sur ses propriétés à la réquisition de Ruth d'Ans. Il fait valoir qu'on lui a imposé une pension de raille ducatons sans l'entendre en ses moyens de défense. (Archives du Royaume à La Haye. Brussel, 1716. Gewone brieven.)

Cuuper, qui passait pour un adepte de ses doctrines \ La tentative ne réussit pas, mais elle avait suffi pour faire naître dans le clergé yprois de légitimes inquiétudes qui ne se dissipèrent point facilement.

Il y avait là des causes sérieuses d'agitation. D'autres, plus graves, se firent jour plus d'une fois, et eurent un long el profond retentissement. Le M mai 474.1, un soldat luthérien du régiment de Villale, au service des Etats-Généraux, en garnison à Tournai, se rendit à l'église des Capucins, y communia, puis cracha l'hostie dans la cour « au grand scandale de tous ceux qui éloienl présents, et de toute la ville, lorsque le bruit s'y fut répandu d'un crime si énorme «^

Le luthérien fut arrèlé sur-le-champ par deux soldats catholiques, témoins de son sacrilège, el enfermé dans une cellule du couvent. Le gouverneur hollandais, avisé de l'arrestation, consentit d'abord à laisser les choses en l'état jusqu'à ce que la Gouvernante générale eût fait connaître ses intentions. Mais au bout de quelques heures, il modifia son attitude, et réclama le soldat afin de le livrer au tribunal militaire.

En agissant ainsi, il cédait, semblo-t-il, — c'est l'archiduchesse Marie- Elisabeth qui le dil ', — à l'induence de certains officiers, qui lui avaient fait craindre un rappel à l'ordre de la part des États-Généraux.

1 « Les Etats avoient une pareille veue touctiant leur nomination ;\ l'ëvècht! d'ipres. Celle-ci etoit en faveur d'un nommé Cuuper. L'on s'atlendoit cependant bien qu'il n'auroit pas été admis, ni a|)|)rouvé de la cour de Home, ù cause de r|uolque hétérodoxie de sentiments. Toujours vouloil-on qu'il jouît pendant sa vie des revenus d(! cette prélature pour contenter son avidité ecclésiastique. Cependant le Chapitre d'ipres écrivit une lettre aux Etals généraux. Elle portoit qu'il ne feroil aucune dilliculté de reconnoilre Cuuper pour évêque, dès que celui-ci auroit r.ru Tapprobalion de la cour de Komu. Les Etats repondirent au Chapitre qu'ils n'avoient aucune correspondance avec cette cour \h. Ils ajoutèrent que c'était au Chaiiitre i'i lui en transmettn- la notice. « (LAMni-itTY, Mcmoiirs, VIII, 180-181.) — La corrcspiindancc d(! Van den Hergh contient aussi beaucoup de pièces relatives à cette affaire. — Voir aussi liéllexioiis historiques et dogmatiques. (Tournai, maimscrit CIAXVI, 199-208.)

"^ Dénonciation de la Couvcrnante générale, datée du -2G mai I7H, et adressée aux États-Généraux des l'rovinces-Unics. (Archives du lloyaume A La llave. Bntssel, ycrbml Kiusclinl, I, 1741.)

■I Itaus une dépêche datée du IJ juin.

Quoi qu'il en soit, il signifia au gardien des Capucins que le détenu devait lui être remis; si Ton ne déférait pas sur-le-champ à sa réquisition, il aurait recours à la force.

Le Magistrat de la ville intervint et demanda que tout au moins on attendit la réponse de rArchiducliesse, puisqu'on lui avait envoyé un exprès pour demander ses instructions '. Ce délai ne préjugeait en rien le fond de l'affaire, et présentait même l'avantage de permettre au commandant d'en référer à La Haye.

Ces observations ayant été mal reçues, le i)Iagislral protesta de ses intentions pacifiques, et promit que le coupable serait remis au détachement envoyé pour le prendre, mais il déclina toute responsabilité pour le cas où l'émotion populaire se traduirait par des violences '^.

Ces violences que l'on craignait ne se produisirent pas, et une forte escorte militaire transféra le coupable dans un cachot de la garnison.

Les protestations du gouvernement ne se firent pas attendre.

Marie-Éiisabeth témoigna au minisire de la République « le chagrin et la surprise » que lui causait la violation du traité de la Barrière^, et soutint que l'affaire était de la compétence du juge communal *. Elle offrit aux États- Généraux de choisir une des trois solutions suivantes : ou bien le soldat serait livré au iMagisirat de la ville, ou bien il serait traduit devant les juges militaires, mais pour être condamné conformément aux lois des Pays-Bas autrichiens, ou bien enfin on aurait « chassé du service le scélérat en question, afin qu'il puisse être saisi au corps à la diligence des officiers du Magistrat de Tournai » .

^ « Il y avait de l'incongruité, dans l'état d'agitation où se trouvait la ville, de ne pas attendre la résolution de Son Altesse Sérénissime. » (Réclamation du Magistrat de Tournai. Ibidem.)

- « S'il s'ensuivoit quelque désordre de la part de la populace, nous ne voulons pas non plus en être responsables, n'étant pas les maîtres de l'en empêcher. » (Ibidem.)

3 Dans son article 9.

■i « Il est hors de doute que ces sortes de sacrilèges étoient de la connoissance et de la décision des juges ordinaires des lieux où on les perpétroit, sans distinguer si le criminel etoit de condition paganique ou militaire, ainsi qu'il se pratique en France et en d'autres pays catholiques. »

Les Étals-Généraux délibérèrent sur la dépèche de la Gouvernante le 30 mai 174.1, et répondirent que les lois de la République interdisaient de distraire un soldat de la juridiction militaire, quel que fût le crime dont il était accusé '. L'article 9 du traité de la Barrière n'avait d'ailleurs aucun rapport avec celte aiïaire^, et, enfin, on ne croyait pas convenable de chercher à induencer en aucune manière la décision des juges l

Cet échange de correspondances fut suivi de négociations verbales dont nous trouvons la trace dans les papiers diplomatiques de Kinschot.

Le comte de Harrach * déclara au diplomate hollandais que si le sacrilège n'était pas châtié avec la dernière rigueur, des troubles graves pourraient être la conséquence de cette impunité. D'autre part, le gouvernement élail

1 « Leurs Hautes Puissances ont trouvé que les loix militaires ne souffrent pas qu'un soldat de leurs troupes soit remis à d'autre tribunal pour y être jugé, de quel crime que ce puisse être, qu'à celui de sa garnison, et d'y titre prononcé sa sentence selon l'exigence des cas. Articles 25 et 32 du règlement du 30 janvier 1716. » (Dépêche adressée le 10 juin 1741 par le Résident Kinschot à la Gouvernante générale. Archives du Royaume à La Haye. Brussel, Verbaal Kinschol, 1, 1741.)

2 « Quant au 9° article du traité de Barrière qu'on allègue pour prouver que le procès judiciaire dudit soldat en question appartitmdroit ou competeroit au Magistrat ou au juge bourgeois de ladite ville, l'on y trouvera qu'il ne prouve rien moins que ce que l'on voudroil prouver, mais bien le contraire, puisque, quand il y a été convenu par le dit article i)» que tous les otticiers politiques, ecclésiastiques, militaires et tous autres s'abstiendront dans toutes les occasions de donner aucun scandale, il n'y est pas statué que ceux qui s'en rendroient coupables, tant militaires que bourgeois, seraient jugez par le juge bourgeois ou iVlagistrat, ce dont on auroit dû convenir, et insérer dans le dit article pour le faire servir à la dite intention, mais au contraire qu'd y est dit bien expressément que de part et d'autre, c'est-à-dire : il sera ordonné tant de la part de Leurs Hautes Puissances que de Sa Majesté à leurs sujets respectifs de ne commettre aucun scandale, ainsi observant exactement la teneur et substance dudit article, il s'en suit nécessairement que tous les sujets militaires de part et d'autre qui contreviennent à cet ordre et commettent quelque scandale, seront jugez par leur juge compétent. » (Ibidem. i

3 « On ne peut prescrire à un juge, qui doit juger une cause ou crime commis, des règles sur lesqui;ll(!s il doive porter son jugement, mais on doit laisser au juge la liberté de former son jugement sur elles, el selon le diclamen de sa conscience, à laquelle Leurs Hautes Puissances croient qu'on no pourroit porter aucune atteinte. » (Ibidem.)

^ L'arcliidiH'liesse Miiiie-Elisabeth mourut le 2() août 1711. tille fut remplacée par Frédéric, comte de Harrach et de Rorrhau, conseiller d'Ktat, t'irand-Mailre et Grand- Maréchal de la Gour, Gouverneur el Ga|)itain(> général ad intérim 1741-17431.

94 LES GARNISONS DE LA BARRfÈRE

décidé à interdire l'accès des églises catholiques à tous les soldats néerlandais, sans distinction de culte K

Peu de temps après, le Résident recevait un nouveau mémoire de la chancellerie belge On avait espéré, y était-il écrit, que les Élats-Généraux n'hésiteraient pas à désavouer leur officier el à abandonner le coupable à la vindicte des lois : « Auroil-on tardé une heure à livrer un soldat coupable de lèse majesté? Et l'on s'y refuse, quand il s'agit d'un crime bien plus grave, d'un crime de lèse-majesté de première classe! - »

La conduite du commandant militaire a été souverainement incorrecte : il a manqué à son serment, car il a réclamé le prisonnier sur un ton comminatoire, et déclaré qu'au besoin il violerait l'immunité du couvent des Capucins. Un « sanglant massacre » n'a été évité pour le moment — car le malheur est peut-être simplement ajourné' — que grâce à la modération du iMagistrat. Or, le commandant hollandais n'ignore pas la portée du privi-

' « En gedeclareert dat in gevalle niet swaergenoeg gestraft wierd, men in het vervolg by dit Gouvernement wel sorge soude draegen dat sodanige onordentelykheden geweert wierden, met te beletten dat geen soldaten van de troupes van den staat, het sy van de Roomsche of andere Religien in deese landens accès in de kerken souden hebben. » (Archives du Royaume à*La Haye. Brussel, Verbaal Kinschot, I, 1741.)

'-* « Leurs Ftautes Puissances n'ignorent pas que la Religion est la baze de tous les gouvernemens qui se conduisent par la droite raison, et qu'ainsi on ne peut porter atteinte à ce fondement sans exposer un gouvernement à sa ruine totale, la Religion étant chez tous les peuples de l'Univers tout ce qui leur est de plus cher et do plus sacré. Elles ignorent encore moins que les sacrilèges sont ceux de tous les crimes qu'il importe le plus aux princes de punir exemplairement tant à cause du droit acquis qu'ont les peuples à la vindicte publique, qu'à cause de la réparation, qui, en pareils cas, est directement due au Roy des f{oys desquels les princes tiennent leur pouvoir sur la terre, qui, en fait des forfaits aussi énormes leur est plustôt confié pour les faire punir selon la rigueur des loix, qu'il n'est abandonné à leur simple el libre arbitre. » (Ibidem.)

3 w Tout le monde sait jusqu'à quelle outrance les peuples sont accoutumez à pousser un zèle de religion souvent mal entendu; à plus forte raison doit-on le craindre dans le cas d'un peuple justement irrité et offensé dans tout ce qu'il y a de plus saint et plus sacré. » (tbidem.) — Le ministre hollandais ne dissimule pas à son gouvernement les craintes qu'il éprouve; il écrit dans sa dépèche du 29 juin 1741 : « Het is te vreesen, in gevalle geen'digne^strafle der selven soldaat wort geintligeert, het selve van groot vervolg sal sijn. » (Ibidem.)

lège de l'asile accordé aux monastères '. Il ne doil pas ignorer davantage l'arlicle 3 du Irailé de la Barrière prescrivant de « régler à l'amiable toute difficulté ou dis|)ute » (|ui pourrait surgir entre les deux puissances. On lui a fourni ce moyen en le priant d'ajourner sa décision jusqu'à ce que les deux gouvernements eussent pu manifester leur manière de voir. Mais il s'est montré inflexiblement opiniâtre, sans se soucier des conséquences graves que sa conduite brutale pouvait entraîner.

Toute l'alTaire fut exposée, le ii juillet 1741, au Conseil suprême des Pays-Bas, réuni à Presbourg".

Le Conseil désapprouva la manière dont l'Arcbiducliesse avait conduit la négociation et estima que, avant de s'adresser aux Élals-Généraux, elle aurait dû demander une direction à Vienne. Le point important dans cette affaire n'est pas que le coupable soit traduit devant telle juridiction plutôt que devant telle autre, mais bien qu'il subisse un châtiment proportionné à son crime ^

D'accord avec son conseil, l'Impératrice envoya au gouvernement hollandais un long mémoire sur ce grave conflit '.

< « II ne pouvoit pas ignorer que les gouverneurs mêmes qui sont préposés de la part de Sa Majesté à la garde de ses villes et places fortes ne peuvent retirer de ces sortes de lieux d'azyle aucun criminel, fusse même le cas du mondi; le plus clair, sans qu'au préalable ceux qui sont établis en vertu de leurs offices pour la décision de la question si le cas est qualifié à la jouissance de l'asile ou point, ne l'aient déclaré iniligne de l'azyle, de quel chef seul on ne voit pas comment on pourroit avant tout refuser île réintégrer ce malheureux entre les mains de ceux d'où il a été retiré et dans le même lieu où il avait été saisi et arrêté en flagrant délit. » (Ibidem.) — Voir aussi sur cette affaire : liesolutien van U. 11. M. de. Slaten (jeiurual, séances du 30 mai i7il, f° 357; du 30 juin, f» 427; du 8 septembre, f° 58.5.

'^ Présents : le duc de Silva Tarouca, président, le vicomte de Patin, le baron de Kurz, MM. Uesvalls et Pool. — Archives de la (Chancellerie des Pays-Bas à Vienne. Dépêches d'ofiice. D 7. Litt. I-W, 1740-1741. i»orlefeuille n" 107.

•1 L'Archiduchesse, peu de semaines avant sa mort, écrivit de Marimonl, le 1"' août 1741, une longue lettre à rimpéiatrice, |)our si' jiisliller : si elle avait agi avant d'avoir reçu des instructions de sa souveraine, c'était « ni vu(! d'éviter te scandale affreux que tout le public en auroit conçu, si l'on étoit reslé pendant 3 ou 4 semaines dans l'inactivité sur une matière aussi intéressante ». (Ibidem.)

■t Ibidem. 4- ad litl. T.

Après avoir exposé les faits, Marie-Thérèse remarque que la différence de religion ne peut excuser le criminel, ni même constiluer en sa faveur une circonslance atténuante, puisque la secte luthérienne, à laquelle il appartient, admet le dogme de la présence réelle K D'ailleurs, n'en fût-il pas ainsi, il a outragé la religion de TÉtal et mis en danger la paix publique ^

Sans doute, le gouvernement commettrait un acte immoral s'il cherchait à influencer le juge et à lui dicte)' un arrêt contraire à sa conscience, mais, une fois la réalité de l'accusation établie, le devoir du Souverain est d'insister pour que l'attentat soit réprimé avec la plus extrême rigueur^.

Pour Marie-Thérèse, le crime odieux dont le soldat hollandais s'est rendu coupable est infiniment plus grave qu'un attentai contre la personne royale ou la sécurité de l'Étal : « Ce n'est pas un simple scandai, c'est un boulversement de ce qu'il y a de [dus sacré dans la Religion catholique » .

L'Impératrice conclut en adjurant les États de renoncer spontanément à l'exercice de la juridiction militaire. Le salut public exige de leur part celte

1 a Pardessus qu'il est luthérien et que sa religion admet la présence réelle de son Dieu créateur au temps de la communion. » (Archives du Royaume à La Haye. Brussel, Verbaal Kinsclwt, I, 1741.

2 « Il a exposé le peuple entier à se soulever contre les troupes d'une nation amie et voisine, qui loin d'avoir été admise pour détruire la Religion et les lois les plus sacrées, n'y ont été admises que pour les défendre et conserver contre toute insulte et atentat... qu'on considère en même tems que si sans les grands mouvements et les soins que le Magistrat de Tournai s'est donné, il y étoii survenu un tumulte et soulèvement général entre les bourgeois et la garnison d'une ville frontière où il y auroit eu plusieurs de tués de part et d'autre. Ce malheureux n'en eut-il pas été la cause et l'instrument? » (Ibidem.)

^ « Sur tel pied qu'il puisse donner apaisement aux offensés et assurer le repos publicque... si Leurs Hautes Puissances, ou le juge tel qu'il puisse être, n'ont pas les égards qu'ils doivent avoir aux raisons prédéduites, et si la peine à laquelle ce criminel sera condamné ne soit pas telle que les sujets de Sa Majesté, si outrageusement offensés dans leur Religion y puissent trouver leur apaisement, il s'ensuivra d'un coté que les offensés crieront à la vengeance, et qu'il en naîtra une aversion irréconciliable entre le peuple des Pays-Bas en général et les troupes de lueurs Hautes Puissances, ce qui, h la première occasion produira des effets si funestes et si préjudiciables au repos publicque que ni Sa Majesté, non plus que Leurs Hautes Puissances ne pourront y remédier puisqu'ils ne seront jamais capables d'ôter la haine enracinée dans le cœur des uns et des autres. » (Ibidem.)

concession, sans conséquence d'ailleurs pour l'avenir '. Elle invoque sans hésiler la raison d'Etal : « La bonne polilique passe au-dessus de la disposition des loix ordinaires, n'envisageant que le salut du peuple et le repos publicque comme la loi suprême ».

Nous devons faire remarquer que cet appel à la raison d'Étal ne figure pas dans la délibération du Conseil, ei qu'il fut ajouté par l'initiative personnelle de la Souveraine.

Celte manière de voir fut vigoureusement combattue par Rinschot et par les Etats-Généraux. Puis on perd la trace de l'afTaire, et les archives sont muettes. S'il faut en croire Poutrain, voici comment elle se termina. Nous avons déjà fait des réserves suffisantes sur le degré de confiance que mérite cet écrivain, aussi ne citons-nous le passage suivant qu'à titre de curiosité : « Le Magistral ne laissoit pas de solliciter la vengeance du crime que l'Etal major tiroit en longueur, lorsqu'une autre afTaire survint qui fil perdre les traces de celle-ci.

» Un soldat calviniste, né sage et pieux, qui avoil résolu de renoncer à la Réforme, s'en étoit ouvert au Directeur des Hybernois ", qui, le confirmant dans son dessein, s'éloit engagé à lui procurer une retraite dans la maison des Recolels anglois à Douai. Il s'agissoit de déserter et de sortir de la ville; il l'entreprit sous un habit de femme, mais il fut décelé et arrêté; son procès lui fut fait: et comme cet ecclésiastique étoit impliqué avec une femme, qui, à sa persuasion, avoit |)rêté pieusement des habits au soldat, il y eut des agitations de la part de l'Etat major, el il informa les Élats-Généraux, qui trouvèrent bon d'éloufer celle affaire, par le pardon (|u'ils donnèrent au soldai de la peine de mort qu'il méritoil selon les loix militaires; mais ils le jugèrent indigne du service; il passa les verges, et fut chassé de la \ille. Ce fut une espèce de compensation; on ne parla plus depuis du soldat lutbérion, que ses frères laissèrent, selon le bruit connnun, périr sous la vermine dans

< « Un tel désistement volonliiire ne peut ni plus ni moins prt'judicier i\ la juridiction militaire, qu'une personne ea!ésiaslii|ue eriniincllo de^çradée de son caractt^re sacerdotal et livrée au bras séculier préjudicie à la jurisdiction ecclésiastique. »

'■* Il existait ;'i Totirniii un séminaire irlandais, dit colli^gc des Hybernois.

son cachot. Cet exemple fait voir combien il est difficile d'accorder un gouvernement composé de différentes religions'. »

Quelques années plus lard, une autre affaire d'ordre religieux surgit dans la même ville.

En 1750, le commandement de la place de Tournai était exercé, pendant l'absence du prince de Hesse-Philipsihal, par le général de Lewe. Celui-ci avait déjà fait preuve d'un caractère ombrageux et témoigné peu d'égards pour les privilèges du pays, notamment en matière d'asile ".

Le 14 septembre de chaque année, on célébrait la fêle de l'exaltation de la sainte Croix, et une nombreuse procession parcourait les rues de la cité tournaisienne.

Depuis les premiers temps de l'occupation étrangère, le Chapitre, la veille de la fêle, rappelait au commandant militaire la cérémonie du lendemain, en le priant de donner des ordres pour que le cortège ne fût pas rencontré par la garde montante.

La démarche habituelle fut faite en 1750, comme elle l'avait été les années antérieures; le commandant promit de tenir bonne note de l'avis, et envoya même un officier au doyen de la cathédrale pour se faire donner des renseignements précis sur l'iiinéraire adoplé. On semblait bien d'accord.

Le clergé et les fidèles furent donc péniblement surpris quand, le lendemain, en arrivant sur la grand'place, ils trouvèrent un fort contingent de soldais en armes, le chapeau sur la tête, et lournanl le dos au saint Sacrement; la présence insolite du général, entouré d'officiers, fui considérée comme une offense voulue et préméditée^.

Le jour même, le Chapitre envoya une plainte en règle au Gouverneur général des Pays-Bas, et celui-ci s'empressa de la transmettre aux États- Généraux des Provinces-Unies.

1 PouTRAiN, Histoire de la ville et cité de Tournai, 506.

2 Nous parlerons plus loin d'un esclandre qui se produisit au cours de la même année 1750 au sujet du droit d'asile.

3 « La présence du commandant environné d'un cercle d'officiers, ajouta encore une nouvelle indécence. » (Mémoire de Neny. Voir pièces justificatives, n" Itl.)

Ainsi qu'en d'autres circonstances, il y eut un échange 1res abondant d'interminables rapports et d'enquêtes détaillées avec une prolixité désespérante. Les antagonistes manquent généralement de calme et tombent dans les récriminations; ils ne visent qu'à se trouver les uns les autres en défaut.

Lewe s'excusa eu disant qu'il s'était produit un simple malentendu : l'officier envoyé la veille au doyen avait rapporté à son chef que la procession passerait sur la grand'place à onze heure et demie, tandis que le doyen déclarait avoir spécifié dix heures et demie. L'officier répéta son affirmation dans l'enquête, sous la foi du serment.

Une vive discussion s'élève à propos de ce témoignage. Les États insinuent que le doyen est un vieillard dont la tête n'est plus très solide, et qu'il a confondu les heures '; ils ajoutent (|u'il n'y a du reste pas moyen d'élucider ce point ".

Le Chapitre, piqué au vif, réplique que l'officier est un jeune homme léger qui a sans doute été distrait \ et il s'inscrit nettement en faux contre les explications du général : celui-ci connaissait l'existence de la fête, car il était déjà en garnison à Tournai avant la guerre de la succession d'Autriche, et il était au courant des traditions locales; il a dit lui-même que « c'était un ancien usage »; il ne l'ignorait donc pas, et son devoir était de prendre les mesures nécessaires pour éviter tout froissement. Ira-t-il jusqu'à émettre contre le clergé catholique « l'injurieux soupçon que celui-ci n'auroit indiqué à raido-major une heure pour l'autre que pour mettre M. de Lewe dans le cas do commettre l'indécence dont il s'agit, et qu'un clergé aussi considérable que le Chapitre de Tournay auroit conçu le sacrilège dessein

1 « On pouroit présumer que l'Ûge avancé el les grandes occupations du doyen ayent pu le faire articuler autrement que n'étoit son intention. »

2 « On pourra ju^er de l'autre côté (c'esl-:\-dire h Bruxelles) qu'on doit avoir plus de confiance dans rallirinalion sérieuse du doyen d'un chapitre distin^-ué que dans la déposition d'un jeune ..liieier. Mais, de quelque façon qu'on veuille donner dans cette espèce de conjecture, il n'en résultera jamais aucune évidence. »

3 « On doit la préférence incontesiahlemeiit au rapport du doyen de la cathédrale surtout dans .m fait de cette nature qu'il a vu pratiquer depuis ci"nquanto ans qu'il est chanoine, vis-à-vis celui d'un jeune homme de vingt ans, sujet par son Age à des distractions el à la légèreté. »

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